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mardi 9 juillet 2019

Des élections pour rien, encore et encore...

Dimanche ont eu lieu les législatives grecques qui ont licencié Alexis Tsipras. Et contrairement à ce que pensent certains, qui trouvent élevé le score de Syriza, ce vote sanction est extrêmement net et le score obtenu par ce parti un des plus bas du premier parti d'opposition dans toute l'histoire électorale de la Grèce depuis le rétablissement de la démocratie en 1974. Ajoutons que la participation a baissé de 6 % entre janvier 2015 et juillet 2019. Entre ces deux élections Syriza a donc perdu 21% de ses voix et se retrouve, en voix, juste un peu au dessus de ce qu'il réunissait en juin 2012, alors que ces voix représentaient 26,89% mais avec une participation de 62,49% au lieu de 57,92 % hier.

Il faut se garder - toujours - de comparer les choux et les carottes. Des élections grecques n'ont rien à voir avec des élections françaises et voici quelques-unes des raison qui expliquent pourquoi.

Rappelons aussi qu'on est en système proportionnel, avec des déplacements de voix généralement très limités.

Ensuite la Grèce est un pays très fortement polarisé entre droite et gauche du fait de son histoire, et notamment de la guerre civile de 1946-1949. Les familles de droite votent à droite et les familles de gauche votent à gauche (on parle ici d'étiquettes, pas de contenu...). Il est très difficile de transgresser ces traditions et notamment, quand on est d'une famille de gauche qui se vit (longtemps à raison) comme persécutée, il est quasiment impossible de changer de camp.

Aucune alternative crédible n'étant apparue à gauche, malgré la relative percée de Varoufakis, et malgré un léger mieux du PASOK (je parle toujours d'étiquetage à gauche, pas de contenu !), il est donc naturel que les électeurs de gauche mécontents de Syriza se soient abstenus, ou soient malgré tout allés voter Syriza pour empêcher un triomphe trop large de la droite dont le chef est à lui seul un puissant repoussoir.

Voilà pour la mise au point. Sinon, pour une analyse qui porte davantage sur les raisons du vote de dimanche, vous pouvez lire la tribune que m'a demandée ''Marianne'' et qui est parue hier sur son site.

Vous pouvez également écouter cette chonique-entretien de La Première la Radio publique suisse sur le retour, en la personne du nouveau Premier ministre grec, d'une des principales dynasties politique grecques au pouvoir. Frédéric Mamais, qui a eu la gentillesse de me dire qu'il avait lu avec passion les trois tomes de La Grèce et les Balkans pour La Première de la radio suisse, a bâti cette chronique autour d'une conversation que nous avons eue la veille des élections. C'est bien sûr toujours un peu frustrant, parce que le montage, indispensable, provoque des raccourcis qui gomment un peu la complexité du propos (j'ai bien dit que le clano-clientélisme revient en force dês qu'on affaiblit l'Etat, pas vraiment que les dynasties l'ont modernisé, même si les fondateurs de deux d'entre elles, Venizelos et Karamanlis, ont bien joué ce rôle), mais l'essentiel y est...

Enfin, hier soir, j'ai été interviewé dans le journal de 20h00 de RFI par Aurélien Devernois, qui reprend quelques-uns de me propos dans un article de son site, lui même repris sur un site anglophone. Je n'ai pas pour l'instant le son de cet entretien, mais je devrais pouvoir le mettre en ligne dans la journée.

Pour finir, ajoutons enfin que la victoire d'hier pourrait être assez rapidement remis en cause. Le mandat de l'actuel président de la République, Prokopis Pavlopoulos, échoit le 13 mars 2020. Issu du parti de droite Nouvelle Démocratie, il avait été choisi par Syriza dans le but de faire montre de son absence de sectarisme. En principe, il peut faire un second mandat, mais...

Ce sont les députés qui élisent le président de la République hellénique. Au deux premiers tours, la majorité des deux tiers (200) est requise; au troisième, la majorité des trois cinquièmes (180). Si la majorité requise n'est pas dégagée au 3e tour, l'Assemblée est automatiquement dissoute. C'est même ainsi que Syriza avait provoqué, fin 2014, la dissolution de la chambre élue en juin 2012 et dont le mandat ne s'achevait donc qu'en juin 2016.

Or, avec 158 députés, la Nouvelle Démocratie est loin des 180 voix nécessaires. Tout dépendra donc du PASOK et de ses 22 députés qui permettraient tout juste d'atteindre la majorité requise au 3e tour... Et tout dépendra donc de la conjoncture économique et politique. Si elles sont mauvaises - ce qui est prévisible ! - ou exécrables - ce qui est probable -, Syriza peut espérer se refaire des plumes dans un nouveau scrutin législatif en refusant, comme en 2014, toute solution de compromis. Et le PASOK peut espérer revenir avec quelques députés supplémentaires qui lui permettraient, si la droite et Syriza se retrouvaient dans un écart plus resserré et sans majorité absolue, jouer les arbitres. Dans ce cas, de nouvelles élections législatives pourraient bien avoir lieu dès leprintemps prochain.

dimanche 30 juin 2019

Grèce : des élections pour... rien et... clinique pour chaton

En Grèce les derniers sondages (à prendre en général avec des pincettes, mais ils ne se sont pas trop plantés pour les européennes ) donnent une avance de l'ordre de 10 points à la droite sur Syriza et sept partis au Parlement: la Nouvelle Démocratie (droite), Syriza, les restes du PASOK agglomérés à qq groupuscules, le vieux parti communiste orthodoxe, le parti de Varoufakis et les deux extrêmes droites - Aube dorée et Solution hellénique qui a percé aux européennes, notamment dans le Nord, grâce à l'accord signé par Tsipras avec la République désormais dite de Macédoine du Nord, pour satisfaire les exigences de ses patrons de Berlin et de Washington. SH taille à l'évidence des croupières à AD, sans être, semble-t-il, en position pour l'instant, comme SH en affiche la volonté, de lui faucher la totalité de son électorat.

Le PASOK voudrait bien être en position d'appoint indispensable à un gouvernement de droite, mais il semble que l'immense succès de Syriza sera de permettre à la droite, pour la première fois depuis 2007, de décrocher la majorité absolue et sans doute avec quelques sièges de plus qu'alors.

Ce qui serait une merveilleuse performance de Syriza si l'on prend en compte le caractère de repoussoir qu'a pour beaucoup de Grecs le chef de cette droite, caricature du vieux système clientélo-claniste. D'ailleurs le seul argument audible de campagne de Syriza, qui n'a rien à dire ni à proposer, c'est la personnalité de ce chef.

Oui mais voilà la hargne populaire est telle contre Syriza et son chapelet sans fin de trahisons, que cela semble très loin d'être suffisant et que les Grecs vont sans doute préférer la caricature d'un vieux système qu'il connaissent trop à cette gauche de carnaval qui leur a fait miroiter le changement pour appliquer ensuite le mémorandum européen pire que les deux précédents réunis. En attendant le 4e...

Quant au chef de cette droite, il a annoncé que s'il ne décrochait pas la majorité absolue le 7 juillet, de nouvelles élections seraient convoquées à l'automne.

Sinon, on a craqué pour un chaton abandonné par sa mère...

Jeudi soir, retour d'une semaine à Rhodes où nous sommes allés chercher un copain arrivé de France et lui montrer cette île superbe, nous avons retrouvé "notre" chatte et son chaton, en voie d'autonomisation accélérée. Il y a trois semaines elle nous l'avait amené et s'était installé avec lui dans un nid douillet, sous le figuier et un abri sous roche au coin de la maison, en hauteur et avec un rideau d'herbes sèches, avec vue plongeante sur l'entrée de la cuisine. Comme le petit avait un oeil qui suintait et était parfois fermé, je lui lavais l'oeil au collyre une ou deux fois par jour? Et nous étions inquiets de savoir dans quel état nous le retrouverions après une semaine d'absence. En plein forme ! et les deux yeux grand ouverts sur la vie !

Là-dessus, jeudi soir nous partons manger à la taverne, de l'autre côté du village où se trouvait un minus bébé, totalement craquant - avec un oeil complètement fermé... Pas de mère à l'horizon. Frédéric le prend, le caresse, j'essaye de lui ouvrir l'oeil... Gros épanchement de pus. Pas facile d'être chaton au village...

Mais elle a dû sentir kekchos, la toute petite chose. Quand on est partis, elle nous a couru après, a fait tout le chemin avec nous jusqu'à l'autre bout du village.

Bétadine, pommade ophtalmique achetée à Rhodes pour un orgelet de meszigues, antibio des familles en réserve, maison en carton avec serviette éponge. En fait, on s'est couchés persuadés qu'elle avait perdu un oeil et pas très rassurés sur la suite.

Mais le matin suivant, l'oeil était là et ouvert. Avec une inquiétude dans l'après-midi : on la trouvait bien endormie... Mais dès le soir, elle pétait la forme. Ca dévore, ça joue, ça gambade, ça découvre le monde et ça ne nous lâche plus d'une semelle. Nous voilà transformés en maman chat. Quant à "notre" chatte, que j'ai connue bébé et qui rapplique dès que nous arrivons, elle a d'abord crachouillé et feulé... mais désormais c'est plutôt léchouilles et "mange dans ma gamelle si tu en as envie". Hier, j'ai même essayé la tétée... la pitchoune était plutôt d'accord, mais ça s'est terminé par deux coups de patte.

Bon, inutile de vous préciser qu'on est bouleversés et très heureux !

mercredi 5 juin 2019

Dernières et prochaine élections en Grèce : mon analyse

Hier, le site de Marianne a bien voulu publier mon analyse des résultats des derniers scrutins en Grèce et des enjeux des législatives anticipées qui devraient avoir lieu le 7 juillet. Vous pourrez la lire en cliquant ici.

lundi 3 juin 2019

Régionales et municipales grecques deuxième tour

Hier avait lieu le deuxième tour des municipales et des régionales en Grèce : abstention record (58,27%) ce soir en Grèce pour le deuxième tour des régionales et des municipales avec aussi une grosse montée des blancs et nuls (8,14%).

Syriza ne sauve évidemment pas l'Attique où la droite fait un carton (65,75 %) qui sanctionne durement la gestion de la sortante Rena Dourou.

Mais le vieux bastion Pasok de la Grèce de l'Ouest, malgré un renfort syriziste, bascule aussi à droite qui emporte 55,7% des voix. Seule des 13 régions, la Crète (vieille tradition venizeliste oblige) va avoir un exécutif Pasok-Syriza, puisque localement, Syriza s'est allié au Pasok qui, si la droite n'a pas la majorité absolue en juillet au niveau national, apportera l'appoint nécessaire comme entre 2012 et 2015.

Cerise sur le gâteau de la droite, le neveu du futur Premier ministre de droite Mitsotakis enlève, avec plus de 65% des voix, la mairie d'Athènes au centre-gauche ... La droite contrôlera aussi la plupart des grandes villes.

La gestion Syriza est décidément un succès éclatant !

Seul véritable bémol à la victoire de la droite qui, sauf accident pour elle, devrait contrôler après les législatives de juillet, le gouvernement, 12 régions sur 13 et la plupart des grandes municipalités, le maire communiste (KKE) de Patras (3e ville de Grèce) conserve sa mairie avec 70,49 % des voix contre le candidat du Kinal (cartel électoral autour du vieux PASOK). Les candidats de la droite et de Syriza avaient été éliminés au premier tour.

Le type a une équation personnelle très forte et a mené une politique sociale active. Il y a qq temps il a refusé d'appliquer dans sa commune la loi scélérate de Tsipras, prise sous pression européenne, de levée de l'interdiction de confiscation pour dettes et vente aux enchères du domicile principal.

jeudi 9 mai 2019

L'imposteur Tsipras en grandes manoeuvres

Nous voilà donc de retour à Nisyros...

Et à peine arrivés, nous apprenons que l'imposteur Tsipras, vient de sortir de son grand chapeau toute une série de mesures (baisses de la TVA sur ceci, baisses d'impôts, 13e mois ou les pensions...) : il y en a pour tout le monde... mais seulement à partir de 2019 et surtout 2020 !!!

Enfumage préelectoral... L'imposteur n'est plus à une imposture près. Le voilà qui promet le contraire, à moins de trois semaines des élections municipales, régionales et européennes, de ce qu'il a fait depuis 2015, en sachant fort bien qu'il ne sera plus au pouvoir dans six mois et que ce qu'il propose ne sera pas appliqué.

En réalité, la Grèce n'est sortie de rien du tout. Au dernier trimestre 2018, sa dette a atteint son plus haut historique par rapport au PIB (+ de 181 %), son potentiel productif a fondu du tiers, le chômage n'a été stabilisé en trompe l'oeil que par le départ en émigration des plus jeunes ou des mieux formés, perte sèche pour l'économie du pays, l'activité ne redémarre pas et le seul moteur qui tourne encore est celui du tourisme dont les recettes sont délocalisées par le all inclusive alors que les coûts environnementaux, sans cesse plus lourds, sont à la charge du pays, dont les biens publics ont été bradés et tandis que les petits propriétaires vivent une spoliation d'une ampleur inédite en temps de paix...

La dette reste donc insoutenable et il faudra bien entendu, après les élections, demander un nouveau prêt aux institutions européennes qui sera conditionné par un nouveau mémorandum dont la première exigence sera l'annulation des mesures que Tsipras vient d'annoncer ; s'il obtient la confiance de la Chambre pour les mettre en oeuvre.

Mais il faut bien tenter à tout prix de limiter la casse électorale. Depuis un moment déjà, j'écris que l'analyse de Tsipras est sans doute que, puisque la droite discréditée durablement et dirigée par une figure caricaturale du système qui a conduit la Grèce où elle est aujourd'hui ne parviendra sans doute pas à la majorité absolue, Syriza, tout aussi discrédité, doit tout tenter afin d'être assez haut pour être le partenaire obligé d'une grande coalition à l'allemande dont Tsipras a fait de vibrants éloges.

Cette dernière manoeuvre est en parfaite cohérence avec ce schéma. La question qui se pose est de savoir s'il veut "tomber à gauche" tout de suite - il demande un vote de confiance sur sa nouvelle version de 'on rase gratis", mais demain et après-demain - afin de pouvoir faire une campagne "de gauche" à des élections législatives très rapides avant l'été, ou s'il pense que ces mesures en trompe l'oeil lui permettront de tenir jusqu'à l'automne, dans la mesure où il est impossible aujourd'hui à l'eurogroupe et à la Commission Juncker expirante, en pleine campagne européenne puis composition d'une Commission qui va sans doute être très compliquée à constituer avec les commissaires nommés par des gouvernements eurosceptiques et après la poussée électorale des différentes formations non eurobéates, de prendre des mesures immédiates de rétorsion contre un gouvernement Tsipras qui joue donc les affranchis à bon compte.

Exécrable stratège, Tsipras confirme ainsi qu'il est un excellent tacticien. Est-ce que ce sera suffisant vu le niveau de rejet et d'exécration de son gouvernement ? L'avenir nous le dira.

vendredi 26 avril 2019

La Grèce va mieux...

Bon on va passer vite sur la calamiteuse exhibition du freluquet au sourire de hyène et à la voix de fausset débitant ânerie sur mensonge. C'est simple : je ne peux plus ni le voir ni l'entendre. Ca me met en rage et me fait dresser les cheveux sur la tête. Pas bon pour mon coeur. Donc je me suis contenté de lire les résumé. Néant. Coblence : l'émigré de l'intérieur n'appendra ni ne comprendra jamais rien. Rideau.

Yeux crevés, mains arrachées, citoyens usant de leur droit constitutionnel de manifester jetés à terre, matraqués sans raison, tabassés, piétinés, justice aux ordres - fidèle aux bonnes vieilles traditions de Vichy -, journalistes coffrés pour un doigt d'honneur et maintenant... Fallait faire barrage, hein, les castors ? Des fois que les nouvelles chemises brunes auraient ordonné aux médecins de violer le secret médical pour ficher les opposants ! Ou des fois que des anciens candidats des sucesseurs du GUD deviendraient ministres et têtes de liste aux européennes ! Allez vous n'allez tout de même pas reprocher à une cervelle de Loiseau en 4e année de Science po de ne pas savoir où elle posait ses escarpins. Tête en l'air, va ! Non mais vous ne comprenez rien à l'amour ! Elle se faisait un petit facho qu'elle aurait suivi jusqu'au bout du monde ! Il était blond, il sentait bon la Kro et maniait le gourdin comme personne ! Zêtes pas romantiques, alors forcément...

Et puis ça n'est pas nouveau - Madelin, Longuet, Ponia... - que l'extrême centre, depuis Pinay et Giscard, offre le nid le plus douillet à l'extrême droite qui veut se montrer respectable.

Quant à la Grèce, c'est désormais plus que sûr et certain : elle va mieux !

La dette grecque a atteint, au quatrième trimestre 2018, son plus haut par rapport au PIB à 181,1 % (malgré une baisse en valeur absolue, mais c'est l'effet imparable de la déflation : le PIB fond plus vite que la dette ne baisse !). Son précédent plus haut était à 180,8 % en 2016, suivi d'une léger tassement à 178,6 % en 2017.

Rappelons que les infaillibles experts de l'UE et du FMI prévoyaient en 2010 que les plans de "redressement" ramèneraient la dette grecque à 120% du PIB en 2018, puis en 2011 ils révisaient leurs infaillibles prévisions à 130% en 2018, et en 2012, ils la voyaient à 140% en 2018... Damned, encore raté !

A quand le prochain mémorandum ? Après les élections bien sûr !

Ce sont les mêmes infaillibles experts qui prescrivent aujourd'hui à l'économie française, sous prétexte d'une dette excessive, les remèdes du bon docteur Kizyvienne...

vendredi 5 avril 2019

Vieilleries et Etat poule

D'abord, chers amis, si vous voulez visionner mon passage au magazine d'information Focus sur ERT hier soir (ce qui m'a évité de me taper le pensum du Grand Débat avec une écrasante majorité de zozos qui veulent réformer l'UE - on ne réforme pas un carcan, on le brise ou on y crève), c'est ici en replay et à 1h30 du début tout juste ; la traduction simultanée couvre en partie ma voix, bien sûr, mais en prêtant l'oreille, on entend mon propos en français). L'interviewer a eu la bonne idée de me poser des questions sur le couple franco allemand (clin d'oeil à l'amie Coralie Delaume, ''Le couple franco-allemand n'existe pas''). J'en ai donc profité pour mettre le couvert sur l'euro et la nécessité de mettre un terme à l'UE. Il y a aussi Christophe Guilly ou Polony écrasant Guetta dans les passages intéressants... Sapin, Macarian ou le Syrizisme résiduel parisien pour la Voix de son Maître.

Par ailleurs, le quotidien Kathimerini annonce aujourd'hui qu'une lettre a été adressée au ministre de la Culture, il y a un mois, par plus de trente responsables de musées et de services archéologiques régionaux (éphories) et faisant part de leur "préoccupation" concernant la nomination dans les musées et services archéologiques, de personnes n'ayant rien à voir avec l'archéologie, titulaires d'un diplôme en administration publique ou d'un diplôme de troisième cycle en administration de la culture, sans avoir jamais eu la moindre expérience de fouille. Des nominations parfaitement irrationnelles, sauf si on prend en compte l'appartenance partisane des heureux bénéficiaires de ces nominations.

En réalité, en plus du reste, Syriza s'est parfaitement coulé dans le très vieux moule clientéliste qui fonctionnait alternativement au bénéfice de la droite et du PASOK. Il ne l'a nullement répudié, il l'a investi et en a usé à son profit.

En réalité aussi, le but de l'UE et de ses mémorandums n'a jamais été de "réformer" la Grèce ou de la "sauver", mais de liquider son Etat social et de spolier les Grecs de leurs biens nationaux et individuels.

Or, quand vous tuez l'Etat social, au périmètre déjà peu étendu en Grèce en raison des régimes autoritaires des années 1945-1974 qui ne l'avaient pas construit comme cela s'est passé ailleurs en Europe de l'Ouest, vous renforcez mécaniquement ce qu'un sociologue grec a appelé l'Etat poule. Puisque vous n'avez aucune sécurité par le droit, la solidarité, vous tentez de l'acquérir en obtenant un emploi public. Et la délivrance d'un emploi public devient alors un moyen de sécuriser les cadres et les militants méritants du parti au pouvoir.

Un des autres sujets qui agitent depuis quelque temps les medias et l'opinion grecs est l'ascension et l'enrichissement spectaculaires d'un pizzaloio syriziste...

Par ses politiques, l'UE a donc considérablement renforcé les fondements de l'Etat poule clientéliste qui est un cancer pour la Grèce, à la fois parce qu'il rend les services de l'Etat inefficaces et parce que, paradoxalement, il affaiblit la confiance du citoyen (et donc le consentement à l'impôt) dans l'Etat. Le citoyen recherche les faveurs de l'emploi public et en même temps il constate que l'Etat, du fait de son inefficacité, résultat en partie du clientélisme, ne lui rend jamais en services ce qu'il paye en impôt. Cercle vicieux que les dix dernières années n'ont fait que renforcer... et que la droite, avec le clan Mitsotakis à sa tête - champion toute catégorie en matière de clientélisme - continuera à alimenter en récupérant le pouvoir lorsque Syriza aura achevé son rôle historique qui aura été de faire avaler aux Grecs tout ce que la droite n'aurait peut-être pas osé/réussi à lui faire avaler.

Avec une curieuse synchronie, comme c'est désormais souvent le cas en Grèce où l'accumulation des catastrophes produit des effets cumulatifs, on apprenait aussi que Cosco, l'entreprise d'Etat chinoise qui a racheté plus de 60 % du Pirée et souhaite acquérir... le reste et toute une partie de la côte vers l'ouest - tant qu'on y est ! -, ainsi que les autorités s'inquiètent des restrictions aux pharaoniques travaux prévus par les Chinois recommandées par le Conseil supérieur de l'archéologie dont l'avis est... heureusement consultatif : nous voilà soulagés !

Ben oui quoi ! Qu'est-ce qu'ils vont encore nous faire chier avec leurs vieilles pierres et leurs vieilleries dont personne n'a rien à foutre ?! Alors que le grand État communiste de la planète et le seul gouvernement de gauche radicale d'Europe-c'est-la-paix ont de si beaux projets d'avenir !

mercredi 27 mars 2019

Grèce : fête nationale sous haute tension

Le pouvoir syriziste n'en finit plus d'agoniser sans l'hostilité d'un peuple qu'il trahi. Trahis les engagements de 2015 : l'espoir est de retour, la dignité nationale, plus un sacrifice pour l'euro, plus un pas en arrière, fin de l'austérité et de l'humiliation.

Trahis les résultats du référendum, trahis la confiance du peuple par la signature et la ratification d'un accord avec l'Ancienne République yougoslave de Macédoine, sous l'intense pression germano-américaine, afin de permettre l'intégration de l'ARYM dans l'OTAN et l'UE et de poursuivre la stratégie de néo-guerre froide dans les Balkans.

Cette dernière trahison a bien du mal à passer et c'est ce qu'a montré la célébration de la fête nationale du 25 - l'anniversaire du soulèvement de 1821 contre les Turcs.

"L’injustice finit toujours par être vaincue », écrit Makriyannis dans ses Mémoires que le poète Nobel Séféris tenait pour le premier chef d'oeuvre de la littérature grecque contemporaine.

Analphabète imprégné des idées des Lumières, Makriyiannis inventera une écriture pour écrire ces Mémoires sans passer par le filtre d'un érudit (ce qu'ont fait les autres grands capétans de la guerre d'indépendance), dont il était persuadé qu'il le trahirait. Ce personnage m'a fasciné et j'en ai fait le "fil rouge" des chapitres de "La Grèce et les Balkans" consacrés à l'insurrection grecque de 1821 contre les Turcs - que les Grecs commémorent aujourd'hui lors de leur fête nationale - et aux débuts d'un Etat grec à l'indépendance tronquée par les Occidentaux - comme elle l'est aujourd'hui par l'UE. Voici ce que j'écris des débuts de cette insurrection qui fut le début à la fois d'une guerre d'indépendance extraordinairement meurtrière (200000 morts pour une Grèce qui accédera à l'indépendance avec une population d'environ 800000 habitants), d'une révolution politique et sociale, toutes deux inabouties notamment en raison des ingérences occidentales et russe, et de plusieurs guerres civiles... dont la Grèce n'est peut-être pas tout-à-fait sortie encore aujourd'hui...

En Australie, un ministre Syriza s'est fait copieusement hué par la communauté grecque de Melbourne : Traîtres ! est sans doute le mot qu'on aura le plus entendu ce 25 mars, sortir de tant de gosiers populaires. Et le chant militaire "Illustre Macédoine", espèce d'hymne à la Macédoine depuis les guerres balkaniques de 1922-1923 à l'occasion desquelles la Macédoine égéenne fut rattachée à la Grèce, le chant le plus entendu, entonné par la foule ou par des troupes, alors furieusement acclamées, aux quatre coins du pays, comme en défi au gouvernement qui l'avait jugé, cette année, indésirable.

Aux Etats-Unis, aucun ministre ne s'est risqué : les Gréco-Américains avaient, semble-t-il, prévenu qu'il s'exposerait à des manifestations trop peu agréables.

Quant à la Grèce même, avant l'arrivée de Syriza au pouvoir, en 2015, les deux fêtes nationales (25 mars et 28 octobre, anniversaire du Non à Mussolini) avaient à de nombreuses reprises donné lieu à des manifestations d'hostilité à l'égard des politiques au pouvoir - tant qu'on avait pris l'habitude de tenir le peuple soigneusement tenu à l'écart des célébrations officielles. Le 25 mars 2015, après la victoire de Syriza - et avant le référendum et sa trahison par Syriza -, la fête nationale avait pris des airs de Libération. Puis au fil des trahisons, on en était revenu à une hostilité sourde... qui a tourné ce 25 mars, en de nombreux endroits, en manifestations de haine, de rage impuissante: des députés Syriza ont été hués, ont dû être exfiltrés, des heurts plus ou moins violents ont éclaté entre la foule et les forces de l'ordre.

Pour comprendre cette ambiance, pour mesurer la vertigineuse fracture qui sépare désormais le peuple de l'ensemble des partis dits de gouvernement - Syriza au premier chef -, il faut une fois encore lire le papier de mon ami Panagiotis Grigoriou sur l'indispensable blog greekcrisis (aidez-le, si vous le pouvez, il en a besoin pour continuer à nous tenir informer de ce qui se passe là-bas, vraiment, et qui est aux antipodes des discours officiels des Moscovici, relayés par les organes de propagande qui se prétendent d'information... voir notamment les statistiques fiscales en fin de cet article) et regarder les vidéos vers lesquelles conduisent les liens de son article.

Ajoutons encore à cette ambiance, les deux dernières provocation/humiliation d'Erdogan. La veille de l'anniversaire du soulèvement des Grecs contre le sultan ottoman, le néo-sultan, largement financé par l'UE, qui se présente de plus en plus (au fur et à mesure que s'accumulent ses difficultés intérieures) comme le restaurateur de l'ottomanisme, annonce (d'habitude il laisse cette annonce maintes fois répétée à des sous-fifres) une possible re-transformation de Sainte-Sophie en mosquée. Plus grande Eglise du monde pendant des siècles, symbole s'il en est de l'hellénisme chrétien, Sainte Sophie avait été transformée en mosquée après la prise de Constantinople en 1453, jusqu'à ce que Mustapha Kemal en fasse un musée (NB : Sainte Sophie de Trébizonde/Trabzon a déjà été "retournée" au culte musulman).

Puis le jour même de la fête nationale, alors que Tsipras s'était rendu à Agathonissi, une île de l'Egée orientale sur laquelle les Turcs contestent la souveraineté grecque et dont l'espace aérien est régulièrement violé par l'aviation turque, des avions guerre turcs ont "harcelé" l'hélicoptère du Premier ministre sur la route du retour, le forçant à des manoeuvres d'urgence jusqu'à ce que la chasse grecque intervienne. Voilà pour cette "étrange" fête nationale.

Reste l'état de cette Grèce qui, selon Moscovici, la Nomenklatura européiste et ses médias de service, comme selon les Syrizistes résiduels irait de mieux en mieux. Après tant d'autres preuves, voici les dernières statistiques concernant les déclarations de revenus de 2018 :

- les revenus déclarés en 2018 s'élèvent à 73,6 milliards d'euros contre 100,3 en 2010, soit une baisse de 26,7 % ;

- 946 344 ménages appartiennent à la catégorie de revenus correspondant à la classe moyenne contre 1 253 476 en 2017 soit une baisse de près de 25 % en un an ;

- un million de contribuables (dans un pays de moins de 11 millions d'habitants) hébergent chez eux un ami ou un parent ;

- 58,9 % des contribuables déclarent un revenu annuel inférieur à 10 000 euros ;

- 4 ménages sur 10 déclarent un revenu annuel entre 0 et 5000 euros ;

- 644 790 familles déclarent un revenu annuel de 0 euro;

- 19 869 contribuables déclarent un revenu annuel supérieur à 100000 euros.

Après ça, je ne vois même pas comment on pourrait contester que l'Europe et l'euro c'est la paix et la prospérité !

mardi 5 mars 2019

Spoliation et emprunt...

Grèce : nouvelles de la spoliation massive des petits propriétaires (journal Ta Néa).

On apprend aujourd'hui que 40 000 biens immobiliers devraient être confisqués par l'Etat en 2019, en conséquence de l'établissement du cadastre exigé par les créanciers de la Grèce.

En effet, pour s'inscrire au cadastre, il faut aujourd'hui fournir des pièces que beaucoup de Grecs n'ont pas ou plus (droit ottoman, transfert des propriétés ottomanes à l'Etat et occupation par de petits propriétaires grecs qui en ont eu la jouissance puis, sans acte, la propriété, durant le siècle qui a suivi la guerre d'indépendance, destructions de la dernière guerre ou de la guerre civile), il faut aussi se payer les services d'un géomètre pour établir précisément les limites des propriétés (ce que nombre de petits propriétaires paupérisés ne peuvent pas faire), les actes de vente ne portant souvent que des limites imprécises (la nôtre : du jardin de machin à la rue et de la maison de chose au gros arbre...), ce que bien des Grecs ne peuvent plus faire aujourd'hui.

Comme ce cadastre, concédé à une société privée évidemment, est établi par tranches régionales, Ta Néa précise que 15 000 propriétés sont déjà en cours de confiscation et que le rythme de croisière est estimé à 20 000 par an pour les années à venir.

Moralité : l'établissement du cadastre va permettre de spolier légalement les petits propriétaires au profit de l'Etat qui revendra ensuite ces propriétés confisquées, à qui ? Pour quoi ?

N'est-ce pas beau, l'Europe et un gouvernement de "gauche radicale ?

Par ailleurs le dit gouvernement de "gauche radicale" crie victoire : il vient d'emprunter 2,5 milliards d'euros à 10 ans au taux de... 3,9 % ! Alors que les taux sont historiquement bas et inférieurs à 1 % pour la plupart des pays européens.

Ainsi se resserre un peu plus encore le noeud coulant de la dette autour du cou des Grecs.

Car ces intérêts rendent la dette grecque (que la déflation imposée par l'UE et le FMI devait ramener en quelques années sous les 100 % du PIB alors qu'elle reste à 180 %) toujours plus insoutenable, renforcent l'emprise des créanciers et rendent inévitable un énième mémorandum. Mais il faut bien tenir jusqu'aux élections pour que le pigeon électeur aille voter - à droite très probablement par rejet de la clique Syriza, une droite qui mènera exactement la même politique que ladite clique, seule, ou en alliance avec le PASOK, ou en alliance avec Syriza !

vendredi 25 janvier 2019

Prespa ratifié

L'accord de Prespa, massivement rejeté par les peuples de l'Ancienne République yougoslave de Macédoine (rappelons que le référendum sur l'accord a été invalide, l'opposition ayant donné un mot d'ordre de boycottage du scrutin qui a été très largement majoritaire, cette invalidation aurait dû arrêter le processus, même si ce référendum était consultatif : on vous consulte, puis on fait le contraire, on connaît ! C'est même devenu un des principes cardinaux de l'UE... comme certain "grand débat" ici) et de Grèce (65 à 85 % des Grecs sont contre selon les sondages), signé par les gouvernements arymien et grec sous pression germano-américaine, et avec l'appui actif de Soros, qui se congratulait hier soir à Davos avec le premier ministre Arymien Zaev, ratifié à Skopje à coup de menaces physiques sur les députés manquants et grâce à quelques valises de billets, vient d'être ratifié, dans des conditions similaires, par 153 députés grecs sur 300 et après des pressions intenses de Merkel il y a dix jours, qui a fait le voyage d'Athènes comme elle avait fait celui de Skopje avant le référendum... . Après des pressions sur la presse comme sur les députés, de la part des ambassadeurs d'Allemagne et des Etats-Unis (rappelons que l'ambassadeur américain à Athènes était en poste en Ukraine au moment de Maïdan : un spécialiste !).

Encore une grande victoire de la démocratie européenne !

"L'amusant" viendra quand la droite irrédentiste reviendra au pouvoir à Skopje, au plus tard en décembre 2020, et qu'elle reprendra ses provocations tout en interprétant l'accord pour accuser la Grèce de ne pas respecter les règles de bon voisinage, parce que les manuels scolaires grecs parleront de la Macédoine ou que des institutions grecques porteront des noms comme Université de Macédoine. "L'amusant" viendra quand la Turquie, qui par ailleurs finance la pénétration islamiste en ARYM (avec les fonds qu'elle reçoit de l'UE), encouragera et appuiera ces accusations skopjennes.

"L'amusant" viendra quand le gouvernement grec en appellera à la solidarité européenne et occidentale, mais qu'elle aura perdu tout moyen de pression en levant son veto à l'admission de l'ARYM dans l'UE et l'OTAN, et qu'on lui répliquera qu'elle n'à qu'à se démer... toute seule, mais qu'il est hors de question de suspendre l'adhésion de l'ARYM à l'UE et à l'OTAN.

Alors, ceux qui bavent aujourd'hui contre les dangereux nationalistes opposés à l'accord, des nationalistes comme Mikis Théodorakis ou Zoé Konstantopoulou, viendront, comme tous les idiots utiles de l'histoire qui découvrent que les tragédies du présent sont tissées des capitulations et les lâchetés de la veille, pleurnicher qu'on ne les avait pas prévenus.

Car en réalité, ce pseudo-accord, imposé aux peuples de l'extérieur et grâce à la collaboration de leurs Nomenklaturas respectives, et dont (comme ce fut le cas des mémorandums) les députés qui le ratifient ne connaissent pas même le contenu exact et complet, un contenu que beaucoup jugent, pour ce qu'on en sait, contraire à la Constitution hellénique, crée bien plus de problèmes pour l'avenir qu'il n'en règle.

dimanche 13 janvier 2019

Athènes-Paris

Nous voici donc rentrés.

Vous vous souvenez peut-être qu'à la fin du débat sur RT, chez Dominique Taddéi, où François Asselineau et moi étions opposés à deux calamiteux européistes, l'ultime argument, massu, de ces derniers, une fois les autres démontés par nos soins, fut que l'euro permettait d'aller en vacances... sans payer de frais de change.

Eh bien celui-là aussi tombe à l'eau. C'est en Grèce... pour l'instant, mais comme la Grèce est depuis 10 ans le laboratoire, attendez-vous à savoir (comme disait la regrettée Geneviève Tabouis) qu'il vous arrivera bientôt la même chose, à savoir que tous les retraits aux automates de toutes les banques (que ce soit la vôtre ou pas... sauf Alpha Bank pour l'instant) sont désormais taxés à hauteur de 2,5 euros pour un retrait de 200 euros (soit 1,25% si je compte bien).

A part ça, nous avons eu le privilège de croiser Merkel à Athènes. Enfin, croiser... pas vraiment car tout le centre d'Athènes puis le quartier où elle dînait avec Alexis puis la route de l'aéroport ont été simplement bouclés pendant 48 heures, tant la dame est populaire en dehors du gouvernement de "gauche radicale".

Bilan de la visite : Merkel reconnaît la responsabilité des nazis dans les crimes nazis, c'est-à-dire allemands, en Grèce !

Veine !!! Quel progrès ???

Et la restitution du l'or volé, les réparations... Ach Nein bas question. Vous devriez être zatisfait que che reconnaisse que ce sont tes nazis qui ont commis les crimes nazis.

Ça valait la peine de bloquer Athènes pendant deux jours !!!

En réalité, la chancelière du Reich est venue resserrer les boulons pour s'assurer, schlag en main, que l'accord avec l'ARYM, une fois ratifié contre les résultats du référendum en ARYM et grâce à quelques députés achetés en dollars à Skopje, soit bien ratifié aussi à Athènes.

Il se dit qu'à Athènes aussi les valises de billets circulent ces jours-ci depuis les ambassades de es Etats-Unis et du Reich, vers... les valises des billets et les menaces. Un député grec de l'Union du centre a ainsi déclaré que les ambassadeurs d'Allemagne et des États-Unis lui avaient rendu visite.... Chacun à son tour.... Pour le menacer du "pire" s'il ne votait pas la ratification de l'accord signé par Tsipras avec l'ARYM.

Rappelons que l'ambassadeur des Etats-Unis en Grèce est celui-là même qui était en poste en Ukraine au moment de Maïdan.

Un expert !

Quant au ministre de la Défense, Panos Kamménos, il a démissionné ce matin, comme il avait annoncé qu'il le ferait si l'accord aec l'ARYM arrivait devant le parlement grec.

Kamménos est le chef du petit parti de droite des Grecs indépendants (ANEL) partenaire indispensable de coalition de Syriza depuis 2015. Virtuellement le gouvernement croupion de Tsipras, qui a déjà vu démissionner le ministre des Affaires étrangères négociateur de l'accord, n'a plus de majorité.

Les billets et les menaces visent donc à la mise en survie artificielle du gouvernement de "gauche radicale", grâce à des dissidents de l'ANEL, aux eurobéats de Potami et à ceux qui céderont aux dollars et/ou aux menaces, le temps de terminer le boulot qui permettra la validation des candidatures de l'ARYM à l'OTAN et à l'UE. Ensuite on pourra laisser revenir au pouvoir à Skopje une majorité de droite nationaliste, hostile à l'accord et qui bafouera en reprenant sa propagande irrédendiste. La Grèce, quant à elle, aura perdu tout moyen de pression par la levée des vetos grecs auxdites candidatures.

Ensuite viendra le temps pour le petit Gauleiter de "gauche radicale" le temps de restituer le pouvoir au petit Gauleiter de droite, encore plus germanolâtre, qui piaffe d'impatience et qui n'aura pas ainsi à assumer la marque d'infamie qui, pour une partie très majoritaire de l'opinion grecque, s'attache à cet accord. Jusqu'ici, je pensais que le but d'Alexis était de devenir vice-Premier ministre de Kyriakos (le futur Gauleiter de droite), mais des amis nous ont suggéré ces jours-ci que, pour dividendes des services rendus au Reich, Alexis viserait plutôt la présidence du pseudo-parlement européen... ou la place de Tusk... ou seul du poivrot luxembourgeois, qui sait ! Ainsi on pourrait dire que l'UE n'est pas de droite, qu'elle est même un peu de "gauche radicale" !

On verra !

En attendant, hier, dès mon retour, j'ai assisté à la réunion publique de l'Appel de La Sociale pour la défense de la souveraineté de la nation et des droits sociaux, en soutien au mouvement des Gilets jaunes, pour la défense des libertés publiques et des droits démocratiques, qui passe forcément par la récupération de notre entière souveraineté, face à une UE qui a été et qui est le prétexte et le moteur de la liquidation de ces libertés et de ces droits.

Quant aux interventions - notamment celle de Djordje Kuzmanovic, récemment éjecté de LFI et pour qui j'ai grande estime et considération - elles ont pour la plupart insisté sur la nécessité de rassembler, au-delà des vieux clivages privés de sens par ce qu'il est convenu d'appeler la construction européenne, tous ceux qui partagent la même conviction que la restauration d'une République démocratique et sociale passe par la récupération de notre souveraineté.

Pour ma part, j'ai évidemment tenu à exposer dans cette réunion ce que sont pour moi les leçons du martyre infligé au peuple et à la nation grecs depuis bientôt dix ans: combien il est illusoire d'attendre quoi que ce d'une alternance dite de gauche qui ne pose pas comme préalable la rupture avec l'UE et l'euro, combien la réalisation de ladite alternance dans le cadre de l'UE, forcément désastreuse, est politiquement ravageuse et démobilisatrice, stérilisante ; combien l'exemple grec nous impose donc, si nous voulons une alternance de politique et non d'hommes menant la même politique, il est vital de réorganiser le champ politique selon le seul clivage signifiant aujourd'hui: pour ou contre la rupture avec l'UE.

Dès lors que nous aurons rompu, nous pourrons recommencer à faire de la politique projet contre projet ; aujourd'hui, le seul débat qui vaille et qui transcende les vieux clivages que l'UE à tués, c est bien : récupère-t-on les instruments de la souveraineté qui permettent de faire de la politique, ou les laisse-t-on, sous couvert d'Europe, aux mains de l'oligarchie qui a conçu, dès l'origine, le projet européen comme le moyen de priver les peuples de tout moyen d'action sur leur propre destin ?

jeudi 20 décembre 2018

Petite chronique du racket au quotidien

La Grèce va mieux, comme dit Mosco:.

En transit à Kos, ce matin entre deux bateaux, nous nous installons dans un café. On commande deux thés, on les boit, en attendant d'en recommander deux autres. Soudain, deux agents du fisc débarquent, avisant notre table avec consommation mais sans encore de note. Et dresse un PV... Je comprends la situation, que la patronne et la serveuse tentent d'expliquer, je tente d'intervenir pour confirmer. Rien à faire !

Au final, nous recommandons deux thés et lorsque les deux notes arrivent, nous constatons que la première a bien été émise à l'heure même où nous avons été servis. Le cafetier est donc taxé non pour ne pas avoir édité de note, mais pour ne pas l'avoir déposée sur notre table en même temps que les thés.

Trois minutes plus tard, Frédéric voit sur un journal grec en ligne que le gouvernement a donné instruction de multiplier les descentes du fisc dans les commerces durant les fêtes de fin d'année. Pendant ce temps-là l'optimisation fiscale des gros au Luxembourg de Juncker est toujours parfaitement légale.

Et hier un ami nous disait qu'il attend depuis plus d'un an la restitution d'une saisie sur le compte de sa compagne reconnue comme indue par la justice... Mais qu'il se heurte à un mur.

Dans le même moment où le gouvernement Tsipras prétend faire un cadeau de Noël aux gens qu'il a contribué à paupériser, il fait les poches à ceux qui ne le sont pas encore tout à fait.

Comme dit Mosco...

mardi 11 décembre 2018

En Grèce, dixième hiver de crise... En France, Gugusse pend la parole

C'est Panagiotis Grigoriou, comme d'habitude ça serre le coeur, mais il faut le lire. D'abord parce que, dans ce papier, il parle de Séféris et de Makriyannis - deux références essentielles que nous partageons, parmi bien d'autres -, suite parce que depuis dix ans les Grecs sont les animaux du laboratoire européen de notre avenir. Pour comprendre où nous allons - si nous ne détruisons pas la machine infernale euro/UE, dont Macron n'est que le "passe-plats" - il faut regarder et regarder encore où ils en sont.

Enfin si vous pouvez l'aider, faites-le (rubrique dons) : grâce à vous il aura un peu moins froid pour continuer à nous informer : 43% des Grecs, selon une étude d'août dernier, ne peuvent plus se chauffer. C'est ça l'Europe et la "gauche radicale" en régime européen !

"Sur les ondes radio, une femme médecin en chef au sein d’une unité de soins intensifs dans un hôpital public dénonce pour une énième fois le manque de moyens. “Nos unités sont à moitié fermées. Nous manquons de personnel et de budget, le matériel manque aussi. Le gouvernement se vante de son excédent primaire, il distribue des cadeaux à sa clientèle politique tandis que nos malades meurent. Je suis chef de service, j’ai plus de trente années d’ancienneté et je gagne 1.800€ net après tant de diminutions successives de mon salaire, tandis que mes collègues jeunes, ils gagnent moins de mille euros par mois. D’après nos calculs, les médecins du public ont perdu en moyenne 55% de leurs revenus en huit années. Heureusement que nous oublions tout cela devant nos malades, dans les salles d'opération... pour ainsi revenir dans la réalité une fois rentrés chez nous. Nos jeunes médecins ont quitté et quittent encore le pays par milliers”."

Pour le reste, Gugusse nous a fait son show hier soir... Manifestement, sa professeur de théâtre n'a pas dû être à la hauteur ! Le texte était mauvais et l'acteur exécrable.

Embrouille sur toute la ligne : l'augmentation du SMIC n'est pas une augmentation du SMIC, mais une augmentation de la prime d'activité financée par l'impôt des juste au-dessus du SMIC (il faut lire là-dessus ce qu'écrit aujourd'hui David Cayla, un de nos meilleurs économistes non conventionnels); et la dispense de CSG n'est pas ce qu'on pense, comme le précise Marianne : "Concrètement, si les 33.000 euros annoncés restaient bien le chiffre définitif, cela signifie que, dans le cas d'un couple, pour bénéficier de l'exonération de l'augmentation de la CSG, il faut que le montant des deux pensions mensuelles ne dépasse pas 2.750 euros. Avant cette annulation, seuls les couples percevant moins de 1.841 euros par mois en étaient affranchis. Par conséquent, les retraités qui reçoivent un peu plus de 1.375 euros chacun devront toujours payer la CSG à taux plein, soit environ 15 euros par mois. Attention, encore : l'âge des retraités peut modifier cette équation. Si l'un des membres du couple a plus de 65 ans, il bénéficiera d'un abattement fiscal de 1.176 euros. Ce dernier s'élève à 2.352 euros si chacun d'entre eux les dépasse." C'est quand même pas mal que Mme Polony ait accédé à la tête de ce journal !

Oh la belle embrouille ! Bien tenté mais du coup, gamin ! On ne doute pas que beaucoup de crânes d'oeufs ont bossé dur pour trouver tout ça. Manque de pot : la ficelle, façon cordage de marine (sans mauvais jeu de mots), est un peu trop voyante. On attend en tout cas avec impatience les commentaires outragés des Déconneurs/Décodeurs de tout acabit des chaînes publiques et bien entendu du Monde, experts en débusquage de fèqueniouzes !

En tout cas, à France 2 on jouit ! On ne sait pas si c'est Lapix ou Saint-Cricq - ou les deux ? - qui ont manifesté leur enthousiasme devant le génie présidentiel, mais on sent toute la difficulté à retenir les épanchements quand on voit le "like" de France Télévisions à un tweet de cet esprit d'exception qui illumine la macronie tout entière de sa fulgurante intelligence Aurore Bergé...

Devant tant d'intelligence (remarquez le "ce qui a été vécu"... sous-entendu : par des crétins qui n'ont pas ma fulgurante intelligence et ne sont pas capables de comprendre le vrai sens des propos du Génie qui nous dirige et que le monde entier nous envie".... enfin de moins en moins !), on comprend l'enthousiasme de France Télévisions, financée par nos impôts... Il est vrai qu'entre dindes, il est un peu normal qu'on se soutienne !

Perlimpinpin, donc... faute d'autres poudres hallucinogènes, ça risque d'être bien juste, pour calmer un populo qui, à chaque interview m'apparaît singulièrement lucide ! Et non moins singulièrement décidé à ne pas se laisser avoir par des gros pièges techno-euro.

Perlimpinipin, mais il n'en faut pas plus pour alerter Berlin et Bruxelles : j'imagine la banane qui ne doit plus quitter Salvini et Di Maio ! Eh oui, même la poudre de perlimpinpin est insupportable au nez des "responsables" du Reich européen ! Mais alors quid du coup de main que Mosco s'était fit prêt, il y a peu, à donner en se faisant élire sur la liste à son pote Manu patronnée par ces géants de l'histoire contemporaine que sont Juppé et Raffarin ? Dilemme ! cornélien ! shakespearesque !!!

Ou bien alors, comme me le soufflait un ami Facebook hier soir, le perlimpimpin serait... cousu de fil blanc ??? Du genre Mosco, Juncker et les deux kapos baltes de la Commission font les gros yeux, tapent du poing sur la table et Manu dit : je suis désolé, j'voudrais ben, mais j'peux point !

En tout cas, il faut lire aussi aujourd'hui cette tribune cosignée par une vingtaine de personnalités, dont Emmanuel Todd et Jacques Sapir, et intitulée : "L’existence de l’euro, cause première des Gilets jaunes" ; comme il faut lire la tribune de Coralie Delaume dans le Figaro Vox : "Macron a les pieds et les poings liés par l'Union européenne". Oui évidemment, les lignes commencent à bouger, le mur de la propagande commencent à se fissurer et, dans ce processus, la pression des Gilets jaunes sera historiquement déterminante. L'euro et l'UE vont vers leur fin : partout l'ordre européen vacille sous l'effet de la convergence des crises et d'une façon différente selon les histoires nationales, les contextes nationaux : gouvernement paralysé en France, à l'agonie en Allemagne, en Grèce, en Espagne (où l'extrême droite a réalisé une impressionnante poussée, inédite depuis la fin du franquisme et imprévue de tous les sondeurs) et depuis hier en Belgique... Ma conviction est que nous vivons un temps comparable à celui qui, à l'Est, a précédé l'effondrement sur elle-même, et sous le poids de de ses propres tares, de l'URSS.

Du coup le petit bijou sorti sur le Net hier soir, après la sinistre pitrerie de Gugusse, en prenait une particulière saveur : il s'agit du dernier discours public du regretté Nicolae Ceaucescu, annonçant, le 21 décembre, pour calmer les colères de son peuple une augmentation, au 1er janvier suivant, de 200 leis du salaire minimum et une autre des retraites... Je n'y ai d'abord pas cru... mais lorsqu'un autre ami partagea la vidéo plus longue et sous-titrée en anglais, je dus bien me rendre à l'évidence. Evidemment, je ne résiste pas à vous les mettre en partage !

lundi 22 octobre 2018

Crise politique en Grèce (suite)

Après avoir été à l'origine de la démission du ministre des Affaires étrangères Kotzias, négociateur de l'accord avec l'ARYM, le ministre de la Défense Kamménos s'en prend aujourd'hui au secrétaire d'Etat aux Grecs de l'étranger, Terence Spencer Nikólaos Kouík, membre du gouvernement Syriza-ANEL depuis janvier 2015.

Le drôle, c'est que Kouik est le cofondateur, avec Kamménos, des Grecs indépendants (ANEL, venus de la droite par refus des mémorandums dont ils ont ensuite avalé le pire, celui de Tsipras), mais qu'il soutient l'accord de Prespa.

Sur l'accord lui-même, le ministre de la Défense, arrivé au Conseil national de son parti avec en fond musical le Kalachnikov de Bregovic, a déclaré qu'il n'avait jamais été question de cet accord lors de la négociation de l'accord de gouvernement entre Syriza et ANEL , que "dès le premier moment, nous avons dit que nous ne le soutiendrions pas. Nous resterons au gouvernement jusqu'à ce que le nœud vienne au peigne." C'est à dire jusqu'au moment où, si l'ARYM modifie bien sa Constitution, l'accord arrive pour ratification à la Vouli. Il a donc indiqué qu'ANEL était bien au gouvernement jusqu'en mars....Mais lorsque l'accord arrivera à la Vouli pour ratification, ANEL quittera le gouvernement.

Et il a ajouté "ne pas pouvoir parler" des modalités qui, à Skopje, ont permis l'ouverture du débat constitutionnel... c'est-à-dire l'achat des 8 députés d'opposition qui manquaient à la majorité qualifiée.

En réalité, ce gouvernement n'est plus qu'une pétaudière sans queue ni tête qui se décompose chaque jour, ou chaque heure, un peu plus... Tiendra-t-il vraiment jusqu'en mars avec une guerre permanente entre ministres ?

Sur les modalités du vote à Skopje, c'est le ministère des Affaires étrangères russe qui donne aujourd'hui quelques précisions.

Dans un communiqué virulent, repris par la presse grecque, il détaille les conditions dans lesquelles à été acquis le vote d'ouverture du débat sur la révision de la Constitution prévu par l'accord de Prespa avec la Grèce, grâce à huit députés d'opposition :

"Tout était organisé selon les règles de la" démocratie européenne moderne ".

Huit votes de députés de l'opposition ont été obtenus par le chantage, les menaces et les pots-de-vin. Trois d'entre eux, par pure chance, ont été libérés ce jour-là. A deux d'entre eux, détenus au bureau du procureur spécial, a été promise la liberté. Les autres en échange du "bon vote" ont reçu des propositions financières de corruption.

Les députés étaient enfermés dans des bureaux, on leur avait pris leurs téléphones portables, apparemment dans l'esprit de la pratique démocratique européenne. Il est à noter que l'ambassadeur américain était présent dans les locaux du parlement jusqu'à la fin de la réunion, ce qui ne laisse aucun doute quant à savoir qui a orchestré ce processus.

Nous considérons que l'incident est une violation flagrante de toutes les règles, à la fois légalement et éthiquement. De telles manipulations sales ne peuvent être considérées comme une expression de la volonté des députés. Les deux tiers des "Macédoniens" qui ont refusé de soutenir l'accord de Prespa lors du référendum invalide du 30 septembre sont grossièrement ignorés."

dimanche 21 octobre 2018

Crise politique en Grèce (suite)

En quittant le ministère des Affaires étrangères, hier, Kotzias annonce une décision extrêmement grave : celle d'étendre les eaux territoriales de 6 à 12 milles, en application de la Convention de Montego Bay sur le droit de la mer de 1982, entraînant des droits d'exploitation économique exclusive... sauf dans la moitié orientale de l'Egée.

Or, jusqu'ici, les gouvernements grecs n'avaient pas procédé à cette extension dans la mesure où la Grande Assemblée nationale turque a donné, le 9 juin 1995, une autorisation permanente au gouvernement de déclarer la guerre à la Grèce si celle-ci procède à cette extension.

En effet, la Turquie, exige, contre tout bon sens, et contre toute jurisprudence internationale sur les mers fermées la reconnaissance de sa souveraineté à l'est de la ligne médiane de l'Egée, hors les eaux territoriales entourant les îles grecques dans cette zone.

La Turquie refusant de recourir sur cette question à l'arbitrage de la Cour internationale de Justice de La Haye (on sait ce que serait cet arbitrage : deux ou trois "couloirs" entre les îles grecques vers le centre de l'Egée afin de compenser la surface des 12 milles que "perd" la Turquie du fait de la proximité des îles grecques), les gouvernements grecs avaient toujours reporté l'extension au lendemain d'un accord avec la Turquie. Voir ci-dessous la carte que publiait le Diplo en... 1996, au moment où les Turcs débarquèrent sur les îlots d'Imia, provoquant le crash d'un hélicoptère grec - trois morts - et engageant une escalade au cours de laquelle on frôla la guerre entre deux membres de l'OTAN - dans le silence assourdissant de "l'Europe" (hors une résolution sans portée du prétendu parlement) et jusqu'à ce que le président américain Clinton siffle la fin de la partie.

Le gouvernement Tsipras semble donc avoir changé de politique et procéderait bientôt à cette extension... sauf à l'est de la ligne médiane de l'Egée. Cette décision apparaît en réalité, si elle se confirme, absolument catastrophique ! Elle entérine en effet sur deux points essentiels la thèse turque - et ceci sans aucune négociation ni contrepartie. En procédant ainsi, le gouvernement Tsipras reconnaîtrait, de facto, que la Turquie a des droits spéciaux sur toute la moitié orientale de l'Egée, puisqu'elle étendrait ses eaux territoriales en application du droit international, sauf dans cette zone.

Elle validerait une seconde thèse de la Turquie - qui a depuis longtemps étendu ses propres eaux à 12 milles en mer Noire et en Méditerranée - selon laquelle les eaux territoriales d'un même pays peuvent avoir différentes extensions suivant les façades. De faite, la Grèce validerait une seconde fois la thèse de la Turquie en calquant son comportement sur le sien.

A tout point de vue, cette décision - dont Kotzias dit qu'elle entraînera la première extension de la souveraineté grecque depuis le rattachement du Dodécanèse en 1947 -, si elle était confirmée, consisterait, à l'inverse exact de ce qui est dit, en une véritable capitulation sur le fond devant les revendications turques en Egée.

De deux choses l'une, soit tout cela, en même temps que le paquet ARYM, a fait partie des engagements - secrets - pris par Tsipras au moment de sa capitulation de 2015, soit Kotzias commence à se venger de Tsipras, qui l'a lâché, en lui savonnant un peu plus la planche.

Une fois de plus, celui qui se pose en défenseur de l'hellénisme et en champion de l'intransigeance face aux permanentes violations par la Turquie des droits souverains de la Grèce, le ministre de la Défense Kamménos, qui a provoqué la démission de Kotzias, se retrouve en porte-à-faux. Après la couleuvre macédonienne, le boa turc...

En outre, si cette politique est mise en oeuvre, nul doute que Syriza va perdre des voix - et pas qu'un peu - dans les îles orientales qui ne peuvent, aujourd'hui, que se sentir lâchées par ce gouvernement dont on commence à se demander à quelle capitulation il n'a pas déjà souscrit. Je serais à la place des Chypriotes, je commencerais à me faire sérieusement du souci !

Sinon, sur l'ARYM et quelques autres sujets, je vous recommande encore plus chaudement que d'habitude la lecture du dernier papier de blog de mon ami Panagiotis Grigoriou (aidez-le, si vous le pouvez, il en a besoin pour continuer à nous informer... et n'oubliez pas qu'il peut vous emmener découvrir cette Thessalie profonde, et superbe, dans le cadre de Terra Incognita, qui vous permettra de découvrir uautrement une Grèce authentique). Et je ne vous recommande pas ce dernier papier parce que, une fois de plus, il me cite, mais parce que cela éclaire ce que j'ai écris moi-même sur l'ARYM, ici et ailleurs, ainsi que la crise gouvernementale dont je vous entretiens depuis plusieurs jours.

Et encore - ou surtout - parce que, comme toujours dans ses papiers, on y sent la détresse des petits, des fragiles, de ceux qui ne comptent pour rien - cette fois dans cette Thessalie qu'il aime tant, dans ces Agrafa loin de tout, parce que les ravages de l'UE, de ses agents et de ses collaborateurs locaux, de leur insatiable appétit de profits et de destruction d'un peuple, de ses paysages comme de sa culture, se font sentir jusque dans ce monde jusque-là, d'une certaine façon, préservée...