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vendredi 11 mai 2018

La Grèce après le mois d'août

Le CADTM a eu bien raison de recruter Marie-Laure Coulmin Koutsaftis, cela nous permet d'avoir des papiers passionnants, comme celui que j'ai relayé récemment sur les tranferts massifs de propriété en cours, précis et documentés sur ce qui continue imperturbablement en Grèce, sur quoi les pouvoirs, allemand, français, européen, grec font de la désinformation servilement répercutée (à quelques exceptions près) par les médias dominants.

Ma seule réserve de détail sur le présent papier, consacré au maintien du pays sous tutelle germano-européenne après sa sortie annoncée à grand renfort des trompettes de la propagande, du régime des mémorandums, c'est que, même s'il y a sortie de la Grèce du plan dit d'aide (qui n'a jamais aidé personne sinon les banques françaises et allemandes à transmuter, par une opération d'alchimie européenne les créances sur la Grèce qu'elles avaient accumulées, contre tout principe raisonnable de gestion, en dette sur les contribuables européens), cette sortie ne pourra être que chaotique et provisoire - nonobstant les trompe l'oeil qu'on inventera - tout simplement parce que les politiques de prédation et de destruction massive de l'économie grecque appliquée par la Germano-Europe depuis 2010 ne peuvent permettre au pays de redémarrer.

jeudi 10 mai 2018

Cheval et lavabo...

La chancelière du Reich remet le prix du Reich à son Gauleiter français...

Ca me rappelle cette réponse de Pierre Juillet à Chirac, après que celui-ci l'eut remercié pour son rôle dans la conquête de la mairie de Paris : « c'est bien la première fois qu'un cheval remercie son jockey ».

Un peu plus tard, le même Juillet (d'autres attribuent la saillie à Marie-France Garaud, mais l'un étant l'alter ego de l'autre et réciproquement...), désabusé sur les qualités du poulain, aurait dit aussi : « Je le croyais taillé dans le marbre dont on fait les statues. Je me suis rendu compte que c'était du marbre dont on fait les lavabos »... Enfin, lavabo, c'est la version pour oreilles enfantines, on dit que la réalité se trouverait quelque part entre « chiottes » et «bidet » : qui fera jamais la lumière sur ce point... savoureux de l'histoire ?

En tout cas, « il se croyait » au lieu de « je le croyais » et ça peut resservir tel quel aussi.

mercredi 9 mai 2018

Vingt mille lieues sous les mers

Et pendant ce temps-là, Merkel vend six sous-marins dernier cri à Erdogan (et la technologie qui lui permettra d'en fabriquer d'autres) - sans doute histoire de foutre un peu plus le bordel en Egée et autour de Chypre : l'Europe, la paix, la solidarité, tout ça, tout ça...

Enfin, on ne pourra plus dire qu'il n'y a pas de retour sur investissement sur l'argent filé à Erdogan par l'Union européenne au titre de l'aide aux migrants.

mardi 8 mai 2018

Commémoration

Quand la soumission à l'Eurogermanie commémore la victoire sur l'Allemagne qui, pour la seconde fois en un siècle, d'abord sous la forme impériale et militariste, puis sous la forme impériale et racialiste, jeta l'Europe et le monde dans la guerre, afin de s'assurer un "espace vital"...

Quand le destructeur de l'Etat social, par soumission à l'Eurogermanie, commémore une victoire qui fut aussi celle d'un CNR, dans lequel se retrouvèrent tous ceux qui, de l'extrême droite d'avant-guerre aux communistes, avaient, à un moment où un autre, par réflexe patriotique ou réflexion politique, instantanément ou avec retard, rejeté l'occupation allemande et la collaboration avec l'ennemi, un CNR fondé - aux termes de quels efforts pour dépasser les calculs personnels et les oppositions ! - par Jean Moulin sous l'autorité du général de Gaulle, un CNR qui, conscient que le libre marché était à l'origine de la guerre à travers la crise de 1929, entreprit de nationaliser, de planifier, de réguler, d'assurer à chacun une sécurité minimale devant les aléas de l'existence, posant ainsi les fondations de ce qui fut la période de croissance la plus forte et de répartition de ses fruits la moins inégalitaire de l'histoire de l'humanité - d'un État social. Un CNR dont le démolisseur qui commémore démolit aujourd'hui méthodiquement ce que l'Eurogermanie a laissé subsister de cette oeuvre, liquide l'Etat social, l'intérêt général au profit des intérêts particuliers.

Commémoration, en somme, de la vertu par le vice.

Le livre de ce moment que nous vivons, c'est incontestablement L'Etrange Défaite de Marc Bloch.

lundi 7 mai 2018

De la morgue à l'odieux

Tous les médias dominants français se scandalisent aujourd'hui de l'utilisation de morts, par le président américain, afin de justifier sa politique de maintien en l'état du deuxième amendement de la Constitution des Etats-Unis, datant de 1791, et interprété depuis lors comme la reconnaissance du droit des Américains à porter des armes.

Mais naturellement, aucun de ces médias ne voit de rapport - vieille histoire de paille et de poutre - entre cette déclaration et celle de celui qui occupe la fonction de président de la République, ici et maintenant.



Car ce soir, une chaîne de "service public" (on se demande d'ailleurs ce que cela peut encore signifier dans le système médiatique d'aujourd'hui, puisqu'il ne s'agit plus, dans ce système, que de propagande, telle que les Etats totalitaires du siècle précédent en rêvaient : une propagande totalement intériorisée comme quelque chose de naturel par ceux qui la serinent, qui n'ont plus besoin ni d'instructions ni de contrainte) va bien diffuser tranquillement ce morceau choisi de propagande dans lequel celui qui occupe la fonction de président de la République se sert d'un mort - le colonel Beltrame, son acte de courage et d'abnégation - afin de faire la promotion de sa politique de démontage de l'Etat social et de clouer au pilori ceux qui s'indignent de la suppression pour les plus faibles d'une aide au logement.

En pesant mes mots, je considère que ce propos relève d'un cynisme "proprement" dégueulasse. Et ceci d'autant plus que celui qui fait fonction de président de la République, dans ce répugnant exercice de rhétorique, à travers un discours inversant désormais systématiquement les valeurs pour faire dire aux mots l'exact inverse de ce qu'ils signifient, utilise ceux de patriotisme et de souveraineté, à la Pétain, pour escamoter son rôle de larbin de l'Allemagne et d'une Commission européenne aux ordres de celle-ci.

On vient de descendre une marche de plus - de la morgue à l'odieux.

dimanche 6 mai 2018

Transfert de propriété

Comme je l'écris depuis maintenant plusieurs années, la Grèce vit désormais sous la loi des vautours. C'est à dire que la trahison tous azimuts de Tsipras (une trahison qu'un lecteur de ce blog présentait dans son commentaire à mon précédent billet comme une énième version de sainte TINA : s'il a fait ça, c'est bien entendu qu'il ne pouvait faire autre chose. On n'en a donc jamais fini avec les sophismes ! Car non, en effet, on ne peut mener une autre politique sans s'affranchir du double carcan de l'euro et de l'UE, mais on peut choisir de s'affranchir du double carcan de l'euro et de l'UE pour mener une autre politique, ce que les Grecs choisirent par référendum en 2015, puisqu'on leur avait répété, sur tous les tons, du matin au soir et du soir au matin, que s'ils votaient NON on les expulserait de l'euro et de l'UE, et qu'ils votèrent NON à plus de 61 %. Avant que le gouvernement Tsipras ne s'assoie sur leur vote, comme le gouvernement français s'assit sur le vote des Français de 2005, comme... on s'assoit sur tous les votes dans l'UE, dès lors que ces votes ne correspondent pas à ce que des "élites" en sécession ont décidé de ce qu'ils devaient être) se traduit aussi par un immense transfert de propriété, une spoliation à grande échelle, une expropriation des Grecs de leur propre pays.

Ce pays était en Europe, avec la France, celui qui avait fait la réforme agraire la plus accomplie et le peuple grec était un peuple de petits propriétaires ; la fiscalité confiscatoire imposée par l'UE depuis 2010 contraint aujourd'hui ces petits propriétaires qui ont un capital mais pas de liquidités (puisqu'ils sont réduits par les politiques déflationnistes de la Germano-Europe à une précarité telle que même beaucoup de ceux qui ont encore un travail salarié ne sont pas payés régulièrement ou à des niveaux de salaires insuffisants pour vivre, voire survivre), soit à le vendre à n'importe quel prix pour se soigner ou subsister six mois de plus, soit à la confiscation - faute de pouvoir acquitter des obligations fiscales qui n'ont plus rien à voir avec la faculté contributive des Grecs.

Ainsi le gouvernement Tsipras, dit de gauche radicale, préside-t-il avec zèle (notamment en ayant fait passer en urgence une loi, exigée par l'UE, qui permet de pratiquer par Internet les ventes aux enchères des biens confisqués, lesquelles ne pouvaient avoir lieu physiquement du fait des mobilisations populaires), non à la collectivisation ou socialisation d'une partie de la propriété - qui fut autrefois un des marqueurs des politiques dites de gauche - mais à la spoliation pure et simple des petits propriétaires pour l'essentiel au profit du capital étranger, et accessoirement de la partie de la population grecque la plus riche. Ou quand le libéralisme, dont le respect du droit de propriété a toujours été présenté comme le pilier fondamental, aboutit, dans sa forme euro-germanique, à la violation généralisée de ce droit de propriété.

C'est à ce phénomène que Marie-Laure Coulmin-Koutsaftis, qui dirigea naguère l'ouvrage collectif : Les Grecs contre l'austérité. Il était une fois l'histoire de la dette (Le Temps des cerises, 2015) dont j'ai eu l'honneur d'écrire la contribution conclusive : "La fable du boa et du lapin" (où le lecteur de ce blog cité plus haut trouvera une manière de réponse anticipée à son commentaire à mon précédent post en ce qui concerne Tsipras), vient de consacrer, sur le site du Comité pour l'abolition des dettes illégitimes, un article détaillé que je ne peux que vous recommander de lire.

jeudi 3 mai 2018

Le milliard des émigrés

Comparaison n'est pas raison, l'histoire ne se répète jamais à l'identique, tout ça tout ça...

N'empêche... quand vous êtes historien (ce qui dénote déjà une forme de pathologie mentale), il y a des choses qui font tilt et vous ne pouvez vous empêcher de faire des allers-retours qui sont parfois éclairants, voire pertinents.

Ainsi ce matin, à l'hosto où je n'avais rien d'autre à faire, après une intervention chirurgicale bénigne hier, qu'à attendre ma sortie en lisant ce qui apparaissait sur mon fil Facebook, après une intervention bénigne hier, me suis-je dit que ces 803 nouveaux millions de cadeaux aux très riches et très citoyens qui font émigrer leurs capitaux... m'éveillaient un souvenir.

Retour à la maison, une fois réveillé d'une bénéfique sieste, je m'empare donc du Jardin et Tudesq, "La France des notables, 1815-1848", vol 6 de la nouvelle histoire de la France contemporaine, paru au Seuil en 1973. Bingo !

Arrivé sur le trône à la mort de son frère Louis XVIII, le 16 septembre 1824, Charles X hérite du ministère Villèle, appuyé sur une "chambre retrouvée" élue en mars, où siègent seulement 19 opposants libéraux (la "gauche" de l'époque) dans une assemblée de 430 membres composée au 3/5e de nobles et pour moitié d'anciens émigrés.

Charles X hérite aussi d'une "opération extérieure" décidée sous son prédécesseur : l'armée française, commandée par le duc d'Angoulème, s'en est allée, en avril, tailler des croupières (jusqu'au fort de Trocadéro) aux Cortes et aux Espagnols libéraux, afin de restaurer l'absolutisme à Madrid.

Ce roi, ce ministre, lui-même chevalier de la Foi, et cette chambre conduisent aussi une vigoureuse politique de rapprochement du trône et de l'autel, s'employant ainsi en quelque sorte, à réparer le lien abîmé par la Révolution entre l'Etat et l'Eglise catholique.

Ce roi, ce ministre et cette Chambre s'employèrent également à faire voter, en avril 1825, la loi dite "du milliard es émigrés", destinée à "indemniser" les émigrés "spoliés" par la Révolution. En réalité, nous apprennent Jardin et Tudesq, le capital effectivement mobilisé pour la constitution d'une rente à 3% versée aux bénéficiaires fut de... 867 millions. A 64 millions près, notre Charles X, notre Villèle havrais et notre chambre retrouvée semblent bien suivre un modèle... trouva son terme, cinq ans plus tard, avec les Trois Glorieuses.

Ensuite, vous allez renoncer à une journée chômée pour travailler sans salaire afin de financer la dépendance. Ensuite les retraités doivent faire des efforts. Ensuite comme on a mis la SNCF dans l'impossibilité de remplir correctement ses missions pour justifier l'ouverture à la concurrence, évidemment prélude à la privatisation, on va mettre l'hôpital public un peu plus hors d'état de fonctionner correctement afin de pouvoir le privatiser et l'on dit froidement aux personnels de santé qu'il n'y a pas d'argent magique (pour eux, mais pour les très riches, il y a des réserves apparemment inépuisables de magie !) et qu'il faut qu'ils se bougent (ils se bougent, il est vrai, ceux qui vont mettre leur argent au Luxembourg, chez le président de la Commission européenne, aux Caïmans ou aux Bermudes...).

Et puisque je sors de trois jours d'hôpital, je finirai ce billet par un hommage vibrant aux personnels hospitaliers : compétents, attentifs, humains, gentils. Merci à eux !!! Surtout quand on sait sans qu'elles conditions ils doivent travailler... Le brancardier qui m'a emmené hier au bloc 10h30, avait fini à 21h00 la veille au soir et ne devait reprendre qu'à 18h30 le lendemain. Il avait été rappelé en urgence à 6h30 pour reprendre son service à 7h30. c'est lui qui m'a ramené à ma chambre à 16h30 et il avait encore 3h00 à travailler : argent magique ou insupportable arrogance de notre petit Charles X ?