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vendredi 11 mai 2018

La Grèce après le mois d'août

Le CADTM a eu bien raison de recruter Marie-Laure Coulmin Koutsaftis, cela nous permet d'avoir des papiers passionnants, comme celui que j'ai relayé récemment sur les tranferts massifs de propriété en cours, précis et documentés sur ce qui continue imperturbablement en Grèce, sur quoi les pouvoirs, allemand, français, européen, grec font de la désinformation servilement répercutée (à quelques exceptions près) par les médias dominants.

Ma seule réserve de détail sur le présent papier, consacré au maintien du pays sous tutelle germano-européenne après sa sortie annoncée à grand renfort des trompettes de la propagande, du régime des mémorandums, c'est que, même s'il y a sortie de la Grèce du plan dit d'aide (qui n'a jamais aidé personne sinon les banques françaises et allemandes à transmuter, par une opération d'alchimie européenne les créances sur la Grèce qu'elles avaient accumulées, contre tout principe raisonnable de gestion, en dette sur les contribuables européens), cette sortie ne pourra être que chaotique et provisoire - nonobstant les trompe l'oeil qu'on inventera - tout simplement parce que les politiques de prédation et de destruction massive de l'économie grecque appliquée par la Germano-Europe depuis 2010 ne peuvent permettre au pays de redémarrer.

dimanche 6 mai 2018

Transfert de propriété

Comme je l'écris depuis maintenant plusieurs années, la Grèce vit désormais sous la loi des vautours. C'est à dire que la trahison tous azimuts de Tsipras (une trahison qu'un lecteur de ce blog présentait dans son commentaire à mon précédent billet comme une énième version de sainte TINA : s'il a fait ça, c'est bien entendu qu'il ne pouvait faire autre chose. On n'en a donc jamais fini avec les sophismes ! Car non, en effet, on ne peut mener une autre politique sans s'affranchir du double carcan de l'euro et de l'UE, mais on peut choisir de s'affranchir du double carcan de l'euro et de l'UE pour mener une autre politique, ce que les Grecs choisirent par référendum en 2015, puisqu'on leur avait répété, sur tous les tons, du matin au soir et du soir au matin, que s'ils votaient NON on les expulserait de l'euro et de l'UE, et qu'ils votèrent NON à plus de 61 %. Avant que le gouvernement Tsipras ne s'assoie sur leur vote, comme le gouvernement français s'assit sur le vote des Français de 2005, comme... on s'assoit sur tous les votes dans l'UE, dès lors que ces votes ne correspondent pas à ce que des "élites" en sécession ont décidé de ce qu'ils devaient être) se traduit aussi par un immense transfert de propriété, une spoliation à grande échelle, une expropriation des Grecs de leur propre pays.

Ce pays était en Europe, avec la France, celui qui avait fait la réforme agraire la plus accomplie et le peuple grec était un peuple de petits propriétaires ; la fiscalité confiscatoire imposée par l'UE depuis 2010 contraint aujourd'hui ces petits propriétaires qui ont un capital mais pas de liquidités (puisqu'ils sont réduits par les politiques déflationnistes de la Germano-Europe à une précarité telle que même beaucoup de ceux qui ont encore un travail salarié ne sont pas payés régulièrement ou à des niveaux de salaires insuffisants pour vivre, voire survivre), soit à le vendre à n'importe quel prix pour se soigner ou subsister six mois de plus, soit à la confiscation - faute de pouvoir acquitter des obligations fiscales qui n'ont plus rien à voir avec la faculté contributive des Grecs.

Ainsi le gouvernement Tsipras, dit de gauche radicale, préside-t-il avec zèle (notamment en ayant fait passer en urgence une loi, exigée par l'UE, qui permet de pratiquer par Internet les ventes aux enchères des biens confisqués, lesquelles ne pouvaient avoir lieu physiquement du fait des mobilisations populaires), non à la collectivisation ou socialisation d'une partie de la propriété - qui fut autrefois un des marqueurs des politiques dites de gauche - mais à la spoliation pure et simple des petits propriétaires pour l'essentiel au profit du capital étranger, et accessoirement de la partie de la population grecque la plus riche. Ou quand le libéralisme, dont le respect du droit de propriété a toujours été présenté comme le pilier fondamental, aboutit, dans sa forme euro-germanique, à la violation généralisée de ce droit de propriété.

C'est à ce phénomène que Marie-Laure Coulmin-Koutsaftis, qui dirigea naguère l'ouvrage collectif : Les Grecs contre l'austérité. Il était une fois l'histoire de la dette (Le Temps des cerises, 2015) dont j'ai eu l'honneur d'écrire la contribution conclusive : "La fable du boa et du lapin" (où le lecteur de ce blog cité plus haut trouvera une manière de réponse anticipée à son commentaire à mon précédent post en ce qui concerne Tsipras), vient de consacrer, sur le site du Comité pour l'abolition des dettes illégitimes, un article détaillé que je ne peux que vous recommander de lire.

vendredi 20 avril 2018

Le p'tit, la Cheffe et la sortie du "plan d'aide"

Une partie de la CDU/CSU veut la tête de la Cheffe qui a "trop lâché" au SPD et tremble que la moindre concession ne fasse encore grimper l'AFD... cette partie n'ira qu'en se renforçant avec le temps et les sondages favorables à l'AFD.

La Cheffe, esprit étroit qui n'a jamais pris de décision, depuis qu'elle est au pouvoir, en matière européenne comme en toute autre matière, qu'en fonction d'étroits intérêts de politique intérieure, ne lâchera donc rien au p'tit qui peut toujours se carrer ses projets de réforme de la zone euro... On pourrait presque aller jusqu'à l'en remercier !

D'autant que la "crise grecque" va sans doute faire un joyeux come-back durant l'été : contrairement au discours officiel rien n'a redémarré, l'effet-retard de la baisse de l'euro sous 1,10 dollar (qui, seule, a permis d'arrêter la dégradation en Grèce et s'est traduite par une molle reprise ailleurs) s'efface, en Grèce comme ailleurs ; la remontée autour de 1,23-1,25 va de nouveau étouffer les économies les plus faibles de la zone et replonger les autres dans une stagnation à la baisse. Quant à la sortie du "plan d'aide" européen (qui n'a jamais été un plan d'aide, sinon aux banques françaises et allemandes gavées de dette grecque), présentée jusqu'ici comme un triomphe annoncé, elle risque fort de se transformer, comme je le dis depuis des mois, en débâcle à côté de laquelle le Blitzkrieg de 1940 fera figure de guerre de position. Ce qui, apparemment, commence à se chuchoter dans les médias aux ordres et provoque la dénégation outrée de Moscovici... C'est dire si on est rassuré !!!

La Frankfurter Allgemeine, elle, a récemment publié un article au vitriol (on dirait raciste, s'il y avait juif, arabe ou noir, en place de grec) à l'égard des Grecs, comme au bon vieux temps des débuts de la "crise grecque", dont la "philosophie", pour faire court, est qu'il n'y a rien à faire avec ces gens-là, que rien ne change dans ce pays de m..., que plus on les aide et plus ils sont pareils. Bref, qu'il n'y a aucune chance d'en faire jamais de bons Allemands.

Dans ces conditions, le seul but de la Cheffe est de durer encore et encore et elle sait très bien que son attelage des perdants moribonds n'ira pas au bout du mandat. La Grosse Ko c'est les soins palliatifs : ne rien faire et attendre la mort en espérant qu'elle viendra le plus tard possible.

jeudi 12 avril 2018

Crash en mer Egée

Un Mirage 2000-5 grec s'est crashé aujourd'hui en Egée au retour d'une énième mission d'interception de chasseurs turcs violant l'espace aérien grec, et après avoir été baladé par les Turcs de Mytilène à Rhodes et retour...

Selon les informations disponibles, le pilote volait bas - en dessous de 6 000 pieds - en raison de la forte nébulosité de l'humidité qui régnait dans la région. Jusqu'à présent, il n'y a eu aucune mention de dommages mécaniques. Il a apparemment fait un tour au-dessus de Mykonos, train sorti, peut-être pour tenter de se poser sur l'aéroport de l'île, puis est reparti et s'est crashé en mer au nord-est de Skyros, le pilote ne s'est pas, ou n'a pas pu s'éjecter. Apparemment, l'avion avec lequel il faisait équipe a failli connaître le même sort... se retrouvant "cloué à la mer", peut-être en raison d'un problème de radars donnant des informations erronées d'altitude dû à la météo...

Le pilote, Geogios Baltadoros, 34 ans, père de deux enfants, est mort.

L'étonnant c'est que ça n'arrive que maintenant !

Que dit l'UE ? la France ?

Comble de cynisme : ce soir, Erdogan présente ses condoléances à Tsipras !

lundi 2 avril 2018

Guerre du Kippour à la grecque ?

Erdogan tentera-t-il le "coup de la guerre du Kippour" en attaquant la Grèce pendant les Pâques orthodoxes, le ouiquende prochain ?

Les rumeurs vont bon train en Grèce où cela ne surprendrait pas grand monde. Il semble que nous rentrions dans une période à haut risque après les innombrables déclarations et provocations turques (dernière en date : Erdogan est allé réciter des prières à Sainte-Sophie d'Istanbul, transformée en mosquée en 1453 lors de la prise de la Ville - il y a notamment rendu un hommage appuyé au sultan Mehmet II dit le Conquérant -, et que Kémal avait déconfessionnalisée pour transformer le monument en musée... sa retransformation en mosquée est une vieille et symbolique revendication des islamistes turcs) en mer Egée comme à Chypre qui font monter la tension depuis plus d'un an, et parallèlement à l'opération d'Afrin...

Prise de contrôle d'îlots inhabités, histoire de tester la réaction des Etats-Unis, et accessoirement de l'UE, dont Erdogan a pu mesurer récemment les capacités de lâcheté par le déblocage de 3 nouveaux milliards au titre du chantage aux migrants par la Commisssion puis par l'exercice de reptation à ses pieds de Jean-Claude Juncker lors du récent dîner de Varna ? Attaque contre des îles habitées régulièrement désignées comme turques par Ankara - Kastellorizo, Phamakonisi, Agathonisi - pour tester les capacités de réplique de l'armée grecque (après neuf ans d'écorchage de la Grèce par l'UE qui déverse des milliards sur la Turquie au titre du chantage aux migrants ou de la préadhésion) à une armée turque cinq fois plus puissante mais saignée, elle, par huit ans de purges islamistes des officiers supérieurs aux sous-officiers ? Opération de plus grande envergure ?

Il ne semble en tout cas pas absurde que le sultan, grassement subventionné par l'UE, puisse penser, ne serait-ce que par une opération limitée, casser la saison touristique d'une Grèce dont le tourisme est, après neuf ans de politiques européennes, le seul moteur économique qui tourne encore à peu près, même si l'immense transfert de propriété par quoi se traduisent aussi les politiques européennes a fait passer nombre d'infrastructures hôtelières et aéroportuaires dans des mains étrangères et délocalisé en Europe occidentale une grande partie des recettes générées par le tourisme en mode colonial du all inclusive (localisation des recettes dans les pays de départ, les retombées sur place ne sont plus que les prestations de service locales payées au plus bas et les salaires de misère de l'hôtellerie, quand on n'a pas recours à du personnel roumain ou bulgare qu'on peut encore payer moins cher)...

dimanche 25 mars 2018

25 mars, fête nationale grecque

L'insurrection grecque de 1821, l'épanastasis, que les Grecs commémorent en ce jour de fête nationale, est à la fois (en même temps !!!) un soulèvement national et une révolution - la volonté de disposer de soi et de changer l'ordre social qui participe de la domination turque et que la domination turque pérennise. Car en Grèce, on n'a pas attendu l'UE et l'euro pour que les "élites" soient les fidèles relais d'une domination étrangère. C'est une longue tradition...

L'épanastasis est donc à la fois la fille de la Révolution française et un soulèvement contre une domination turque et musulmane, largement euphémisée par l'historiographie récente et que certaines plumes feraient presque passer, par choix idéologique hostile à la nation, pour un modèle de tolérance et de "vivre ensemble" sans frontières, alors qu'il s'agissait d'un régime d'inégalité structurelle devant l'impôt, la justice, la pratique religieuse, la vie au quotidien et la mort, entre musulmans dominants et chrétiens dominés (l'Empire ottoman ne connaît pas les "nationalités", le statut personnel, les droits, devoirs et contraintes y sont déterminés par l'appartenance religieuse).

Elle est aussi le fruit d'un long mûrissement qui voit l'émergence d'une bourgeoisie commerçante grecque qui s'imprègne des Lumières, aspire à un nouvel ordre politique et social, diffuse ces idées dans tous les Balkans. Et dans ce long mûrissement, deux hommes jouent un rôle fondamental. Voici ce que j'en écris dans le premier tome de La Grèce et les Balkans, du Ve siècle à nos jours, Folio Histoire, Gallimard, 2013.

"C’est donc principalement vers la France ou la Russie que regardent ceux qui ouvrent la voie à l’insurrection grecque de 1821 ; et c’est en France ou en Russie qu’ils trouvent refuge lorsque leur vie est menacée. La Grande Catherine offre l’asile aux savants Voulgaris et Théotokis, comme au pirate Katsonis. Stamaty passe au service de la France, et Kodrykas, arrivé à Paris en 1797 avec une ambassade ottomane, ignore son rappel en 1800, devient traducteur au ministère français des Affaires extérieures, est condamné à mort par contumace à Istanbul, et publie en 1808 un Projet de partage de la Turquie. Quant à ceux qui n’ont ni protecteur ni refuge, leur sort est souvent plus tragique : passé par l’Académie athonite, le moine Kosmas l’Étolien (1714-1779) parcourt l’espace grec durant vingt ans, crée des écoles, prêche l’éducation du peuple et la libération nationale dans un message évangélique à tonalité égalitaire qui lui vaut l’hostilité des notables aussi bien que de la hiérarchie ecclésiastique. Il finit pendu par les Turcs comme agent du tsar.

Parmi ces précurseurs, deux figures se détachent : Adamantios Koraïs (1748-1833), intellectuel exilé ; Rhigas Vélestinlis (1757-1798), activiste de l’intérieur. Le premier est smyrniote, rejeton d’une famille de marchands emblématique de la nouvelle élite grecque, éduqué aux humanités par un pasteur hollandais, polyglotte (il maîtrise huit langues). Il séjourne à Amsterdam, revient à Smyrne par Vienne et Trieste, lit les philosophes et se passionne pour l’Antiquité grecque, avant de repartir faire sa médecine à Montpellier et de s’installer à Paris en 1788. Il y conquiert la reconnaissance des cercles savants par son érudition et ses traductions ; il édite pour ses compatriotes de nombreux auteurs antiques, avec présentation et notes en grec moderne, regroupés dans une Bibliothèque hellénique qui est « comme une collection Guillaume Budé grecque entièrement établie par un seul homme ». Observateur enthousiaste des débuts de la Révolution, il voudrait que ses principes s’appliquent en Grèce et défend l’idée que la Grande Nation devrait aider les Hellènes à se libérer du despotisme ottoman. Il voit la diffusion des Lumières parmi les Grecs de son temps comme le remboursement par l’Europe occidentale, « avec de très gros intérêts », du capital qu’elle a reçu de ceux de l’Antiquité, et la France, « arrivée au même degré de gloire que nos ancêtres dans les arts et dans la science », comme une nouvelle Athènes. Il est si convaincu des affinités électives unissant la Révolution à la Grèce que, dans une lettre où il évoque le procès d’un Louis XVI qui, « de son propre mouvement ou par de mauvais conseils, a tramé en secret le renversement de la liberté », il se fait l’écho d’une curieuse rumeur selon laquelle, en cas de victoire de la contre-Révolution, les révolutionnaires projetteraient de s’embarquer à destination de Chypre et de la Crète, afin d’y fonder une République gréco-française !

Face à l’emballement de la Révolution, Koraïs continue à souhaiter sa victoire, parce que sa défaite serait celle de la liberté, mais il voudrait aussi que celle-ci fût toujours compatible avec l’humanité et la justice. Pour Mario Vitti, en politique comme sur la question de la langue, Koraïs est à la recherche du juste milieu, du compromis.

« Ce compromis prend sa source dans la notion de démocratie et dans le respect de la tradition populaire, telles que les avait définies la pensée des Lumières (…). Cet esprit « éclairé » élabora une théorie de l’épuration de la langue « vulgaire », à l’aide de la philologie classique, et s’employa à « corriger » scrupuleusement son vocabulaire. Ainsi, sans s’en douter cependant, il ouvrait la voie au procédé grâce auquel, quelques années plus tard, les conservateurs allaient donner naissance à la katharévoussa. »

Mais ce « centriste » qui se définit dans une lettre de 1793 comme « citoyen du monde », qui croit à l’instruction comme instrument du progrès, n’hésite pas non plus à prendre des positions tranchées. Lorsque paraissent des Instructions paternelles (1798), attribuées au patriarche de Jérusalem, qui condamnent la Révolution française comme une œuvre diabolique, et reprennent le vieux thème de la domination ottomane voulue par Dieu, Koraïs réplique par de cinglantes Instructions fraternelles, datées de l’an I de la liberté. Il y stigmatise « l’oppression intérieure » des Grecs par « les notables et le haut clergé », qui pérennise la tyrannie du sultan. Pour lui, il y a donc une double libération à accomplir, vis-à-vis des Turcs et vis-à-vis des Grecs qui ont intérêt au maintien du statu quo. Quant à sa correspondance et à ses textes polémiques (La Trompette guerrière en 1801, ou Que doivent faire les Grecs dans les circonstances présentes, dialogue de deux Grecs qui ont entendu parler des brillantes victoires de Napoléon en 1805), ils circulent largement en Grèce, où ils contribuent à populariser l’idée d’une révolution.

Koraïs ne cesse par ailleurs de déplorer l’indifférence des Occidentaux pour sa patrie d’origine. Il tente de sensibiliser leurs élites à son sort, de les convaincre qu’il faut aider à sa libération. C’est le sens du Mémoire sur l’état actuel de la civilisation de la Grèce qu’il présente en 1803 à la Société des observateurs de l’homme dont il est membre. Dans ce texte, lui, l’intellectuel légitime aux yeux de ses pairs, qui a choisi la France mais qui continue à se revendiquer grec, s’emploie à combattre les préjugés qui pèsent sur ses compatriotes, à convaincre son auditoire qu’ils sont dignes d’être libres et prêts à l’être, tout en appelant ceux-ci à renouer avec le passé de leur grandeur antique.

Koraïs meurt en 1833, sans avoir fait ne fût-ce qu’un voyage vers cette Grèce indépendante qu’il n’a cessé, depuis Paris, d’appeler de ses vœux. Il meurt après avoir condamné l’action de son premier chef d’État, Kapodistrias, mais honoré par son Assemblée nationale (1827) comme un des hommes auxquels la nation doit sa reconnaissance. Il meurt en choisissant d’être enterré dans sa patrie d’adoption, son épitaphe proclamant qu’il la chérit à l’égal de son pays natal.

Rhigas, lui, meurt étranglé le 24 juin 1798, avec sept de ses compagnons, sur ordre du sultan, sans jugement, dans un cachot de la forteresse de Belgrade. Koraïs avait choisi d’appeler, depuis Paris, ses compatriotes à la révolte, et la France à les y aider. Rhigas entreprend de constituer une société secrète qui doit préparer le soulèvement et, dans l’espoir d’un soutien français, tente d’établir le contact avec un Bonaparte libérateur de l’Italie et créateur des républiques sœurs, cisalpine, helvétique, ligure, d’Ancône, romaine ou parthénopéenne (Naples). Établi à Vienne en 1796, il est victime d’une trahison et arrêté à Trieste en décembre 1797 – là comme en Grèce, bien des Grecs sont hostiles, pour des raisons sociales, à la radicalité révolutionnaire même s’ils souhaitent une libération nationale. Les Instructions paternelles approuvent le châtiment, sans citer Rhigas, de ceux qui ont fait preuve d’un « zèle insensé », quand les Instructions fraternelles de Koraïs saluent les « courageux martyrs de la liberté ».

Rhigas est également victime de la solidarité contre-révolutionnaire. Naguère, les Autrichiens appelaient les chrétiens des Balkans à la révolte contre les Turcs. Désormais, c’est pour « préserver de troubles l’État ottoman voisin » et « protéger nos frontières de leur propagation » qu’ils livrent au sultan Rhigas et ses compagnons grecs. L’origine géographique de ceux-ci (Chypre, Chios, Macédoine, Épire…) et la liste de trois mille membres de sa société secrète que la police découvre dans les papiers de Rhigas montrent le caractère « national » et l’ampleur du mouvement en gestation. Quant au fait que des sujets du tsar (expulsés vers la Russie) aient été pris dans le coup de filet, il confirme le strabisme divergent de ces Grecs inspirés par les idéaux de la Révolution française et espérant son secours mais, comme l’écrira l’élève consul de Jassaud dix ans plus tard, prêts à se jeter dans les bras de quiconque veut bien les aider.

Rhigas est né en 1757 à Vélestino, sur le site de l’antique Phérai (d’où les qualificatifs d’origine, Vélestinlis ou Phéraios, accolés à son patronyme), non loin de Volos en Thessalie. Adolescent, il assiste à une scène qui le marque : l’irruption dans une église de Turcs qui interrompent l’office pour contraindre les fidèles à la corvée. Il étudie dans une école de la presqu’île du Pélion, un des apanages de la sultane mère, qui bénéficie d’une très large autonomie locale. À Constantinople, il se frotte aux phanariotes, auprès desquels il va faire carrière dans les principautés danubiennes à partir de 1785 ou 1786. Il mélange les genres : secrétaire de drogman et d’hospodar, commerçant qui investit ses gains dans la terre, interprète au consulat de France à Bucarest. Adepte des Lumières, franc-maçon, convaincu des vertus libératrices de l’éducation, il publie des ouvrages de vulgarisation, mais adapte aussi des nouvelles libertines de Restif de La Bretonne, traduit l’abbé Barthélemy, Montesquieu, La Marseillaise ou les Constitutions françaises de 1791 et 1793, écrit des paroles grecques sur l’air de La Carmagnole. En mai 1797, il met en vente à Vienne une Grande Carte de Grèce en douze feuillets, à la fois encyclopédique, didactique et politique, qui donne les noms moderne et antique des localités, comprend nombre de commentaires historiques et archéologiques, des reproductions de monnaies antiques, des plans de Sparte et Athènes, des sanctuaires de Delphes et Olympie (communs à tous les Grecs), ainsi que ceux des grandes batailles gagnées par les Grecs coalisés contre les Perses durant les guerres médiques…

« Enfant perdu d’un jacobinisme périphérique », selon l’expression de Michel Vovelle, Rhigas publie surtout, en novembre 1797, un Nouveau Statut politique où l’on trouve un manifeste révolutionnaire, une déclaration des droits de l’homme (dont la résistance à l’oppression et des droits économiques et sociaux fort concrets comme l’éducation des filles, un « crédit » accordé par l’État aux inactifs, l’interdiction pour les patrons d’insulter ou de frapper leurs employés, etc.), une Constitution de la future République, parfois plus « moderne » que ses modèles, la Constitution jacobine de 1793 et celle du Directoire.

Dans ce texte, comme dans sa Carte, se dessine une République hellénique comprenant non seulement la péninsule grecque et l’archipel, mais aussi l’Asie Mineure, l’ensemble de la Roumélie et les principautés danubiennes. Une République… byzantine ou ottomane en somme, dotée d’un drapeau tricolore et d’un emblème : la massue d’Héraklès portant « liberté, égalité, fraternité », et autour « pour les lois et la patrie », qui font référence aux héritages antique et byzantin autant qu’à l’inspiration française. Cette République répudie la peine de mort et inclut tous les peuples : « qui gémissent sous la tyrannie insupportable de l’abominable despotisme ottoman (…) sans aucune distinction de religion ».

Quelques années plus tôt, le jacobin hongrois Ignace Martinovics, exécuté en 1795 par les Autrichiens, avait prôné une réorganisation de la Hongrie sur la base de provinces autonomes qui feraient place aux droits des nationalités . Rhigas n’inscrit pas davantage son action dans un cadre ethnolinguistique étroit, et son organisation recrute aussi bien dans les principautés danubiennes qu’en Bulgarie, en Serbie ou au Monténégro. Sa République hellénique est pourtant conçue comme un État unitaire – le modèle est la France jacobine, pas le fédéralisme girondin ni les États-Unis d’Amérique –, dont la langue commune serait le grec, enseigné partout (de fait, il est déjà la langue commune de culture et d’affaires de la région) en même temps que le français et l’italien. Mais si la souveraineté réside dans la nation (ethnos en grec), celle-ci est définie comme l’addition de différentes composantes nationales (génos en grec) reconnues comme égales. Les Hellènes y seraient donc minoritaires parmi les Albanais, Serbes, Valaques, Moldaves, Bulgares, Arméniens, Bosniaques et « autres », y compris les Turcs, qui disposeraient des mêmes droits qu’eux, et participeraient avec eux à l’expression de la souveraineté, à travers un suffrage universel par ailleurs plus large que dans le modèle français, puisqu’il serait étendu aux « hommes et femmes, nationaux et non nationaux ».

Rapidement, le Thourios (chant de guerre) de Rhigas, qui proclame qu’une heure de liberté vaut mieux que quarante ans d’esclavage, est colporté, appris, chanté dans tous les villages grecs. Il deviendra l’hymne des combattants de la guerre d’indépendance, et nombre des plus illustres d’entre eux, comme Makriyannis ou Kolokotronis, verront en Rhigas le semeur des grains dont ils moissonnèrent la récolte. Une tragédie lui fut consacrée dès 1833… interdite sous la monarchie absolue et bavaroise qui sortit de la guerre d’indépendance, de même que la dictature de Métaxas, en 1937, interdira une autre pièce qui lui est consacrée. Théâtre, poésie, images d’Épinal représentant Koraïs et Rhigas soutenant une Grèce blessée sur fond de ruines antiques, romans populaires, groupes politiques, nombreux sont ceux qui, dans une intention ou dans une autre – exaltation du patriotisme hellénique ou promotion d’un fédéralisme balkanique –, voyant en lui un impérialiste grec ou un libérateur des peuples de l’Europe du Sud-Est, auront utilisé Rhigas, toutes choses égales par ailleurs, à la manière dont Jeanne d’Arc a pu l’être en France.

Mais au-delà de l’instrumentalisation de son image, Rhigas reste doublement important. Parce qu’il donne à un mouvement national en gestation un premier corps de doctrine et un projet politique résolument ancrés dans le système de valeurs des Lumières et l’héritage de la Révolution française. Parce que son destin donne à sa cause la force symbolique du martyre : « L’écoulement de ce sang innocent, au lieu d’impressionner les Grecs, les poussera plutôt à la vengeance », écrit Koraïs dans ses Instructions fraternelles. La fin tragique de Rhigas ne fait qu’amplifier l’écho de ses œuvres qui continuent à circuler dans les Balkans, inspirant les générations de ceux qui reprennent son objectif (la préparation d’une insurrection) tout en tirant la leçon de son échec. D’autres organisations prennent le relais. Les loges maçonniques se multiplient dans le monde hellénique. L’Hellinoglosson Xénodochion (Hôtel hellénophone) est fondé à Paris en 1809 ; outre de nombreux francs-maçons, le Corfiote Kapodistrias ou le Français Choiseul-Gouffier adhèrent à cette société qui vise l’éducation des Hellènes en même temps que la restauration d’un empire grec. Une autre, baptisée Philomoussos (Amis des Muses), naît trois ans plus tard, à Athènes puis à Vienne. Présidée par Kapodistrias, elle collecte des fonds (le tsar Alexandre Ier figure parmi les donateurs) utilisés à des fins subversives, en plus de celles, éducatives et culturelles (création d’écoles, de bibliothèques, de musées), qu’elle allègue officiellement.

Enfin, en 1814 à Odessa, deux anciens de l’Hellinoglosson Xénodochion, Nikolaos Skouphas (1779-1819), originaire d’Arta, et Athanasios Tsakalov (1788-1851) de Ioannina, fondent avec Emmanouïl Xanthos (1772-1852) de Patmos, franc-maçon, la Philiki Hétaireia (Hétairie ou Société des amis), dont la direction se transportera à Constantinople en 1818. Comme les carbonari, nés de la lutte contre les Français dans le royaume de Naples, puis reconvertis dans l’opposition clandestine et violente aux régimes absolutistes établis en Italie par la Sainte-Alliance, comme la charbonnerie française, l’Hétairie pratique l’initiation, le serment, le codage des correspondances, le cloisonnement des cellules et échelons.

Elle recrute en Russie et dans les provinces danubiennes, ainsi que dans le Péloponnèse, les îles, en Épire ; la Grèce centrale, la Macédoine, la Thessalie et l’Asie Mineure (sauf Smyrne) y sont sous-représentées. Chypre reste à l’écart du mouvement, mais des Serbes, des Bulgares et des Valaques s’y affilient également. Si sa base sociale est majoritairement la nouvelle bourgeoisie, la volonté de ses fondateurs de rester flous quant aux objectifs politiques autres que la libération nationale lui rallie nombre de notables ou de membres du clergé comme Mgr Germanos, métropolite de Patras. Enfin, à défaut de Kapodistrias, ministre des Affaires étrangères de la Russie depuis 1816, qui a décliné l’offre, Alexandros Ypsilantis, phanariote, aide de camp et ami du tsar, prend la tête de l’Hétairie en 1820."

Tout cela n'ayant, bien entendu, aucun rapport avec la situation actuelle de la Grèce...

vendredi 23 mars 2018

Le ca va mieux...

Comme un lecteur, Philippe, réagissait à mon dernier billet en décrivant les signes qu'il voit en Grèce d'une certaine reprise d'activité, je reproduis ici la réponse détaillée que je lui ai faite, parce que je crois qu'il s'agit d'un sujet vraiment fondamental aujourd'hui, notamment en raison de la propagande écrasante distillée chaque jour, chaque heure, chaque minute par les médias dominants. Non, je le maintiens, ça ne va pas mieux, ni en Grèce, ni en Italie (comme l'ont montré les résultats des élections législatives qui traduisent un état de décomposition politique alarmant), ni en Espagne, ni au Portugal, ni en France. Et voici pourquoi.

Cher Philippe, ce que vous décrivez n'est hélas qu'un trompe-l'oeil. Pourquoi ? D'abord parce que, comme je le dis dans mon billet, c'est l'effet mécanique de la baisse du taux de change de l'euro durant la phase qui a suivi la "crise". L'effet d'asphyxie sur l'économie grecque s'est atténué, permettant une stabilisation de l'activité à des niveaux extrêmement bas (la destruction de richesses a été pire qu'au pire de la Grande Dépression des Etats-Unis, dont ceux-ci ne sont en fait sortis qu'avec la deuxième guerre mondiale). Rappelons durant cette phase longue à ceux qui ont peur des effets d'une dévaluation qui suivrait la sortir de l'euro que cette monnaie s'est dévaluée entre 2009-2010 et 2016 2017 de l'ordre de 30 % (près de 1,60 dollar à la veille de la crise, moins de 1,10 entre octobre 2016 et avril 2017).

C'est la SEULE raison du faux mieux que l'on voit aujourd'hui en Europe : ce mieux relatif n'est ni l'effet des coupures budgétaires, de a déflation imposée par l'Allemagne, des job acts à la Renzi, de la destruction systématique des classes moyennes; il n'est que l'effet d'une surévaluation monétaire qui est devenue moins violente. Cette surévaluation est une sous-évaluation pour l'Allemagne, qui justifie parfaitement les mesures anti dumping prises par Trump contre l'Allemagne, puisque l'euro est une monnaie à ce point stupide qu'elle est surévaluée pour les économies les plus faibles de la zone qu'elle étouffe, alors qu'elle est sous-évaluée pour les économies les plus fortes (au premier rang desquelles l'allemande) auxquelles elle permet de s'enrichir encore en accumulant de l'excédent commercial.

Or l'économie grecque, pour repartir vraiment après les destructions de potentiel économique qu'elle a subies du fait de la surévaluation de l'euro durant des années et des années, auxquelles s'ajoutent celles des politiques imposées par l'UE depuis 2010, aurait sans doute besoin, par rapport au niveau atteint alors d'une dévaluation supplémentaire de même ampleur, voir un peu plus grande pour une parité de 0,7 à 0,8 dollar. Aucune économie dans le monde, nulle part, jamais, ne peut durablement repartir avec une monnaie surévaluée de 30 à 40 %. c'est comme si vous demandiez à un athlète de courir une course avec un boulet de 30 à 40 kilos attaché à la cheville. Il n'empêche que cette baisse de 30 % du taux de change a évidemment redonné un peu d'air à l'économie grecque, comme à l'italienne, à l'espagnole, à la portugaise, à la française...

Mais ceci est désormais derrière nous ! Ce matin, l'euro est à 1,23 dollar alors qu'il était à 1,03 en décembre 2016, c'est à dire une réévaluation de l'ordre de 20%, comme si le poids au pied de votre coureur avait augmenté de 20 kilos... Les effets de la baisse de l'euro ne se sont vus qu'avec retard ; il en ira de même pour ceux de la hausse : un pays ne peut simplement pas vivre avec une monnaie en pareil décalage avec ses fondamentaux ! D'autre part, le déficit commercial a considérablement augmenté en 2017 alors même que les exportations augmentaient, ce qui signifie simplement que les "réformes" imposées par l'UE ont mis en place une économie du Tiers Monde qui produit des exportations de faible valeur , grâce à des salaires bas, alors qu'elle doit importer des produits qu'elle ne produit plus. Ce que les néomarxistes appellent de la croissance sans développement.

Cette structure est doublement dangereuse. d'abord, elle produit, en dernier ressort, de la dette en plus, c'est à dire qu'elle renforce la dépendance de la Grèce par rapport à ses créanciers qui n'ont toujours pas consenti la moindre restructuration significative de la dette existante. Ensuite, les emplois créés sont des emplois peu qualifiés qui peuvent être déménagés très vite ailleurs si les conditions salariales ou de change apparaissent plus favorables ailleurs. Ce type de "croissance" n'est donc ni pérenne ni générateur de hausse ou, en l'occurrence, de récupération du niveau de vie perdu.

Toute hausse de salaire rendrait notamment ces emplois non compétitifs avec des emplois situés dans des pays voisins. De surcroît cette croissance en trompe l'oeil est essentiellement le fait "d'investisseurs" étrangers, c'est à dire d'un capitalisme qui délocalisent aussitôt les revenus de leurs activités et qui n'ont aucun scrupule à délocaliser les emplois dès lors que les conditions seront jugées meilleures ailleurs. Ajoutons que les ressources d'un développement propre et durable - les cerveaux jeunes, dont la formation a été payée par le contribuable grec - sont massivement partis, et continuent à partir créer de la plus-value ailleurs.

Ajoutons encore que, dans les pays développés, la croissance repose à 60-70% sur la consommation intérieure. Or, les caractéristiques que je viens de vous décrire rendent forcément cette consommation atone et lui interdisent de repartir puisqu'on continue à étouffer la demande par de nouvelles baisses programmées des retraites. Et même si, par miracle, elle repartait, elle créerait du déficit commercial et de la dette supplémentaires puisque la Grèce serait obligée d'importer ce que, du fait de la surévaluation de l'euro et des politiques européennes, elle ne peut plus produire. Si l'on ajoute à cela la dégradation continue des systèmes publics de santé, d'éducation, et cerise sur le gâteau, l'incertitude géopolitique sur laquelle l'UE détourne la tête, je ne vois vraiment pas comment on peut continuer à soutenir que "ça va mieux".

En réalité, ce qui se met en place en Grèce aujourd'hui, ce n'est pas un redémarrage de l'économie, c'est une structure d'économie coloniale.

mercredi 21 mars 2018

Ca va mieux, ça va mieux, ça va mieux...

Comme on le répète sur tous les tons depuis des mois : en Grèce, ça va mieux ! La preuve ? Le chômage est remonté de 20,2 % à 21,2 % entre le troisième et le quatrième trimestre 2017.

La réalité c'est que la stabilisation à des niveaux très bas de l'activité qu'avait générée la baisse de l'euro sous les 1,10 dollars entre octobre 2016 et avril 2017 est désormais effacée, et que la remontée au dessus des 1,2 asphyxie ce que huit ans d'imbéciles et criminelles politiques de l'UE ont laissé subsister d'économie grecque.

mercredi 21 février 2018

Erdogan ne se sent plus...

Invasion du territoire syrien à Afrin, provocations dans les eaux chypriotes, recherche systématique de l'incident qui permettra l'escalade en Egée (de Lemnos au nord à Rhodes au sud, en passant par Agathonissi, cible privilégiée, depuis des années, de l'irrédentisme turc, les viols de l'espace aérien grec par la chasse turque se multiplient, donnant lieu à des confrontations à haut risque avec la chasse grecque chargée de "reconduire" les avions turcs hors de l'espace aérien grec, comme les provocations maritimes, notamment autour des îlots d'Imia, près de Kalymnos, où la Turquie a déjà failli provoquer une guerre gréco-turque en 1996 et où ,la semaine passée un navire turc a éperonné un navire grec ; on parle aussi d'un contre-torpilleur américain qui se serait interposé pour empêcher l'agression d'une frégate grecque par une turque...), néo-ottomanisme dans les Balkans du Sud où Erdogan est allé jeter, hier, de l'huile sur le feu à Skopje... Et pendant ce temps-là la répression de toute intelligence, liberté de pensée et de toute liberté d'expression continue.

Le 17 février dans son discours au congrès provincial d’Eskişehir de l’AKP, Erdogan déclarait ainsi : « Que ceux qui ont franchi la ligne en mer Egée et à Chypre, prennent garde. (...) Leur courage s'évanouira à la vue de notre armée, de nos navires et de nos avions (...). Qu'il s'agisse d'Afrin, de la mer Egée ou de Chypre, nos droits sont les mêmes. Ne croyez pas que l'exploration du gaz naturel dans les eaux de Chypre et d'autres tentatives opportunistes en mer Egée nous aient échappé.

« Tout comme nous déjouons divers complots grâce aux opérations Bouclier de l'Euphrate et Rameau d'Olivier, et bientôt à Manbij et ailleurs, nous déjouerons les vilains calculs qui se font jour à nos frontières méridionales (...). Nos navires de guerre et nos forces aériennes surveillent de près la zone pour intervenir dès que nécessaire. »

On voit désormais ce que recouvre la caducité du traité de Lausanne (1923) qui a fixé les frontières de la région, dont Erdogan a fait son refrain préféré depuis un an. Sans oublier de noter que l'opposition kémaliste a aussitôt emboîté le pas au sultan en appelant à une guerre contre la Grèce - en cas de retour au pouvoir de ladite opposition - afin de "récupérer" 18 îles. Et bien sûr, Meral Akşener, fondatrice du Bon Parti (scission de l'extrême droite fascisante du MHP qui a attiré à elle une partie de la droite kémaliste) que les sondages donnent aujourd'hui comme la rivale la plus dangereuse d'Erdogan, a aussitôt surenchéri.

Et pendant ce temps-là, ce pays poursuit sa négociation d'adhésion à l'Union européenne.

Et pendant ce temps-là,tous les medias français ne parlent que des diarrhées verbales de Wauquiez tout en nous affirmant que ce qui distingue les journalistes c'est leur capacité à hiérarchiser l'information.

Or donc, si, comme cela ne peut plus être écarté, Erdogan (la fuite en avant guerrière d'un gouvernement tyrannique en difficulté est un grand classique) va à la guerre en Egée comme il y est allé en Syrie, on peut se poser trois questions.

1/ L'administration américaine arrêtera-t-elle l'incendiaire ? Cela dépend en réalité de l'analyse qu'on fait, à Washington, de la nature de la dérive dans laquelle est engagée le pouvoir islamiste turc. Des avantages et des inconvénients à le laisser pousser plus loin ses provocations et agressions.

On sait que si le président américain Johnson arrêta net les velléités turques d'invasion de Chypre en 1964 et si le président Clinton imposa à la Turquie le retour au statu quo après le débarquement de troupes turques sur l'îlot grec d'Imia en 1996, le président Nixon laissa faire (ou commandita) l'invasion turque du nord de Chypre en 1974.

Les relations turco-américaines se sont notablement dégradées depuis le soutien actif du régime islamiste d'Ankara à Daesh et on ne peut dire que Washington soit ravi de l'entrée des Turcs à Afrin, pour combattre (en recrutant au passage des combattants de Daesh) des Kurdes qui sont les principaux ennemis de Daesh dans la région. Mais les Etats-Unis peuvent-ils se brouiller avec une Turquie dont l'armée, au moins sur le papier, est la deuxième de l'OTAN, ceci dans un contexte régional où les Etats-Unis ont déjà pour adversaire l'Etat syrien soutenu par la Russie, et l'Iran qui soutient aussi Damas ? La question subsidiaire étant : le docteur Frankenstein américain n'a-t-il pas déjà perdu tout contrôle sur sa créature turque ?

2/ Quelle serait l'attitude de Poutine en cas de coup de force turc en Egée ? J'ai écrit, ici et ailleurs, que je ne croyais pas le moins du monde à un retournement d'alliance de la Turquie que ses provocations ont progressivement conduite à un grand isolement régional, alors que la doctrine de l'AKP d'Erdogan était "0 problème avec nos voisins". Poutine est bien trop russe, trop fin stratège et trop bon connaisseur de l'histoire pour croire à la possibilité d'une alliance turco-russe. Et le président russe ne peut s'illusionner sur le fait qu'Ankara figure parmi les principaux propagateurs d'un islamisme dont Moscou ne peut que mesurer le danger qu'il représente pour la Russie. De plus, la Russie n'a aucun intérêt à une mainmise de la Turquie sur l'Egée, alors que l'un des objectifs stratégiques majeurs de la Russie - depuis qu'elle est la Russie - a été de faire sauter le verrou du contrôle turc des Détroits.

Cela signifie-t-il pour autant que la Grèce pourrait compter sur un appui russe ? En réalité, confrontée à la diplomatie de fer de la Turquie, la diplomatie de la Grèce, qui manque parfois de réalisme et de persévérance et qui, surtout, a consisté à s'aligner en tout sur les injonctions de l'UE - et notamment sur les sanctions imposées à la Russie -, rend cette hypothèse bien... hypothétique. Une diplomatie, c'est la définition de ses intérêts nationaux et la mise en oeuvre des moyens pour les atteindre.

A l'évidence, les intérêts nationaux de la Grèce, dans le monde de l'après Guerre froide, commandaient de travailler avec détermination et constance à un partenariat avec la Russie... que la Grèce a sacrifié à une "solidarité européenne" qui n'existe pas, ni en Egée, ni à Chypre (les tensions gréco-turques sont au contraire la garantie de juteux contrats : rappelons que la Grèce est l'un des principaux clients des industries d'armement allemande et française et que ces marchés d'armement ont été un des moteurs essentiels de la corruption politique et de l'endettement), ni face au chantage migratoire d'Erdogan, ni à l'égard de l'ARYM (voir mon papier sur la question macédonienne récemment paru dans LVSL). Si demain la Grèce est agressée par la Turquie, je n'ai aucun doute que l'UE détournera le regard et alignera, au mieux, quelques paroles vides de sens, de contenu et de conséquences pratiques.

Beaucoup de Grecs ont justifié, depuis huit ans, toutes les capitulations devant les injonctions euro-allemandes, le bradage de leur patrimoine national, la vaporisation de leur Etat social, la disparition des classes moyennes, etc., par le fait qu'en dehors de l'UE, la Grèce serait "isolée"... et qu'il fallait donc bien accepter de passer sous les fourches caudines euro-allemandes. Ils risquent aujourd'hui de mesurer que c'est cette soumission à l'Eurogermanie qui les a isolés... d'un allié potentiel face à la Turquie.

3/ La dernière question est double : quelle est l'efficacité opérationnelle d'une armée turque qui, depuis huit ans, a subi purge sur purge ? On ne compte plus les officiers supérieurs, mais aussi subalternes, des trois armes, que le régime islamiste a envoyés sous les verrous sous prétexte de conjurations réelles ou imaginées, et au terme de procès staliniens. Y a-t-il encore, dans cette deuxième armée de l'OTAN, un corps d'officiers suffisamment compétents pour planifier, organiser et conduire efficacement des opérations d'envergure, pour encadrer la troupe sur le terrain ? On sait quelle fut l'efficacité, en 1941, d'une Armée Rouge saignée par les purges staliniennes. Sans doute l'opération d'Afrin donnera-t-elle là-dessus quelques indications.

Quant à l'armée hellénique, on peut poser également la question de son efficacité après huit ans de coupures budgétaires imposées par l'UE. La baisse des soldes a été équivalente à celle des salaires des fonctionnaires. Mais c'est sans doute la question de l'état des matériels et de l'entraînement des hommes qui est la plus cruciale. Les armements ont-ils pu être entretenus, réparés, maintenus dans un état permettant leur utilisation en situation de conflit réel ? Les personnels spécialisés ont-ils eu les moyens de s'entraîner de manière satisfaisante ou les économies imposées par l'UE à direction allemande ont-ils notablement affecté leur efficacité ?

Le ministre de la Défense Kamménos (du petit parti de droite "Grecs indépendants", partenaire de coalition de Syriza), lors de la campagne du référendum de l'été 2015, avait éloquemment défendu le Non en répétant que si on acceptait les conditions imposées par l'UE, les capacités opérationnelles de l'armée hellénique en seraient amoindries, que les avions ne pourraient plus voler suffisamment, que les navires ne pourraient plus assez sortir en mer pour être efficaces en cas de coup dur. Mais après le référendum, le même ministre avait accepté des conditions pires que celles qu'ils avaient dénoncées comme devant empêcher l'armée dont il a la charge de remplir ses missions...

Nul doute en tout cas que, dans les calculs du sultan d'Ankara, les huit ans d'affaiblissement de la Grèce par l'Eurogermanie ont pesé lourd. Et si demain il attaquait la Grèce, nul doute que sa décision aurait été en partie conditionnée par la conviction que cet affaiblissement de la Grèce et de son armée donne à l'agresseur potentiel un avantage et des chances de succès rapide. Le faible attire la foudre.

Non seulement, alors, l'illusion européenne n'aurait pas garanti la Grèce contre un "isolement", mais elle aurait largement contribué à forger chez Erdogan la conviction qu'elle pouvait être une proie.

dimanche 11 février 2018

La question macédonienne sur Le Vent se lève

Alors voilà... Les jeunes gens à la tête bien faite de "Le Vent se lève" viennent de partager le papier dont les lecteurs de ce blog ont pu lire une ébauche commencée entre les manifestations de Thessalonique et d'Athènes et que j'ai corrigée et complétée. Merci à eux de m'accueillir une nouvelle fois dans leur colonnes pour évoquer l'arrière-plan historique, les enjeux d'hier et d'aujourd'hui de cette épineuse "question macédonienne" qui est juste un petit peu plus complexe que les poncifs, généralement teintés de mishellénisme, que véhiculent les médias dominants occidentaux depuis les années 1990.

Merci également au blog grec "Action pour une autre cité", qui a déjà traduit plusieurs papiers de ce blog, d'avoir également repris et traduit en grec celui-ci.

samedi 10 février 2018

Déficit, frégates et corruption...

Deux nouvelles se télescopent aujourd'hui à propos de la Grèce.

Gros marché en vue... La Grèce serait sur le point de nous acheter deux frégates à 1 milliard pièce.

Vous la voyez bien, là, l'utilité d'Erdogan, de son armée 4 à 5 fois plus puissante que la grecque, de ses menaces et de ses provocations ? Qui donc, à Paris ou à Berlin, aurait intérêt à ce qu'elles cessent ???

La Grèce a été régulièrement, dans le passé, le 2e client de l'industrie d'armement allemande et le 3e de la française - 4e importateur d'armes au monde de 2000 à 2011. Papandréou aurait confié que, lorsqu'il est passé à Paris, au début de la "crise grecque", Sarko et Fillon lui auraient dit : «Nous allons lever des sommes pour vous aider, mais vous devez continuer à payer les contrats d’armement qu’on a avec vous, signés par le gouvernement Karamanlis". Lequel, entre 2004 et 2009, avait augmenté les dépenses d'armement de 35 %.

Quant aux scandales de corruption touchant la caste politique, ils portent souvent le nom de marchands d'armes... Pas le dernier, sorti très opportunément (ou trop opportunément) au lendemain de la manif monstre d'Athènes dimanche dernier, qui porte, lui, le nom de Novartis et concerne la surtarification de vente en Grèce des vaccins.

Précisons qu'un des effets de la "crise grecque" a été la baisse des taux de vaccination, de plus en plus de familles n'ayant plus les moyens de faire vacciner leurs enfants...

Quant à l'autre nouvelle du jour, sans aucun lien avec la précédente, évidemment c'est le chiffre du déficit commercial grec pour 2017.

Et c'est encore un grand succès de l'euro, qui détruit la capacité à exporter de la Grèce (et pas que de la Grèce : suivez mon regard !) par une surévaluation massive par rapport aux fondamentaux de l'économie grecque, laquelle surévaluation dope les importations qu'il revient moins cher d'acheter que de produire... Encore un grand succès de l'UE, dont la politique a méthodiquement détruit les capacités de production de la Grèce, et de Syriza qui s'en est fait la servile courroie de transmission tout en claironnant sur tous les tons que ça va mieux.

En effet, ça va tellement mieux que (après une nouvelle hausse du chômage en décembre) le déficit commercial grec bat en 2017 ses records de 2016 : 21,42 milliards d'euros au lieu de 18,72 milliards, soit une augmentation en un an de 14,4 %.

C'est vous dire si ça va mieux ! Car, en dernier ressort, ce déficit, n'est-ce pas, c'est de la dette en plus. Et les frégates...

dimanche 21 janvier 2018

La question macédonienne peut-elle faire tomber Tsipras ?

Comme les jeunes gens à la tête bien faite de "Le Vent de lève" viennent de partager la version corrigée et complétée après la manifestation d'Athènes, le 4 février, je remplace le "brouillon" que j'avais publié ici par le lien vers cet article désormais définitif.

mercredi 17 janvier 2018

Kali Chronia, Chronia polla !

Comme on dit "chez moi", à Nisyros, d'où je reviens d'un hiver qui avait des airs d'été cette année.

Je souhaite donc à mes lecteurs, ceux de mes livres et ceux de ce blog (et ces des deux !) une année meilleure que 2017, la meilleure possible, pleine d'espoirs réalisés, de bonheurs multiples et du moins possible de malheurs collectifs.

Mais je dois bien vous avouer que ce rituel, j'y crois de moins en moins, pris que nous sommes dans l'étau toujours plus resserré de la dictature euro-allemande et que les collaborateurs locaux, en Grèce comme ici, sont chargés de visser toujours davantage afin de détruire ce qui reste de démocratie et d'Etat social - c'est à dire ce qui a fait de l'Europe occidentale la zone dans laquelle l'homme, depuis la fin de la dernière guerre mondiale, a vécu dans l'état de confort, d'égalité des chances, d'accès aux soins, de sécurité le plus élevé jamais atteint dans l'histoire de l'humanité.

Ainsi pendant que nous jouissions de la paix, de la sérénité de notre ermitage sur le volcan, la destruction systématique par l'euro et l'UE de ce pays et de ce peuple qui me sont si chers a continué bon train.

Et la "révision" opérée par la tutelle euro-germanique a une fois de plus accouché de 1531 pages de mesures législatives (énième sous-mémorandum) que, par la grâce du gouvernement de gauche dite radicale, le Parlement grec a été requis d'adopter.

Selon un rite, aussi régulier depuis 2010 que celui des voeux, les fondements même de la démocratie parlementaire ont été piétinés en Grèce par l'Euro-Allemagne, les députés ne pouvant ni prendre connaissance de ce qu'ils devaient voter, ni encore moins amender.

Rappelons que, lors de l'élection du début 2015, Syriza s'était solennellement engagé à mettre fin à cette pratique qui est la négation même de la démocratie parlementaire - et qu'il n'a cessé depuis l'été 2015 d'utiliser pour faire passer les mesures exigées par un étranger dont il s'est fait la docile courroie de transmission.

Malgré les manifestations jusqu'au seuil des locaux du Parlement où l'on a de nouveau senti les lacrymogènes, malgré une nouvelle grève générale, le Parlement a donc adopté, au terme d'une parodie de débat sans objet ni intérêt, le contenu des 1531 pages par 154 voix contre 141. Quant au TAIPED, l'organisme de l'Euro-Allemagne chargé de liquider le patrimoine national, il a décidé d'accélérer le rythme des mise sur le marché et des procédures des biens et sociétés nationales à liquider.

Il faut comprendre enfin, en ce début 2018, que nous ne vivons plus en démocratie parlementaire - et la Grèce encore moins que nous. Nous vivons, comme le dit souvent Panagiotis Grigoriou (, lisez le dernier papier de son blog et aidez-le si vous le pouvez : il en a besoin pour continuer à nous informer) en métadémocratie, c'est à dire dans une dictature de fait, euro-allemande, qui n'a conservé, pour faire illusion, que la coquille de la démocratie.

Je doute donc, de plus en plus et chaque jour davantage, qu'on puisse sortir de cette situation, si tant est que les peuples, hors le peuple britannique qui a la démocratie chevillée au corps et au coeur, aujourd'hui comme en 1940, veuillent en sortir et qu'ils ne se vautrent pas indéfiniment dans le confort de l'esclavage (s'en remettre à autrui de son destin est finalement une forme de confort), pacifiquement et fraternellement.

Notons enfin que les résistances de toute sorte se manifestent : les "radicaux" du groupe anarchiste Rubiconas ont envahi aujourd'hui le ministère des Finances, parvenant jusqu'au 6e étage, celui du bureau du ministre Tsakalotos, tandis que les militants de "den plirono" ( Je ne paye pas) ont envahi, malgré la garde policière, l'immeuble où se trouve l'étude du notaire Stefanos Vassilakis de la Banque du Pirée qui devait effectuer deux ventes aux enchères par voie électronique (que le gouvernement a récemment fait autoriser par le Parlement, les ventes publiques ne pouvant se tenir en raison des protestations populaires), lesquelles concernaient des biens d’une valeur inférieure à 300 000 euros - contrairement aux déclarations gouvernementales.

Voilà, il reste que notre séjour sur notre volcan fut, comme d'habitude pour moi, un ressourcement qui m'a permis de refaire le plein d'énergie (sinon d'optimisme ; je suis en réalité de plus en plus désabusé ET pessimiste) et de travailler avec acharnement à mon prochain roman. Avec vous, j'ai donc le plaisir de partager cette carte de voeu bricolée avec des images de là-bas.

dimanche 10 décembre 2017

Syriza s'attaque au droit de grève

La dernière du gouvernement de "gauche radicale" grecque : la semaine dernière, le ministre du Travail a soudainement déposé un amendement qui a surpris tout le monde, à commencer par les députés de la majorité, prévoyant un durcissement significatif des conditions d'exercice du droit de grève. A la grande satisfaction de la droite.

La grève n'était possible que si 20 % +1 syndiqués votaient en sa faveur ; il faudra désormais 50 % + 1. Dans un contexte où le versement même du salaire devient un moyen de pression pour le patronat, durcir les conditions d'exercice de ce droit fondamental en réduisant le nombre des gens sur lesquels le patronat doit exercer des pressions pour rendre une grève illégale revient à rendre son exercice de plus en plus difficile, voire impossible. Surtout quand on a, de fait, déjà réduit à néant les conventions collectives et les garanties de non licenciement... En réalité, on fait un pas de plus vers le retour à l'état qui prévalait après la guerre civile : des droits théoriques et l'incapacité pratique de les exercer.

Le petit larbin de l'UE ne sait décidément plus comment se tortiller pour satisfaire ses maîtres.

Grève générale le 14 décembre.

mardi 5 décembre 2017

Vous reprendrez bien un peu de réformes stucturelles ?

Ou comment l'Europe (vous savez "l'Europe c'est la paix" !) et le FMI ont imposé à la Grèce ces fameuses "réformes structurelles"... made in Lafarge.

Passionnant et révoltant article de Bastamag à lire absolument !

Et après ça, vous pensez vraiment qu'en régime d'Union européenne vous vivez encore en démocratie ?