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vendredi 24 août 2018

A plus tard !

Bon les gens, je vais me faire plus rare. Je repars pour "notre" île demain et cette fois jusque vers la mi-octobre.

Le jeudi 11 octobre, pour ceux qui sont à Athènes, j'aurai le plaisir de présenter mon Tigrane l'Arménien, chez les excellents Odile et Iannis, à la librairie To Leikopoleio. Ne faites pas trop de bêtises tout de même pendant mon absence.

Moi, je vais tâcher de boucler le manuscrit de mes Mémoires de Thémistocle.

Cela dit, en principe, la revue Le Comptoir devrait publier dans les semaines qui viennent un entretien avec l'excellent Galaad Wilgos autour de mes 30 bonnes raisons pour sortir de l'Europe, et j'ai enregistré ce matin, avec l'excellente Coralie Delaume, un autre entretien, sur la situation en Grèce et en Turquie, pour Polony TV.

Donc vous ne serez pas totalement débarrassés de moi !

lundi 20 août 2018

Désastre grec et aveuglement idéologique

Libération publie aujourd'hui un papier de Fabien Perrier fort juste sur la description de la situation même si on pourrait y ajouter quelques éléments.

Ainsi pour des milliers de salariés grecs les salaires ne sont plus, depuis longtemps, versés régulièrement. La vaporisation du droit social jointe au chômage de masse a en réalité installé la toute-puissance des employeurs qui payent ce qu'ils veulent quand ils veulent. Le chantage au licenciement ou/et les difficultés des entreprises font que bien souvent les salaires ne sont versés que tous les deux, trois ou cinq mois.

Ainsi les commerçants dont les impôts et taxes divers, cotisations patronales, s'élèvent, du fait de la fiscalité délirante imposée par l'Euro-Germanie, jusqu'à 78 % du chiffre d'affaires - vous avez bien lu chiffre d'affaires et pas bénéfices, ce qui bien évidemment n'a fait que doper l'économie grise, sans quoi le nombre des faillites et des fermetures serait encore plus apocalyptique. Ainsi des nouvelles énièmes coupes tous azimuts que le gouvernement de "gauche radicale" s'est engagé à faire au 1er janvier 2019.

Dans ces conditions, on comprendra, qu'en absence de tout allègement de la dette, puisqu'on a fait qu'admettre les Grecs au privilège de payer plus longtemps plus d'intérêts d'une dette en partie odieuse, le discours actuel sur la sortie de la Grèce des "plans d'aide", qui n'ont jamais aidé que les banques allemandes et françaises qui s'étaient chargé, au-delà de toute raison et prudence en dette grecque.

On pourrait multiplier les exemples et les compléments à l'infini, tant les criminelles politiques euro-allemandes ont eu d'effets délétères et mortifères sur les Grecs - et qu'elles continueront à en avoir exactement autant qu'hier, et même plus, demain et après-demain, jusqu'à la saint glin-glin. Mais on ne saurait en faire reproche à Fabien Perrier (que je connais et que j'apprécie, qui fait un très beau travail sur la Grèce où il a choisi de vivre pour témoigner, ce qui n'a rien d'un choix de facilité ! même si, comme on va le voir, nous sommes en désaccord sur des points capitaux) qui devait bien entendu sélectionner pour tenir un calibre.

Ce qu'on lui reprochera, en revanche, c'est cette sentence assénée d'emblée au lecteur, et qui n'a d'autre fondement que la doxa européenne élevée au rang de vérité révélée : "le pays vit, selon lui, le «dernier acte du drame des mémorandums» signés pour éviter à tout prix une sortie de la Grèce de l’euro, aux conséquences vraisemblablement encore plus dramatiques." Et voilà, le tour de passe-passe débouchant une fois de plus sur la conclusion que tout le monde aura compris : TINA. C'est bien malheureux, ce qui arrive aux Grecs mais c'est ainsi et il n'y avait pas d'autre solution, puisque la sortie de l'euro eût été pire. Rideau ! Pas de débat possible. La question ne peut même pas être posée.

Le peuple grec a beau avoir refusé les solutions euro-germaniques à plus de 61% à l'été 2015, alors qu'on lui répétait du soir au matin et du matin au soir que, s'il les refusait, il serait expulsé de l'euro et de l'UE, le peuple grec a beau avoir pris le risque de la sortie : la question ne sera pas posée", comme disait le président du tribunal aux défenseurs de Zola durant le procès du "J'accuse", dès lors qu'ils glissaient de la question de la diffamation au cas de Dreyfus qui avait justifié l'article accusé de diffamation.

La question de l'euro ne sera donc pas posée.

Pourquoi ? Parce que les sachants ont décidé que c'eût été pire.

C'est évidemment avec des escamotages de ce genre qu'on fait monter tous ceux qui ne croient plus en la démocratie, dès lors qu'en régime d'Union européenne la démocratie se résume au choix, sur la mine ou l'élégance, de celui qui sera chargé de mener la politique unique - quels que fussent ses dégâts qu'on déplore ensuite.

Eh bien non, Fabien Perrier, ce n'eût pas été pire si les Grecs étaient sortis de l'euro. Parce qu'avec une monnaie dévaluée de 20 ou 25 %, on aurait évité la désindustrialisation, la désertification économique, que le tourisme grec serait redevenu attractif par rapport aux pays comparables ayant des taux de change comparables, qu'on aurait dévalué la dette d'autant (lex monetae) pour autant que le gouvernement grec fût aussi patriote que celui de Nestor Kirchner en Argentine, que les Grecs auraient échappé à la spoliation massive et générale de leur patrimoine privé et public, que l'économie grecque aurait retrouvé des capacités d'exportation et de développements, et qu'elle ne serait plus enfermée aujourd'hui dans une impasse.

Car elle reste enfermée dans une impasse : l'impasse de l'euro. Car malgré la dévaluation intérieure par les salaires, les pensions, les dépenses publiques de toute sorte, malgré la paupérisation et le désastre sanitaire, l'économie grecque ne peut pas repartir avec une monnaie surévaluée par rapport à ses fondamentaux, d'autant plus surévaluée que ses fondamentaux, du fait de l'euro et des politiques qu'il suppose, n'ont cessé, ne cessent et ne cesseront de se dégrader.

Ainsi a-t-on avec cet article, un singulier exemple de lucidité sur les conséquences couplé à un total aveuglement - par idéologie eurolâtre qu'il serait anathème de mettre en question - sur les causes. Résultat de 50 ans de formatage des esprits.

dimanche 19 août 2018

Coralie Delaume parle de la Grèce sur France Culture

J'étais en train de préparer à déjeuner et j'ai éteint France Cu en entendant le titre sur la Grèce. Je ne savais pas que Coralie Delaume était l'une des intervenantes et je me suis dit que ça ne valait pas la peine que je me gâche mon aprème, qu'à 60 ans il me faut prendre soin de mon coeur, tout ça, tout ça...

Et puis paf, là j'appends qu'elle a causé dans le poste - et qu'en plus elle me cite. Du coup, je suis obligé d'écouter avant de retourner à mon Thémistocle !

Bon, si vous croyez encore qu'il puisse sortir quelque chose de bien de ce qu'il est convenu d'appeler l'Europe, vous pouvez écouter aussi le sieur Bertoncini - comme on dit sur un autre plan : c'est un vrai remède à l'amour. Si vous n'avez plus d'illusions et que vous voulez vous éviter les coups de sang, vous baissez le sang, vous zappez ce sinistre porte-voix de la doxa libéralo-eurocratique et le propagande berlino-bruxelloise, et vous n'écoutez que Coralie et Angélique Kourounis qui donne une image réelle de ce que pensent les Grecs de cette escroquerie syriziste de la "sortie" de crise" par le "retour sur les marchés".

Et puis le même jour, parce que tout est lié, on apprend ceci : Yawohl Madame ! Natürlich Madame ! Et vous pourriez me foutre une autre beigne sur la joue gauche, madame ? Signé le gouvernement de la "gauche radicale" grecque

samedi 4 août 2018

Panagiotis et les incendies en Attique

J'attendais bien sûr avec impatience l'analyse de Panagiotis Grigoriou, mon ami, sur les jours tragiques qu'a vécus l'Attique.

Comme d'habitude, je vous recommande de le lire (et de l'aider si vous le pouvez : il en a besoin pour continuer à nous informer, hors de ces médias qui griment la réalité en fonction de leur choix idéologique unique, lorsqu'ils en parlent).

Et je n'ai, évidemment, pas été surpris de constater, combien, une fois de plus, nous sommes d'accord.

mercredi 25 juillet 2018

Pour aider les Grecs : arrêter les mensonges et donner, si on peut

Hier je me suis fait insulter, sur Facebook, par un zigomard, doublé d'un paltoquet dont le "feedback" (dixit) était que l'Eurogermanie n'est pour rien dans cette catastrophe et que les seuls responsables sont les Grecs, feignants, corrompus... On connaît cette saloperie de chanson, on ne l'a que trop entendue depuis dix ans, mais manifestement elle continue à courir sur les lèvres, jusque sur celles des expatriés français dans ce pays que, au coeur de la catastrophe, ils ont encore le coeur de dénigrer et d'accabler.

La réalité c'est qu'en bientôt dix ans, sous le règne eurogermanique, tous les services publics grecs ont été saccagés, réduits à l'impuissance, que les matériels n'ont pas été renouvelés, que les effectifs des pompiers et de la protection civile ont fondu (4000 en moins, chiffre à vérifier : nous sommes un certain nombre à nous y employer), qu'on leur a refusé, malgré de nombreuses grèves, un statut permanent, qu'on a porté l'âge de leur retraite à 67 ans et diminué tout ensemble leur salaire (850 euros).

On atteint les 80 morts et on recherche encore des dizaines de disparus.

Au cas où vous souhaiteriez venir en aide aux victimes de cette tragédie, la mairie de Rafina (région la plus touchée pour l'instant, mais l'incendie de l'Ouest Attique inquiète beaucoup aussi), la Croix Rouge et Médecins du monde ont ouvert des comptes dédiés. Je vous en communique ci-après les références :

1) La mairie de Rafina-Pikermi :

TRAPEZA PIREOS - Banque du Pirée

ΙΒΑΝ: GR20 0172 1860 0051 8609 2291 418

2) Médecins du monde :

ETHNIKI TRAPEZA TIS ELLADOS - BANQUE NATIONALE DE GRECE

IBAN: GR27 0110 1410 0000 1412 9611 217

ALPHA BANK

IBAN: GR06 0140 1990 1990 0200 2002 401

ΤΡΑΠΕΖΑ ΠΕΙΡΑΙΩΣ - Banque du Pirée

IBAN: GR03 0172 0180 0050 1800 5706 640

3) Croix Rouge Grecque :

ΤΡΑΠΕΖΑ EUROBANK ΕΡΓΑΣΙΑΣ A.E. - TRAPEZA EUROBANK ERGASIAS A.E.

IBAN : GR6402602400000310201181388

mardi 24 juillet 2018

Nouvelle tragédie grecque

L'Attique brûle.

7 foyers allumés en même temps semble-t-il, dont certains dans des régions désertes où personne ne va

Puis un feu qui se propage grâce à un vent terriblement déchaîné: plusieurs centaines de maisons brûlées, et déjà au moins 70 morts : un désastre.

Tragédie absolue... une de plus qui s'abat sur mon pays de coeur, martyrisé depuis 2010 par l'Euro-Germanie...

Quels que soient les causes - criminelles d'après l'Exécutif, il reviendra à l'enquête de l'établir et si oui, criminalité économique, intérieure ou extérieure en vue de déstabiliser un peu plus un pouvoir à l'agonie ? - et les dysfonctionnements propres à la Grèce (permis de construire, constructions illégales, défaillances des services locaux), ce bilan tragique et qui ne cesse d'augmenter est bien sûr lié au milieu (un des incendies a gagné des zones d'habitat dispersé dans une immense pinède), à des conditions météo exceptionnelles (un vent d'une force inaccoutumée) ; il ne peut être pour autant découplé des politiques criminelles imposées à la Grèce par la Germano-Europe depuis 2010, qui ont écorché ce pays, qui l'ont affaibli à tous les points de vue, qui ont aggravé tous les dysfonctionnements auxquels elles prétendaient remédier (évidemment les coupes dans les salaires et les droits sociaux ne font que renforcer la petite corruption des "enveloppes" qui devient un revenu de complément nécessaire pour permettre aux fonctionnaires de survivre, comme elles diminuent l'efficacité de tous les agents publics, municipaux comme les autres, qui doivent occuper un ou deux autres emplois) et, comme il et qui ont touché, bien entendu, les pompiers comme les moyens matériels de lutte contre l'incendie.

Seule face aux spéculateurs qui ont mis la Grèce à genou en 2010, seule face aux provocations et violations de sa souveraineté par une Turquie (dont on sait aujourd'hui, par le témoignage de l'ancien Premier ministre Yilmaz, que ses services spéciaux furent à l'origine de vagues d'incendies dans les îles durant les années 1990...) financée par l'UE dans le même temps où celle-ci étrangle la Grèce, affaiblie par bientôt dix ans de politiques euro-germaniques criminelles dont les Nomenklaturas locales, y compris celle de gauche dite radicale, se sont faites les serviles relais, seule face au renvoi de 1500 migrants dont la si généreuse Merkel ne veut plus, la Grèce se trouve aujourd'hui confrontée à une tragédie d'ampleur exceptionnelle - une de plus .

mardi 17 juillet 2018

Grèce : la spoliation continue

Ceux qui suivent régulièrement ce blog savent qu'il y a longtemps déjà que j'écris que ce qui se passe en Grèce est une spoliation à une échelle à mon avis unique en temps de paix. J'ai parlé dès 2015, je crois, de la saison des vautorus et que nous en voyions les résultats dans notre île.

Cette fois, c'est Courrier international qui s'intéresse à ce processus, imposé par l'UE et servilement mis en oeuvre par le gouvernement Tsipras.

Ou comment le libéralisme, dans le cadre européen, géré par un gouvernement dit de gauche radicale, aboutit à l'abolition du droit de (petite) propriété, non par la socialisation, mais par la confiscation au profit essentiel de l'étranger... et des plus riches.

samedi 23 juin 2018

Grèce : quatre impostures et un trompe-l'oeil

Comme je l’ai écrit maintes fois, ici et ailleurs, la prétendue sortie du prétendu plan d’aide européen à la Grèce (qui n’a jamais été qu’un plan d’aide aux banques allemandes et françaises gavées de dette grecque, dont les créances sur la Grèce ont été transformées, par la grâce dudit plan d’aide, en titres sur les contribuables de l’UE) ne pouvait être qu’un chaos ou un trompe-l’œil.

On est désormais certain qu’il s’agira d’un trompe-l’œil ; reste à savoir si on aura aussi le chaos.

Hier soir, la télévision grecque diffusait une cérémonie où Tsipras officiait – cravaté ! la dernière étape de la mue ? – en grand prêtre de la célébration de la fin de la « crise grecque » – dans un entre-soi d’où le peuple était soigneusement tenu à l’écart, et pour cause ! –, une fin qu’aurait prétendument sonnée le récent accord sur la dette avec les ministres de la zone euro.

Et tous les médias français dominants, dont je lis les titres sur mon téléphone mobile, sur mon balcon nisyriote, exultent de joie : la crise grecque est finie, grâce à la purge, au courage de Tsipras, à la croissance qui revient, au tourisme qui explose…

J’ai déjà expliqué – et le FMI ne dit pas autre chose – que la croissance n’est pas de retour. Parler de croissance quand le PIB a repris 1,2 % en 2017 alors qu’il a perdu entre 25 et 30 % durant les années précédentes est une pure imposture. La croissance n’est pas repartie, la situation a simplement, comme ailleurs en Europe, cessé de se dégrader du fait de l’effet retard de la baisse du taux de change de l’euro par rapport au dollar. Une baisse qui est derrière nous. La croissance va donc – nonobstant les prévisions régulièrement démenties par les faits depuis le début de la « crise grecque » – ralentir puis s’évanouir.

Prétendre que ladite croissance peut reposer sur l’explosion du tourisme est une deuxième imposture. J’ai déjà expliqué, ici et ailleurs, qu’un des effets de la « crise grecque » était une spoliation, à une échelle à ma connaissance jamais atteinte en temps de paix, des biens publics et privés des Grecs, qu’il s’agisse des terrains et biens immobiliers que les Grecs sont obligés de brader pour survivre, se faire soigner ou payer des impôts qui, eux, ont atteint, sous la férule de la Germano-Europe, des niveaux aussi absurdes qu’insoutenables, ou qu’il s’agisse des infrastructures, portuaires, aéroportuaires, routières, ferroviaires, bradées à des intérêts étrangers par l’intermédiaire du TAIPED, structure de type colonial de liquidation des biens publics imposée par la Germano-Europe et copiée sur celle créée en Allemagne de l'Est après son Anschluss par l’Allemagne de l'Ouest.

De surcroît, ce qui « explose » en Grèce aujourd’hui ce sont les entrées et non les recettes du tourisme. Car le tourisme qui « explose » est un tourisme all inclusive dont les recettes sont encaissées dans les pays de départ et par des sociétés de tourisme allemandes, suisses, françaises, belges, britanniques… Seule une partie de ces recettes revient en Grèce pour payer les salaires de misère pratiqués dans l’hôtellerie depuis que les mémorandums germano-européens ont liquidé le droit social, et donc le salaire minimum (devenu purement théorique, sans parler des salaires qui ne sont plus versés qu'un mois sur deux, trois ou cinq), ou des prestataires de service pressurés, dans un pays où le chômage est massif et il faut travailler à n’importe quel prix, et souvent à un prix qui ne permet plus de vivre décemment. En revanche, les commerces de proximité profitent fort peu de ce tourisme-là (les estivants à bracelet consomment essentiellement à l’intérieur de leurs hôtels) alors qu’ils sont écrasés par une TVA qui se monte désormais à 24 % et par des impôts qui, au total, atteignent communément 70 % du… chiffre d’affaires !

Prétendre que la situation s’améliore alors que l’exil des jeunes et des diplômés, contraints au chômage ici, s’accélère (c’est la seule cause de la baisse infinitésimale du chômage dont se gargarisent les médias dominants) et vide le pays de ses compétences pour aller enrichir les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Suède ou… l’Allemagne, alors que de plus en plus de Grecs sont exclus de l’accès aux soins, que les retraités (qui ont souvent le seul revenu régulier d’une famille) voient leurs pensions coupées encore et encore (une nouvelle coupe vient d'être opérée, une autre est programmée par les dernières mesures, plus de 80, votées récemment par le Parlement grec en échange du versement de la dernière tranche « d’aide »), qu'au moins la moitié de la population vit désormais autour ou sous le seuil de pauvreté, est une troisième et tragique imposture.

Mais à ces trois impostures vient de s’ajouter une quatrième, celle de la conclusion de l’accord sur la dette.

Pourquoi ?

D’abord parce que, avant comme après cet accord, le stock de dette grecque est inchangé : deuxième boulet, avec l’euro, qui empêchera tout redressement de l’économie du pays. La valeur créée par le travail des Grecs, leurs impôts continueront à être affectés en priorité au paiement des intérêts et principaux de cette dette, plutôt qu’à l’investissement et aux services publics, à la formation de fonctionnaires compétents et à leurs salaires (or c’est la faiblesse des salaires de la fonction publique qui est la première responsable de la pratique des enveloppes réclamées aux administrés par des agents auxquels leur salaire ne permet pas de vivre décemment), à la santé, à l’éducation… tous sinistrés depuis bientôt dix ans par les politiques germano-européennes.

Or si la croissance ne repart pas, et elle ne peut pas repartir, le ratio entre le stock de dettes et le flux de création de richesse (PIB) ne peut pas baisser. Et avec un stock de dette de 180 % du PIB, comment la Grèce pourrait-elle « inspirer confiance », se refinancer sur les Marchés, comme cela semble être le seul objectif poursuivi par le gouvernement de « gauche radicale » ?

D’ailleurs, le FMI ne dit rien d’autre ! La dette grecque n’est pas plus soutenable aujourd’hui qu’elle l’était hier. Elle n’est soutenable, dit le FMI après l’accord, que jusqu’en 2030 et ne l’est plus après.

Et c’est là qu’est la quatrième imposture !

On n’a rien réglé, on a repoussé le problème de dix ans. On n’a pas allégé le stock de dettes, on a allongé les délais de remboursement. C’est-à-dire qu’on a alourdi le poids de la dette sur les Grecs et l’économie de leur pays puisque les Grecs devront payer les intérêts sur cette dette durant dix ans de plus. C’est-à-dire qu’on enrichit un peu plus les créanciers, qui ne cessent, au fil des « plans d’aide », de faire leur beurre sur le dos des Grecs. Et c’est-à-dire que l’économie grecque, qui ne peut pas se redresser dans l’euro et avec un pareil stock de dettes, sera incapable de rembourser les prêts arrivant à échéance après 2030, alors que les Grecs auront payé dix ans de plus d’intérêts.

Trompe-l’œil et imposture – doublement puisqu’il semble que le ministre allemand (ô surprise !) se soit opposé avec la dernière énergie même à cette mesure qui ne règle rien. Or ce ministre est en sursis, et il y a peu de probabilités que le suivant soit plus arrangeant !

Trompe-l’œil et imposture puisque, de l’aveu même de la presse de propagande, la Grèce va sortir de la tutelle (en principe ! car quel sera le niveau des taux d’intérêt le 20 août, lorsque la Grèce devra se refinancer sur les Marchés, si le gouvernement Merkel est tombé, si la précaire situation politique de l’Espagne se détériore, si les rapports entre l’Italie et la BCE tournent vinaigre ?) sans en sortir. Le système de « surveillance » des créanciers après cette date est en effet, nous dit cette presse, sans commune mesure avec la manière dont ont été traités Chypre, le Portugal ou l’Irlande. Beaucoup de bruit pour rien, donc.

Reste la question politique. Car après le tintouin sur l’accord avec l’ARYM qui reste suspendu à des ratifications bien problématiques, à Skopje comme à Athènes, ce tintouin sur la dette vous a un petit fumet d’élections anticipées.

En Grèce, les législatives doivent avoir lieu en septembre 2019. Mais au 1er janvier 2019, un train de mesures budgétaires et de coupes tous azimuts doit entrer en vigueur en application des textes votés sous la pression germano-européenne. La situation de centaines de milliers de Grecs va donc une nouvelle fois se détériorer gravement. Or, au printemps 2019, auront lieu à la fois les élections municipales, régionales et européennes. La déroute de l’actuelle majorité risque donc fort de rendre la position du gouvernement intenable. D’autant que l’Assemblée élue en 2015 devra aussi, ce même printemps, élire le président de la République. Mais la majorité qualifiée requise pour cette élection ne peut être atteinte sans le vote de l’opposition et, si cette majorité n’est pas réunie, l’Assemblée est automatiquement dissoute.

En 2014, Syriza avait, par ce moyen, contraint le gouvernement à anticiper l’échéance législative au début 2015. Or, si aujourd’hui les oppositions ont intérêt à une élection législative (elles peuvent la provoquer au printemps 2019 en refusant de voter pour un président de la République), au moment où les nouvelles mesures entrées en vigueur au 1er janvier entraîneront mécaniquement un mécontentement accru des Grecs contre leur gouvernement, l’intérêt de celui-ci est clairement de tenter de sauver les meubles avant le 1er janvier.

En se targuant du succès en trompe-l’œil sur la dette et de l’accord sur l’ARYM, lequel risque de capoter au Parlement grec (l’ANEL, indispensable à la majorité, ne le votera pas) comme en ARYM où le succès au référendum est plus que problématique, Tsipras espère sans doute pouvoir revenir à l’Assemblée avec assez de députés… pour être l’indispensable appoint d’un gouvernement de Grande Coalition à l’allemande ? alors que celui-ci, justement, vit peut-être ses derniers jours. Les rumeurs qui laissent penser à un possible renversement d'alliance ne seraient dans ce cas que le prélude à une manoeuvre de plus grande envergure : en effet si Syriza était lâché par l'ANEL sur la question de l'ARYM, il se dit que Tsipras pourrait chercher et trouver le soutien de Potami, formation fantôme qui n'a jamais existé que pour servir de roue de secours aux partisans de Bruxelles et Berlin, qui n'ayant plus guère d'électeurs a déjà rejoint une énième coalition autour des rescapés du PASOK...

vendredi 15 juin 2018

Parfois la mobilisation paye

Je vous ai alertés ici sur l'ordre d'expulsion, à la fin juin, du Dispensaire solidaire d'Elliniko et vous ai encouragés à lui manifester votre/notre soutien.

Hier, le professeur Vichas a tenu, comme prévu, une conférence de presse et il y a donné une bonne nouvelle.

L'arrêté d'expulsion a en effet été suspendu, grâce à la mobilisation internationale qui s’est manifestée. Giorgos Vichas a ainsi rendu hommage au « mouvement de solidarité sans précédent en Grèce et en Europe », soulignant notamment qu’ à Bruxelles une manifestation a eu lieu devant le siège de l'UE et devant le consulat grec, et qu'au Parlement européen se sont élevées des voix de solidarité principalement portées par la député allemande (Alliance 90/Les Verts) au PE, Rebecca Harms.

Il a également annoncé que, durant cette suspension, le gouvernement s'était (enfin !) décidé à chercher une possibilité de relocalisation pour le dispensaire et engagé à discuter toutes les options avec sa direction pour trouver la meilleure solution et ne pas compromettre la poursuite des soins sans discontinuité.

Je ne vous cacherai pas ma joie devant cette évolution ! Merci à ceux qui, parmi vous, ont manifesté leur soutien au dispensaire.

Au demeurant, hier était peut-être ce que les anciens appelaient un jour faste : le ministre de l'Agriculture italien a annoncé que son pays ne ratifierait pas le traité de libre-échange avec le Canada (CETA), qui est partiellement entré en vigueur bien que les Parlements nationaux ne l'aient pas encore ratifié (encore et toujours la démocratie européenne !!!), la crise qui couve depuis la formation de la GroKO entre CDU et CSU a pris un tour aigu (dont bien sûr, nul média ici ne lève la langue !) menaçant de faire tomber Merkel et... j'ai appris que le tome II de La Grèce et les Balkans va faire l'objet d'un troisième tirage en septembre.

C'est évidemment pour moi une grande joie de voir le succès de ces trois livres qui ne se dément pas et dont les ventes continuent sur un rythme régulier et soutenu.

Ca l'est doublement parce que si j'ai été accompagné dans cette aventure de cinq ans, de manière patiente et bienveillante, par mon éditrice, Martine Allaire, comme par le responsable du secteur sciences humaines de Gallimard, Eric Vigne, je sais qu'ils ont eu, eux, à se battre contre les commerciaux qui n'étaient guère enthousiastes (euphémisme), arguant qu'ils ne pourraient jamais vendre trois tomes sur une région qui n'intéresse personne...



Et c'est rassérénant aussi ! Je veux dire qu'ils se soient trompés et qu'un projet ambitieux puisse encore leur donner tort en trouvant un public toujours plus large.

Cela dit, hier a été - en même temps ! - un jour néfaste pour bien des Grecs...

En effet, la Vouli (Parlement) a adopté par 154 voix contre 144 (2 députés étaient absents) les 88 conditions posées par l'ex-Troïka (en novlangue eurocrate, il faut dire "les institutions" !) après sa 4 ème évaluation des politiques mémorandaires.

Le projet de loi prévoit ainsi de énièmes nouvelles coupes dans les retraites à compter de 2019, la fixation 5686 euros de revenu annuel du seuil pour ne pas payer d'impôts sur ce revenu à compter de 2020, de énièmes et nouvelles coupes dans les dépenses de santé, de énièmes et nouvelles spoliations de biens publics baptisées privatisations pour ne citer que quelques et bien d'autres mesures dites techniques qui vont rendre encore plus difficiles le quotidien d'innombrables Grecs. Vive l'Europe ! c'est la paix... des cimetières.

Enfin, il faut que je vous touche un mot du projet d'accord entre l'ARYM et la Grèce : le nom international de l'Etat serait donc République de Macédoine du nord. Mais je n'ai encore rien vu de précis sur le VRAI problème entre cet Etat et la Grèce : une Constitution dont un certain nombre d'articles sont plus ou moins clairement irrédentistes et donnent à l'ARYM un droit de regard sur les affaires intérieures des Etats voisins dès lors qu'il s'agit du sort de la minorité prétendument macédonienne.

Or hier, Panos Kamménos, ministre de la Défense et chef de l'ANEL, parti sans lequel le gouvernement Tsipras n'a plus de majorité au Parlement - et qui vient de voter les 88 mesures -, ne votera pas l'accord négocié par le ministre des Affaires étrangères de ce gouvernement et approuvé par son Premier ministre. Y aura-t-il encore une majorité en Grèce si les manifestations de masse de janvier-février - alors que la négociation ne faisait que s'ébaucher - reprennent et s'amplifient ?

Dans un article pour Le Vent se lève, intitulé "La question macédonienne peut-elle faire tomber Tsipras ?" (7 février 2018), j'émettais l'hypothèse que Tsipras pourrait avoir choisi cette question pour tomber en divisant la droite et provoquer des élections avant la sortie du prétendu plan d'aide (prévue en août, et qui sera soit impossible, soit chaotique, soit en trompe-l'oeil), ou en tout cas avant que le train de mesures imposées par l'Euro-Germanie, qui entrera en vigueur ou montera en puissance au 1er janvier prochain (voir ci-dessus les 88 mesures votées hier... et que l'ANEL a approuvées), ce qui provoquera sans doute une chute supplémentaire de sa popularité (intentions de vote actuelles de 20% environ contre environ 30 % à la droite).

Dans quel but ? me direz-vous. Revenir avec assez de députés pour être indispensable à un gouvernement dit d'union nationale avec la droite...

Quant à l'autre côté, le président de l'ARYM, issu du parti ultranationaliste VRMO, le plus important du pays et qui a perdu de peu les dernières élections, a déclaré qu'il ne signerait pas l'accord négocié par le Premier ministre social-démocrate, chef d'une coalition hétéroclite d'une quinzaine de formations dont deux partis albanais et qui ne dispose que de quelques voix de majorité au Parlement.

De surcroît, l'accord doit être approuvé par référendum en ARYM au mois de septembre et il est clair que la VRMO va mobiliser à fond pour le faire rejeter ; il est beaucoup moins clair en revanche que les deux partis albanais de la majorité mobilisent sur une question qui ne les concerne que très indirectement et encore moins clair que l'électorat slave se la majorité parlementaire actuelle se rende massivement aux urnes pour voter Oui, alors qu'elle a voté contre la VRMO, aux dernières législatives pour des raisons économiques et sociales (domaine dans lesquels le nouveau gouvernement n'a en rien changé la donne), ou pour stopper la dérive autoritaire de l'ex-Premier ministre Gruevski - alors même que sur les questions du nom et de la Constitution, une large partie de cet électorat partage l'intransigeance de la VRMO et est hostile au compromis négocié par le gouvernement.

Bref, on a connu des accords mieux partis...

Voilà ! Il faut encore que je vous dise que je vais me faire plus rare ici dans les semaines qui viennent. Nous partons en effet pour Nisyros jusqu'au début de juillet. Je vous souhaite à tous un bel été !

Et n'oubliez pas ! Tigrane l'Arménien (ici pour la revue de presse et les articles complets qu'a suscité ce livre lors de sa première parution il y a un an) est de nouveau en librairie depuis le 11 juin, sous sa nouvelle couverture (due à Méliné Ian) dans la collection de poche d'H&O Editions.

samedi 9 juin 2018

Puisqu'on vous dit que ça va mieux en Grèce !!!

Comme toute la Nomenklatura grecque le répète inlassablement: ça va mieux et de mieux en mieux ! Alors que la région gérée par la gauche dite radicale et le gouvernement de la gauche dite radicale laissent expulser le dispensaire solidaire d'Elliniko, la situation sanitaire catastrophique créée par les politiques germano-européennes appliquées servilement pat ladite gauche prétendument radicale continue à se détériorer.

La preuve (via mon ami Constant Kaimakis, du collectif nîmois de solidarité avec le peuple grec) ?

Depuis dix-sept jours, le plus grand hôpital de Grèce, Évanghélismos à Athènes, est en panne d’appareil permettant des coronarographies.

Des dizaines de patients souffrant de myocarde aiguë n’ont pu ainsi faire ces examens et ont été dirigés vers d’autres établissements pour y subir une angioplastie immédiate.

Le directeur du service de cardiologie, M. Elias Sioros alerte: « c’est la deuxième fois en un an que les coronarographies cessent de fonctionne. Cet appareil est vieux de quinze ans et il est de plus en plus difficile de trouver des pièces de rechange ».

L’administration reconnaît le manque d’équipement et rappelle qu’elle a fait des demandes d’acquisition de nouveaux équipement pour un montant de vingt-sept millions d’euros... restée sans suite.

Le personnel , lui, précise qu’il y a un réel manque d’équipements en bon état pour faire des IRM, TDM, mais aussi un manque de respirateurs, moniteurs de surveillance, des microscopes chirurgicaux et autoclaves.

Une autre preuve (toujours via Constant Kaimakis) ???

Quatre des cinq chirurgiens ORL de la clinique sont partis à la retraite en dénonçant l'incapacité à faire fonctionner normalement le service où sept-cents enfants sont en attente d'une intervention chirurgicale.

Le représentant du personnel, D. Konstantopoulos dénonce l'inertie du ministère qui a été alerté sur la situation à maintes reprises depuis trois ans.

Désormais, le service ne fonctionne plus qu'avec un médecin directeur et un auxiliaire qui partira en août. L'attente des petits patients est en outre encore accrue par le manque d'anesthésistes qui doivent également intervenir en ophtalmologie, cardiologie, etc.

Mais l'Europe c'est la paix !

Et rien n'est plus urgent que de faire déblayer le terrain du dispensaire solidaire d'Ellinikon pour faire place au promoteur et à sa réserve de riches !

jeudi 7 juin 2018

Solidarité avec le dispensaire solidaire d'Elliniko !

Suite à mon post d'hier sur l'expulsion du dispensaire solidaire d'Elliniko, j'ai pris contact avec Maritta Corley, avec laquelle je suis en relation depuis que j'envoie les médicaments que me donnent mes étudiants retraités de l'Université interâges de Créteil, afin de savoir si on pouvait les aider.

Sa réponse vient de me parvenir : "Vous pouvez envoyer vos commentaires et opinions à l' adresse mail figurant à la fin du communiqué de presse".

Website: http://www.mkiellinikou.org

Email: mkiellinikou@gmail.com

Et pour ceux qui voudraient s'en inspirer, voici la lettre de soutien que je viens d'écrire (en anglais - ou en grec pour ceux qui peuvent - c'est mieux : et Google existe pour traduire... ce n'est sans doute pas parfait, mais vous mettez le texte français en dessous !):

Chère Maritta,

En mon nom personnel et au nom de tous mes étudiants de l'Université interâges , qui depuis plusieurs années m'apportent les médicaments que je vous envoie régulièrement, je veux vous dire à vous et à tous les bénévoles du dispensaire solidaire toute notre révolte et tout notre soutien dans la scandaleuse situation que vous devez affronter.

J'ai eu la chance de rencontrer le professeur Vichas en 2014, lors d'une rencontre au MUCEM de Marseille, autour de la "crise grecque", à laquelle nous participions tous les deux, et je veux vous dire ici toute mon admiration profonde pour ce qu'ils a créé et que vous, bénévoles vous avez su faire vivre et développer, au service des plus démunis, des plus fragiles, que les politiques allemandes imposées à la Grèce sous prétexte d'Europe, menacent dans leur santé et dans leur vie.

La situation est d'autant plus scandaleuse et insupportable que votre magnifique oeuvre commune de solidarité, d'humanité, est aujourd'hui menacée par une opération immobilière dont le seul but est l'énorme profit de quelques-uns et au bénéfice d'installations immobilières destinées aux plus riches.

Cette situation est d'autant plus scandaleuse et insupportable que ce sont une région et un gouvernement qui se disent de gauche radicale qui couvrent cette opération sans vous offrir aucune solution de substitution.

Avec tout mon soutien renouvelé

Olivier Delorme

mardi 5 juin 2018

Le dispensaire solidaire d'Elliniko en voie de liquidation

Fondé en 2011 par un cardiologue, le docteur Vichas, sur le site de l'ancien aéroport d'Athènes, à Elliniko, le dispensaire solidaire est menacé d'expulsion depuis le 31 mai, par la société qui a obtenu le marché de "l'aménagement du site" : parc de loisirs, un hôtel 5 étoiles des résidences de luxes…

Aucune solution de réinstallation n’est proposée pour ce dispensaire qui a accueilli, depuis sa création, des milliers de patients privés d'accès aux soins du fait des politiques germano-européennes appliquées servilement depuis 2015 par un gouvernement dit de gauche radicale, donné des dizaines de milliers de consultations, fourni des traitements, des soins de dentisterie, etc., alors que l'expulsion est fixée au 30 juin ni par le gouvernement, ni par la région d'Attique, gérée par Syriza depuis les élections régionales du printemps 2014.

L’équipe totalement volontaire qui fait fonctionner ce centre de soins estime que sa disparition entraînera une nouvelle catastrophe sanitaire et sociale. Elle a convoqué une conférence de presse pour le 14 juin.

Je me souviens d'avoir rencontré le docteur Vichas, fondateur de cette "institution solidaire" qui ne reçoit aucun don en argent (voilà 4 ou 5 ans maintenant que j'envoie là les 10 à 15 kilos de médicaments non utilisés que me donnent mes étudiants retraités de l'Université interâges de Créteil) .

C'était à l'automne 2014, à l'occasion de journées consacrées à la "crise grecque" par le MUCEM de Marseille, avec Panagiotis Grigoriou comme conseiller principal des organisateurs et qui nous avait fait intervenir l'un et l'autre, moi après le docteur Vichas. Et je peux vous dire qu'au moment de prendre la parole, j'en avais la gorge nouée : Vichas racontait comment il récupérait des patients non soignés à temps dans un état de plus en plus souvent tragique - notamment des diabétiques qu'il fallait amputer ou d'autres en passe de devenir aveugles - ce qui, d'ailleurs, m'a inspiré un des personnages grecs, dans l'Athènes de la crise, de "Tigrane l'Arménien".

En privé, le docteur Vichas m'avait dit aussi tout le désintérêt des gens de Syriza - dont la victoire était annoncée pour des législatives qui devaient intervenir bientôt - pour cette entreprise, et pour le mouvement des hôpitaux solidaires en général. il essayait de le sensibiliser, d'obtenir des engagements ; il se heurtait à un mur. Et Panagiotis me disait la même chose d'acteurs qu'il connaissait de la scène culturelle.

J'avais tant d'espoir, alors, que la victoire annoncée de Syriza allait bouleverser la donne, que j'ai choisi de me dire qu'ils noircissaient forcément le tableau, que des gens de gauche radicale au pouvoir ne pouvaient pas être indifférents à la santé, à la culture, aux gens qui, sur le terrain, donnaient leur temps et l'énergie à réparer un peu des monstrueux dégâts humains du capitalisme dans sa version germano-européenne. Je me suis dit - je sais aujourd'hui que c'était pour me rassurer - que les mains dans le cambouis, tout à leur tâche, des gens comme le docteur Vichas devaient toujours trouver qu'on ne leur apportait pas assez d'attention.

J'avais tort. C'est Panagiotis et le docteur Vichas qui avaient raison.

Et aujourd'hui, c'est le gouvernement dit de gauche radicale qui est en train de liquider cette "institution solidaire" essentielle à la santé et parfois à la survie de nombreux grecs... pour faire place à une juteuse opération immobilière : un parc à riches.

lundi 4 juin 2018

Prévisions de record d'entrées de touristes en Grèce pour 2018

La presse aux ordres commence à se gargariser de perspectives de records battus, pour la prochaine saison, des entrées touristiques en Grèce.

D'abord, il faudrait commencer par arrêter de crier victoire sur des "prévisions" : voilà au moins vingt ans que les prévisions de hausse du PIB sont systématiquement démenties. Voilà des années qu'on annonce un retour à la croissance de la Grèce jamais vérifié. Les 1,2 % de croissance de 2017 sont évidemment une plaisanterie, s'ils ne sont pas le simple résultat d'une manipulation statistique. Ils ne sont dus qu'à des rattrapages conjoncturels après sept ans de déflation continue et une évaporation de 25 à 30 % du PIB, conjugués à l'effet retard d'une baisse du taux de change de l'euro pendant plusieurs mois sous 1,10 dollar. Mais depuis l'asphyxie a repris avec la remontée de l'euro.

Deuxièmement et surtout, l'augmentation du nombre des entrées touristiques en Grèce n'a rien d'une bonne nouvelle. Parce que le tourisme, en Grèce, depuis dix ans, a profondément changé de nature et que cette augmentation du nombre des entrées est surtout due au développement du "all inclusive" forme de tourisme coloniale qui ne profite ni à la Grèce ni aux Grecs.

Le tourisme, comme le reste, a en effet changé de mains en Grèce.

Il ne rapporte plus aux Grecs, qui touchent des salaires de misère, notamment dans l'hôtellerie. Il rapporte aux étrangers qui se sont emparés, à la faveur de politiques imposées par la Germano-Europe, des infrastructures aéroportuaires, et bien souvent hôtelières.

Je ne parle même pas du centre ville d'Athènes où la colonisation par les "investisseurs" étrangers qui rachètent pour rien les biens que les Grecs sont obligés de vendre pour survivre ou qui sont confisqués, avec derrière une généralisation eu Airbnb qui chasse les Grecs vers la périphérie.

De même, la généralisation du "all inclusive" fait que les recettes du tourisme sont délocalisées dans les pays de départ, seule une part minime de ces recettes consacrées aux salaires de misère et aux prestataires de service grecs écrasés par les groupes multinationaux vient en Grèce. En revanche, les touristes "all inclusive" ne font plus fonctionner l'économie locale - bars, restaurants, pâtisseries, puisque, pour l'essentiel ils consomment à l'intérieur de leur établissement et plus au dehors. C'est un tourisme de type colonial.

Ce tourisme détruit l'environnement et les côtes par la monstruosité des infrastructures qu'il nécessite, alors que le tourisme traditionnel en Grèce était souvent de nature familiale et irriguait l'économie locale en apportant un revenu de complément. Ce "nouveau" tourisme qui fait battre des records d'entrée, au contraire, bétonne les espaces et exploite les hommes.

Il contraint aussi l'Etat et les collectivités grecs à assumer un coût croissant de l'accueil de ces touristes : épuisement de ressources rares en eau, pollutions, épuration, traitement des déchets...

Ce record d'entrées ne serait donc nullement une bonne nouvelle ni pour l'économie grecque de plus en plus colonisée, ni pour l'environnement, ni pour la Grèce - assignée par l'Eurogermanie au rôle de bronze-cul de l'Europe - ni encore moins pour les Grecs. Ce record d'entrées n'est donc une bonne nouvelle ni pour l'économie grecque de plus en plus colonisée, ni pour l'environnement, ni pour la Grèce ni encore moins pour les Grecs.

jeudi 31 mai 2018

Actualité de la chute de Constantinople

Avant-hier était le 565e anniversaire de la chute de Constantinople aux mais des Turcs ottomans. A cette occasion, l'Agence de presse grecque Athènes Macédoine m'a demandé de répondre à quelques questions. L'entretien, traduit en grec, a été repris sur de très nombreux sites, dont celui du Huffingtonpost.

Le voici en français.

"1) Quel a été l’impact de la Chute de Constantinople en Occident ?

Bien avant cette chute, l’apparition d’Etats serbe et bulgare revendiquant eux aussi la dignité impériale, c’est-à-dire une prétention universelle, les guerres civiles internes à Byzance, la Peste noire ont installé une crise à la fois politique, démographique, économique, sociale. C’est dans ce contexte que des factions byzantines faisant appel aux Turcs les installent sur la rive européenne des Dardanelles, des Turcs qui, au tournant des années 1370, isolent Constantinople des Balkans et auquel, neuf ans plus tard, le Basileus doit payer tribut. Dès lors, l’expansion turque se poursuit vers le Nord comme vers la Grèce continentale. La chute de Constantinople n’est donc pas une surprise en Occident.

Quant à la réunification des Eglises d’Orient et d’Occident, dont plusieurs empereurs ont pensé qu’elle permettrait de sauver l’Empire, elle échoue sur des exigences du pape inacceptables pour une grande partie du clergé et du peuple byzantins. Et la dernière Croisade occidentale contre les Turcs se termine par leur victoire, à Varna, en 1444. Durant le siège, des Occidentaux se battent au côté des assiégés, mais les Génois de Péra ménagent l’avenir en refusant de prendre les armes, et le pape ne dépêche que trois navires de secours. En réalité, c’est dans l’indifférence de l’Occident que tombe Constantinople.

En revanche le reflux vers l’ouest d’intellectuels byzantins et de leurs bibliothèques qui accompagne la progression turque jouera un rôle essentiel dans la Renaissance occidentale, l’apprentissage du grec par les premiers humanistes, la découverte de textes de l’Antiquité ou leur lecture dans leur langue originelle.

2) Si la Chute de Constantinople n’avait pas eu lieu, quel aurait été le sort supposé de la Grèce, de Chypre et des Balkans dans le paysage européen aujourd’hui ?

Même si je suis romancier, en plus d’être historien, je ne me risquerai pas à reconstruire une autre histoire avec des « si ». La chute de Constantinople n’a été que l’aboutissement d’un double processus qui commence à la fin du XIe siècle. D’abord le Basileus cesse progressivement d’être le défenseur des humbles – ce qui affaiblit le patriotisme de ses sujets – au profit des puissants auxquels il concède terres et privilèges fiscaux. Cette évolution conduit à la fois à l’affaiblissement du pouvoir impérial face à ces puissants, à son appauvrissement accentué par la multiplication des dons aux monastères eux aussi exonérés d’impôts, et à la substitution au lien « affectif » entre les humbles et le Basileus, d’un lien de dépendance entre ces humbles et les puissants. La deuxième évolution est extérieure : elle conduit le Basileus à s’en remettre de plus en plus, pour obtenir les moyens financiers dont le privent les exemptions fiscales qu’ils a concédées, aux cités marchandes italiennes qui, en retour, obtiennent des privilèges douaniers et commerciaux. Mais ceux-ci diminuent d’autant les recettes de l’Empire tout en ruinant les commerçants byzantins. Il est donc bien difficile d’imaginer quand et comment ces processus auraient pu être interrompus et ce qu’il en aurait résulté.

En revanche ce qu’on peut remarquer, sans qu’on puisse jamais parler de répétition en histoire, ce sont certains parallèles avec la situation actuelle de la Grèce : sous-fiscalisation des catégories les plus favorisées, affaiblissement du lien de confiance en l’Etat des Grecs qui estiment avoir de moins en moins de protection et de services en échange d’impôts de plus en plus lourds, perte de la souveraineté économique et mise en tutelle de cet Etat par une autorité étrangère – en l’occurrence l’Union européenne.

3) Vous écrivez dans l’introduction de votre livre que « Byzance demeure singulièrement absente de nos imaginaires et de nos écrans ». Pour quelle raison pensez-vous que ce pan de l’Histoire byzantine et grecque n’est-il pas ou peu abordé en France et de manière générale en Europe de l’ouest ? et quel est l’impact de cette absence pour la place de la Grèce, des Balkans et de Chypre en Europe, aujourd’hui ?

Alors que l’histoire byzantine est éminemment romanesque, que certains personnages pourraient faire des héros rêvés de séries télévisées historiques, très peu de romans s’inspirent de cette histoire dans le monde occidental, et elle est totalement absente de nos écrans. Comme de nos manuels scolaires : les mille ans d’histoire et de culture byzantines, leur influence déterminante sur la Renaissance occidentale, y sont quasiment ignorés, alors que l’héritage arabo-musulman est valorisé – voire surévalué.

Pour moi, il y a là un legs de la vision négative de long terme née de la rupture entre Eglises d’Occident et d’Orient. Pour Pétrarque, et nombre de clercs ou d’intellectuels occidentaux qui ont façonné la perception de Byzance à l’ouest de l’Europe, les schismatiques grecs sont pires que les ennemis turcs. On refuse de voir que les siècles de harcèlement par les Normands d’Italie du Sud et de Sicile, la politique de Venise et de Gênes ont pesé d’un poids déterminant dans son affaiblissement face à la montée du danger turc : il faut attendre 2001 pour qu’un pape reconnaisse la catastrophe qu’a constituée le sac de Constantinople par les Occidentaux en 1204, début d’une entreprise de type colonial - l’Empire latin - d’un peu plus d’un demi-siècle.

Ce rejet de Byzance, à l’ouest, hors de la mémoire collective européenne explique en partie les différences de traitement réservé aux régimes croate et serbe, pourtant très semblables, lors des guerres de sécession yougoslaves, à la Bulgarie et à la Roumanie, par rapport aux Etats catholico-protestants d’Europe du nord et centrale, dans le processus d’adhésion à l’UE, ou la brutalité et les humiliations de la mise en tutelle de la Grèce depuis bientôt dix ans, accompagnée par un discours écrasant des medias occidentaux utilisant, à l’égard des Grecs, des stéréotypes proches du racisme qui traînent dans la culture occidentale depuis des siècles.

Fondamentalement, dans les représentations occidentales, la matrice de l’Union européenne reste l’Empire de Charlemagne et un club catholico-protestant qui regarde au mieux avec condescendance, souvent avec mépris, les Européens du Sud-Est de tradition orthodoxe, sommés de devenir des Occidentaux (pour ne pas dire des Allemands !) s’ils veulent être tenus pour de « vrais » Européens – impérialisme culturel qui se nourrit aussi du désir des Européens du Sud-Est d’être enfin reconnus comme tels.

vendredi 11 mai 2018

La Grèce après le mois d'août

Le CADTM a eu bien raison de recruter Marie-Laure Coulmin Koutsaftis, cela nous permet d'avoir des papiers passionnants, comme celui que j'ai relayé récemment sur les tranferts massifs de propriété en cours, précis et documentés sur ce qui continue imperturbablement en Grèce, sur quoi les pouvoirs, allemand, français, européen, grec font de la désinformation servilement répercutée (à quelques exceptions près) par les médias dominants.

Ma seule réserve de détail sur le présent papier, consacré au maintien du pays sous tutelle germano-européenne après sa sortie annoncée à grand renfort des trompettes de la propagande, du régime des mémorandums, c'est que, même s'il y a sortie de la Grèce du plan dit d'aide (qui n'a jamais aidé personne sinon les banques françaises et allemandes à transmuter, par une opération d'alchimie européenne les créances sur la Grèce qu'elles avaient accumulées, contre tout principe raisonnable de gestion, en dette sur les contribuables européens), cette sortie ne pourra être que chaotique et provisoire - nonobstant les trompe l'oeil qu'on inventera - tout simplement parce que les politiques de prédation et de destruction massive de l'économie grecque appliquée par la Germano-Europe depuis 2010 ne peuvent permettre au pays de redémarrer.