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mardi 30 mai 2017

Nécrologie

Hier est mort, à 98 ans passés, une des calamités de la politique grecque, un des symboles les plus accomplis du népotisme, du clientélisme et de la corruption d'une caste qui a conduit le pays à la catastrophe. Konstantinos Mitsotakis, neveu du grand Vénizélos, élu pour la première fois député en 1946, officiellement retiré de la vie politique en 2004, il s'est notamment illustré en trahissant Georgios Papandréou dont il était le ministre, lors de la brève ouverture politique dans un système de monarchie blindée d'apparence parlementaire (voir Z) héritée de la guerre civile, après les élections législatives de 1963.

Il devient alors le pilier des ministères instables que les Grecs nomment "Gouvernements des apostats", manipulés (et rétribués sur comptes en Suisse) en coulisse par l'ultra droitière, ancienne nazie, petite-fille du Kaiser, la reine-mère Frédérika dont les réseaux clientélistes couvrent alors tout le pays dans une véritable administration parallèle. Des ministères qui entretiennent une crise politique qui ouvre la voie au coup d'Etat des Colonels en 1967.

Détesté de Konstantinos Karamanlis qui, après avoir été Premier ministre de la monarchie blindée, s'est exilé à Paris en 1963 et devient, en 1974, l'artisan habile et éclairé de la transition démocratique et l'homme politique grec qui domine toute la seconde moitié du XXe siècle, Mitsotakis rallie en 1978 le parti de droite (enfin démocratisé) Nouvelle Démocratie fondé par Karamanlis et devient, dans la foulée, ministre de la Coordination économique puis des Affaires étrangères de 1978 à la victoire des socialistes (PASOK) d'Andréas Papandréou (dont il a fait tomber le père en 1965) en 1981.

En 1984, Mitsotakis s'empare de la direction de la ND, mais toujours aussi détesté par une grande partie des Grecs, échoue à obtenir une majorité aux élections législatives de juin et novembre 1989, malgré le discrédit qui frappe Papandréou et le PASOK alors compromis dans l'immense scandale financier Koskotas. Après une expérience de gouvernement de catharsis (de purification) d'union entre la droite et les communistes (dont Mitsotakis n'est pas membre), il finit par obtenir en avril 1990 150 députés sur 300.

Il imposera alors au pays une politique d'inspiration thatchérienne (Mikis Théodorakis siège dans ce gouvernement, sans portefeuille, jusqu'à sa démission en 1992...) qui le plonge dans sa pire crise sociale depuis la dictature, grâce au soutien d'un "indépendant" et de deux députés de la minorité turcophone de Thrace. Réélu (par le Parlement) président de la République en mai 1990, Karamanlis, qui s'entendait plutôt bien avec Papandréou (même si celui-ci s'était opposé à sa réélection à la présidence de la République en 1985), déteste toujours autant Mitsotakis et s'oppose publiquement à lui lorsque le Premier ministre envisage la libération des Colonels toujours emprisonnés.

En octobre 1993, ce gouvernement de droite dure sans réelle majorité finit par tomber sur la question de l'Ancienne République yougoslave de Macédoine, récemment devenue indépendante, dont le nom qu'elle adopte et la Constitution laissent craindre des prétentions irrédentistes sur la Macédoine grecque. Répliquant ce que Mitsotakis avait fait à Papandréou, le jeune ministre des Affaires étrangères Antonis Samaras poignarde son Premier ministre et quitte la ND avec plusieurs députés pour fonder "Printemps politique" sur une ligne d'intransigeance à l'égard de l'ARYM.

Le PASOK et un Andréas Papandréou cacochyme, de plus en plus sous la coupe de sa nouvelle, plantureuse, et souvent scandaleuse épouse, reviennent alors au pouvoir, jusqu'à ce qu'Andréas, hors d'état de gouverner, soit contraint de passer la main à Konstantinos Simitis... qui sera l'artisan de l'entrée de la Grèce dans l'euro.

Mitsotakis sera réélu député et siégera au Parlement jusqu'en 2004 ; mais il ne reviendra plus au pouvoir.

Lui... mais le clan ? Sa fille Dora (Théodora) a vu son mari Pavlos, député ND, en 1989, assassiné par le groupe du 17 novembre (date du soulèvement des étudiants de l'Ecole Polytechnique contre la dictature en 1973). Ce groupe est apparu en 1975 ; il a commis hold-up et attentats contre des biens appartenant à des militaires américains ou un bar qu’ils fréquentent. Il est également responsable de 23 assassinats, dont les victimes sont des tortionnaires de la dictature, un chef d’antenne de la CIA à Athènes, des attachés militaires américain et britannique, un diplomate turc, des juges, des industriels, un éditeur… Pour autant, et a partir d'un certain moment, nonobstant les procès de 2002-2003 (avant les Jeux olympiques de 2004) qui laissent bien des zones d'ombre, il semble à beaucoup d'observateurs que le "17 novembre" aurait surtout constitué une « marque », utilisée par des commanditaires politiques en fonction des circonstances pour régler certains comptes.

Quoi qu'il en soit, Dora "héritera" du siège de son mari et deviendra ministre de la Culture... de son père (1992-1993), maire d'Athènes (2003-2006) puis ministre des Affaires étrangères de Karamanlis (2006-2009) "le Gros", neveu du "Grand".

Mais si les clans Karamanlis et Mitsotakis sont ennemis, Dora enrage d'être battue dans le scrutin pour la direction de la ND, en 2009 (après la défaite de Karamanlis, le neveu de, aux législatives, face à Georgios Papandréou, le petit-fils et fils de), par... Samaras - celui-là même qui a fait tomber papa en 1993 ! A son tour, elle entre en dissidence, reprochant à Samaras de refuser (pour des raisons purement tactiques), en 2010, les voix de la ND au gouvernement de Georgios pour faire adopter le premier Memorandum dicté par l'Eurogermanie. Exclue de la ND, elle fonde alors son parti, L'Alliance démocrate qui n'obtient que 2,56 % des voix aux législatives de mai 2012... sans obtenir de député, elle a néanmoins contribué au score historiquement bas de la ND de Samaras (18,85 %) qui doit traiter avec elle, aucune majorité ne se dégageant, dans la perspective de nouvelles élections en juin où elle renonce à présenter des candidats... ce qui lui permet de redevenir député de la ND jusqu'à aujourd'hui.

Ajoutons que sa soeur, Alexandra, dirige le Centre culturel hellénique de Paris depuis 2009 - avec compétence, au demeurant, m'assure une amie en qui j'ai toute confiance, mais comprenons bien que je parle ici, avant tout, d'un système à travers les personnes.

Reste Kyriakos, né en 1968, et dont les mauvaises langues soutiennent que ses grands-parents l'auraient fait passer pour leur fils afin de sauver l'honneur de Dora (14 ans alors) - selon cette version, le père serait un chanteur de l'époque et les photos sont, il est vrai, troublantes. Toujours est-il que Kyriakos. Formé aux Etats-Unis (comme la quasi-totalité de la Nomenklatura grecque actuelle, y compris la syrizesque) dont il a fréquenté les meilleures universités, passé par la Chase Manhattan Bank puis par des groupes bancaires grecs, il est devenu... député ND, depuis que papa (grand-papa) lui a légué son siège en 2004. En juin 2013, il entre même au gouvernement de l'ennemi de papa (ou grand-papa), Samaras, comme ministre (stratégique sous le régime troïkan) de la Réforme administrative.

Puis, quand Samaras est expulsé de la direction de la ND après la victoire du Non au référendum de juillet 2015, et que le président par intérim (du clan Karamanlis), Meimarakis, est affaibli par le score médiocre de la ND aux législatives de septembre, Kyriakos emporte l'élection interne à la ND pour la présidence du parti - malgré les soupçons de son implication dans l'immense affaire de corruption Siemens et avec une avance que beaucoup d'observateurs jugent fort surprenante... ou suspecte pour les plus mauvaises têtes.

Depuis, Kyriakos est le leader de l'opposition et Premier ministre potentiel en cas de victoire électorale de la ND, à laquelle les sondages promettent un score autour de 30 % contre un score autour de 15 % à Syriza - le principal argument de Kyriakos étant sa proximité avec l'Allemagne censée lui permettre d'obtenir, dans le cachot européen, un régime de détention un rien moins sévère.

Quand à Konstantinos junior, le fils de Dora (neveu ou frère de Kyriakos), comme on voudra, il est déjà président de la région d'Evritanie (Grèce centrale) dont son père, puis sa mère, furent députés... et sans doute déjà prêt à prendre un jour la relève de tonton (ou frangin) à la tête de la ND... et du gouvernement !

Incontestablement, la mort du patriarche a tourné une page dans l'histoire politique grecque. Mais le clan reste là. Et bien là.

vendredi 26 mai 2017

Toujours la Grèce...

Si même sur France Culture on se met à dire que le "problème grec" est avant tout allemand, où va-t-on ma bonne dame, je vous le demande ?!

Merci à Jean-Baptiste, fidèle lecteur de ce blog, d'avoir attiré mon attention sur cette chronique : les esprits bougent. Enfin ! J'en suis témoin lors de mes déplacements en province : on peut dire aujourd'hui, sans provoquer l'indignation immédiate et générale, des choses sur "l'Europe" et l'Allemagne qu'il était inconcevable de dire, il y a encore deux ans, sans se faire accuser de "faire le jeu"... Oui, enfin, l'imposture criminelle se révèle aux yeux de certains. Mais grands dieux, que tout cela est long ! Et en réalité privé de tout débouché politique... pour combien de temps encore ?

J'écris depuis des années que l'aveuglement de l'Allemagne, de l'UE et des "élites" grecques qui s'en sont faites le relais servile mènerait à une catastrophe, non seulement économique et sociale, mais démocratique. Et que sans doute seul le souvenir de la guerre civile a empêché jusqu'ici le désespoir qu'on a systématiquement cultivé depuis bientôt dix ans en Grèce de se transmuer en violence politique. J'écris depuis des années, ici et ailleurs, que cela ne peut que mal finir, très mal et probablement dans le sang.

Dans mon Tigrane l'Arménien, dont une partie se déroule dans l'Athènes de la crise, je mets en scène un Grec, membre d'une association de citoyens européens baptisée TINA, qui exprime toute la révolte et toute la fatigue d'un peuple qui subit depuis bientôt dix ans une politique criminelle et sans issue - une association qui commet un attentat symbolique au coeur même su système européen de démontage de la démocratie, une association qui somme des "élites" aveugles et sourdes aux conséquences humaines de leur politique inhumaine et criminelle de restituer aux peuples le pouvoir qu'elles leur ont confisqué sous prétexte "d'Europe".

Hier, Loukas Papadimos a été blessé dans sa voiture, à Athènes, par une lettre piégée.

Papadimos le banquier, gouverneur de la Banque centrale de Grèce puis vice-président de la BCE, bénéficiaire en 2011 du coup d'Etat européen contre le Premier ministre issu des élections, l'homme qui a fait entrer l'extrême droite au gouvernement pour la première fois depuis 1974, l'homme qui a fait adopter le deuxième Mémorandum en février 2012.

Ceci est sans doute une étape - si prévisible ! Mon seul étonnement est qu'elle n'ait pas été franchie plus tôt.

dimanche 2 avril 2017

L'impasse grecque : troisième volet de mon papier à lire sur l'Arène nue

L'amie Coralie Delaume publie aujourd'hui sur son blog, L'Arène nue, le troisième article consacré à la triple impasse - tragique - dans laquelle les politiques de l'UE ont enfermé la Grèce depuis 2009-2010. Il est consacré, après l'impasse économique et l'impasse géostratégique à l'impasse politique - une impasse ô combien dangereuse, qui a été méthodiquement "construite" par l'Union européenne, non par hasard, non parce qu'elle a dévié de ses principes et qu'il faudrait la "réorienter" ou la réformer, mais en application de l'idéologie qui est, depuis l'origine, sa seule "nature" et sa seule motivation..

Sur le même thème, on lira avec profit le dernier papier de blog - particulièrement désespéré et désespérant - de Panagiotis Grigoriou (aidez-le, si vous le pouvez) !).

Rappelons enfin, puisque c'est le moment des réservations pour l'été, que Chrys et Panagiotis vous proposent de découvrir autrement, avec Grèce Terra incognita qui augmente cette année son offre, à pieds, en voilier ou en voiture, Athènes et l'Attique, les îles du Saronique ou les Cyclades, mais aussi la Thessalie connue ou cachée, que Panagiotis connaît parfaitement bien puisqu'il y a ses attaches familiales. Autrement parce que Panagiotis est ethnologue, historien, analyste acéré du présent de son pays et que Chrys et lui sauront mêler les plaisirs de vacances à la grecque et la découverte de la vraie Grèce, dans ses traditions et sa vie contemporaine. Alors réservez !

vendredi 17 mars 2017

"Conspiration des cellules de feu"

Dans les années 1960 le philosophe marxiste grec Nikos Poulantzas disait que la bourgeoisie grecque n'était pas fondamentalement une bourgeoisie nationale, mais une bourgeoisie compradore qui fonde ses investissements et son pouvoir sur sa position d'intermédiaire, de relais entre un étranger dominant et un peuple dominé. Je n'ai jamais été marxiste, mais je crois qu'il a fondamentalement raison et que cela explique largement ce qui se passe dans ce pays depuis 7 ans : la soumission volontaire des "élites" politiques grecques, de la droite à Syriza compris, à un pouvoir colonial euro-allemand.

Le 20 juin 1947, alors que les Américains remplaçaient les Anglais pour mener la guerre civile déclenchée en Grèce par la politique de Churchill relayée par un Papandréou, le grand-père, le Washington Post s'étonnait ainsi de "l'empressement (des élites politiques grecques) à mettre la gérance de ses affaires intérieures aux mains d’un autre pays ».

Cette situation, récurrente depuis l'indépendance, conduit en réalité le pays à une guerre civile - larvée ou ouverte - presque permanente, sauf aux moments (Trikoupis, Vénizélos, Karamanlis après 1974, Andréas Papandréou, le fils du précédent et le père du suivant... partiellement et pour faire court) où le pouvoir s'incarne dans un chef "national". Ce que Tsipras a refusé d'être à l'été 2015.

Or donc, j'ai écrit depuis plusieurs années maintenant que, dans un pays géré sur ce mode para-colonial par ses propres "élites", dans lequel c'est, sur le long terme, la violence politique qui permet de combattre leur trahison quasi-permanente, ce qui me semblait étonnant c'est que le traitement infligé par l'Euro-Allemagne depuis 7 ans n'ait pas encore provoqué une telle violence - contre les "élites" locales ou contre ceux dont elles se sont volontairement fait les agents. J'ai maintes fois écrit aussi que, vu le traitement infligé à la Grèce depuis 7 ans, il ne faudrait ni s'étonner ni se lamenter de la réapparition, un jour ou l'autre, d'une violence politique dont on aurait méthodiquement préparé le terrain à Berlin, à Bruxelles, à Washington, à Paris, à Athènes...

Arrivons-nous à ce moment-là avec les deux plis piégés adressés au para-colonisateur allemand et au FMI ? Qu'est cette "Conspiration des cellules de feu" qui a revendiqué ces envois ? Est-ce le début d'une escalade devant l'impasse politique totale patiemment construite par l'Euro-Allemagne depuis 7 ans (voir la troisième partie de mon article sur les impasses grecques, à paraître sur L'Arène nue de Coralie Delaume ce ouiquende) ? Il est encore bien trop tôt pour répondre... En tout cas, le fait que cette organisation ait baptisé son opération "Némésis" (déesse grecque de la justice vengeresse) est un indice intéressant...

Ce qui me trouble - personnellement - dans cette affaire, c'est que, il y a trois ans, en écrivant mon prochain roman - intitulé "Tigrane l'Arménien" - à paraître le 4 mai qui vient à La Différence, j'ai emmêlé une intrigue où il est question d'une autre opération baptisée "Némésis", celle des équipes de Vengeurs constituées, après la première guerre mondiale, par le Dachnak arménien pour éliminer les responsables jeunes-turcs du génocide, et une autre intrigue, contemporaine, où je parle d'un groupe appelé TINA qui, constatant que la démocratie a été réduite par l'UE à une coquille vide de sens et de contenu, recourt à des actions "illégales" (de violence symbolique dans mon livre) pour combattre cette situation...

lundi 20 février 2017

Réponse à Jean-Baptiste...

Merci, cher Jean-Baptiste, de votre réaction à mon dernier billet - et comme je préférerais avoir eu tort !!!

Deux éléments de réponse à votre question. Les sondages d'abord, dont nous savons qu'en Grèce ils sont encore moins fiables qu'ailleurs, et ceci pour des raisons structurelles tenant aux groupes de médias auxquels appartiennent la plupart des instituts : ils ont bien plus pour fonction de tenter (en vain, on l'a vu pour le référendum comme pour les deux législatives de 2015) de fabriquer l'opinion plutôt que de la photographier. Que disent-ils ? Ils donnent tous la ND devant et presque tous avec un score environ double de Syriza... mais à un niveau historiquement bas, un peu au-dessus de janvier 2015, autour du score réalisé en juin 2012 ou en septembre 2015. L'effondrement de Syriza ne se traduira sans doute pas par un raz-de-marée conservateur, mais en premier lieu par une montée de l'abstention.

L'autre indication c'est la disparition du Parlement du parti leurre créé par Berlin et Bruxelles, le Potami (Macronerie grecque avec quelques années d'avance), de l'Union des centres, dont j'ai eu l'occasion d'écrire ici que son relatif succès de septembre 2015 était en partie dû à un vote de dérision, et des Grecs indépendants, scission prétendument souverainiste de la ND devenue partenaire de coalition de Syriza - sans objet puisque tout son discours souverainiste a été démenti par la politique du gouvernement auquel elle permet de survivre.

Les néonazis d'Aube dorée et les communistes orthodoxes du KKE semblent en position de tirer une partie des marrons du feu mais en restant sensiblement sous les 10 % chacun. Enfin le PASOK et ses alliés semblent solides sur leur socle réduit, autour de 6 %, voir légèrement en hausse.

Si les résultats du prochain scrutin s'approchent de cette photographie, la situation politique risque d'être très compliquée. La ND n'aurait probablement pas de majorité absolue à la Vouli, et l'appoint du PASOK, qui serait entre la moitié et les deux tiers de ses voix de juin 2012, risque d'être juste. Dans ces conditions, il faudrait soit revoter comme en 2012, soit négocier une grande coalition avec Syriza... C'est la raison pour laquelle j'ai écrit ici depuis quelque temps que Tsipras cherchait peut-être l'occasion de "tomber à gauche" afin de remobiliser une partie de son électorat et de se trouver en position d'être un partenaire indispensable à un nouveau gouvernement.

Voilà pour la tambouille.

Le deuxième élément, ce sont les impressions que nous avons retirées de notre séjour et de nos contacts, à Nisyros et à Athènes, en décembre-janvier. Et là, c'est la totale démoralisation qui domine. Une dépression collective sans doute au moins aussi profonde qu'après le coup d'Etat euro-allemand qui remplaça le Premier ministre élu Papandréou par le banquier non élu Papadimos. "Ici, tout est mort", a répondu à ma question un ami, ancien secrétaire régional pour le Dodécanèse de Syriza, démissionnaire après la capitulation de l'été 2015, engagé après à Unité populaire - aujourd'hui retiré de toute activité politique. UP n'a pas pris : les gens ne croient plus à rien et pas à ces hommes qui ont participé au gouvernement Syriza jusqu'à la capitulation : ils ont tout couvert, ils savaient ce qui se préparaient, ils n'ont rien dit ni rien fait pour l'empêcher. Ils feraient la même chose - c'est ce que nous avons entendu à propos d'UP.

De plus, UP a été profondément divisée sur l'euro et l'UE, tenant un discours aussi alambiqué et donc aussi inaudible que Mélenchon. Ils semblent enfin sortir des ambiguïtés (je place ci-dessous un résumé du discours prononcé le ouiquende dernier par Lafazanis en Italie), mais c'est sans doute bien tard... surtout si, comme je le pense, la nomenklatura va désormais se rallier à une sortie de l'euro pilotée par l'Allemagne ou les Etats-Unis (voir le papier de Panagiots sur la drachme-dollar) et, bien entendu, avec le maintien de la laisse de la dette.

Quant à Zoé, si j'ai un immense respect pour son action entre janvier et septembre 2015, elle ne représente pas grand-chose. Sur le fond, son discours est le même que celui de Syriza première manière ou Varoufakis : on va créer un rapport de force, réformer l'Europe de l'intérieur, on ne peut pas "leur" abandonner l'UE. Discours qui frise l'absurde dans la situation actuelle et chacun le sent bien. Ce n'est que du Syriza d'avant la capitulation... Sur la forme, elle a certes une image de combattante intraitable dans une partie de l'opinion, mais je ne suis pas certain que ce soit la perception majoritaire (euphémisme). Pour beaucoup - dans une société qui reste machiste -, elle fait d'abord figure de virago - voire de folle.

En tout cas ni UP, ni le parti de Zoé, ni Antarsya, ni l'EPAM (hors KKE, le parti de gauche souverainiste le plus conséquent depuis le plus longtemps !) ne paraissent en mesure, aujourd'hui, d'entrer à la Vouli, seuls, et ils semblent incapables de s'unir pour présenter un front commun.

Dans ces conditions, ce qui domine c'est l'épuisement - il se voyait sur les visages, au coeur de cet hiver particulièrement rude -, et un scepticisme total. Beaucoup pariaient sur des élections avant l'été tout en ajoutant aussitôt qu'elles ne changeraient strictement rien... En réalité, l'Euro-Allemagne a (provisoirement) tué, en Grèce, le Politique, l'idée que que quoi que ce soit puisse changer par les mécanismes de la démocratie.

Que vous dire de plus ? Je voudrais pouvoir ajouter une nuance optimiste. Je suis totalement incapable d'en trouver une !

Ma conviction, depuis un moment déjà, est que tout cela finira mal. Probablement très mal. Mais quand et de quelle manière, je suis bien incapable de le prévoir...

Voici le résumé d'un article paru hier dans I Efimerida:

En Italie, au congrès fondateur de la "Gauche italienne", Lafazanis, le secrétaire d'Unité populaire, affirme la nécessité de sortir immédiatement de l'euro et de rompre avec le néolibéralisme. Il dénonce la pente antidémocratique de l'eurozone et de l'UE face aux menaces de leur désintégration. Il affirme que la gauche européenne doit dire un Non clair et net à l'eurozone et à l'euro et proposer un nouveau projet européen de sécurité fondé sur des pays égaux, démocratiques et souverains. Il prévient que si la gauche européenne ne dit pas un fort non à la prison de l'euro en traçant les perspectives d'une sortie "progressiste", c''est l'extrême droite qui en tirera profit.

Il a précisé que le retour à la monnaie nationale ne constitue pas une fin en soi, mais est indispensable à l'annulation des mémorandums, du néo-colonialisme de la Troïka et de l'austérité, à la mise en oeuvre d'une politique monétaire nationale répondant à des exigences sociales de développement, à la mise sous contrôle public des banques, à l'arrêt des privatisations et la réappropriation par la société de la richesse nationale, à la reconstruction de l'économie et à la transformation productive selon de nouvelles normes économiques viables et innovatrices dans une perspective socialiste.

samedi 18 février 2017

Le retour à la drachme pour bientôt ?

Ca vient... et de la pire façon.

L'intransigeance allemande sur l'effacement partielle de l'insoutenable dette grecque empêchera probablement le FMI d'accepter de s'associer à un nouveau plan dit d'aide - qui ne serait qu'un plan de poursuite de l'écorchage des Grecs. Faute d'effacement partiel, il faudrait un mémorandum IV : cercle vicieux, spirale déflationniste sans fin, la même depuis 2010 qui conduirait à une aggravation supplémentaire de la situation déjà tragique du pays et d'une partie toujours croissante de sa population. Or Schäuble et Dijsselbloem le répètent à l'envi : pas de nouveau plan sans le FMI.

Et Schäuble de ressortir de son chapeau la sortie forcée de l'euro, déjà agitée à l'époque du bras de fer (réel ou mimé) de l'été 2015 - avec un plan d'accompagnement. Dans le même temps, lors d'un match de foot à Thessalonique, les supporters allemands ont brandi des billets de 50 euros assortis d'insultes au peuple grec. Et un vice-président (FDP, parti libéral) allemand du pseudo-parlement européen a, à son tour, prôné le Grexit - théme repris, dans la semaine écoulée, par l'inénarrable Leparmentier, propagandiste en chef du Monde... en attendant l'imprimatur du grand Mamamouchi Quatremer...

Dans son dernier papier de son indispensable blog, l'ami Panagiotis Grigoriou note en outre qu'à Athènes on parle chaque jour davantage d'une sortie de l'euro, vers une... drachme-dollar - marque d'une redistribution des cartes géostratégiques en Europe... Enfin, pour la première fois, un sondage en Grèce donne une majorité, et très nette : 54,8 % (soit 29,6 % des électeurs de la Nouvelle Démocratie - droite - en 2015, et 66,2% des électeurs de Syriza 2015) - sinon pour une sortie de l'euro par principe, mais pour un rejet des nouvelles mesures exigées par les créanciers, même si cela doit conduire à une sortie de l'euro et un retour à la drachme. 32,2 % des personnes interrogées se prononcent pour l'acceptation et le maintien à tout pris dans l'euro.

Vu l'indépendance des instituts de sondage en Grèce, il peut aussi bien s'agir (ou en même temps) d'une évolution en profondeur de l'opinion (dont je suis moi-même convaincu depuis longtemps, certain que si Tsipras avait rompu à l'été 2015 en respectant le mandat de rejet du mémorandum III donné clairement pas référendum, le pays l'aurait massivement suivi, quelles qu'aient été les conséquences de ce refus), que d'un début de préparation de l'opinion à une sortie forcée de l'euro décidée dont Schäuble, et dont un vice-président allemand FDP du pseudo-parlement européen et même l'inénarrable Leparmentier ont avancé la "nécessité" durant la semaine écoulée.

Tout ce que j'ai écrit tant de fois, ici et ailleurs, est en train de se vérifier : la Grèce finira pas quitter l'euro, parce qu'elle ne peut pas y rester. Mais au lieu de l'avoir quitté souverainement, à un moment où elle avait des capacités de rebond, en déclarant un moratoire et l'annulation partielle de sa dette, elle le quittera, contrainte et forcée, pieds et poings liés, après avoir perdu une énorme partie de son potentiel économique parti en fumée, après avoir bradé patrimoine et infrastructures, notamment à l'Allemagne qui, une fois pressé le citron grec, est en train de le jeter - quant à "l'accompagnement", il sera évidemment conditionné au maintien de la laisse de la dette.

Les Grecs ont consenti à l'humiliation pour rester dans l'euro, ils ont eu l'humiliation et ils seront expulsés de l'euro.

Enfin ce ouiquende, pendant que le cirque électoral entre pareil et même tente de nous faire croire que nous vivons encore en démocratie, il faut lire l'entretien (en deux parties) donné au blog de Coralie Delaume, "L'Arène nue", par Matthieu Pouydesseau, qui dresse l'état des lieux de la politique intérieure allemande et explique pourquoi sa politique européenne ne peut pas changer, contrairement à ce que continuent à régurgiter tous les gugusses qui promettent une renégociation des traités ou une réorientation de la prétendue construction européenne. Entretien passionnant... et pas seulement parce ce que dit Matthieu Pouydesseau colle exactement avec ce que j'écris dans mes 30 bonnes raisons pour sortir de l'Europe du rapport patriotique, psychologique (et à mon avis pathologique) des Allemands à la monnaie, ou du mythe de français de "l'amitié franco-allemande"... dont les Allemands n'ont plus rien à foutre au moins depuis la réunification.

samedi 11 février 2017

Tsipras et le FMI : vaudeville et jeu de dupes

Aujourd'hui, le très petit politicien qu'est Tsipras gesticule de nouveau, cette fois à propos de la fausse négociation en cours au FMI, qui aboutira à un vrai Diktat de plus.

Une capitulation n'est jamais un acte isolé, ai-je écrit ici lors de celle du tout petit homme qu'est Tsipras, qui avait fait croire qu'il était grand en en appelant au peuple avant de le trahir. Une capitulation n'est toujours que l'acte inaugural d'une série de trahisons et de capitulations, parce que l'adversaire sachant que vous n'avez pas le cran de vous servir des armes dont vous disposez, il sait que, après avoir mimé une énième résistance, vous capitulerez encore.

Aujourd'hui, le tout petit Tsipras n'en est plus à une capitulation ni à une trahison près. Mais comme, faute d'être un homme d'Etat, c'est un assez bon tacticien sur le plan de la politique intérieure, il peut penser qu'il a intérêt à "tomber à gauche", et tenter un coup de poker électoral.

Chacun sait, en Grèce, que ce gouvernement est en état de mort cérébrale. Sans projet, sans discours, il n'a que l'ambition de conserver des places et les rentes qui vont avec. Beaucoup pensent qu'il ne pourra se maintenir au-delà de l'hiver, que des élections (les 6e depuis 2009...) auront lieu au plus tard au printemps. En faisant croire qu'il n'a pas cédé, cette fois, à la pression, il peut espérer remobiliser une partie de son électorat qui a toute les raisons d'aller à la pêche, pour celui qui n'a pas déjà changé de camp. Avec l'espoir d'empêcher la droite (qui conduira la même politique que lui) d'obtenir une majorité, et de se rendre indispensable à un gouvernement dit d'union nationale qui signera le IVe memorandum qu'il renâcle à signer aujourd'hui pour ne pas en porter seul la responsabilité.

A moins que le très petit Tsipras ne signe lui-même ce memorandum-là, finalement, après avoir gesticulé deux ou trois jours de plus.

Ce qui est certain, c'est que rien ne changera pour les Grecs - sinon en pire - tant qu'ils n'auront pas ouvert la porte de la prison de l'euro. Mais ce qui est certain aussi c'est que plus ils tarderont à l'ouvrir, par peur de ce qu'il y a derrière, plus ce sera dur ensuite parce que chaque jour qui passe rend plus difficile le rebond en détruisant un peu plus les richesses et le potentiel productif du pays. S'ils l'avaient ouverte en 2012, s'ils l'avaient ouverte en février 2015 au lieu de signer l'accord intérimaire, s'ils l'avaient ouverte à l'été 2015, après le référendum et plutôt que d'accepter le IIIe mémorandum, celui de Syriza, bien pire que ceux de Papandréou, Papadimos et Samaras réunis, ils seraient aujourd'hui sortis du marasme, ils auraient aujourd'hui renoué avec l'espoir.

Au lieu de quoi, ils finiront de toute façon par sortir, mais dans les pires conditions qui soient - économiques d'abord, et politiques - l'épée de Schäuble et Dijsselbloem dans le dos, à leurs conditions. Alors les Grecs devront prendre acte de la faillite totale du personnel politique qui les a conduits là. Avec quelles conséquences ?

mercredi 7 décembre 2016

Dette grecque : le trompe l'oeil

J'ai écrit ici depuis la capitulation de Tsipras à l'été 2015, justifiée - contre toute évidence et contre les propos de Schäuble sans cesse réitérés - par une perspective d'allègement de la dette en échange de l'application servile des mesures imbéciles et criminelles imposées par Berlin via Bruxelles, que cet allègement, s'il finissait par intervenir, ne serait jamais qu'un trompe l'oeil.

On sait désormais de quoi il retourne. Et j'avais raison.

De quoi s'agit-il ?

1/ D'étendre la maturité de certains prêts de 28 à 32 ans ou un peu plus.

2/ Le taux de certains prêts deviendra fixe de manière à éviter... un alourdissement de la charge si les taux du marché venaient à remonter.

Au total, le coût estimé de ces mesures est de 200 millions d'euros, pour une dette de 320 milliards.

Qui dit moins ?

Et qui peut prétendre qu'il s'agit là d'autre chose que d'une vaste fumisterie ?

Je n'ai cessé non plus d'écrire qu'une capitulation comme celle de Tsipras ne vaut jamais, à celui qui capitule, que le mépris de ceux devant qui il capitule. Et qu'une capitulation comme celle-là n'est jamais un acte isolé, mais l'événement inaugural d'une série sans fin de capitulations.

Ainsi apprend-on en même temps par des fuites, que le document de l'Eurogroupe mettrait, à la poursuite de "l'aide", les conditions suivantes :

- suppression en 2018 de l'allocation de solidarité sociale (créée par Syriza à son arrivée) pour les plus pauvres, après une réduction de 40% dès le 1er janvier 2017 ;

- réduction de moitié de "l'allocation chauffage" versée aux plus pauvres, avant sa suppression ;

- limitation ou suppression des déductions fiscales liées aux dépenses de santé et frais médicaux pour les maladies lourdes et/ou invalidantes ;

- suppression du régime fiscal spécial des marins ;

- suppression des allocations familiales aux parents qui travaillent, déjà très basses en Grèce depuis toujours ;

- suppression de l'allocation "spéciale étudiants" ;

- etc., et en attendant les suivantes !

Vive l'Europe !

A ce sujet, l'imprimeur a livré en avance au diffuseur mes 30 bonnes raisons pour sortir de l'Europe.

Du coup, le diffuseur a avancé la mise en place en librairie. Au lieu du 14 janvier 2017, le livre est donc disponible dès maintenant (dans les jours qui viennent) dans toutes les bonnes librairie (et toutes peuvent désormais le commander et l'avoir en quelques jours).

Vous allez donc pouvoir l'offrir pour Noël !

dimanche 4 décembre 2016

Lettre ouverte de Mikis Théodorakis : précisions du docteur Vichas

Suite à l'excellente lettre ouverte de Mikis Théodorakis à Tsipras hier (voir le billet précédent), Marie-Laure Coulmin Koutsaftis (merci de nouveau à elle ; c'est elle qui a eu l'initiative de, et qui a dirigé Les Grecs contre l'austérité. Il était une fois la crise de la dette, Le Temps des cerises, 2015, dont j'ai écrit la contribution conclusive) qui l'a traduite, publie aujourd'hui ce commentaire du docteur Yorgos Vichas, dont j'ai eu l'honneur, naguère, de faire la connaissance à Marseille où nous intervenions durant la même après-midi, à l'invitation du MUCEM, sur différents aspects de la "crise grecque". Ce cardiologue a, dès les débuts de la crise, créé le Dispensaire social métropolitain d’Elliniko (sur le site de l'ancien aéroport et base aérienne américaine d'Athènes, voué par le gouvernement Syriza à une très lucrative opération immobilière) qui, avec l'aide de médecins et de personnels de santé bénévoles, grâce à la solidarité (et, pour notre petite part, celle de mes étudiants retraités de l'Université interâges de Créteil et du Val de Marne qui m'apportent régulièrement leurs médicaments non utilisés...), soigne ceux (de plus en plus nombreux) qui, du fait des politiques coloniales germano-européennes relayées par tous les gouvernements grecs depuis 2010, ont perdu tout accès aux soins.

Lors de son intervention au Mucem, Vichas raconta notamment comment le dispensaire accueillait (c'était en 2014) des diabétiques qui, faute d'insuline, étaient devenus aveugles, ou qu'on devait amputer, des cancéreux non pris en charge et dont les chances de survie étaient diminuées d'autant plus qu'ils l'étaient tardivement, etc. Voilà donc ce qu'écrit cet homme-là, aujourd'hui, à propos de Théodorakis et de Tsipras (la violence de la lettre du premier est d'autant plus significative qu'il est lié au second par des liens familiaux...).

"À l’occasion de la lettre ouverte de Mikis à Tsipras, je me suis rappelé les moments que j’ai vécu avec Mikis en février 2012. Je vous raconte ici quelque chose qui n’est pas public, mais que j’ai vécu en première ligne et qui concerne Mikis et Tsipras.

Le 11 février 2012, une journée avant le vote à la Vouli du 2ème mémorandum, nous sommes chez Mikis et nous faisons les plans pour la manifestation du jour suivant. Mikis et Glézos ont décidé de descendre à Syntagma et de manifester avec les milliers de citoyens. Moi je devais les accompagner en tant que médecin, parce qu’ils savent tous les deux qu’ils vont être attaqués par la police. Dans les plans, il est prévu que Tsipras sorte du Parlement, devant le Soldat Inconnu, où il doit rencontrer Mikis et Glézos, puis tous les trois doivent manifester avec le peuple. L’entente entre Mikis et Tsipras se fait devant moi au téléphone. Mikis est enthousiaste !

Le 12 février 2012, nous sommes arrivés devant le Soldat Inconnu. Le peuple défile par centaines de milliers dans le centre d’Athènes. Police et MAT partout. Tsipras nulle part.

Les MAT ne perdent pas de temps et ils jettent les premiers lacrymos sur Mikis et Glezos. Très vite Athènes est noyée sous les lacrymos. Tsipras n’est nulle part ! Après quelques heures nous rentrons au sein du Parlement avec Miki. Accablé par les lacrymos, sur son fauteuil roulant, il crie dans l’Assemblée : « Assassins, aujourd’hui vous votez la mort de la Grèce ». C’est un des nombreux moments de cette journée où j’ai compris de quels métaux rares est forgé cet homme. Tsipras, visiblement informé que Mikis est entré dans la Vouli, sort de l’Assemblée et vient vers nous.

Mikis (dans son fauteuil roulant, accablé physiquement mais avec un très bon moral et une âme d’adolescent) : « Tu nous as vendus, on t’attendait, pourquoi tu n’es pas descendu ? ».

Tsipras (en costume, sans cravate, bien repassé) visiblement embarrassé, comme un gamin qu’on dispute, avec un sourire hors de propos : « Nous nous battons ici, Mikis ».

Mikis : »Non Alexis, c’est dehors qu’ils se battent, le vrai combat se donne dehors à cet instant et ta place était là-bas, pas ici. »

Tsipras a bafouillé indistinctement et il s’est éloigné…"

Edifiant, n'est-ce pas ? Tellement édifiant ! Si nous avions su, alors, des choses comme celles-là, peut-être aurions-nous été moins dupes de l'imposture Syriza...

Comme le précise Marie-Laure, Vichas répond à cette objection qu'il avait déjà raconté cet épisode sur le moment...

Mais sans doute n'a-t-on pas trop voulu entendre, alors, ce genre de choses. Je me souviens de Vichas, au MUCEM, alors que l'échéance des législatives n'était pas encore fixée... Il était en effet très circonspect sur les perspectives de l'arrivée au pouvoir de Syriza... J'avais mis cela sur le compte de la fatigue face aux situations qu'il devait affronter, gérer... Il y avait probablement plus que cela et je n'ai pas trop voulu le voir. Plusieurs amis grecs m'avaient également mis en garde...

samedi 3 décembre 2016

Lettre ouverte de Mikis Théodorakis à Alexis Tsipras

Camarade Alexis, je te tire mon chapeau, parce que tu es un gros dur (mangas). Le plus gros des durs (mangas) depuis 450 av. J.C. jusqu’à nos jours en Grèce. Parce que tu fais tout ce que tu veux sans tenir compte de quiconque.

Tu prends ton avion personnel, tu le remplis d’amis et d’amies, tu pars à Cuba et tu laisses l’addition de 300.000 dollars à payer par les gugusses qui gagnent 300 € par mois dans le meilleur des cas. Tu fais tout ce qui te plaît. Tu parles sur la Place de la Révolution à La Havane où parlait Fidel, comme un révolutionnaire pur et dur. Tu te dresses de toute ta superbe contre le Capitalisme Impérialisme. Tu te goinfres (600 euros pour un repas payé par le Ministre des Affaires Étrangères, donc par tes lèche-bottes).

Tu t’amuses, tu fais la fête, alors que les gugusses de Grecs font la queue pour retirer leur retraite, payer électricité, banques, hôpital et surtout austérité sur austérité.

Tu te la joues révolutionnaire et quand tu reviens, tu redeviens ce que tu étais, un gamin qui court pour exaucer tous les caprices de Merkel, d’Obama et de Juncker, que tu fustigeais de Cuba - et ça retombe à nouveau sur le dos du peuple grec si intelligent, parce que c’est lui qui a décidé d’être gouverné par des gens sans supporters et sans honneur, qui jouent les gouvernements.

Rendez-vous aux abattoirs.

(Traduction Marie-Laure Coulmin Koutsaftis)

C'est en fait exactement ce que je me disais depuis deux jours : gonflé, tout de même le petit apparatchik de la collaboration mekello-junckerienne ! Il va jouer les révolutionnaires et se pavaner chez Fidel qui (quoi qu'on en pense par ailleurs) n'a jamais rien cédé, au péril de sa vie, à l'ennemi le plus puissant du monde... et ensuite il va rentrer à Athènes jouer les caniches de la chancelière du Reich.

samedi 19 novembre 2016

Obama, l'épuisante collaboration des Tsipriotes et Chypre

Je signalais dans un papier récent l'arrivée à Athènes d'un curieux ambassadeur américain spécialiste des coups tordus, en provenance de Kiev (c'est tout dire !) où il fut l'un des artisans d'une prétendue révolution qui tenait beaucoup du coup d'Etat.

Voilà que Panagiotis Grigoriou nous en dit un peu plus dans le papier du jour de son indispensable blog greekcrisis (aidez-le si vous le pouvez ! c'est la liberté d'informer que vous aidez). Beaucoup de choses passionnantes dans ce papier en vérité sur Obama, sur l'Europe et l'européisme, sur l'impérialisme allemand relooké, sur les fadaises d'Attali confrontées à la situation grecque et au réalité, sur la difficulté d'être un collaborateur modèle dans le monde moderne et l'épuisement d'un non-pouvoir grec qui n'en finit pas de s'épuiser à se soumettre...

Mais ce qui est le plus intéressant peut-être, dans ce papier, c'est ce que nous disent Panagiotis et les sources qu'il cite sur les développements en cours de la question chypriote... sous la houlette de ce curieux ambassadeur tout juste débarqué de Kiev...

"À l’opposé donc de l’univers géopolitique de Jacques Attali, et sous l’horizon grec si j’ose dire, Dimítris Konstantakópoulos écrit par exemple, “que l'une des raisons du voyage du président Obama en Grèce cette semaine, c’est d'appuyer Athènes, afin d’être être ‘utile’ dans la perceptive d’une ‘solution’ au problème de Chypre. D'autre part, la Commission européenne appelle aussi vigoureusement Nicosie et Athènes à accepter une solution encore pire que celle que le peuple chypriote avait rejetée en 2004. Il semble que les États-Unis d'Amérique et l'Union européenne soient si satisfaits de leurs réalisations au Moyen-Orient et en Ukraine, qu'ils veulent maintenant appliquer leurs compétences diplomatiques et autres à Chypre” (...). “Mais avant même qu'une telle solution n'entre en vigueur, certains observateurs n'excluent pas une sorte de crise militaire ou économique, destinée à provoquer un choc pour les habitants de l'île, afin de pousser les gens effrayés à voter ‘Oui’ au Plan qu'ils ne semblent toujours pas apprécier. Tout analyste du paysage stratégique de la Méditerranée orientale et surtout du triangle Grèce-Chypre-Turquie doit se rappeler ceci: les scénarii de toutes les guerres et crises entre les Grecs et les Turcs au cours du XXe siècle, sans exception, n'ont pas été rédigés à Athènes, à Ankara ou à Nicosie, mais à Washington et dans d'autres capitales. Cependant, ils y trouvèrent de bourreaux disposés”. "

dimanche 6 novembre 2016

Deux précisions non accessoires

Deux faits qui m'avaient échappé et sur lesquels Panagiotis Grigoriou vient d'attirer mon attention.

Geoffrey R. Pyatt, ambassadeur américain en Ukraine de 2013 à 2016, pour lequel les insurgés du Donbas sont des terroristes, a été nommé ambassadeur à Athènes en septembre dernier.

Le nouveau ministre de l'Emploi est l'épouse du nouveau ministre - américain à passeport grec - de l'Economie et du Développement.

Intéressant, non ?

samedi 5 novembre 2016

Cinq ans de greek crisis...

"[Je n’avais jamais imaginé que plus de cinq années après ce 24 octobre 2011, date de ma première... épitaphe numérique ainsi gravée sur ce blog, le... besoin de Greek Crisis se ferait toujours aussi criant et autant d’actualité. Mes intuitions se sont avérées hélas fort justes, la dite “crise grecque” est en réalité une guerre, entreprise contre le peuple grec, détruisant sa souveraineté, minant même son existence. Une guerre... exemplaire, faite aussi... pour l’exemple par le passage rapide vers le dernier méta-monde Occidental du... déjà si court, 21ème siècle.

Au bout de six années d’expérience... ainsi vécue et pratiquée sous les mémoranda, plus exactement sous l’ordre mondialisant de la “gouvernance” par le choc permanant, on est... pleinement en mesure de tirer un premier bilan... en guise d’autopsie, car il semble bien que nous entrerions sous peu (en réalité c’est déjà fait), dans la phase suivante des opérations psychologiques, économiques, d’ingénierie sociale, et plus amplement, événementielles fortes en ce moment, et en cours d’exécution.|http://www.greekcrisis.fr/2016/11/Fr0540.html#deb|fr]"

Voilà donc cinq ans que Panagiotis Grigoriou nous informe - moi, pas plus que lui, je ne pensais que nous en serions là cinq ans plus tard. Si vous le pouvez, faites un don sur son site ; comme tant de Grecs, chaque jour plus nombreux, pour lui, pour Chrys - et pour leur chatte - la vie est chaque jour plus dure, les soirées moins éclairées et les hivers plus froids, parce que comme pour davantage de Grecs chaque jour, l'Europe et l'euro c'est moins d'accès à l'électricité, au chauffage, aux soins...

Ce dernier papier est particulièrement intéressant, aussi bien à la lumière des évolutions en Turquie, qu'à celle du remaniement ministériel d'hier. Car ce qui se passe depuis 6 ans, dépasse évidemment la cadre du petit laboratoire grec...

"J’ai toujours soutenu (dès les débuts de ce blog) - écrit Panagiotis - que du point de vue géopolitique et anthropologique, l’Euro n’est pas “simplement” une monnaie, mais bien davantage, une arme de destruction massive. Pour le dire (presque) autrement, l’euro c’est un important vecteur de “culture de guerre”, comme on sait il est symboliquement édifié à la manière d’un... sanctuaire triomphant, sur l’ossuaire précisément des dernières (pseudo)démocraties occidentales que nous n’avons pas su défendre bien à temps.

Et plus loin, cette réflexion particulièrement juste que je me faisais justement en constatant que, à Athènes comme à Kiev, mais c'est également le cas en Roumanie ou en Bulgarie, on voit de plus en plus de "responsables" n'ont plus de grec (ou d'ukrainien, ou de...) que les papiers d'identité (Papandréou comme Tsakalotos ne parlent pas grec mais anglais traduit en grec, le nouveau ministre grec de l'Economie est un universitaire américain de formation et de carrière) qui passe sa vie académique et professionnelle dans un "étranger dominant" jusqu'au moment où on l'appelle à prendre des responsabilités :

"La Grèce, un peu comme l’Ukraine, appartient ainsi à cette zone géopolitique et culturelle (orthodoxie) qui se trouve déjà en première ligne de la redéfinition (bientôt par les armes ?) des rapports de force, entre les BRICS et la coalisation occidentale (supposons qu’il en a seulement une !)."

vendredi 4 novembre 2016

Remaniement ministériel en Grèce

A chaud, voici les commentaires que je peux faire...

La plupart des poids lourds ne bougent pas. Il s'est manifestement agi de se débarrasser de quelques ministres devenus des boulets (celui de l'Education notamment), ou de déplacer certains, comme le ministre de l'Energie, transféré vers l'Intérieur, qui n'avait pas l'échine assez souple aux exigences européennes de privatisation, mais surtout de faire entrer des collaborateurs personnels de Tsipras, manifestant ainsi un renforcement du caractère personnel du pouvoir (déjà sensible lors du récent Congrès de Syriza où Tsipras a engueulé les délégués qui n'avaient pas adopté une motion en leur expliquant qu'ils n'avaient rien compris avant de les faire revoter) au fur et à mesure que sa base politique et populaire se réduit.

Les quatre plus notables entrées sont les suivantes :

- Effie Achtsioglou au Travail, la responsable en charge jusque-là des négociation avec la Troïka de la flexibilisation du marché du travail et qui est apparemment spécialiste du droit européen ! C'est tout dire... on ne sait pas très bien ce qu'il y a encore à flexibiliser, mais on peut lui faire "confiance"...

- à l'Economie et au développement (est-ce de l'humour ?), Tsipras nomme... un Américain de nationalité grecque. Dimitris Papadimitriou, président de l'Institut Levy Economics, professeur au Bard College à New York membre de l'Union américaine des banquiers et d'une commission du Sénat des Etats-Unis...

- Dimitris Liakos, gestionnaire de fonds jusqu'en 2014 puis chargé des négociations de privatisation au cabinet du Premier ministre... Le correspondant du Taiped (organisation chargée d'exécuter les ordres européens en matière de bradage du patrimoine national) chez Tsipras en somme.

- Quant au président de ce TAIPED, Stergios Pitsiorlas, il devient sous-ministre de l'Américain...

Enfin, alors que Tsipras était arrivé au pouvoir avec le projet d'un gouvernement ramassé pour plus d'efficacité et d'économies dans le train de vie de l'Etat... celui-ci est l'un des plus pléthoriques que la Grèce ait connu : 48 membres pour 153 députés de la majorité... Bientôt, chaque député aura un portefeuille ! Pour s'assurer (acheter) leur fidélité ?

C'est pas beau la gauche radicale au pouvoir ?!

samedi 29 octobre 2016

Hier : le jour du Non

Dans "notre" île, il y a notre village. Et notre village, comme notre île, comme le Dodécanèse fut occupé par les Italiens à partir de 1912. Avec l'arrivée au pouvoir de Mussolini, l'occupation se transforme en projet colonial : 16 000 colons italiens sont installés sur des terres spoliées aux Grecs, une base aéronavale est installée à Léros (où la ville de Lakki est construite selon les canons de l’architecture futuriste), l’italien devient l’unique langue officielle, les manuels scolaires en grec sont interdits, les activités nationalistes grecques réprimées, des monopoles concédés aux sociétés de la péninsule et des prêts accordés aux entrepreneurs italiens auxquels les Dodécanésiens sont contraints de s’associer, l'Etat fasciste subventionne les établissements où enseignent religieux et nonnes envoyés d’Italie, tandis que le gouverneur tente de forcer le clergé orthodoxe à rompre avec le patriarcat de Constantinople pour se placer sous l’autorité d’un patriarcat uniate installé à Venise. Puis, devant la résistance de l’Église locale, il supprime les privilèges ecclésiastiques, interdit aux évêques d’ordonner de nouveaux prêtres, empêche que soient pourvus les sièges épiscopaux vacants : mort en 1934, le métropolite de Kos n’aura de successeur qu’en 1947.

Le patriotisme grec des douze îles n'en sera que stimulé et, le 28 octobre 1940, lorsque le dictateur grec Metaxas, proche de l'Axe idéologiquement, repousse l'ultimatum du dictateur de Rome, beaucoup de Dodécanésiens quittent leurs îles pour aller combattre l'agression italienne dans les rangs de l'armée grecque. Mussolini, outré de n'avoir pas obtenu Nice, la Corse, la Savoie, la Tunisie, la Syrie et le Liban lors de l'armistice français, blessé qu'Hitler ne l'ait pas prévenu de l'entrée des troupes nazies en Roumanie lors de leur rencontre récente au Brenner, convaincu que l'invasion sera une promenade de santé, décide d'attaquer la Grèce. Mais le 28 octobre 1940, le fascistoïde Metaxas dit Non (OXI) au fasciste Mussolini - ce Non que Tsipras a exploité l'an passé.

Tournant de la guerre, car le pays se soulève dans l'enthousiasme patriotique, le PC, pourchassé par le régime Metaxas, s'engage dans le combat patriotique, les Italiens sont repoussés loin à l'intérieur de l'Albanie, malgré la supériorité écrasante en hommes et en matériel de l'armée italienne. De sorte que, au printemps 1941, Hitler est contraint d'intervenir pour empêcher la défaite de son allié... et de différer l'offensive contre l'URSS. La résistance héroïque de l'armée hellénique, puis celle de la Crète, empêcheront les Allemands d'arriver devant Moscou avant l'hiver, tandis que la Résistance intérieure, rapide et massive, ralentira le ravitaillement de l'Afrikakorps qui menace le canal de Suez.

A Emborio, notre village à Nisyros, il y a, dans une maison ruinée qui abritait alors un café, une "fresque" réalisée à cette époque. Dans cette île sous occupation italienne depuis 1912, on voit le serpent italien ramper vers les drapeaux grecs, entre les hampes desquels est inscrit : Enosis (Rattachement, sous-entendu à la Grèce), au-dessus : la date du 28-10-1940, et le "OXI" (Non).

Le patriotisme ordinaire en somme ! Ou comment rien n'est jamais perdu lorsqu'on refuse de céder aux fausses fatalités...