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lundi 22 octobre 2018

Crise politique en Grèce (suite)

Après avoir été à l'origine de la démission du ministre des Affaires étrangères Kotzias, négociateur de l'accord avec l'ARYM, le ministre de la Défense Kamménos s'en prend aujourd'hui au secrétaire d'Etat aux Grecs de l'étranger, Terence Spencer Nikólaos Kouík, membre du gouvernement Syriza-ANEL depuis janvier 2015.

Le drôle, c'est que Kouik est le cofondateur, avec Kamménos, des Grecs indépendants (ANEL, venus de la droite par refus des mémorandums dont ils ont ensuite avalé le pire, celui de Tsipras), mais qu'il soutient l'accord de Prespa.

Sur l'accord lui-même, le ministre de la Défense, arrivé au Conseil national de son parti avec en fond musical le Kalachnikov de Bregovic, a déclaré qu'il n'avait jamais été question de cet accord lors de la négociation de l'accord de gouvernement entre Syriza et ANEL , que "dès le premier moment, nous avons dit que nous ne le soutiendrions pas. Nous resterons au gouvernement jusqu'à ce que le nœud vienne au peigne." C'est à dire jusqu'au moment où, si l'ARYM modifie bien sa Constitution, l'accord arrive pour ratification à la Vouli. Il a donc indiqué qu'ANEL était bien au gouvernement jusqu'en mars....Mais lorsque l'accord arrivera à la Vouli pour ratification, ANEL quittera le gouvernement.

Et il a ajouté "ne pas pouvoir parler" des modalités qui, à Skopje, ont permis l'ouverture du débat constitutionnel... c'est-à-dire l'achat des 8 députés d'opposition qui manquaient à la majorité qualifiée.

En réalité, ce gouvernement n'est plus qu'une pétaudière sans queue ni tête qui se décompose chaque jour, ou chaque heure, un peu plus... Tiendra-t-il vraiment jusqu'en mars avec une guerre permanente entre ministres ?

Sur les modalités du vote à Skopje, c'est le ministère des Affaires étrangères russe qui donne aujourd'hui quelques précisions.

Dans un communiqué virulent, repris par la presse grecque, il détaille les conditions dans lesquelles à été acquis le vote d'ouverture du débat sur la révision de la Constitution prévu par l'accord de Prespa avec la Grèce, grâce à huit députés d'opposition :

"Tout était organisé selon les règles de la" démocratie européenne moderne ".

Huit votes de députés de l'opposition ont été obtenus par le chantage, les menaces et les pots-de-vin. Trois d'entre eux, par pure chance, ont été libérés ce jour-là. A deux d'entre eux, détenus au bureau du procureur spécial, a été promise la liberté. Les autres en échange du "bon vote" ont reçu des propositions financières de corruption.

Les députés étaient enfermés dans des bureaux, on leur avait pris leurs téléphones portables, apparemment dans l'esprit de la pratique démocratique européenne. Il est à noter que l'ambassadeur américain était présent dans les locaux du parlement jusqu'à la fin de la réunion, ce qui ne laisse aucun doute quant à savoir qui a orchestré ce processus.

Nous considérons que l'incident est une violation flagrante de toutes les règles, à la fois légalement et éthiquement. De telles manipulations sales ne peuvent être considérées comme une expression de la volonté des députés. Les deux tiers des "Macédoniens" qui ont refusé de soutenir l'accord de Prespa lors du référendum invalide du 30 septembre sont grossièrement ignorés."

dimanche 21 octobre 2018

Crise politique en Grèce (suite)

En quittant le ministère des Affaires étrangères, hier, Kotzias annonce une décision extrêmement grave : celle d'étendre les eaux territoriales de 6 à 12 milles, en application de la Convention de Montego Bay sur le droit de la mer de 1982, entraînant des droits d'exploitation économique exclusive... sauf dans la moitié orientale de l'Egée.

Or, jusqu'ici, les gouvernements grecs n'avaient pas procédé à cette extension dans la mesure où la Grande Assemblée nationale turque a donné, le 9 juin 1995, une autorisation permanente au gouvernement de déclarer la guerre à la Grèce si celle-ci procède à cette extension.

En effet, la Turquie, exige, contre tout bon sens, et contre toute jurisprudence internationale sur les mers fermées la reconnaissance de sa souveraineté à l'est de la ligne médiane de l'Egée, hors les eaux territoriales entourant les îles grecques dans cette zone.

La Turquie refusant de recourir sur cette question à l'arbitrage de la Cour internationale de Justice de La Haye (on sait ce que serait cet arbitrage : deux ou trois "couloirs" entre les îles grecques vers le centre de l'Egée afin de compenser la surface des 12 milles que "perd" la Turquie du fait de la proximité des îles grecques), les gouvernements grecs avaient toujours reporté l'extension au lendemain d'un accord avec la Turquie. Voir ci-dessous la carte que publiait le Diplo en... 1996, au moment où les Turcs débarquèrent sur les îlots d'Imia, provoquant le crash d'un hélicoptère grec - trois morts - et engageant une escalade au cours de laquelle on frôla la guerre entre deux membres de l'OTAN - dans le silence assourdissant de "l'Europe" (hors une résolution sans portée du prétendu parlement) et jusqu'à ce que le président américain Clinton siffle la fin de la partie.

Le gouvernement Tsipras semble donc avoir changé de politique et procéderait bientôt à cette extension... sauf à l'est de la ligne médiane de l'Egée. Cette décision apparaît en réalité, si elle se confirme, absolument catastrophique ! Elle entérine en effet sur deux points essentiels la thèse turque - et ceci sans aucune négociation ni contrepartie. En procédant ainsi, le gouvernement Tsipras reconnaîtrait, de facto, que la Turquie a des droits spéciaux sur toute la moitié orientale de l'Egée, puisqu'elle étendrait ses eaux territoriales en application du droit international, sauf dans cette zone.

Elle validerait une seconde thèse de la Turquie - qui a depuis longtemps étendu ses propres eaux à 12 milles en mer Noire et en Méditerranée - selon laquelle les eaux territoriales d'un même pays peuvent avoir différentes extensions suivant les façades. De faite, la Grèce validerait une seconde fois la thèse de la Turquie en calquant son comportement sur le sien.

A tout point de vue, cette décision - dont Kotzias dit qu'elle entraînera la première extension de la souveraineté grecque depuis le rattachement du Dodécanèse en 1947 -, si elle était confirmée, consisterait, à l'inverse exact de ce qui est dit, en une véritable capitulation sur le fond devant les revendications turques en Egée.

De deux choses l'une, soit tout cela, en même temps que le paquet ARYM, a fait partie des engagements - secrets - pris par Tsipras au moment de sa capitulation de 2015, soit Kotzias commence à se venger de Tsipras, qui l'a lâché, en lui savonnant un peu plus la planche.

Une fois de plus, celui qui se pose en défenseur de l'hellénisme et en champion de l'intransigeance face aux permanentes violations par la Turquie des droits souverains de la Grèce, le ministre de la Défense Kamménos, qui a provoqué la démission de Kotzias, se retrouve en porte-à-faux. Après la couleuvre macédonienne, le boa turc...

En outre, si cette politique est mise en oeuvre, nul doute que Syriza va perdre des voix - et pas qu'un peu - dans les îles orientales qui ne peuvent, aujourd'hui, que se sentir lâchées par ce gouvernement dont on commence à se demander à quelle capitulation il n'a pas déjà souscrit. Je serais à la place des Chypriotes, je commencerais à me faire sérieusement du souci !

Sinon, sur l'ARYM et quelques autres sujets, je vous recommande encore plus chaudement que d'habitude la lecture du dernier papier de blog de mon ami Panagiotis Grigoriou (aidez-le, si vous le pouvez, il en a besoin pour continuer à nous informer... et n'oubliez pas qu'il peut vous emmener découvrir cette Thessalie profonde, et superbe, dans le cadre de Terra Incognita, qui vous permettra de découvrir uautrement une Grèce authentique). Et je ne vous recommande pas ce dernier papier parce que, une fois de plus, il me cite, mais parce que cela éclaire ce que j'ai écris moi-même sur l'ARYM, ici et ailleurs, ainsi que la crise gouvernementale dont je vous entretiens depuis plusieurs jours.

Et encore - ou surtout - parce que, comme toujours dans ses papiers, on y sent la détresse des petits, des fragiles, de ceux qui ne comptent pour rien - cette fois dans cette Thessalie qu'il aime tant, dans ces Agrafa loin de tout, parce que les ravages de l'UE, de ses agents et de ses collaborateurs locaux, de leur insatiable appétit de profits et de destruction d'un peuple, de ses paysages comme de sa culture, se font sentir jusque dans ce monde jusque-là, d'une certaine façon, préservée...

samedi 20 octobre 2018

A Skopje, le député coûte deux millions

A Skopje, malgré l'invalidation du référendum sur l'accord de Prespa avec la Grèce, le Premier ministre vient de "trouver" la majorité qualifiée de 80 voix qui permet d'entamer la procédure de révision de la Constitution prévue par l'accord.

Depuis dix jours, on sait que les valises de billets circulent et que le prix des députés manquants augmente. Et hier des envoyés "spéciaux" américains ont débarqué pour convaincre les récalcitrants. D'après l'opposition nationaliste le député se paye 2 millions d'euros... plus quelques opérations de chantage sur les familles. L'OTAN n'est pas à ça près.

Je me suis donc trompé en pensant que le référendum avait clos la question. J'avais oublié qu'il est devenu la règle de s'asseoir sur les résultats des référendums ! Et "André66" qui me rappelait à l'ordre par un commentaire d'un post un peu trop "optimiste" sur le respect du vote des électeurs dès qu'on s'approche de l'UE et de l'OTAN avait raison en écrivant que l'affaire était loin d'être finie.

Maintenant, il va falloir veiller à ce que les députés achetés votent article par article puis votent aussi la révision dans son ensemble, soit une quinzaine de jours...

Mais Tsipras sera-t-il encore Premier ministre dans 15 jours ?

Comme dit l'autre, c'est là que les Athéniens s'atteignirent et qu'il va falloir pour le ministre de la Défense Kamménos montrer si son opposition à l'accord est réelle ou s'il n'a fait que jouer du pipeau. C'est au pied du mur qu'on voit le maçon... et le Kamménos.

vendredi 19 octobre 2018

Crise politique en Grèce (suite)

En Grèce, la crise continue à se développer à la suite de la polémique ouverte par le ministre de la Défense (Grecs indépendants, hostile à l'accord avec l'ARYM) Kamménos qui a demandé que transparence soit faite par le ministre des Affaires étrangères Kozias, lequel a démissionné, sur l'usage de 45 millions d'euros de fonds secrets, ainsi que de 50 millions qu'aurait versés Soros aux fins de distribution de fonds dans les Balkans pour faire la com de cet accord de Prespa (par parenthèses, on imagine la tentation des biffetons de Soros, ou d'autres provenances, à laquelle sont soumis les députés du Parlement de Skopje qui manquent pour permettre la révision de la Constitution arymienne nécessaire à la mise en oeuvre de l'accord...) , après avoir, semble-t-il été traité de voleur par son collègue de la Défense.

"Celui qui jette la boue a les mains sales", a répliqué Kozias aujourd'hui, tandis que le porte-parole du gouvernement qualifiait sa démission "d'incompréhensible"... alors que Tsipras refuse de publier sa lettre de démission de neuf pages. "Dans ces neuf pages, répond aussi l'ancien ministre, j'explique exactement pourquoi je démissionne. S'ils disent ensuite que les raisons de ma démission sont incompréhensibles, c'est incompréhensible."

Ambiance de franche camaraderie au sein même de Syriza, Kozias étant le chef de file d'une des composantes qu'il a réunie aujourd'hui, ajoutant quelques menaces à peine voilées en réaffirmant son soutien au gouvernement qu'il vient de quitter... A la manière dont la corde soutient un pendu.

Enfin, Tsipras, qui a récupéré (provisoirement ou pas ?) le portefeuille des Affaires étrangères a, dans la foulée, accusé le grand site d'information I Ifimerida, de porter atteinte aux intérêts nationaux en raison de la divulgation de documents du Parlement relatif aux fonds secrets.

Et quelques heures plus tard, le Parquet a ouvert une information judiciaire pour violation du secret d'Etat.

Mais bien entendu, il n'y a là aucun rapport avec les récentes poursuites engagées contre Lafazanis, un des responsables du petit parti de gauche, Unité populaire, issu de la scission de Syriza après la capitulation de Tsipras.

Tout ça sent assez fort la décomposition et la fin de règne.

jeudi 18 octobre 2018

Crise politique en Grèce

Kozias, ministre des Affaires étrangères et pilier depuis le début du gouvernement Tsipras, vient de démissionner.... sur la question macédonienne. Tsipras récupère son portefeuille.

Alors qu'on pouvait penser que ce serait le ministre de la Défense, Kamménos, chef des Grecs indépendants, parti de droite qui gouverne en coalition avec Syriza depuis 2015 mais qui est opposé à l'accord avec l'ARYM négocié par Kozias et signé par Tsipras, qui allait partir.

Virtuellement, le gouvernement n'a plus de majorité à la Vouli puisque plusieurs députés Grecs indépendants ont quitté le parti et la majorité pour réintégrer le giron de la droite qu'ils avaient quittée sur la question des mémorandums, avant d'avaler celui de Tsipras. Les eurobéats de Potami sont prêts à faire passer l'accord mais disent refuser d'être l'appoint de rechange pour assurer la survie du gouvernement ; les Grecs indépendants ne voteront pas l'accord mais Kamménos dit ne pas vouloir renverser le gouvernement... auquel il appartient toujours, tout en étant allé à Washington proposer un plan macédonien non discuté par ce gouvernement !

La crise politique couvait donc depuis dix jours au moins ; la voilà qui éclate.

Tsipras peut-il tenir dans ces conditions jusqu'aux élections européennes, provinciales et municipales du printemps ? Pas au-delà, puisqu'il n'aura de toute façon pas la majorité qualifiée au Parlement pour faire élire le nouveau président de la République et que la dissolution interviendra de droit.

Dès février, j'écrivais dans Le Vent se lève, et en août je le répétais à Coralie Delaume sur Polony TV (voir mon post d'hier) que des élections auraient sans doute lieu dès cet automne... et que c'était l'intérêt de Syriza de les provoquer avant la vague de nouvelles mesures austéritaires à rentrer en application au 1er janvier, votées par le parlement pour obtenir les dernières tranches de crédits européens. Le tout afin de sauver assez de voix pour se retrouver en position d'être un partenaire de coalition possible (ou, au mieux pour Syriza, indispensable) avec la droite dont tout indique qu'elle gagnera le prochain scrutin, mais sans être assurée d'une majorité absolue.

Le fait que ce soit Kozias qui démissionne rend-il ce scénario un peu plus crédible ? Tsipras cherche-t-il par là à maintenir, à tout prix, sa coalition en survie artificielle, en se privant d'un des poids lourds de son gouvernement ? Ou bien est-ce le prélude à une démission du gouvernement que Tsipras annoncera au moment qui lui semblera le moins défavorable ?

A suivre

jeudi 11 octobre 2018

Un petit point d'ambiance sur la situation politique en Grèce

Donc, peu avant l'accord avec l'ARYM, que d'aucuns essayent de sauver en achetant des députés de l'opposition à Skopje, à coup de dollars, afin de permettre au Parlement de s'asseoir sur le résultat du référendum que l'opposition a emporté en prônant une abstention qui invalide le scrutin et qui aurait dû arrêter le processus, la moribonde société grecque d'électricité a dépensé les sous des abonnés Grecs, auxquels on coupe l'électricité quand ils ne peuvent pas payer leurs factures, non pour investir dans la modernisation de réseaux et d'unités de production souvent archaïques, vieillissants, défaillants, mais pour acheter une non moins moribonde société arymienne... Les abonnés Grecs, qui se trouvent être aussi des citoyens, ont quelque mal à avaler cette nouvelle couleuvre de "gauche radicale".

Tandis que le même citoyen apprend que le frère du ministre de "gauche radicale" de l'Economie fait son beurre à la tête d'une société rachetant et liquidant des sociétés en faillite...

Tandis que le ministre de la Défense, opposé à l'accord négocié par son gouvernement avec Skopje, est parti à Washington proposer, de son propre chef et aveu, aux Ricains un plan de rechange que son gouvernement n'a ni délibéré ni adopté...

Tandis que ledit gouvernement compte faire adopter l'accord avec Skopje, contre la volonté du parti avec lequel il gouverne en coalition, grâce à un parti-cul d'opposition créé avec l'argent de Bruxelles, en état de mort cérébrale...et électorale.

Tandis que, pour tenter de se refaire une virginité patriotique, ce gouvernement de marionnettes ressort l'attrape couillons de la dette de guerre allemande sur laquelle chacun connaît la réponse de Berlin... Et la capacité de Tsipras et des siens à tordre le bras de l'Allemagne.

Et tandis que le sultan rouvre en grand la vanne à migrants, sans doute afin d'obtenir quelques milliards de plus de l'UE.

Le naufrage du gouvernement Tsipras, c'est long. Surtout vers la fin.

Le problème, c'est que, comme chez nous, la suite, quelle qu'elle soit, avec le retour au pouvoir des cliques de droite aussi germanolâtres que la clique de "gauche radicale" à l'agonie, ne s'annonce pas plus réjouissante.

Épuisement du système européen de fausse alternance des personnels sans alternance de politique. Les Grecs grognent, s'indignent, ricanent... Jusqu'à ???

mercredi 26 septembre 2018

Référendum dimanche en ARYM

A l'approche du référendum sur l'accord Tsipras-Zaev de dimanche, je vous remets cet article publié en février sur Le Vent se lève, à propos de cette négociation qui débutait alors, replacée dans le cadre de long terme de la question macédonienne.

Pour mémoire, la question posée aux électeurs de l'ARYM évite soigneusement d'évoquer le compromis sur le nom (République de Macédoine du Nord) comme la modification de la Constitution arymienne dans ses articles irrédentistes (il faudra au Parlement une majorité des 2/3 pour enclencher le processus puis la même majorité pour valider les modifications, alors que le gouvernement Zaev a été investi par une majorité de 2 voix).

Question : "Etes-vous pour l'adhésion à l'UE et à l'OTAN en acceptant l'accord entre la République de Macédoine et la République hellénique?"

On voit de suite comment on tente de détourner le problème du fond du litige (l'irrédentisme d'une partie de l'opinion de l'ARYM) vers l'adhésion à l'UE et l'OTAN... la validation de l'accord entraînant la levée du veto grec à l'adhésion de Skopje à ces deux organisations.

Rappelons aussi que le président de l'Acienne République yougoslave de Macédoine, Gjorgje Ivanov, a refusé de signer le texte de l'accord, lequel a dû faire l'objet d'une seconde délibération au Parlement avant d'être signé par le président du Parlement (albanophone) et non par celui de la République qui a déclaré, il y a quelques jours, qu'il n'irait pas voter.

En effet, la VMRO (droite nationaliste et irrédentiste) dont il est issu, arrivée première aux élections législatives de 2016 après dix ans de pouvoir mais incapable de former une coalition majoritaire, et qui est contre cet accord vise avant tout un scrutin invalide.

Car pour que le résultat du référendum soit validé, il faut non seulement que le Oui l'emporte par 50% + 1 voix, mais que la participation soit d'au moins 50% des électeurs inscrits. Ils vaut donc mieux, dans cette perspective, que les électeurs slaves hostiles à l'accord s'abstiennent, ajoutant leurs voix aux sans doute très nombreux abstentionnistes albanophones plutôt que de leur demander de voter Non. En allant voter, ils feraient grandir les chances d'une validation du scrutin sans être certains que le vote Non soit majoritaire. En effet, il est douteux que le référendum voit une ruée aux urnes des électeurs albanophones bien plus intéressés par l'union avec Tirana et Pristina que par cette question. Et quelle serait la viabilité d'un accord acquis contre la majorité de la majorité slave; grâce à l'appoint des Albanophones ?

Les sondages indiquent plutôt une participation autour de 45 %.

La VMRO joue donc très habilement l'invalidation. On saura dimanche si elle a eu raison.

De même, en Grèce les sondages donnent-ils une large majorité, autour de 70%, hostile à cet accord conclu sous intense pression américano-UE (et contre la volonté russe qui verrait une fois de plus l'OTAN s'étendre dans les Balkans), par deux gouvernements extrêmement faibles. Car les Grecs indépendants, partenaires de coalition de Tsipras, refusent de voter sa ratification qui ne pourra être acquise que par le petit parti eurohystérique Potami, lui-même en état de mort cérébrale et qui ne retrouverait aucun député en cas d'élections législatives...

Bref encore un bel exercice de démocratie à la sauce UE, avec, naturellement, Merkel et tous les oligarques de l'Ouest mobilisés pour imposer leur décision...

vendredi 24 août 2018

A plus tard !

Bon les gens, je vais me faire plus rare. Je repars pour "notre" île demain et cette fois jusque vers la mi-octobre.

Le jeudi 11 octobre, pour ceux qui sont à Athènes, j'aurai le plaisir de présenter mon Tigrane l'Arménien, chez les excellents Odile et Iannis, à la librairie To Leikopoleio. Ne faites pas trop de bêtises tout de même pendant mon absence.

Moi, je vais tâcher de boucler le manuscrit de mes Mémoires de Thémistocle.

Cela dit, en principe, la revue Le Comptoir devrait publier dans les semaines qui viennent un entretien avec l'excellent Galaad Wilgos autour de mes 30 bonnes raisons pour sortir de l'Europe, et j'ai enregistré ce matin, avec l'excellente Coralie Delaume, un autre entretien, sur la situation en Grèce et en Turquie, pour Polony TV.

Donc vous ne serez pas totalement débarrassés de moi !

lundi 20 août 2018

Désastre grec et aveuglement idéologique

Libération publie aujourd'hui un papier de Fabien Perrier fort juste sur la description de la situation même si on pourrait y ajouter quelques éléments.

Ainsi pour des milliers de salariés grecs les salaires ne sont plus, depuis longtemps, versés régulièrement. La vaporisation du droit social jointe au chômage de masse a en réalité installé la toute-puissance des employeurs qui payent ce qu'ils veulent quand ils veulent. Le chantage au licenciement ou/et les difficultés des entreprises font que bien souvent les salaires ne sont versés que tous les deux, trois ou cinq mois.

Ainsi les commerçants dont les impôts et taxes divers, cotisations patronales, s'élèvent, du fait de la fiscalité délirante imposée par l'Euro-Germanie, jusqu'à 78 % du chiffre d'affaires - vous avez bien lu chiffre d'affaires et pas bénéfices, ce qui bien évidemment n'a fait que doper l'économie grise, sans quoi le nombre des faillites et des fermetures serait encore plus apocalyptique. Ainsi des nouvelles énièmes coupes tous azimuts que le gouvernement de "gauche radicale" s'est engagé à faire au 1er janvier 2019.

Dans ces conditions, on comprendra, qu'en absence de tout allègement de la dette, puisqu'on a fait qu'admettre les Grecs au privilège de payer plus longtemps plus d'intérêts d'une dette en partie odieuse, le discours actuel sur la sortie de la Grèce des "plans d'aide", qui n'ont jamais aidé que les banques allemandes et françaises qui s'étaient chargé, au-delà de toute raison et prudence en dette grecque.

On pourrait multiplier les exemples et les compléments à l'infini, tant les criminelles politiques euro-allemandes ont eu d'effets délétères et mortifères sur les Grecs - et qu'elles continueront à en avoir exactement autant qu'hier, et même plus, demain et après-demain, jusqu'à la saint glin-glin. Mais on ne saurait en faire reproche à Fabien Perrier (que je connais et que j'apprécie, qui fait un très beau travail sur la Grèce où il a choisi de vivre pour témoigner, ce qui n'a rien d'un choix de facilité ! même si, comme on va le voir, nous sommes en désaccord sur des points capitaux) qui devait bien entendu sélectionner pour tenir un calibre.

Ce qu'on lui reprochera, en revanche, c'est cette sentence assénée d'emblée au lecteur, et qui n'a d'autre fondement que la doxa européenne élevée au rang de vérité révélée : "le pays vit, selon lui, le «dernier acte du drame des mémorandums» signés pour éviter à tout prix une sortie de la Grèce de l’euro, aux conséquences vraisemblablement encore plus dramatiques." Et voilà, le tour de passe-passe débouchant une fois de plus sur la conclusion que tout le monde aura compris : TINA. C'est bien malheureux, ce qui arrive aux Grecs mais c'est ainsi et il n'y avait pas d'autre solution, puisque la sortie de l'euro eût été pire. Rideau ! Pas de débat possible. La question ne peut même pas être posée.

Le peuple grec a beau avoir refusé les solutions euro-germaniques à plus de 61% à l'été 2015, alors qu'on lui répétait du soir au matin et du matin au soir que, s'il les refusait, il serait expulsé de l'euro et de l'UE, le peuple grec a beau avoir pris le risque de la sortie : la question ne sera pas posée", comme disait le président du tribunal aux défenseurs de Zola durant le procès du "J'accuse", dès lors qu'ils glissaient de la question de la diffamation au cas de Dreyfus qui avait justifié l'article accusé de diffamation.

La question de l'euro ne sera donc pas posée.

Pourquoi ? Parce que les sachants ont décidé que c'eût été pire.

C'est évidemment avec des escamotages de ce genre qu'on fait monter tous ceux qui ne croient plus en la démocratie, dès lors qu'en régime d'Union européenne la démocratie se résume au choix, sur la mine ou l'élégance, de celui qui sera chargé de mener la politique unique - quels que fussent ses dégâts qu'on déplore ensuite.

Eh bien non, Fabien Perrier, ce n'eût pas été pire si les Grecs étaient sortis de l'euro. Parce qu'avec une monnaie dévaluée de 20 ou 25 %, on aurait évité la désindustrialisation, la désertification économique, que le tourisme grec serait redevenu attractif par rapport aux pays comparables ayant des taux de change comparables, qu'on aurait dévalué la dette d'autant (lex monetae) pour autant que le gouvernement grec fût aussi patriote que celui de Nestor Kirchner en Argentine, que les Grecs auraient échappé à la spoliation massive et générale de leur patrimoine privé et public, que l'économie grecque aurait retrouvé des capacités d'exportation et de développements, et qu'elle ne serait plus enfermée aujourd'hui dans une impasse.

Car elle reste enfermée dans une impasse : l'impasse de l'euro. Car malgré la dévaluation intérieure par les salaires, les pensions, les dépenses publiques de toute sorte, malgré la paupérisation et le désastre sanitaire, l'économie grecque ne peut pas repartir avec une monnaie surévaluée par rapport à ses fondamentaux, d'autant plus surévaluée que ses fondamentaux, du fait de l'euro et des politiques qu'il suppose, n'ont cessé, ne cessent et ne cesseront de se dégrader.

Ainsi a-t-on avec cet article, un singulier exemple de lucidité sur les conséquences couplé à un total aveuglement - par idéologie eurolâtre qu'il serait anathème de mettre en question - sur les causes. Résultat de 50 ans de formatage des esprits.

dimanche 19 août 2018

Coralie Delaume parle de la Grèce sur France Culture

J'étais en train de préparer à déjeuner et j'ai éteint France Cu en entendant le titre sur la Grèce. Je ne savais pas que Coralie Delaume était l'une des intervenantes et je me suis dit que ça ne valait pas la peine que je me gâche mon aprème, qu'à 60 ans il me faut prendre soin de mon coeur, tout ça, tout ça...

Et puis paf, là j'appends qu'elle a causé dans le poste - et qu'en plus elle me cite. Du coup, je suis obligé d'écouter avant de retourner à mon Thémistocle !

Bon, si vous croyez encore qu'il puisse sortir quelque chose de bien de ce qu'il est convenu d'appeler l'Europe, vous pouvez écouter aussi le sieur Bertoncini - comme on dit sur un autre plan : c'est un vrai remède à l'amour. Si vous n'avez plus d'illusions et que vous voulez vous éviter les coups de sang, vous baissez le sang, vous zappez ce sinistre porte-voix de la doxa libéralo-eurocratique et le propagande berlino-bruxelloise, et vous n'écoutez que Coralie et Angélique Kourounis qui donne une image réelle de ce que pensent les Grecs de cette escroquerie syriziste de la "sortie" de crise" par le "retour sur les marchés".

Et puis le même jour, parce que tout est lié, on apprend ceci : Yawohl Madame ! Natürlich Madame ! Et vous pourriez me foutre une autre beigne sur la joue gauche, madame ? Signé le gouvernement de la "gauche radicale" grecque

samedi 4 août 2018

Panagiotis et les incendies en Attique

J'attendais bien sûr avec impatience l'analyse de Panagiotis Grigoriou, mon ami, sur les jours tragiques qu'a vécus l'Attique.

Comme d'habitude, je vous recommande de le lire (et de l'aider si vous le pouvez : il en a besoin pour continuer à nous informer, hors de ces médias qui griment la réalité en fonction de leur choix idéologique unique, lorsqu'ils en parlent).

Et je n'ai, évidemment, pas été surpris de constater, combien, une fois de plus, nous sommes d'accord.

mercredi 25 juillet 2018

Pour aider les Grecs : arrêter les mensonges et donner, si on peut

Hier je me suis fait insulter, sur Facebook, par un zigomard, doublé d'un paltoquet dont le "feedback" (dixit) était que l'Eurogermanie n'est pour rien dans cette catastrophe et que les seuls responsables sont les Grecs, feignants, corrompus... On connaît cette saloperie de chanson, on ne l'a que trop entendue depuis dix ans, mais manifestement elle continue à courir sur les lèvres, jusque sur celles des expatriés français dans ce pays que, au coeur de la catastrophe, ils ont encore le coeur de dénigrer et d'accabler.

La réalité c'est qu'en bientôt dix ans, sous le règne eurogermanique, tous les services publics grecs ont été saccagés, réduits à l'impuissance, que les matériels n'ont pas été renouvelés, que les effectifs des pompiers et de la protection civile ont fondu (4000 en moins, chiffre à vérifier : nous sommes un certain nombre à nous y employer), qu'on leur a refusé, malgré de nombreuses grèves, un statut permanent, qu'on a porté l'âge de leur retraite à 67 ans et diminué tout ensemble leur salaire (850 euros).

On atteint les 80 morts et on recherche encore des dizaines de disparus.

Au cas où vous souhaiteriez venir en aide aux victimes de cette tragédie, la mairie de Rafina (région la plus touchée pour l'instant, mais l'incendie de l'Ouest Attique inquiète beaucoup aussi), la Croix Rouge et Médecins du monde ont ouvert des comptes dédiés. Je vous en communique ci-après les références :

1) La mairie de Rafina-Pikermi :

TRAPEZA PIREOS - Banque du Pirée

ΙΒΑΝ: GR20 0172 1860 0051 8609 2291 418

2) Médecins du monde :

ETHNIKI TRAPEZA TIS ELLADOS - BANQUE NATIONALE DE GRECE

IBAN: GR27 0110 1410 0000 1412 9611 217

ALPHA BANK

IBAN: GR06 0140 1990 1990 0200 2002 401

ΤΡΑΠΕΖΑ ΠΕΙΡΑΙΩΣ - Banque du Pirée

IBAN: GR03 0172 0180 0050 1800 5706 640

3) Croix Rouge Grecque :

ΤΡΑΠΕΖΑ EUROBANK ΕΡΓΑΣΙΑΣ A.E. - TRAPEZA EUROBANK ERGASIAS A.E.

IBAN : GR6402602400000310201181388

mardi 24 juillet 2018

Nouvelle tragédie grecque

L'Attique brûle.

7 foyers allumés en même temps semble-t-il, dont certains dans des régions désertes où personne ne va

Puis un feu qui se propage grâce à un vent terriblement déchaîné: plusieurs centaines de maisons brûlées, et déjà au moins 70 morts : un désastre.

Tragédie absolue... une de plus qui s'abat sur mon pays de coeur, martyrisé depuis 2010 par l'Euro-Germanie...

Quels que soient les causes - criminelles d'après l'Exécutif, il reviendra à l'enquête de l'établir et si oui, criminalité économique, intérieure ou extérieure en vue de déstabiliser un peu plus un pouvoir à l'agonie ? - et les dysfonctionnements propres à la Grèce (permis de construire, constructions illégales, défaillances des services locaux), ce bilan tragique et qui ne cesse d'augmenter est bien sûr lié au milieu (un des incendies a gagné des zones d'habitat dispersé dans une immense pinède), à des conditions météo exceptionnelles (un vent d'une force inaccoutumée) ; il ne peut être pour autant découplé des politiques criminelles imposées à la Grèce par la Germano-Europe depuis 2010, qui ont écorché ce pays, qui l'ont affaibli à tous les points de vue, qui ont aggravé tous les dysfonctionnements auxquels elles prétendaient remédier (évidemment les coupes dans les salaires et les droits sociaux ne font que renforcer la petite corruption des "enveloppes" qui devient un revenu de complément nécessaire pour permettre aux fonctionnaires de survivre, comme elles diminuent l'efficacité de tous les agents publics, municipaux comme les autres, qui doivent occuper un ou deux autres emplois) et, comme il et qui ont touché, bien entendu, les pompiers comme les moyens matériels de lutte contre l'incendie.

Seule face aux spéculateurs qui ont mis la Grèce à genou en 2010, seule face aux provocations et violations de sa souveraineté par une Turquie (dont on sait aujourd'hui, par le témoignage de l'ancien Premier ministre Yilmaz, que ses services spéciaux furent à l'origine de vagues d'incendies dans les îles durant les années 1990...) financée par l'UE dans le même temps où celle-ci étrangle la Grèce, affaiblie par bientôt dix ans de politiques euro-germaniques criminelles dont les Nomenklaturas locales, y compris celle de gauche dite radicale, se sont faites les serviles relais, seule face au renvoi de 1500 migrants dont la si généreuse Merkel ne veut plus, la Grèce se trouve aujourd'hui confrontée à une tragédie d'ampleur exceptionnelle - une de plus .

mardi 17 juillet 2018

Grèce : la spoliation continue

Ceux qui suivent régulièrement ce blog savent qu'il y a longtemps déjà que j'écris que ce qui se passe en Grèce est une spoliation à une échelle à mon avis unique en temps de paix. J'ai parlé dès 2015, je crois, de la saison des vautorus et que nous en voyions les résultats dans notre île.

Cette fois, c'est Courrier international qui s'intéresse à ce processus, imposé par l'UE et servilement mis en oeuvre par le gouvernement Tsipras.

Ou comment le libéralisme, dans le cadre européen, géré par un gouvernement dit de gauche radicale, aboutit à l'abolition du droit de (petite) propriété, non par la socialisation, mais par la confiscation au profit essentiel de l'étranger... et des plus riches.

samedi 23 juin 2018

Grèce : quatre impostures et un trompe-l'oeil

Comme je l’ai écrit maintes fois, ici et ailleurs, la prétendue sortie du prétendu plan d’aide européen à la Grèce (qui n’a jamais été qu’un plan d’aide aux banques allemandes et françaises gavées de dette grecque, dont les créances sur la Grèce ont été transformées, par la grâce dudit plan d’aide, en titres sur les contribuables de l’UE) ne pouvait être qu’un chaos ou un trompe-l’œil.

On est désormais certain qu’il s’agira d’un trompe-l’œil ; reste à savoir si on aura aussi le chaos.

Hier soir, la télévision grecque diffusait une cérémonie où Tsipras officiait – cravaté ! la dernière étape de la mue ? – en grand prêtre de la célébration de la fin de la « crise grecque » – dans un entre-soi d’où le peuple était soigneusement tenu à l’écart, et pour cause ! –, une fin qu’aurait prétendument sonnée le récent accord sur la dette avec les ministres de la zone euro.

Et tous les médias français dominants, dont je lis les titres sur mon téléphone mobile, sur mon balcon nisyriote, exultent de joie : la crise grecque est finie, grâce à la purge, au courage de Tsipras, à la croissance qui revient, au tourisme qui explose…

J’ai déjà expliqué – et le FMI ne dit pas autre chose – que la croissance n’est pas de retour. Parler de croissance quand le PIB a repris 1,2 % en 2017 alors qu’il a perdu entre 25 et 30 % durant les années précédentes est une pure imposture. La croissance n’est pas repartie, la situation a simplement, comme ailleurs en Europe, cessé de se dégrader du fait de l’effet retard de la baisse du taux de change de l’euro par rapport au dollar. Une baisse qui est derrière nous. La croissance va donc – nonobstant les prévisions régulièrement démenties par les faits depuis le début de la « crise grecque » – ralentir puis s’évanouir.

Prétendre que ladite croissance peut reposer sur l’explosion du tourisme est une deuxième imposture. J’ai déjà expliqué, ici et ailleurs, qu’un des effets de la « crise grecque » était une spoliation, à une échelle à ma connaissance jamais atteinte en temps de paix, des biens publics et privés des Grecs, qu’il s’agisse des terrains et biens immobiliers que les Grecs sont obligés de brader pour survivre, se faire soigner ou payer des impôts qui, eux, ont atteint, sous la férule de la Germano-Europe, des niveaux aussi absurdes qu’insoutenables, ou qu’il s’agisse des infrastructures, portuaires, aéroportuaires, routières, ferroviaires, bradées à des intérêts étrangers par l’intermédiaire du TAIPED, structure de type colonial de liquidation des biens publics imposée par la Germano-Europe et copiée sur celle créée en Allemagne de l'Est après son Anschluss par l’Allemagne de l'Ouest.

De surcroît, ce qui « explose » en Grèce aujourd’hui ce sont les entrées et non les recettes du tourisme. Car le tourisme qui « explose » est un tourisme all inclusive dont les recettes sont encaissées dans les pays de départ et par des sociétés de tourisme allemandes, suisses, françaises, belges, britanniques… Seule une partie de ces recettes revient en Grèce pour payer les salaires de misère pratiqués dans l’hôtellerie depuis que les mémorandums germano-européens ont liquidé le droit social, et donc le salaire minimum (devenu purement théorique, sans parler des salaires qui ne sont plus versés qu'un mois sur deux, trois ou cinq), ou des prestataires de service pressurés, dans un pays où le chômage est massif et il faut travailler à n’importe quel prix, et souvent à un prix qui ne permet plus de vivre décemment. En revanche, les commerces de proximité profitent fort peu de ce tourisme-là (les estivants à bracelet consomment essentiellement à l’intérieur de leurs hôtels) alors qu’ils sont écrasés par une TVA qui se monte désormais à 24 % et par des impôts qui, au total, atteignent communément 70 % du… chiffre d’affaires !

Prétendre que la situation s’améliore alors que l’exil des jeunes et des diplômés, contraints au chômage ici, s’accélère (c’est la seule cause de la baisse infinitésimale du chômage dont se gargarisent les médias dominants) et vide le pays de ses compétences pour aller enrichir les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Suède ou… l’Allemagne, alors que de plus en plus de Grecs sont exclus de l’accès aux soins, que les retraités (qui ont souvent le seul revenu régulier d’une famille) voient leurs pensions coupées encore et encore (une nouvelle coupe vient d'être opérée, une autre est programmée par les dernières mesures, plus de 80, votées récemment par le Parlement grec en échange du versement de la dernière tranche « d’aide »), qu'au moins la moitié de la population vit désormais autour ou sous le seuil de pauvreté, est une troisième et tragique imposture.

Mais à ces trois impostures vient de s’ajouter une quatrième, celle de la conclusion de l’accord sur la dette.

Pourquoi ?

D’abord parce que, avant comme après cet accord, le stock de dette grecque est inchangé : deuxième boulet, avec l’euro, qui empêchera tout redressement de l’économie du pays. La valeur créée par le travail des Grecs, leurs impôts continueront à être affectés en priorité au paiement des intérêts et principaux de cette dette, plutôt qu’à l’investissement et aux services publics, à la formation de fonctionnaires compétents et à leurs salaires (or c’est la faiblesse des salaires de la fonction publique qui est la première responsable de la pratique des enveloppes réclamées aux administrés par des agents auxquels leur salaire ne permet pas de vivre décemment), à la santé, à l’éducation… tous sinistrés depuis bientôt dix ans par les politiques germano-européennes.

Or si la croissance ne repart pas, et elle ne peut pas repartir, le ratio entre le stock de dettes et le flux de création de richesse (PIB) ne peut pas baisser. Et avec un stock de dette de 180 % du PIB, comment la Grèce pourrait-elle « inspirer confiance », se refinancer sur les Marchés, comme cela semble être le seul objectif poursuivi par le gouvernement de « gauche radicale » ?

D’ailleurs, le FMI ne dit rien d’autre ! La dette grecque n’est pas plus soutenable aujourd’hui qu’elle l’était hier. Elle n’est soutenable, dit le FMI après l’accord, que jusqu’en 2030 et ne l’est plus après.

Et c’est là qu’est la quatrième imposture !

On n’a rien réglé, on a repoussé le problème de dix ans. On n’a pas allégé le stock de dettes, on a allongé les délais de remboursement. C’est-à-dire qu’on a alourdi le poids de la dette sur les Grecs et l’économie de leur pays puisque les Grecs devront payer les intérêts sur cette dette durant dix ans de plus. C’est-à-dire qu’on enrichit un peu plus les créanciers, qui ne cessent, au fil des « plans d’aide », de faire leur beurre sur le dos des Grecs. Et c’est-à-dire que l’économie grecque, qui ne peut pas se redresser dans l’euro et avec un pareil stock de dettes, sera incapable de rembourser les prêts arrivant à échéance après 2030, alors que les Grecs auront payé dix ans de plus d’intérêts.

Trompe-l’œil et imposture – doublement puisqu’il semble que le ministre allemand (ô surprise !) se soit opposé avec la dernière énergie même à cette mesure qui ne règle rien. Or ce ministre est en sursis, et il y a peu de probabilités que le suivant soit plus arrangeant !

Trompe-l’œil et imposture puisque, de l’aveu même de la presse de propagande, la Grèce va sortir de la tutelle (en principe ! car quel sera le niveau des taux d’intérêt le 20 août, lorsque la Grèce devra se refinancer sur les Marchés, si le gouvernement Merkel est tombé, si la précaire situation politique de l’Espagne se détériore, si les rapports entre l’Italie et la BCE tournent vinaigre ?) sans en sortir. Le système de « surveillance » des créanciers après cette date est en effet, nous dit cette presse, sans commune mesure avec la manière dont ont été traités Chypre, le Portugal ou l’Irlande. Beaucoup de bruit pour rien, donc.

Reste la question politique. Car après le tintouin sur l’accord avec l’ARYM qui reste suspendu à des ratifications bien problématiques, à Skopje comme à Athènes, ce tintouin sur la dette vous a un petit fumet d’élections anticipées.

En Grèce, les législatives doivent avoir lieu en septembre 2019. Mais au 1er janvier 2019, un train de mesures budgétaires et de coupes tous azimuts doit entrer en vigueur en application des textes votés sous la pression germano-européenne. La situation de centaines de milliers de Grecs va donc une nouvelle fois se détériorer gravement. Or, au printemps 2019, auront lieu à la fois les élections municipales, régionales et européennes. La déroute de l’actuelle majorité risque donc fort de rendre la position du gouvernement intenable. D’autant que l’Assemblée élue en 2015 devra aussi, ce même printemps, élire le président de la République. Mais la majorité qualifiée requise pour cette élection ne peut être atteinte sans le vote de l’opposition et, si cette majorité n’est pas réunie, l’Assemblée est automatiquement dissoute.

En 2014, Syriza avait, par ce moyen, contraint le gouvernement à anticiper l’échéance législative au début 2015. Or, si aujourd’hui les oppositions ont intérêt à une élection législative (elles peuvent la provoquer au printemps 2019 en refusant de voter pour un président de la République), au moment où les nouvelles mesures entrées en vigueur au 1er janvier entraîneront mécaniquement un mécontentement accru des Grecs contre leur gouvernement, l’intérêt de celui-ci est clairement de tenter de sauver les meubles avant le 1er janvier.

En se targuant du succès en trompe-l’œil sur la dette et de l’accord sur l’ARYM, lequel risque de capoter au Parlement grec (l’ANEL, indispensable à la majorité, ne le votera pas) comme en ARYM où le succès au référendum est plus que problématique, Tsipras espère sans doute pouvoir revenir à l’Assemblée avec assez de députés… pour être l’indispensable appoint d’un gouvernement de Grande Coalition à l’allemande ? alors que celui-ci, justement, vit peut-être ses derniers jours. Les rumeurs qui laissent penser à un possible renversement d'alliance ne seraient dans ce cas que le prélude à une manoeuvre de plus grande envergure : en effet si Syriza était lâché par l'ANEL sur la question de l'ARYM, il se dit que Tsipras pourrait chercher et trouver le soutien de Potami, formation fantôme qui n'a jamais existé que pour servir de roue de secours aux partisans de Bruxelles et Berlin, qui n'ayant plus guère d'électeurs a déjà rejoint une énième coalition autour des rescapés du PASOK...