OD

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

lundi 5 mars 2018

Elections italiennes et suicide du SPD allemand

Depuis hier soir, la gogoche éclate rituellement en cris d'orfraie, en imprécations ou en lamentations sur le retour du péril noir en Italie. Il faudrait, un jour, que cette gogoche s'avise que l'effet mécanique du merveilleux projet européen, auquel cette gogoche collabore par principe (que, au mieux, et en dépit de tout évidence et bon sens, elle prétend réformer ou refonder) et dont elle ne parvient à percevoir ni la nature intrinsèque ni qu'il est vital de s'en débarrasser, c'est sa propre mort - cérébrale puis physique.

Car en transférant la souveraineté de la nation, qui vote et choisit entre des projets concurrents, à l'échelon européen où les décisions sont prises par des organismes apatrides, inféodés à l'Allemagne et aux lobbys économiques, hors de tout contrôle démocratique réel (le prétendu parlement européen n'est pas un Parlement et ne le sera jamais), ce projet européen vide l'échelon national de toute prise sur les questions essentielles de la vie de la nation, du peuple.

Et du coup, il vide aussi de toute légitimité et de toute utilité une gogoche dont la légitimité et l'utilité étaient de prétendre changer la condition réelle, la vie réelle des catégories populaires. Puisque, en acceptant, pire en coproduisant, le cadre européen, cette gogoche se prive du même coup de toute possibilité d'action réelle sur la condition et la vie de ces catégories. Puisque, au nom du projet européen, elle collabore avec fidélité et zèle au démantèlement de toutes les protections et redistributions dont la conquête a constitué sa raison d'être.

C'est la raison pour laquelle, partout en Europe, les peuples se détournent de la gogoche, que la gogoche est la première victime de ses propres choix européens, et qu'elle laisse la place à des partis qui ne sont fascistes que dans les fantasmes de la gogoche. Ces partis qui naissent et grandissent partout, à cause du vide généré par le suicide européen des gogoches, sont des partis d'un type nouveau, aux thématiques et à la sociologie composites, dont les caractéristiques dépendent du contexte national dans lequel ils se créent et se développent.

Crier au fascisme, comme crier au loup, ne sert à rien et ne mène nulle part. Ce qui mène quelque part, c'est de comprendre enfin qu'il n'y a aucun avenir, économique, social, démocratique dans l'Union européenne, que l'Union européenne est une machine à faire de l'inégalité, de la pauvreté, du désespoir, du pouvoir oligarchique sans contrôle et que si nous voulons, partout en Europe, sortir de l'impasse politique actuelle, il faut avant tout sortir de l'Union européenne.

Ce n'est pas une condition suffisante - le débat politique entre projets concurrents reprendra ensuite - mais c'est une condition absolument nécessaire. Et tandis que la gogoche SPD allemande a continué, hier, à creuser sa tombe en reconduisant la GroKo merkellienne, les élections italiennes du même hier n'en sont qu'une preuve supplémentaire.

Spécifiquement sur l'Italie, victimes des choix européens mortifères de la caste politique qui a reçu, hier, une cuisante leçon, cet article de mon ami Frédéric Farah.

lundi 26 février 2018

Roule, roule, train du plaisir !

Il est fort, tout de même, Toto ! D'abord il commande un rapport au mec qui a privatisé Air France en sachant parfaitement ce qu'il y aura dans le rapport. Un taliban de la privatisation, de la rentabilité et de la baisse des coûts ne va pas prendre la défense du service public.

Donc le taliban rend son rapport avec un énôrme chiffon rouge : la suppression des petites lignes.

Puis Doudou du Havre intervient, main sur le coeur et oeil de velours : moi, la suppression des petites lignes, jamais ! Les yeux dans les yeux des Français, je jure... Tu vois comme je sais écouter la sourde protestation qui monte des profondeurs du pays ! Mais du coup, il faudra avaler le reste.

C'est à dire les GOPE de l'UE sur le ferroviaire.

Le truc des actions incessibles : impayable, si j'ose dire ! Combien de fois, déjà, il a servi ?

Quant aux petites lignes, je m'en lave les mains. C'est aux régions de s'en démer... Mais pas un sou de plus pour les régions - GOPE obligent.

Et puis faut bien réformer, le monde a changé. Ben oui, Doudou, et puis il n'y a bien sûr qu'une seule façon de réformer : en obéissant au doigt et à l'oeil à Bruxelles et Berlin.

Sainte TINA priez pour nous !

Reste la dette... On verra ça plus tard ! quand ils auront fait les efforts nécessaires.

Vous reprendrez bien un petit clystère ? Il est prescrit par ordonnance berlino-bruxelloise. A la grecque !

Non, moi je vous dis, Toto il est fort. Et si on ne réagit pas maintenant, on l'aura pour 10 ans. Minimum !

Roule, roule, train du plaisir !

PS... juste pour la plaisir !

La fille qui doit avoir une carte de journaliste puisqu'elle dégoise sur une chaîne dite, par antiphrase, d'information en continu, pose sa dernière question à un syndicaliste : "Donc vous êtes prêts à prendre les usagers en otage ?"

C'est vrai que, dans ce pays, les écoles de journalisme ont fait du bon boulot.

lundi 12 février 2018

Schadenfreude...

En deux jours papa Schultz vient de se vautrer dans les grandes largeurs : après avoir juré que le SPD ne regouvernerait pas avec Merkel puis avoir négocié avec Merkel un accord de gouvernement, après avoir juré qu'il ne serait pas ministre puis annoncé qu'il prenait les Affaires étrangères à son gute Kamerad Sigmar Gabriel, il a été obligé de renoncer à son ministère et perdu la présidence du parti.

Quant à Mutti Merkel, qui a abandonné le ministère des Finances au SPD, elle est dans le collimateur de ceux qui, dans son parti, voient là, la concession de trop et veulent se débarrasser de celle qui aura réalisé les pires scores électoraux de son parti depuis l'après-guerre et réussi le tour de force de faire perdre à la CDU-CSU le monopole des droites.

Mais ce que j'adore, dans cette affaire, c'est l'argument du leader de l'aile radicale de la CDU, Jens Spahn qui a manifestement l'étoffe d'un Schäuble : "Je ne voudrais pas que le Premier ministre grec Alexis Tsipras ouvre le champagne parce que certains s'imaginent qu'avec un ministre SPD on va pouvoir à nouveau faire plus de dettes et moins de réformes".

L'obsession grecque des Teutons est décidément fascinante !!!

Reste à savoir ce que décidera la base du SPD le 4 mars : Grosse Ko or not Grosse Ko, that is the question ! Et ça n'a pas l'air joué d'avance, les jeunes du parti faisant activement campagne pour le Nein. De toute façon, et Merkel parviendrait-elle à insuffler la vie à cet avorton gouvernemental en gestation depuis bientôt 5 mois, que sa Grosse Ko me paraît bien mal partie...

Schadenfreude, je vous disais.

vendredi 22 décembre 2017

Bonne fin d'année à tous mes lecteurs

Comme d'habitude, nous partons sur notre île pour le changement d'année.

Deuxième changement d'année depuis le début de l'ère Syriza... L'espoir qui semblait pouvoir affranchir le peuple grec de l'esclavage eurogermain à la fin de 2014 paraît si lointain...

Cette fin d'année est marquée, en Grèce, par deux faits assez significatifs d'un état d'esprit.

J'ai parlé ici maintes fois du processus massif de spoliation à l'oeuvre en Grèce sous gouvernement eurogermain dont Syriza s'est fait la docile courroie de transmission. La confiscation de biens immobiliers (environ 200 000 d'après la presse grecque) pour dette est depuis des mois un des sujets centraux de la vie quotidienne en Grèce. Et les ventes aux enchères faisant suite à ces confiscations sont régulièrement l'objet de mobilisations populaires dans les tribunaux empêchant leur tenue. Tellement régulièrement que le gouvernement de gôche dite radicale a d'abord pris des dispositions pour que ces ventes puissent désormais se dérouler par Internet.

Mais c'était manifestement insuffisant et la direction eurogermaine du pays a fait savoir qu'il fallait aller plus loin afin d'accélérer le processus.

Hier, le gouvernement de gôche dite radicale a donc fait passer à l'Assemblée une loi punissant de 6 mois de prison ferme quiconque voudra essayer d'empêcher le déroulement de la mise aux enchères.

Ainsi va la gôche radicale en régime d'Union européenne.

Le second événement a eu lieu la nuit dernière et vient après d'autres (notamment l'attentat contre le banquier Papadimos, bénéficiaire du coup d'Etat eurogermain qui licencia le Premier ministre élu Papandréou en 2011 pour le remplacer par cet ancien vice-président de la BCE) du même genre. Il s'agit d'un attentat à la bombe - d'une puissance respectable et qui a fait des dégâts matériels importants - contre la Cour d'appel d'Athènes. Un commando de quatre personnes, filmées par les caméras de surveillance, revêtues de tuniques blanches, portant casques de chantier, le visage masqué, a déposé la bombe et tiré à la kalachnikov en direction du gardien. La presse grecque évoque une Organisation révolutionnaire d'autodéfense...

Que la violence eurogermaine, relayée par le gouvernement Syriza, débouche sur des violences de la part d'une partie de la population, exaspérée, dans une société où la mouvance anarchiste a toujours été présente, voilà qui ne saurait étonner. Elles pourraient d'ailleurs - opportunément - justifier une rétractation de l'Etat de droit et des libertés individuelles et publiques dont il apparaît chaque jour davantage que - à l'inverse exact de son discours officiel - l'Union européenne est le vecteur.

D'autant qu'à ces menaces s'ajoutent celles d'une Turquie manifestement de plus en plus agressive. Pourquoi donc le gouvernement grec a-t-il invité Erdogan à Athènes ? Il faut croire que l'unique but (puisque c'est l'unique résultat) était de permettre au président turc (150000 fonctionnaires révoqués, 50000 personnes emprisonnées depuis le coup d'Etat bidon de 2016, des condamnations qui tombent comme à Gravelotte par dizaines d'années, à la suite de procès iniques, des observateurs européens interdits d'entrer dans la salle d'audience où vient de commencer celui des deux principaux dirigeants du Parti démocratique des peuples dont le crime a été de recueillir 12,96 % des voix aux législatives de juin 2015 et qui risquent respectivement 83 et 142 ans de prison...) de répéter haut et fort, en Grèce, comme il le fait en toute occasion depuis six mois, que le traité de Lausanne (1923) est caduc - c'est à dire que la Turquie ne reconnaît plus ses frontières avec la Grèce.

L'amateurisme de l'équipe au pouvoir à Athènes est décidément confondant ! Car les responsables grecs ont feint la surprise et le mécontentement. Mais que diable pouvaient-ils attendre d'autre ?

Puis cette semaine le ministre des Affaires étrangères turc a déclaré devant la Grande Assemblée nationale que la Turquie "récupérerait" des (les?) îles de l'Egée, que ce soit par la négociation... ou par la force.

Et que dit l'Union européenne, dont la Turquie occupe et colonise déjà, depuis 1974, le tiers d'un de ses Etats membres ? Rien. Les négociations d'adhésion ne sont ni rompues ni suspendues. Juncker ne déclarait-il pas, au lendemain du coup d'Etat bidon, qu'il s'agirait là d'une grave erreur ?

Là encore, on voit tout l'attachement de l'UE aux droits fondamentaux, à la liberté de la presse et d'expression....

La même UE continue d'ailleurs à financer largement le régime Erdogan (qui fut l'indispensable allié de Daesh...), en plus des 6 milliards alloués en 2015 par la chancelière du Reich pour que le sultan mette fin à son chantage aux migrants. Au titre de l'Instrument de préadhésion, la Turquie aura reçu - sans aucune contrepartie et au mépris de prétendus principes de l'Union - en 2020, 10,64 milliards d'euros depuis 2002... sans compter non plus les programmes méditerranéens. Et dans une opacité totale d'usage par les autorités turques (enrichissement personnel, utilisation clientéliste par l'AKP, le parti islamiste d'Erdogan), opacité régulièrement dénoncée - sans la moindre conséquence - par la Cour des comptes de l'Union.

Joyeux Noël et bonne fin d'année !!!

mardi 5 décembre 2017

Euro et déflation

Je répondais tout à l'heure à une réaction de Philippe, un lecteur habitant la Grèce, à un de mes précédents posts. Il me disait son impression de voir quelque chose comme un regain d'activité qui donnerait raison à la propagande du redémarrage.

La première chose qu'il faut dire - et il le dit lui-même en citant Cosco ou Vinci - c'est que, si redémarrage autre que conjoncturel il y avait, il ne profiterait guère aux Grecs à la fois du fait de la spoliation des biens publics et privés organisée par ce qu'il est convenu d'appeler l'Europe, de la vaporisation du droit du travail (voir l'article auquel je renvoyai hier sur les pressions de Lafarge ce processus conduit par la même Europe), des salaires de misères versés irrégulièrement, des pensions sans cesse réduite... le tout empêchant évidemment tout redémarrage de la consommation intérieure qui, dans les pays développés est le moteur principal de toute croissance (évaluée je crois, en général à 60 %). La déflation imposée à la Grèce, et qui va encore s'aggraver avec les 78 mesures auxquelles je faisais allusion avant-hier, empêche et empêchera tout redémarrage substantiel et durable de l'économie grecque.

Ce que nous voyons en revanche, en Grèce comme en France, au Portugal ou en Espagne, et qui permet, en Grèce comme ailleurs en Europe du sud, aux trompettes de la propagande d'entonner l'air triomphal de la reprise, c'est l'effet-retard de la dévaluation de l'euro, de plus de 20 % de l'été 2014 (autour de 1,35 dollar) au printemps 2017 (1,05) - dévaluation du tiers de sa valeur si on se place par rapport aux plus haut de 1,5935 de juillet 2008 (taux de change absurde et totalement insupportable pour toutes les économies de la zone euro sauf l'allemande, l'autrichienne et peut-être la néerlandaise.

Cette dévaluation de l'euro est la seule responsable de la relative embellie d'aujourd'hui - relative car, insuffisante, elle n'a permis que de freiner la dégradation, ou au mieux de stabiliser la situation sur des niveaux très bas.

Mais depuis, l'euro est reparti à la hausse ! D'un peu moins de 15 % en six mois, puisqu'il est désormais autour de 1,18 dollar. Mécaniquement, lorsque l'effet retard de cette s de cette réappréciation se fera sentir, la dégradation reprendra.

Je vous recommande de regarder la vidéo que vous trouverez en cliquant sur ce lien, elle explique de manière singulièrement claire comment l'euro est structurellement déflationniste et d'autant plus fortement qu'il s'agit d'économie faible. Comme vous le verrez dans cette vidéo, le taux actuel de l'euro est viable pour la France, il ne l'est ni pour l'Italie (qui aurait besoin d'une monnaie à parité avec le dollar), ni pour le Portugal (taux de change optimal 0,91), ni a fortiori pour la Grèce dont le taux de change devrait probablement se situer, en fonction de ses fondamentaux et de la violente déflation destructrice de potentiel productif qu'elle subit depuis huit ans, autour de 0,8-0,85, soit une surévaluation de l'ordre de 40 % ! Comment voulez-vous qu'une économie redémarre sans moteur de consommation intérieure -étouffé par la déflation - et avec une monnaie qui inflige à ses exportations un handicap de compétitivité de l'ordre de 40 %. C'est parfaitement absurde ! C'est comme si vous demandiez à un athlète de courir une course avec un boulet de 40 kgs attaché à la cheville...

En toute logique européenne de l'absurde - celle qu'on applique aux pays du sud depuis qu'ils sont entrés dans l'euro -, ce déficit de compétitivité devrait donc être compensé par de nouvelles baisses de salaires et de pensions - de l'ordre de 40 %. Mais ces nouvelles baisses, en étouffant un peu plus l'activité, détruiront de nouveau de l'emploi et du potentiel productif. Du coup, la monnaie dont le taux de change est totalement découplé des performances de l'économie grecque, puisque ce taux de change est fixé par les marchés essentiellement en fonction des performances des économies dominantes de la zone, sera toujours et de plus en plus en plus surévaluée, ce qui conduira à de nouvelles coupes...

Ceci s'appelle la spirale déflationniste : c'est elle qui a plongé les Etats-Unis de la crise boursière de 1929 à la Grande Dépression, jusqu'à la rupture de cette spirale infernale par Roosevelt ; c'est elle qui, mise en oeuvre en Allemagne, avec une particulière imbécillité, par le chancelier Zentrum (l'équivalent de la CDU de Merkel et Schäuble) Brüning, fit en quelques mois du groupuscule nazi le premier parti d'Allemagne et amené Hitler au pouvoir.

Comme toujours lorsque j'écris sur l'état de ma pauvre Grèce, et très sincèrement, j'espère avoir tort. Mais je n'y crois pas. Nous verrons bien...

samedi 11 novembre 2017

11 novembre

Génuflexion rituelle du "couple franco-allemand" qui n'existe que dans le monde délirant de la propagande laquelle ne vise plus, le 11 novembre, qu'à escamoter ce que fut la Première guerre mondiale et ce que signifia le 11 novembre 1918 : une Europe libérée de l'impérialisme réactionnaire et oppresseur des militarismes allemand et austro-hongrois.

Car pas plus que la Deuxième guerre mondiale ne fut le résultat du traité de Versailles et du nationalisme, mais seulement de la crise du capitalisme américain exportée en Europe, et notamment en Allemagne, ainsi que du racialisme, la Première ne fut pas le résultat du nationalisme mais bien de l'impérialisme et du militarisme des Etats germaniques (car dans l'Empire austro-hongrois, la composante hongroise était plus que réservée vis-à-vis de l'aventure impérialiste anti-serbe voulue avant tout par l'état-major et le ministre des Affaires étrangères autrichiens). Même s'il y a longtemps, bien longtemps, si longtemps, trop longtemps, que la propagande a envahi les manuels d'histoire et la doxa transmise par un corps professoral largement grandi dans ce bain idéologique.

Pourtant, et contrairement à un révisionnisme historiographique en vogue (qui a atteint son sommet avec ce monument d'anachronismes, de contresens, et de reconstructions hasardeuses d'un anti-serbisme maladif que sont Les Somnambules de Christopher Clark et qui, allez savoir pourquoi, a fait un tabac en Allemagne), dont le but est encore et toujours de déculpabiliser l'Allemagne... et donc l'Autriche-Hongrie (que l'Allemagne a laissé mettre le feu à l'Europe afin de pouvoir régler son compte à une Russie dont l'expansion économique et l'effort d'armement risquaient de faire un concurrent redoutable et une puissance militaire non jugulable), la Première guerre mondiale n'est pas un produit du nationalisme mais de l'impérialisme.

Tandis que le jeune Etat national serbe, depuis sa révolution démocratique de 1903, échappait à l'hégémonie austro-hongroise, et faisait obstacle à l'expansionnisme austro-hongrois (bloqué au nord par les unités allemande et italienne) visant Thessalonique et un débouché maritime hors Adriatique depuis les victoires de la Ligue balkanique de 1912 contre l'Empire ottoman, l'état-major autrichien réclamait sans relâche au pouvoir politique une guerre pour mettre à genoux la Serbie. L'attentat de Sarajevo ne fut rien d'autre qu'un prétexte.

Mais alors que notre vision de la guerre de 14-18 reste occidentalo-centrée, on oublie avec constance ce que furent, durant ce conflit, les sacrifices et le martyre du peuple serbe qui refusa de plier devant la barbarie austro-hongroise, et dont l'armée, après l'évacuation du pays (voir ci-dessous, extrait du tome II de "La Grèce et les Balkans"), se reconstitua en Grèce et apporta un concours décisif à la foudroyante offensive alliée (troupes françaises, britanniques, grecques, serbes) du front d'Orient sous le commandement du futur maréchal Franchet d'Esperey, le 15 septembre 1918.

"Déjouant une seconde fois les pronostics des experts, la petite Serbie, à laquelle s’est joint le Monténégro (5 août), résiste victorieusement à l’offensive déclenchée le 11 août par le géant austro-hongrois. Il est vrai que l’entrée dans le conflit de la Russie force la double monarchie à défendre sa frontière galicienne (Pologne). Car si les Russes ont été défaits par les Allemands au nord, à Tannenberg (26-30 août), ils écrasent, au sud, deux armées autrichiennes. Le 2 décembre, celle qui devait battre les Serbes en quelques jours finit par s’emparer de Belgrade, située sur la frontière et soumise aux bombardements depuis quatre mois… mais les Serbes reconquièrent leur capitale deux semaines plus tard. Le front se stabilise. Après ses pertes des deux années précédentes, l’armée serbe est cependant durement éprouvée, et le typhus fait des ravages, tuant 3,5 % de la population du pays.(...)

Le 6 septembre 1915, la Bulgarie signe un traité d’alliance avec l’Autriche-Hongrie qui comporte l’engagement d’attaquer la Serbie dans un délai d’un mois. Deux jours plus tôt, l’agrarien Stambolijski a fait part au roi de son opposition à une telle éventualité, et les socialistes sont sur la même ligne : Stambolijski sera condamné à la détention perpétuelle et toute opposition est muselée. Le 21 septembre, l’armée bulgare mobilise, le 6 octobre Sofia adresse un ultimatum à Belgrade réclamant la totalité de la Macédoine et, le 12, la Bulgarie adresse une déclaration de guerre à la Serbie, entraînant en retour celles des pays de l’Entente à la Bulgarie. Pour les Serbes, il s’agit d’un cruel coup de poignard dans le dos. Depuis le 5 octobre, ils sont en effet confrontés à une massive offensive austro-allemande. Belgrade est tombée le 9 et, en s’emparant de la Macédoine, les Bulgares coupent toute possibilité de retraite vers la Grèce. Le gouvernement français entreprend alors de débarquer à Thessalonique les troupes retirées des Dardanelles, mais son offensive improvisée le long du Vardar/Axios, pour venir au secours des Serbes, tourne court.

Héroïque, la défense serbe ne parvient à empêcher ni la prise de Niš par les Bulgares (5 novembre), ni la jonction, fin novembre au Kosovo, entre ceux-ci et les Austro-Allemands. La prise de Monastir, le 5 décembre, scelle la défaite serbe, tandis que les Monténégrins sont eux aussi battus au nord. Mais si, le 21 janvier 1916, Nicolas de Monténégro part en exil, vers la France après avoir signé une capitulation (Cetinje est tombée le 13), Pierre Ier, le prince héritier Alexandre, Pašić, et l’état-major sont unanimes à exclure pareille éventualité. La route du sud est coupée et le seul espoir consiste à atteindre l’Adriatique en traversant les montagnes d’Albanie. Tragique et meurtrier, l’exode commence à la fin novembre : le roi de soixante et onze ans, malade, dans un char traîné par des bœufs, le Premier ministre monté sur une mule, les pouvoirs constitués du royaume, 150 000 soldats et 100 000 civils serbes, derrière leurs popes qui emportent reliques et icônes, souffrant de la faim, démunis de vêtements ou de chaussures adaptés au froid glacial (-20°c) et à la neige, sont harcelés sur plus de 400 kilomètres par les montagnards albanais qui se souviennent des exactions serbes des années précédentes. Les rescapés parviennent en janvier 1916 sur le littoral, dans la région de Shkodër où les bombarde la marine austro-hongroise.

L’Italie, qui a débarqué des troupes à Vlorë dès septembre 1914, puis occupé Durrës après son entrée en guerre contre l’Autriche en mai 1915, reste très hostile aux Serbes. Elle refuse de les évacuer par mer, et suggère qu’ils marchent… une centaine de kilomètres de plus jusqu’à Durrës. Finalement, ce seront des bateaux français qui récupéreront les survivants, acheminés vers les ports du sud où les incidents se multiplient avec les Italiens, puis, de là, vers Bizerte ou Corfou. Les Français, bientôt rejoints par les Italiens, ont en effet décidé d’occuper cette île grecque (11 janvier 1916), en dépit des protestations d’Athènes, afin d’y installer les institutions serbes, d’y soigner les soldats (les morts se compteront encore par milliers dans les mois qui suivent) et d’y réorganiser une armée serbe, tandis que les civils gagnent l’Italie ou la France. Mais les Franco-Anglais n’auront rien tenté de sérieux pour sauver ou aider leurs malheureux alliés dont la tragique retraite a probablement fait plus de 100 000 victimes… tandis que les Grecs désarmaient et internaient les Serbes qui avaient réussi à s’échapper par Monastir. Pire, après une pareille épreuve, le cabinet anglais refuse même de garantir l’intégrité territoriale de la Serbie, afin de se ménager la possibilité de concessions éventuelles à la Bulgarie qu’on envisage encore, à Londres, de pouvoir détacher des puissances centrales.

Jusqu’en 1918, la Macédoine, l’est de la Serbie et du Kosovo sont rattachés à la Bulgarie. L’occupation est terrible : nombre de notables serbes sont exécutés ou déportés dans des camps d’internement où la mortalité par maladie est considérable. Le clergé serbe est chassé, ou physiquement éliminé au profit des exarchistes, les livres et publications en serbe sont confisqués et brûlés. Particulièrement violente, cette politique de bulgarisation provoque localement des révoltes noyées dans le sang : la répression de celle qui éclate dans la vallée de la Toplika en 1917, entre le sud de la Serbie et le nord-est (à majorité serbe) du Kosovo, fera plus de 20 000 victimes. Le reste de la Serbie et du Monténégro est soumis à une administration militaire austro-hongroise qui n’est pas moins brutale : mise en coupe réglée des ressources économiques du pays, arrestations arbitraires et exécutions sommaires, déportations de nombreux notables dans des camps de concentration où le typhus fait également des ravages : à la fin de la guerre, la Serbie aura perdu 9 % de sa population de 1914, contre 3 % pour la France . En réaction, la tradition des hajduks n’est pas longue à revivre : des groupes de partisans (tchetniks) prennent le maquis d’où cette résistance nationale harcèlera les occupants jusqu’à la libération. Dans le sandjak de Novi-Pazar et au Kosovo occidental, les Autrichiens favorisent l’élément albanais. Occupant également le nord de l’Albanie, où est installé un gouvernement à leur dévotion, ils envisagent la réorganisation de la région en un royaume des Slaves du Sud et une Albanie comprenant sandjak et Kosovo – le tout sous protectorat austro-hongrois –, tandis que Berlin et Vienne promettent le Sud albanais à la Grèce en échange du maintien de sa neutralité."

mardi 24 octobre 2017

Les trompettes de la propagande

Non seulement "ça va mieux", mais en plus l'Europe sociale est en marche !

Toutessellezéssieux qui n'y croiraient pas et ne jouiraient pas d'enthousiasme en communiant dans le culte du génie de notre Génie des Alpages ne peuvent être que d'ignobles souverainistes, c'est-à-dire d'infâmes populistes mâtinés de fascistes qui rappellent les pire zeursombredenotristoires. D'ailleurs si la dame qui s'est fait des couilles en or en vendant ses options quand l'action de l'entreprise où elle licenciait montait du fait de ces licenciements, avant d'organiser des voyages sans appel d'offres à Las Vegas pour le Génie des alpages lorsqu'il était ministre, vous le dit, ça ne peut qu'être vrai ! Du coup, la presse, indépendante, honnête, mesurée, explose en louanges du Génie des alpages et de l'Europe ! Les cabris exultent.

En réalité, cette prétendue négociation était jouée d'avance. Ce serait un échec ou un trompe l'oeil de plus. Dans la situation de pré-effondrement de ce machin européen qui n'a plus comme seule ambition que de faire taire les peuples, on ne pouvait guère se payer le luxe d'un échec. On a donc logiquement opté - selon une très longue tradition européenne - pour le trompe l'oeil.

En enterrant un problème, on peut espérer qu'il disparaisse. Ou pas.

Aucun changement sur les charges, aucun moyen de contrôle réel puisque, au nom des contraintes budgétaires européennes, on a réduit à rien les capacités de contrôle de l'inspection du travail ; quant à la durée maximum de détachement de 12 mois, prolongeable d'un an (contre 3 ans auparavant , quelle avancée fondamentale !) : je me marre !!! Au pire, on fera juste tourner plus rapidement les semi-esclaves : t'étais en Belgique, tu pars en France ; t'étais en France, tu pars en Belgique.

Et puis "l'accord" ne sera applicable que dans quatre ans... et il exclut le transport routier, c'est-à-dire le secteur où il était le plus urgent de mettre fin à ces pratiques si l'on voulait sauvegarder nos entrepreneurs.

Tout cela n'est donc QUE... de la poudre de perlimpimpin, comme dirait le Génie des alpages.

Rien de plus normal : comme l'euro et comme l'UE elle-même, cette directive ne PEUT être réformée REELLEMENT. Elle ne peut être que supprimée si on veut se situer dans une autre dimension que le virtuel. Mais pour cela il faut briser le carcan qui nous condamne à mort.

jeudi 24 août 2017

Les Branquignols au gouvernement (suite et, hélas, pas fin).

L'ancien maire du Havre s'emmêle lamentablement les pinceaux dans les chiffres, patouille, va demander à ses conseillers pendant une coupure de pub ce qu'il doit dire, annonce une baisse de la taxe d'habitation pour 30 % des Français, ce qui nécessite un communiqué rectificatif de ses services quelque temps plus tard...

"Je ne suis pas un surhomme !" réplique alors, énervé, la première des nombreuses illustrations gouvernementales et parlementaires du principe de Peter.

Ah bon ! Le Premier ministre de Jupitre n'est pas Spiderman ?

Pendant ce temps-là, son patron, notre Jupitre à tous et à Christophe Barbier plus qu'à quiconque, qui avait promis de ne plus parler politique intérieure à l'étranger, se paye son ancien patron à Vienne (Autriche, vous me direz que, vu ses compétences en géographie, il pensait peut-être se trouver dans l'ancienne capitale des Gaules !), avant d'aller se faire rembarrer à Bucarest (peut-être n'a-t-il pas serré assez fort la main du Premier ministre roumain ? puisque, comme chacun sait, en politique étrangère, celui qui pisse le plus loin le montre en broyant la pogne de l'autre) où il réalise le tour de force de dire à la fois que Schengen ne marche pas bien ( Non ?! vrai ? on ne s'en serait pas douté) ET qu'il souhaite l'entrée de la Roumanie dans Schengen, ce qui aura sans aucun doute pour conséquence l'amélioration du fonctionnement de Schengen !!!

mardi 22 août 2017

Les Branquignols au gouvernement

S'il y a trop de portables en prison, ben c'est simple, il n'y a qu'à autoriser les portables en prison ! Signé la ministre de la Justice, garde des Sceaux. Imparable ! De sorte que les prisonniers pourront encore plus facilement piloter du dedans leurs "affaires" du dehors, et "préparer" encore plus efficacement leur sortie.

Le Québec et un certain nombre de pays dans le monde ont une vraie politique pénale, avec des prisons dignes, une doctrine claire où la peine est à la fois punition et préparation à la réinsertion, des moyens proportionnés aux objectifs que le politique a fixés. Dans de telles conditions de détention et de suivi personnel réel des détenus, l'usage du téléphone, contrôlé, à un certain stade de la peine, n'a rien d'absurde.

Dans l'état des prisons françaises, en l'absence de politique pénale sérieuse, cette mesure ne serait évidemment qu'une licence traduisant l'incapacité de l'Etat - une fois de plus - à faire respecter la règle. Elle ne répondrait nullement à une vision de la peine, mais serait une mesure circonstancielle de plus. Si on ne peut faire respecter la règle - si des caïds humilient l'Etat et ses agents en prison, en diffusant une vidéo depuis un lieu où ils ne sont pas censés disposer de ce dont ils disposent - alors changeons la règle ! Et permettons aux caïds de faire ce que nous ne sommes plus en mesure de leur interdire... Car qui peut penser que l'administration pénitentiaire, si elle est dans l'incapacité matérielle d'empêcher la circulation des portables en prison, sera capable d'en réguler l'usage et de faire respecter les blocages de numéros qu'il serait possible d'appeler ?

Nul système n'est parfait, mais certains sont meilleurs que d'autres ! Et la navigation à la godille est le pire.

Mais pour mener une politique pénale cohérente, pour mener une politique de défense cohérente, pour mener une politique éducative cohérente, pour mener une politique de sécurité cohérente, pour mener une politique de santé cohérente, une politique sociale cohérente... il faut à la fois penser, porter son regard au-delà du court terme, le fixer sur autre chose qu'un taux de déficit public, disposer de sa souveraineté monétaire et n'être pas étouffé par une monnaie surévaluée, mettre les moyens nécessaires en hommes (c'est-à-dire en budgets) pour atteindre l'objectif défini, avoir la fermeté d'exécution nécessaire.

vendredi 18 août 2017

Turku après Barcelone et avant...

Allez Hidalgogo va nous faire clignoter la Tour pour la Finlande... Et puis elle va nous faire un beau tweet "Turku la ville du tur et du...", Jupitre va assurer un Premiier ministre au nom imprononçable de sa solidarité. Philippe va devoir interrompre sa rando au cirque de Gavarny pour dire que ça ne peut plus durer. Deux ou trois crétins de service vont dire "vous n'aurez pas ma haine", "pas d'amalgame", "je suis Turku", et deux ou trois autres vont demander une nouvelle loi.

Et puis on va continuer comme avant, avec les 3% de déficit en ligne de mire et l'image de sainte Merkel au-dessus de nos lits : coupes budgétaires dans l'Education nationale, le renseignement, la police, la justice, l'armée, l'hôpital ; affaiblissement continuel de la Nation, qui permet de s'identifier à des représentations collectives, qui protège et permet de se projeter dans l'avenir, au profit d'une Europe et d'un euro qui lui substituent le Marché, le Profit, la Concurrence et ne cessent d'encourager davantage des "identités" aussi reptiliennes que fantasmées ; alignement inconditionnel sur les conneries américaines ; toujours plus de précarité pour les plus fragiles, matériellement et psychologiquement ; discours lénifiants sur l'islamophobie inversant l'ordre des responsabilités ; soutien sans réserve aux régimes islamistes qui, de la Turquie au Golfe, ont armé idéologiquement et matériellement ceux qui nous tuent.

C'est Errejon qu'il nous faut !

J'ai déjà eu l'occasion d'écrire ici tout le bien que je pense des jeunes gens (plus de 50) qui ont fondé et qui font vivre depuis plus de six mois, ce nouveau media qu'ils ont baptisé Le Vent se lève (LVSL).

Eh bien, ces jeunes gens (en l'occurrence Lenny Benbara, Vincent Dain, Léo Rosell) viennent de réaliser un coup de maître avec l'entretien qu'ils ont obtenu d'Inigo Errejon, un des fondateurs de Podemos et son plus brillant penseur.

Cet entretien est simplement passionnant !!! Lisez-le d'urgence et avec attention : ce type est manifestement une tête politique et une tête politique bien faite !!!

On est si loin de certaines élucubrations de la France Insoumise - qu'il s'agisse, dans le domaine institutionnel, des conceptions fumeuses de Charlotte Girard, du concours Lépine institutionnel de la Constituante (la question centrale n'est pas institutionnelle, ellle est européenne), des inconséquences tragiques d'une Clémentine Autain, du gauchisme infantile d'autres, du trotskisme jamais digéré... - qui n'ose pas (encore ?), malgré quelques progrès notables (le drapeau tricolore, La Marseillaise ; Errejon : "J’adorerais avoir un hymne national comme La Marseillaise, je n’arrêterais pas de le chanter si c’était le cas !") mais bien insuffisants (même s'ils donnent des vapeurs à beaucoup...), parler clairement - je répète : CLAIREMENT ! - de l'UE, de l'Etat, de la nation, de la patrie - de l'ordre. De l'Etat, car c'est bien là une des failles majeures de FI et de son horizontalisme. La participation, un Etat au service de qui et de quoi ? certes ! Mais un Etat qui en soit un : une révolution culturelle majeure pour la FI !

Même sur Syriza, l'analyse est impeccable, bien que, sans doute pour des raisons tactiques, la question de la gestion syriziste ne soit point abordée.

D'un bout à l'autre, j'ai dévoré cet entretien dans une espèce de transe ! C'est magique de lire un truc où on est d'accord avec tout.

Il arrive au vieux gaulliste que je suis de se dire qu'il était déjà un peu populiste avant le populisme... Mais peu importe, ce n'est plus ma génération qui fera l'histoire. Si cette pensée-là permettait de reconstruire, autour de ce clivage démocratie/oligarchie, un projet politique fondé sur la souveraineté, l'Etat-nation et le rôle de l'Etat, la justice, qui soit autre chose que la volonté de fédérer les résidus de gôgôches épuisées et gélifiées, je serais heureux de pouvoir y participer !

vendredi 28 juillet 2017

STX

Si je ne me félicite pas de la préemption (et non de la nationalisation comme certains se plaisent à le dire, alors que le ministre a précisé qu'il n'employait pas le mot de préemption au hasard) de STX, c'est que je ne suis pas encore certain que tout cela soit autre chose que de la gesticulation.

Si cette intention annoncée à grand renfort de coup de clairons trouve une traduction REELLE, alors je n'hésiterai pas à dire que ce président et ce gouvernement que je conchie ont eu raison et ont bien fait. Mais je me souviens de Florange et d'un Macron qui s'opposa à la nationalisation sauvetage d'un instrument industriel capital voulue par Montebourg. Et je vois dans le même temps qu'on se prépare à privatiser les aéroports de Paris. Et je sais aussi qu'il faut faire diversion sur le mauvais coup, qui ne passe pas, asséné à la défense de la nation.

Alors ? Alors on verra si cette intention affichée va au bout. Ou bien s'il ne s'agit que de moulinets destinés à brasser l'air estival pendant dix jours pour finir par dire que, grâce à cette fermeté, on a obtenu des concessions qui n'en seront pas et qui légitimeront, au nom de l'idéal européen appelé à la rescousse, le bradage.

Je connais trop l'air grec de cette chanson-là : mimer la résistance pour faire croire qu'on résiste et tout lâcher en disant que ç'aurait été pire si on n'avait pas résisté.

Qu'on me permette donc d'attendre un peu avant de féliciter une équipe qui ne se distingue que par la trahison des intérêts de la nation depuis qu'elle est au pouvoir.

dimanche 28 mai 2017

Serrage de pogne légendaire...

En arriver à commenter une poignée de main pour faire la démonstration que notre Génie sans bouillir, qu'ils ont promu comme une nouvelle lessive, est désormais l'Etoile polaire sur laquelle le monde entier a les yeux fixés, que le monde entier nous envie et que ce monde a bien raison d'admirer, ébahi, jusqu'à l'extase, vu que Génie sans bouillir va bientôt marcher sur l'eau, en dit long sur l'abîme de flagornerie dans lequel a sombré une partie considérable de cette corporation qu'on appelle les journalistes.

Moi, tout cela m'a irrésistiblement rappelé Coluche avec "virile, les phalanges qui blanchissent et les visages qui se crispent" en place de "longue et chaleureuse"...

vendredi 5 mai 2017

Géométrie très très variable...

Rappelons que c'est sous la pression de la très très démocratique Union européenne, de la très très chancelière de ladite Union, Angela Merkel, et du très très ministre des Finances Schäuble de la même Union, très très partisans tous les deux de l'arrivée au pouvoir d'un banquier d'affaires en France, qu'en novembre 2011 l'extrême droite entra au gouvernement grec, pour la première fois depuis la chute de la dictature militaire en 1974, dans le gouvernement d'un autre très très banquier, Loukas Papadimos, ancien vice-président de la Banque très très centrale et très très européenne, pour appliquer un très très démocratique mémorandum qui ressemble par bien des points au programme très très GOPE (Grandes orientations de politique économique) du Banquier français.

Comme quoi, en régime d'Union européenne, l'antifascisme est à géométrie très très variable.

Par ailleurs, on apprenait hier dans L'Humanité que : "Le « Parti Égalité Justice » (PEJ), officine officieuse de l’AKP en France, souhaite présenter 68 candidats dans des circonscriptions urbaines. Cette organisation compte en son sein des islamistes et des fascistes issus de la sinistre organisation des « Loups Gris ». Elle s’est illustrée récemment par des tentatives d’entrisme dans diverses institutions, le fichage d’opposants au référendum d’avril 2017 et par des appels à la haine d’imams inféodés au pouvoir d’Ankara. La présence de ce parti dans le paysage électoral français risque d’attiser le nationalisme et faire taire les démocrates turcs et kurdes de France. Le Parti communiste français (PCF) appelle instamment le ministre de l’Intérieur à diligenter sans délai une enquête pour défaire cette manœuvre contre la démocratie et la République françaises. L'immixtion du dictateur turc dans le scrutin législatif français doit être condamnée fermement par les autorités de notre pays."

Comme quoi le fascisme aujourd'hui... comme on dirait pour le statut de couple sur Facebook : "Cest compliqué". Mais je n'ai aucun doute sur le fait qu'avec notre Banquier-président tout cela va rapidement rentrer dans l'ordre !

mercredi 26 avril 2017

Macron ou le syndrome européen

En Grèce, En Marche ! s'appelle Potami (Le Fleuve) et Macron Théodorakis, mais c'était déjà allé trop loin en 2015 pour que les gens s'y laissent prendre. Alors il y a eu Tsipras qui, au final, a joué le même rôle.

En Italie, Macron s’appelle Renzi et c’est venu par un coup d’Etat intérieur au parti dit de gauche PDS ; ça c'est très vite usé.

En Espagne, Marcron s’appelle Rivera, En Marche ! porte le nom de Ciudadanos (Citoyens), et ça a suffisamment marché pour permettre à la droite de rester au pouvoir grâce au soutien faux-cul des socialistes.

Chaque fois, il s’est agi de faire croire qu’on faisait du neuf afin de donner un répit au vieil empire germano-européen en voie d’effondrement sur lui-même mais dont les peuples ne parviennent pas à comprendre qu’il faut se débarrasser pour retrouver des marges de maîtrise de leur propre destin. Chaque fois, il s’est agi de fournir une roue de secours au carrosse du désastre qui nous emporte à toute berzingue vers l’abîme.

Partout, ça s’installe grâce au ralliement de la nomenklatura affolée de voir le peuple remettre en question sa position dominante – son dû.

Partout, les très vieilles recettes, usées jusqu’à la trame, portées par des oligarques cacochymes blanchis sous le harnais de 40 ans d’échecs euro-ordolibéraux, avec le soutien des idiots utiles, se cachent derrière le même jeune visage lisse aux yeux vides. Avec en France, une touche hystérique de ridicule pseudo-messianique.

Tout ça avec l'argent de qui ? Comment monte-t-on en un rien de temps ce genre de mouvement kleenex ?

Avec, ici et maintenant, la muleta du pseudo-fascisme qu’on agite sous les naseaux du taureau pour être certain qu’il se précipite bien, avec l'élan voulu, droit sur l’épée du matador germano-bruxellois. Mais le vote Le Pen ne sort pas de nulle part, comme l'écrit si bien aujourd'hui Jacques Sapir, et, nonobstant les jappements frénétiques de toutes les sortes de chiens de garde, on ne fait pas barrage avec la politique qui ne cesse depuis des lustres d'amener l'eau au moulin du FN.

Enfin si ça ne marche pas, derrière, il y a toujours celui qui fait croire qu’une "alternance à gauche" est possible, mais qui, comme il ne veut pas/ne peut pas (intellectuellement) rompre avec le dogme européen, est/sera broyé (avec ou sans son consentement) pendant qu'il croit négocier quelque chose, par des moyens de coercition financiers et monétaires préparés de longue main à l'usage de ceux qui croient encore, après l'expérience grecque, que parce qu'ils sont eux et parlent haut, on les écoutera.

Mais dans ce cas-là aussi c’est bingo puisque, comme en Grèce, le système germano-européen tue toute idée même de "gauche" pour au moins 30 ans : anthropologiquement plié, comme l'écrit l'ami Panagiotis Grigoriou.

Car il n'y a rien à négocier ; il n'y a qu'à partir ou à subir.

La seule solution pour briser ce cercle infernal et vicieux qu'on nous présente comme le cercle de la raison, c'est d'expliquer clairement avant d'arriver au pouvoir pourquoi et comment il faut en sortir, c'est de le rompre en arrivant au pouvoir par des mesures immédiates et radicales de sauvegarde – à commencer par le rétablissement de la monnaie nationale et le contrôle des changes. Et puis ensuite on négocie : les termes du divorce. C'est-à-dire la seule chose qu'il y a à négocier avec ce bastringue européen. Faute de quoi on est cuit. Qu'on le veuille ou non, qu'on en ait conscience ou non.

Il n'y a ni réforme possible ni issue démocratique dans le cadre du carcan européen : un carcan, ça se brise ou on y crève.