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dimanche 12 février 2017

"L'Ultime Humiliation" de Rhéa Galanaki

Il est rare que je chronique ici le livre d’une/un « collègue ». Parce que je considère que la critique littéraire est un métier à part entière et que je déplore le mélange des genres qui règne à cet égard dans la presse française, entre écrivains frustrés qui font de la critique pour s’assurer une position de pouvoir qui leur permettra ensuite d’être publiés dans de « grandes maisons » auxquelles ils sont susceptibles de renvoyer l’ascenseur, et écrivains qui pensent avoir le détachement nécessaire pour émettre un avis éclairé sur l’œuvre d’autres écrivains.

Or, à mes yeux, un romancier travaille d’abord à la construction de son univers, à partir de ses admirations et de ses détestations, de ses choix esthétiques et narratifs, de ses obsessions, de sa perception du monde. Il n’est donc pas le mieux placé pour apprécier l’univers et les choix d’autres romanciers qui travaillent à partir de prémisses différentes des siennes – ou opposées aux siennes. Qu’il le veuille ou non, qu’il en soit conscient ou non, et quels que soient les artifices qu’il déploie pour se le dissimuler à lui-même et le dissimuler aux autres, il apprécie toute oeuvre à l’aune de la manière dont il aurait écrit ce livre. Si bien qu’au final, la critique d’un romancier en dit plus long sur lui-même que sur l’œuvre critiquée.

Une fois opérée cette mise au point, pourquoi ai-je donc choisi, malgré tout, de chroniquer ici ''L’Ultime Humiliation'' de Rhéa Galanaki ?

La première raison tient à la pusillanimité de l’édition française en matière de traduction du grec. On nous rebat les oreilles d’une Europe qui n’existe pas, mais on n’est plus capable de maintenir en vie les Europes qui existaient – notamment celle des lettres. Autrefois, dans les grandes maisons, on mettait à disposition du lecteur français Kavafis, Séféris, Élytis, Ritsos, Kazantzaki, Tsirkas, Taktsis, Kavvadias, Vassilikos… et beaucoup d’autres. Ils étaient traduits, édités dans les collections de référence en poche. Aujourd’hui, le règne des commerciaux et des logiques de profit immédiat, dans ces grandes maisons comme ailleurs, réduit de plus en plus à la sphère anglo-saxonne une activité de traduction de moins en moins ouverte sur le monde. Et sur la Grèce. Il faut donc soutenir les petites maisons qui font aujourd’hui le travail – et prennent les risques – que les grandes ne font – et ne prennent – plus. C’est la première des raisons pour lesquelles il m’a semblé utile de saluer la parution, aux éditions Galaade, à l’automne 2016, d’un roman grec contemporain qui parle de la Grèce contemporaine.

La seconde raison c’est justement qu’il parle de la Grèce contemporaine – il est même, à ma connaissance, le premier roman traduit en français né de ce qu’il est convenu d’appeler, bien à tort, la « crise grecque ». Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’en littérature seule la forme compte. Avec l’obsession nombriliste de l’autofiction, le formalisme desséchant, aride et stérile, fait perdre en même temps le sens de l’universel et le plaisir du récit. Pour moi, la bonne littérature est forcément engagée – non pas enrégimentée comme ce mot l’a signifié à une époque – en ce qu’elle fait entendre le vent du large et la rumeur du monde. Pour moi, le regard du romancier ne peut être neutre et, quand il y prétend, il est généralement vide. Il donne forcément un point de vue sur le monde – ou bien il ne sert à rien – à travers des personnages qui, si ils sont réussis, seront le romancier sans être lui, avec leur logique propre, leur cohérence conquise sur leur démiurge.

La grande qualité du roman de Galanaki, c’est qu’il raconte un moment crucial de l’histoire grecque contemporaine à travers ses trois personnages – Nymphe, l’ex-professeur d’arts plastiques, Tirésia, l’ex-professeur de lettres qui s’imagine des pouvoirs divinatoires. Et Athènes – la Ville-mère. Car Athènes est partout dans ce livre, belle ou laide, antique ou moderne, protectrice ou maléfique. Génitrice et marâtre.

Athènes en feu.

En effet, l’action se situe en février 2012, dans ces jours où, après le coup d’État européen substituant un banquier non élu au Premier ministre vainqueur des élections de 2009, l’Union européenne à direction allemande impose au pays un deuxième mémorandum. Tandis que le Parlement fait mine de discuter ce plan, les Athéniens descendent en masse dans les rues – journée mémorable au terme de laquelle, entre provocateurs de la police et groupes anarchistes qui bénéficient de la complicité d’une partie des Athéniens exaspérés, Athènes s’embrase. Nymphe et Tirésia, ce jour-là, ont elles aussi décidé de manifester. Les deux vieilles femmes n’ont plus qu’une perception déformée de l’extérieur… L’extérieur, la Ville-mère, la maison délabrée d’en face et ses fantômes. Elles vivent, recluses, dans le confortable cocon d’un appartement-foyer. Douce démence sénile, Alzheimer ? Elles se sont choisi les noms avec lesquels elles quitteront ce monde, différents de ceux qu’on leur a attribués à la naissance. Elles sont sous la surveillance distante d’un médecin, « le patriarche », et sous celle rapprochée de Catherine, une parente crétoise de Nymphe. Danaé, l’aide-ménagère ; Balthazar, le chat ; Yasmine, l’immigrée (et son fils, Ismaël) chargée de l’entretien de l’appartement ; Oreste, le fils unique que Nymphe a eu avec son mari, un politicien dont elle est séparée ; Takis, le fils de Catherine, complètent le petit monde qui gravite autour des deux femmes.

Tirésia et Nymphe vivent hors du monde, il leur est devenu lointain – mais elles n’en ont pas fait leur deuil. Tirésia en tout cas dont l’ascendant s’exerce sur Nymphe, plus rêveuse, plus craintive aussi.

Elles n’ont pas fait leur deuil d’un monde dont la rumeur parvient encore jusqu’à elles : elles ont peur que le mémorandum ne les exile de leur cocon, ne les envoie dans un asile. Tirésia ourdit la ruse, Nymphe suit : elles aussi iront crier leur crainte et leur colère dans les rues, en même temps qu’elles trompent la vigilance de Catherine, qu’elles s’émancipent de la tutelle qui les protège, mais qui les entrave aussi.

Vieilles, vulnérables, blotties l’une contre l’autre, elles assistent sur la place Syntagma à la manifestation puis à l’émeute… Elles veulent rentrer. Mais où ?

« C’est alors qu’elles comprirent qu’elles ne se souvenaient pas de leur adresse. Leur appartement avait quitté sa place habituelle : peut-être avait-il voulu les punir de l’avoir oublié pour de bon pendant aussi longtemps. Comme une plume de pigeon, il tourbillonnerait dans l’air et finirait par se prendre dans les filets de l’immense toile d’araignée qu’était l’Athènes moderne. »

Il faut survivre. Sans médicaments, se nourrir, se laver. Leurs vêtements sentent les lacrymos et l’incendie. Elles deviennent ce SDF que Tirésia voyait de la fenêtre de son cocon. Elles sont passées de l’autre côté du miroir de la Ville-mère, du côté de ceux qui n’ont plus le droit de vivre autrement que dans l’instant et le froid. Elles tombent entre les pattes d’un SDF qui prétend les protéger et les exploite en les faisant mendier…

Rhéa Galanaki, bien servie par la subtile traduction de Loïc Marcou, nous conte une dérive dramatique et parfois burlesque, avec des moments de poésie, comme lorsque Nymphe découvre la jungle d’une fresque murale… dans laquelle, cette fois, c’est elle qui entraîne Tirésia. Comme si, soudain, la ville et la réalité s’étaient fondues en un nouveau monde, coloré, chaud, accueillant dont la contemplation ouvre aux deux femmes une porte leur permettant de fuir le présent…

Au fil de son récit (non dépourvu de longueurs, cependant), Galanaki esquisse aussi le portrait d’une culpabilité, celle de la « génération de Polytechnique », cette jeunesse qui se souleva contre la dictature des Colonels, autour de l’École Polytechnique, en novembre 1973. Le mouvement fut brutalement réprimé (une centaine de morts, probablement), mais la dictature ne survécut à son crime que quelques mois. Jeunesse héroïque, espoir d’une Grèce nouvelle qui, quarante ans plus tard, se retrouve dans l’impasse qui provoque l’émeute de février 2012 – rébellion du désespoir, écho d’une révolte porteuse de promesses... trahies. Une impasse qui est aussi un remords.

Si l’on voulait faire une critique à cette Ultime Humiliation, ce serait pour moi celle de laisser les personnages secondaires à l’état d’ébauches. Oreste l’anarchiste, Danaé l’aide-ménagère, l’inexistant ex-mari de Nymphe, le patriarche, Yasmine agressée par les brutes d’Aube dorée… et surtout ce Takis qui s’enrôle chez ces brutes, jusqu’à poignarder sa mère Catherine. Catherine qui, seule, parmi les personnages secondaires, accroche un peu la lumière.

L’opposition Oreste/Takis, par exemple, peut sembler sommaire ; la psychologie de ces deux figures antithétiques est évanescente, et l’on ne comprend guère la cohérence qui les a menés à leurs engagements opposés. Oui, Takis est un salaud, mais il y a de l’intérêt, en littérature, à comprendre un salaud – plus qu’à le désigner comme salaud, en insistant sur le fait qu’il en a bien tous les attributs. Pourquoi Oreste trouve-t-il sa rédemption ? Le lecteur que je suis est un peu resté sur sa faim… mais cela renvoie à l’une de mes réflexions liminaires. Pour moi, les grands romans se distinguent des autres, notamment, par l’épaisseur et la saveur des personnages secondaires comme le Pombal du Quatuor d’Alexandrie de Durrell ou le Clappique de La Condition humaine de Malraux.

jeudi 22 décembre 2016

Iphigénie en Tauride : coup de gueule !

Iphigénie en Tauride, de Glück est un de mes opéras préférés. Ce soir, à l'Opéra Garnier, c'était ma gâterie à moi de fin d'année avant le départ pour Nisyros...

Direction brillante et rapide - comme il convient - de Bertrand de Billy. Superbe Véronique Gens, Stanislas de Berbeyrac et Etienne Dupuis : tos de belles voix puissantes et nuancées...

Musicalement et vocalement c'était donc plus qu'irréprochable !

Mais comment peut-on faire des mises en scènes nulles à ce point ? comment peut-on à ce point saloper une oeuvre pareillle par une mise en scène stupide, incohérente et anti-musicale!!!

Il faudra m'expliquer l'intérêt de transposer Iphigénie en Tauride dans...une maison de retraite... avec des douches sur le côté, des ventilateurs au-dessus, une cage de plexiglas qui s'avance et qui coupe les voix pour une partie de la salle quand on est d'un côté et que le chanteur se trouve dans un coin...Bon il y a bien un moment un mec à poil, bien foutu, qui s'ébat sur le plateau (on se demande encore pourquoi !) et vous tire l'oeil, mais c'est tout de même assez mince !

Et cerise sur le gâteau : le soi-disant metteur en scène, Krzisztof Warlikowski a foutu le choeur derrière la fosse d'orchestre, sous la scène !!! Allez zou ! Ils on bien du mérite à se faire entendre... J'ai fini par regarder la salle, le lustre et le plafond de Chagall : ça avait plus d'intérêt que ce qui se passait sur le plateau ! Avec bien sûr, à un moment, une projection vidéo : peut-on encore voir un spectacle sans projection vidéo ???

Je suis furax. Vert de rage.

Si ce genre de stupidités pouvaient passer pour de l'audace révolutionnaire à la fin des années 1970, de la modernité dans les années 1980 (on en a tellement vu des transpositions de ceci ou de cela dans une maison close ou une usine...) je ne comprends pas comment l'Opéra de Paris peut encore présenter - à Garnier en plus ! - des productions aussi ringardes dans leur parti pris de... de je ne sais même pas de quoi, d'ailleurs tellement c'est bête !

Mépriser à ce point une oeuvre, sa cohérence, son sens, ses logiques me semple à proprement parler hallucinant : ce genre de metteur en scène ne pense qu'à SON originalité frelatée, SON génie de pacotille - incroyable prétention qui se foutent complètement de l'oeuvre comme des artistes... J'avais quasiment cessé d'aller au théâtre et à l'opéra à cause de ces mises en scène prétendument innovantes et qui ne sont qu'imbéciles et cette année je me suis dit que, tout de même, je me privais d'un des sels de l'existence à Paris... Eh bien c'est réussi !

vendredi 20 mai 2016

Vasso Triga à la galerie de la Librairie hellénique Desmos

Un rendez-vous à ne pas manquer ! avec la peintre Grecque Vasso Triga à la galerie de la Librairie hellénique Desmos, rue Vandamme, tout près de l'avenue du Maine.

Iannis, de ce lieu unique à Paris qu'est la librairie hellénique Desmos, m'a dit que c'est superbe, et je crois ce que dis Iannis !

Alors allez-y !

lundi 16 mai 2016

Eurovision et Journée européenne de la jeunesse

Je n'ai pas eu la chance, cette année, de voir, ne serait-ce que le vote de ce chef-d'oeuvre de déculturation anglo-saxonnisée, de niaiseries et de nullité chantonnantes, qu'est le concours de l'Eurovision. Nous dînions avec une passionnante ancienne prof de russe de Frédéric, mon compagnon.

C'est donc hier seulement que, après la polémique sur le coupeur de bites de pédés qui baise la France, pays de mécréants, invité à faire danser la jeunesse dans l'ossuaire de Douaumont pour l'intéresser à la commémoration nationale (il n'y a bien entendu aucun autre moyen, décent, imaginable... voyez par exemple le "régiment immortel" en Russie, manifestations sur lesquelles les médias français ont pratiqué l'omerta, comme de coutume lorsqu'ils ne peuvent décemment pas se livrer au dénigrement) des combattants qui perdirent la vie pour la défense des libertés de ce pays face à l'impérialisme et au militarisme allemands, j'ai appris qu'une chanteuse tatare de Crimée avait remporté l'inestimable trophée.

Avec une chanson sur les douloureuses conséquences de la collaboration massive des Tatars de Crimée avec le Reich hitlérien... mais qui ne dit rien des causes de ces conséquences - faudrait voir, tout de même, à ne pas déconner !

Car les gentils Tatars de Crimée, outre qu'ils furent pendant des siècles l'instrument de l'impérialisme ottoman, dont chacun connaît le haut degré d'humanisme, collaborèrent massivement avec les gentils nazis - comme les gentils Ukrainiens et les gentils Baltes (ces deux grands pays collaborateurs que furent l'Estonie et la Lettonie - les déportés se rappellent des gardiens... -, moins de 3,5 M d'habitants à eux deux, disposant des deux vice-présidences de la Commission européenne stratégiques pour la politique économique et monétaire de l'Union, surtout vu le temps quotidien de lucidité qu'on prête au président de ladite Commission dans les pays où le journalisme n'est pas exclusivement de révérence...). Tous alliés de la croisade EUROPEENNE du grand Reich de 1000 ans contre le communisme judéo-slave. Et tous, aujourd'hui, dressés au côté de l'Allemagne, hégémon de l'Union européenne de 1000 ans, contre le méchant Poutine.

Que la déportation des Tatars par Staline ait été tragique, nul ne le contestera. Que l'on fasse pleurer l'inculte Margot, en 2016, sans expliquer le contexte de ce tragique épisode et qu'on présente les Tatars comme les éternelles innocentes victimes de l'ogre russe est une autre paire de manches ! Car si la chanson de l'héroïne eurovisionnelle de la Liberté évoque des conséquences tragiques, je ne crois pas qu'on ait entendu les commentateurs français - "l'historien" Bern et je ne sais quelle amuseuse de bas étage soudain métamorphosée en spécialiste du Tatarstan et analyste géopolitique de première grandeur - expliquer que les Tatars, par exemple, fusillèrent plus de 11000 civils juifs à Simferopol en 1941 ou que le Tataren-Gebirgsjäger-Regiment der SS recruta sans difficultés, comme volontaires, au moins 10% des hommes de cette communauté...

On en arrive, ces temps-ci, par délire antipoutinien, à d'assez curieuses reconstructions historiques.

Puis, ce matin, j'ai appris que la journée de la jeunesse européenne se tenait cette année... en Azebaïdjan, régime aussi corrompu et autoritaire que celui de Kiev est corrompu et vérolé par le néonazisme, pays qui n'a rien d'européen et vient de relancer la guerre anti-arménienne au Haut-Karabagh.

Mais jusque-là, tout va bien !

vendredi 18 décembre 2015

Avant ou après les élections espagnoles de dimanche, il faut lire "Podemos" de Christophe Barret

Après-demain, auront lieu en Espagne des élections législatives capitales. Après la Grèce et le Portugal, l’Espagne sera le troisième pays martyrisé par la Germano-Europe et ses politiques criminelles à se prononcer sur son avenir. Et le résultat sera bien sûr passionnant, eu égard à la situation des Espagnols bien sûr, mais aussi pour le devenir de ce qu’il est convenu d’appeler l’Europe, au regard du poids économique et démographique de l’Espagne, bien plus lourd que celui de la Grèce ou du Portugal.

Dans cette situation un livre est paru cet automne, que j’ai lu avec intérêt – et un peu plus –, et que j'invite ardemment à lire parce qu’il est, je crois, essentiel pour comprendre le sens du vote des Espagnols, ce dimanche, et la situation politique – sans doute fort compliquée – qui en résultera. Car ce qu’indiquent les derniers sondages, c’est que, là aussi, le bipartisme, qui en Espagne a structuré la vie politique depuis la fin de transition démocratique – Parti populaire de la droite post-franquiste et Parti socialiste ouvrier espagnol –, est moribond. Si l’on en croit ces mêmes sondages, trois forces politiques (PP, PSOE, Podemos) obtiendraient en effet autour de 20 % à 25 % des voix chacune, Ciudadanos (un "Podemos de droite") autour de 16 % , Izquierda Unida (autour du PC) moins de 5 % et les mouvements régionalistes ou nationalistes, dont les diverses forces catalanes qui, à la faveur des dernières élections régionales, ont affirmé leur intention d’entamer un processus de séparation (sans parvenir pour autant à se mettre d’accord, encore, sur une formule gouvernementale) entre 13 % et 14 % au total.

Si cette configuration est confirmée dimanche soir, l’Espagne risque fort de devenir difficilement gouvernable (c’est en réalité le principal effet des politiques germano-européennes, cet effet étant d’autant plus accusé que ces politiques ont été plus violemment appliquées), la seule coalition semblant pouvoir disposer d’une majorité étant celle du PP et du PSOE, si tant est que ce dernier soit disposé à devenir la roue de secours d’une droite dure – ce qu’a refusé récemment le PS portugais. Une autre solution pourrait dès lors consister en un gouvernement minoritaire (PP/Ciudadanos, PSOE/Podemos, Podemos/IU ?…) dépendant de l’ordre d’arrivée des différentes forces (un sondage donnait, il y a une dizaine de jours, le PSOE au plus bas depuis… 1923, je crois, et derrière Podemos…) ainsi que de leur poids réel dans les urnes, et bénéficiant de la neutralité ou du soutien de mouvements régionalistes ou nationalistes, sans doute payable en nouveaux transferts de compétences vers les communautés autonomes.

Dans tous les cas de figure imaginables, le score que réalisera Podemos sera déterminant pour la formule de gouvernement qui pourra (ou non) se dégager après ces élections. Et c’est la raison pour laquelle on ne saurait trop recommander la lecture du livre de l’historien Christophe Barret, excellent connaisseur de l’Espagne, paru aux Éditions du Cerf et intitulé : Podemos, Pour une autre Europe, Hier l’Italie, la Grèce. Aujourd’hui l’Espagne. Demain, la France ?

Passionnant, ce livre l’est à plus d’un titre. D’abord parce qu’il retrace le bouleversement politique qu’a été le mouvement des Indignés – en Espagne comme en Grèce que je connais bien mieux ; plus encore qu’en Grèce où Syriza lui préexistait et s’en est nourri, alors que Podemos en est né et a eu l’ambition de lui donner une expression politique.

Comme en Grèce, ce mouvement s’installe alors qu’un parti se disant socialiste se trouve au gouvernement et choisit d’endosser les politiques les plus antisociales appliquées en Europe occidentale depuis 1945, imposées par la Germano-Europe et par un euro allemand qui interdit tout ajustement par le taux de change, leur appliquant des recettes déflationnistes de dévaluation intérieure (baisse des dépenses publiques, salaires, pensions…) qui ne font en réalité qu’aggraver les maux qu’elles prétendent soigner.

Comme en Grèce, cette situation conduit d’abord à une profonde crise de la démocratie représentative : « L’opinion fait sienne – écrit Christophe Barret –, tout au long de l’été 2011 les slogans lancés par les Indignés : ¡ No nos representam ! (Ils ne nous représentent pas !) Democratia real ya ! et Si se puede ! (Si, c’est possible !) », ce dernier slogan, hérité de la campagne d’Obama, se transformant au final dans le Podemos que choisira le nouveau mouvement comme bannière.

Elle conduit ensuite, comme en Grèce et au Portugal, par la règle du balancier du vieux jeu politique qui n’a pas encore explosé, à une alternance au profit de la droite (législatives du 20 novembre 2011) qui vérifiera la nouvelle règle euro-allemande selon laquelle les élections ne servent plus à rien, puisque l’alternance ne vise que les hommes et les partis alors que la politique doit rester la même.

Christophe Barret retrace d'abord la généalogie intellectuelle et la saga pragmatique d’un petit groupe de jeunes professeurs « progressistes » du campus de Somosaguas de la faculté de sciences politiques et de sociologie de l’université Complutense de Madrid - parmi lesquels Pablo Iglesias, Íñigo Errejón, Carolina Bescansa, Juan Carlos Monedero - qui va fonctionner comme un « laboratoire d’idées » où se mêlent « activisme, militantisme, recherche et enseignement ».

Le diagnostic d’Iglesias est que le mouvement des Indignés s’apparente à « une révolte de subsistance comparable à celles étudiées par les historiens de périodes plus anciennes ». L’outil permettant d’agir, dans cette situation, sera un « discours transversal » destiné à fédérer les oppositions, bien au-delà de la base traditionnelle de la gauche radicale dont sont issus les fondateurs de Podemos, mobilisant par exemple les concepts de souveraineté, de patriotisme, de droits humains ou de décence, et ceci au service de la refondation d’une démocratie (« Par temps de crise – écrit Monedero –, la compatibilité entre capitalisme et démocratie se pose à nouveau ») sur des bases différentes que celles, si éminemment ambiguës, sur lesquelles s'est édifiée la transition démocratique post-franquiste.

Héritier d’une mémoire, celle des vaincus de la guerre civile, ce groupe veut réinventer un « léninisme aimable », puisant aux sources des expériences sud-américaines, de l’œuvre de Gramsci, de sa relecture par Ernesto Laclau (pour lui, « il faut – écrit Barret – donner au peuple, pensé dans un cadre national, une nouvelle unité afin de contrer les profondes inégalités générées par un pouvoir économique, politique, culturel et médiatique écrasant. ») et les travaux de sa compagne, la sociologue belge Chantal Moufle, selon lesquels « à la lutte « gauche-droite » il convient de substituer une confrontation « bas-haut », d’une plus grande capacité inclusive ».

Tout est là - ou presque -, et toute la partie du livre de Barret consacrée à la genèse et à la dissection d’un « projet politique d’irruption plébeienne » est franchement passionnante, tant elle donne à réfléchir – et bien au-delà de l’exemple espagnol !

Elle est suivie d’autres chapitres qui le sont à peine moins (passionnants) consacrés à la stratégie médiatique, à la construction d’un mouvement politique – ses forces, ses faiblesses, ses contradictions – destiné non à troubler le jeu électoral ou à s'y insérer, mais à y conquérir une "hégémonie culturelle", à en devenir le centre – la question des alliances se posant d'une manière cruciale, dès lors que cet objectif apparaît différé ou problématique et qu'on risque, par la participation à un jeu dont on ne peut changer les règles, d'y perdre son âme et son utilité.

L’auteur se pose aussi, toujours avec précision et pertinence, la question de la parenté avec Syriza, mise en scène – il y aura bientôt un an – lors du dernier meeting de la campagne électorale grecque sur la place Omonia : Iglesias parlant en grec et esquissant des pas de syrtaki, tic-tac tic-tac, Athènes d’abord, Madrid ensuite… Il analyse comment ces partis-frères ne le sont à maints égards qu’en apparence. Et quelles parentés/oppositions le « populisme » de Podemos entretient avec d’autres mouvements qui, ailleurs, prétendent incarner d’autres types de « projet politique d’irruption plébeienne » – le FN en France ou Cinq étoiles en Italie. Il pose aussi la question du rapport des dirigeants de Podemos au passé franquiste qui ne passe pas, à l’Église dans sa lourde dimension traditionnelle, mais aussi aux convergences avec la « théologie du peuple » du pape François…

Enfin le livre se clôt – provisoirement ! – sur les contradictions internes, les difficultés organisationnelles ou programmatiques, l’absence de leçon réelle tirée de la bérézina de Syriza en Grèce (le refus de tirer les conséquences qui s’imposent, clairement, et au contraire du Bloc de gauche portugais qui a fait, lui, son aggiornamento, de l’impossibilité d’alternance réelle dans le cadre de l’euro et de l’UE) qui ont conduit Podemos, depuis l’été grec tragique, à un déclin dans les sondages qui semblait inexorable – et dont les sondages de ces dernières semaines semblent indiquer qu’il ne l’était pas.

Bref, le livre de Christophe Barret est de ceux qu’il faut lire… avant comme après les élections de dimanche.

On me permettra juste un regret : que trop d’éditeurs aujourd’hui – parmi lesquels, manifestement, Le Cerf, pourtant une vieille maison à la réputation de sérieux et de qualité – ne jugent plus nécessaire de se payer le travail pourtant indispensable d'un relecteur. L’auteur que je suis est bien placé pour savoir qu’à force de corriger et recorriger un texte on n’y voit plus les coquilles. On est trop intime avec son propre texte pour en discerner encore les défauts. Et les copier-coller qui vous permettent de réécrire une phrase ou un passage laissent souvent des scories. C’est un des boulots essentiels de l’éditeur que de les éliminer. Or Le Cerf ne l’a manifestement pas fait. C’est dommage pour Christophe Barret dont le travail méritait meilleur traitement éditorial, et c’est souvent bien agaçant pour le lecteur.

dimanche 29 novembre 2015

Pour changer et pour ceux que le théâtre antique passionne...

Miranda Skoulatou, nous invite à un passionnant séminaire !

Et pour en savoir plus : c'est ici, ou sur Facebook

samedi 13 octobre 2012

Khaos, ou les visages humains de la crise grecque : indispensable !

Hier soir, au cinéma La Clef, salle comble et débat jusqu'aux alentours de minuit, après la projection du superbe, passionnant et souvent poignant Khaos, ou les visages humains de la crise grecque, d'Ana Dimitrescu.

Un film à voir absolument, pour approcher, sentir et ressentir, comprendre, l'étendue des ravages humains de la politique qui vaut à l'UE un scandaleux Prix Nobel, qui entraîne la réapparition du fascisme et de la torture, qui saigne un peuple à blanc... et qui va nous arriver grâce aux socialistes en peau de lapin.

Hier soir, au cinéma La Clef, avant et après la projection de Khaos et le débat, rencontre humainement exceptionnelle, qui s'est terminée vers 2h00 du mat autour d'un vin chaud dans un café du coin, avec la réalisatrice Ana Dimitrescu et les membres de son équipe, qui ont fait ce film par passion, en y engageant leur vie et leurs sous, ainsi qu'avec l'historien-anthropologue Panagiotis Grigouriou (historien et anthropologue, rédacteur du blog "greek crisis", et fil rouge de ce superbe et poignant film)

Pour moi, RDV le vendredi 19, pour un autre débat sur les origines historique de la situation actuelle, avec Panagiotis Grigouriou et Nikos Graikos (Coordinateur pédagogique de l’association Phonie-Graphie), mais il y a, d'ici là, plusieurs autres dates et le film sort également [en province. |http://www.khaoslefilm.com/|fr] Allez-y, vous ne le regretterez pas !!!

jeudi 19 janvier 2012

Recherche de couv...

pour mon prochain bouquin sur l'histoire de la Grèce et des Balkans. A Athènes, fin décembre, nous avons vu une belle expo, au Musée Bénaki, des calendriers que le cimentier Héraklès a commandé depuis plusieurs décennies à des peintres contemporains.

Nous y avons vu cette image du Bloko (les Allemands bloquaient un quartier supposé rouge, rassemblaient tout le monde sur la place, amenaient un "traître", recouvert d'une cagoule pour ne pas être reconnu de ses voisins, lequel désignaient les communistes, torturés et exécutés devant le foule ou déportés suivant les cas)... des Drapetsona (quartier du Pirée) par les Allemands et leurs auxiliaires des Bataillons de sécurité, constitué par le gouvernement grec collabo, que les Anglais recycleront rapidement, sitôt après la fausse libération dans la terreur dont seront victimes les anciens résistants - présumés communistes. Du coup, je me suis dit que cette oeuvre de Tassos (1914-1985) pourrait faire une belle couverture... Et j'ai tenté de la retrouver sur le Net. Mission accomplie... Mais pas que ; du coup voici quelques-unes des oeuvres de cet artiste engagé...

PS : la vertueuse Allemagne de la Frau Merkel, donneuse de lecçons de morale et de rigueur aux feignants mangeurs d'ail, n'a jamais payé un centime d'euro de réparations pour la famine de 1941-42 et ses centaines de milliers de morts, ni pour les innombrables crimes de guerre et contre l'humanité, ni pour les villages brûlés et autres destructions, tous imputables aux troupes d'occupation allemandes.

Femmes ravitaillant les soldats grecs victorieux de l'armée italienne sur le front d'Albanie en 1940-1941

Martyre d'Elena Apostolou, torturée et exécutée par les Allemands en 1942

Exécution

Exécution

Bloko, les traîtres

Bloko du quartier de Kokkinia

Bloko du quartier de Drapetsona (Le Pirée)

Massacre des résistants invalides (les soldats invalides du front d'Albanie de 1940 ont été ensuite à la pointe des manifestations contre les occupants à Athènes)

Massacre de la population civile de Kalavryta par la 117e Jäger Division (Péloponnèse, novembre 1943)

Libération d'Athènes

Ange de la Porte

vendredi 3 juin 2011

En passant... et en rouvrant "Le temps des vaches maigres" de Dinos Christianopoulos (Desmos - Cahiers grecs)

Dangereuse solitude

Les nuits où je parcours ma solitude

Je traque sur mille visages

Ce tremblement au coin de ton oeil.

Il suffirait qu'un seul d'entre eux

Ait un reflet de ta beauté,

Je lui dirais : "qu'attends tu donc ?

Enfonce en moi les clous de tes souliers" -

Et je n'attendrais plus de doux baiser

Et je n'attendrais plus d'amoureuse étreinte.

Traduction, Michel Volkovitch

dimanche 23 août 2009

Pizza et tarte aux pommes

Ce n'est pas mon habitude, sur ce blog, de renvoyer à d'autres. Mais je vais faire aujourd'hui une exception.

Il y a, dans la vie d'un écrivain, des moments magiques où le lecteur prend chair - pour reprendre un vocabulaire, qui me l'est, cher. Et qui n'est étranger ni à mes livres ni à ce papier que je vous conseille très vivement de lire.

Des moments comme cela, il y en a eu quelques-uns depuis que j'ai commencé à publier, il y aura bientôt treize ans.

Celui de la lecture, en remontant la rue de l'Ouest, de la lettre d'Eric, que mon libraire grec préféré avait gardé sous le coude durant trois mois, qui m'a fait venir les larmes aux yeux ; la rencontre d'Alain à Lyon et celle d'une bande de Niçois qui ont mobilisé leurs associations pour leur faire découvrir mes livres ; celle de Laurent Bonelli, libraire hélas si tôt disparu, au Virgin des Champs, qui eut un coup de coeur et fit une grande partie du succès de ma Quatrième Révélation, celle d'un Alain et d'un Philippe, à la FNAC de Strasbourg, qui m'accompagnent depuis six ans et qui ont défendu comme personne mon Château du silence ; celle d'un critique littéraire dans un grand quotidien parisien, placardisé pour cause de liberté de penser ; celle de Mélanie et celle de Jean-Mary, amoureux de mes bouquins avant de devenir attachés de presse des suivants ; celle de Régine qui m'a bâti et offert ce site...

Il y a eu aussi la vraie vraie rencontre avec Charles-Louis, que je connaissais sans le connaître, qui m'a raconté (parce que son ami avocat défendait la famille de la victime) le meurtre homophobe qui fut l'un des éléments déclencheurs de l'écriture de La Quatrième Révélation. Il y eut encore, à la FNAC de Reims, sous l'égide de l'association Ex Aequo, la rencontre avec Michel Robert qui me remercia d'avoir accepté de lui accorder du temps et de m'être accroupi devant lui pour mieux l'entendre, à qui je demandai pourquoi diable il me remerciait, lui qui avait lu mes livres et qui m'en disait tant de choses sensibles, lui qui me répondit alors, à moi, éberlué, qu'il me remerciait parce qu'il était contraint de se déplacer en fauteuil et qu'aux yeux de tant et tant, cela faisait de lui un paria, un non-interlocuteur valable. Comme si le cerveau ou le coeur se trouvait dans les jambes, sans doute.

De ce choc, de l'amitié avec Michel, de la constatation que le handicap est totalement absent d'une littérature française faite dans son immense majorité par des gens qui, même lorsqu'ils ne sont pas de pauvres grands garçons riches et cocaïnomanes, trouvent leur nombril bien plus passionnant que le monde, de son aide, de ses réponses à mes questions, est né L'Or d'Alexandre.

Sans savoir encore que cet Or-là me réservait, lui aussi, une intense expérience humaine. Un lecteur de mon précédent livre, un certain Berger, domicilié quelque-part au sud, avait laissé une critique fort flatteuse de La Quatrième Révélation sur le site d'Amazon. J'avais été un peu dépité, à l'époque, de n'avoir aucun moyen de lui dire merci. Il récidiva pour L'Or, mais en en laissant une bien plus troublante encore, bientôt développée sur le site Handigay.

On pourrait finir par croire, en lisant ce papier, que j'ai la larme facile, ce qui n'est pas vrai. Mais la lecture de ce papier-là, puis la conversation téléphonique que nous eûmes ensuite, d'où il ressortait que mon livre présentait de troublantes coïncidences avec sa vie (écran de pub - troublante coïncidence, pour un écrivain, dont on retrouvera l'écho transposé dans mon Comment je n'ai pas eu le Goncourt à paraître le mois prochain - fin de l'écran de pub), est à coup sûr à ranger parmi les moments forts de mon existence. Celle-là fut prolongée par des rencontres à La Gaude puis à Nice, pour des salons du livre, dans l'hôpital des dessus de Cannes où on l'avait opéré pour améliorer sa mobilité. Nous sommes loin l'un de l'autre, mais, comme pour la rencontre de Michel, celle de Gérard s'est transformée en amitié, en complicité. Bref, on s'aime !

Or voilà qu'aujourd'hui, Gérard, que j'appelle familièrement mon Koudoo, devenu l'un des piliers de l'excellent site Les Toiles roses, publie un papier sur son itinéraire intime et familial. Il m'avait déjà parlé de sa sainte famille, et je savais déjà que si L'Or lui semblait parfois calqué sur sa vie, c'était aussi à cause de la mère de Philippe. Mais désormais, grâce à ce papier, j'en sais un peu plus là-dessus et cela vaut le détour.

Ci-dessus, la repro de la couverture de mon Plongeon, sur son fauteuil, dont il illustre son article des Toiles roses, qu'il a réalisée en mosaïques, durant son séjour à l'hosto sus-cité, en atelier d'ergonomie: vous imaginez mon émotion ? Non, n'essayez pas : c'est impossible !

Voilà, j'avais aujourd'hui l'intention de faire un billet sur le fantastique nouveau musée de l'Acropole que j'ai visité début août, mais décidément, même si j'adore les marbres, je leur préfère les hommes de chair et de sang, d'intelligence et de sensibilité. D'ailleurs vous n'avez pas perdu au change puisque vous avez deux papiers à lire au lieu d'un. Et puis, jugez-en, mais il a un foutrement joli brin de plume, mon Koudoo !...

samedi 18 avril 2009

Allez voir Kandinsky !

L'expo Kandinsky à Beaubourg est une merveille.

Encore un dégénéré, me direz-vous. Ca se confirme...

Franchement, vous rentrez dans cette bulle de beauté et vous en ressortez une heure et demie plus tard... lavé.

C'est d'abord ça un grand artiste. Et Kandinsky en est un.

Ce qui m'a le plus époustouflé, en fait, c'est la période du début du siècle que je ne connaissais absolument pas et qui est franchement somptueuse. Mes quatre préférés :

Impression III Concert (1911 ; Städtische Galerie im Lenbachhaus, Munich)

Improvisation XIX (1911 ; Städtische Galerie im Lenbachhaus, Munich)

Improvisation VI Africains (1909 ; Städtische Galerie im Lenbachhaus, Munich)

Et enfin ce sublime, Image avec archer (1909 ; The Museum of Modern Arts, New York)

Une mention tout de même pour l'organisation de Beaubourg : comme on est en France, il faut souffrir quand on va au musée. La culture, mes amis, ça doit se mériter !

Donc, avant d'entrer dans la bulle qui vous lave, en nocturne, il faut faire la queue une heure, sur le parvis puis dedans. Pas à cause du monde dans l'expo, non. Il y en avait mais c'était supportable. À cause des trois pauv'guichetiers qu'on a laissés seuls, ce soir-là, suppléés tout de même par trois malheureux distributeurs de tickets... en panne, pour faire face au public du Musée d'Art moderne et de deux expos de renommée internationale - Kandinsky et Calder.

Dans n'importe quel autre pays développé, pour un musée et deux expos de cette classe-là, attirant un public international, vous auriez eu au moins - au moins - le double de guichetiers. Dans n'importe quel pays développé, les trois malheureux distributeurs de tickets d'entrée automatiques auraient fonctionné.

Mais on est en France !

Et puis y'a quand même plein d'autres priorités, beaucoup plus importantes que les musées, les hôpitaux, les universités, la recherche ou les prisons, où mettre le fric de l'Etat : les banques et les fabricants de bagnole qui n'ont pas fait leur boulot depuis vingt ans, le salaire du patron de GDF et les petits revenus de l'ex-patron de la Générale, les exonérations d'impôts des copains et de la dernière greluche multimillionnaire de Caligula...

A part ça, la semaine a été mouvementée : l'ordi a planté (virus ou fichier de démarrage niké par on ne sait quoi... le mystère reste entier). Il a fallu tout réinitialiser après avoir tout écrasé : le rêve !!! Heureusement, je n'ai perdu, au final qu'une demi-journée de travail : pourquoi le disque dur externe n'a-t-il pas sauvegardé cette demi-journée-là ? Re-mystère ! Mais comme je suis chanceux j''avais déjà tiré les trois pages sur l'imprimante avant le plantage : grâce au scan, je les ai donc retrouvées. Ouf !

mercredi 8 avril 2009

Je suis un dégénéré (Vienne n°3)

Vous me direz que ce n'est pas une nouvelle pour qui m'a lu, même de loin, ni pour mon confesseur, bien sûr !

Mais cela s'est confirmé à Vienne, lorsque nous sommes allés visiter le Belvédère. Le Belvédère est le palais d'été du Prince Eugène de Savoie-Carignan, aussi grand pédé devant l'Éternel que grand chef de guerre et irréductible ennemi de Louis XIV, passé au service des Habsbourgs et dont on trouvera, dans l'excellent ''Sceau de Kropotkine'' la suggestive évocation d'une chasse au fouet du jeune Henry, dans les couloirs du Belvédère, que le grand homme avait l'envie - furieuse - de sodomiser : voir l'ami Gimet pour le dénouement ! il faut s'entraider entre auteurs !!!

Donc le Belvédère est un palais rococo, charmant, dont les toits évoquent les tentes des campements de Turcs, que le prince Eugène étrilla : décidément, il a bien des qualités cet homme !

En passant : il a perdu une excellente occasion de se taire, notre cher Obama, en venant nous dire que ce pays qui n'a rien à faire en Europe, ni maintenant ni jamais, devait y entrer ; comme quoi, il ne faut jamais penser que le meilleur des présidents américains ne reste pas, avant tout, un président américain. Raison de plus pour ne pas se relier dans le dos et dans l'OTAN, les mains que de Gaulle avait déliées parce que : 1/ L'OTAN n'a plus de raison d'être et aurait dû disparaître depuis longtemps pour laisser la place à une autre alliance renégociée de A à Z sur d'autres bases que la guerre froide ; 2/ On "n'influence" jamais les États-Unis et certainement pas en se mettant en position de subordination 3/ Caligula est un gougnafier qui prend ses désirs pour de réalités ou veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes, ou les deux, lui qui a sauvé le monde de la faillite et obtenu dans sa lutte de David contre Goliath, tout seul avec ses petits poings, en menaçant de quitter le sommet, l'établissement de la liste de... quatre paradis fiscaux qui moins d'une semaine après sont 0 : clown ! sinistre clown !!! Mais je m'égare... revenons à Vienne, aux dégénérés et au Belvédère.

Or donc, au Belvédère, sont présentées les collections de peintures autrichiennes de la Galerie nationale. Beaucoup de croûtes sans intérêt - à mes yeux du moins -, mais deux salles somptueuses, celle des Klimt et celle des Schiele.

Pour ce qui est des Klimt, il y a surtout deux toiles fantastiques

Naguère, il y en eut davantage, mais à la suite d'une épopée judiciaire, Maria Altmann, nièce d'Adele Bloch Bauer, a obtenu la restitution par l'Autriche de cinq toiles dont le portrait de sa tante.

Dans ''L'Or d'Alexandre'', j'évoque la spoliation des collections juives par l'ERR, organisme nazi chargé du pillage de l'Europe, et l'exposition qu'une de mes héroïnes, conservatrice au Louvre, voulait organiser autour de ce pillage et de la personnalité tellement attachante de Rose Valland qui, au Musée du Jeu de Paume, nota pour la Résistance, la provenance et la destination de chacune des oeuvres passant par ce musée transformé en gare de triage des rapines nazies. Une action qui permit, après la guerre, nombre de restitutions des oeuvres d'art à leurs légitimes propriétaires.

J'y décris ainsi le classement nazi des toiles volées : "C’est aussi dans cette partie centrale de l’expo qu’on devait faire comprendre au visiteur le rôle qu’avait joué Rose, seule face à la machine de l’ERR. Marion avait prévu que des toiles récupérées après guerre grâce aux fiches de la conservatrice-espionne seraient accrochées en fonction de la nomenclature établie par l’ERR: celles, classiques, que les nazis s’appropriaient ; celles qu’ils jugeaient « dégénérées » (Courbet, Manet, Renoir, Degas, Monet, Matisse, Braque, Dufy, Laurencin, Bonnard, Vuillard…) mais néanmoins dignes d’être échangées contre des toiles de la première catégorie, ou bien vendues sur le marché international — principalement en Suisse — au profit des finances du Reich millénaire ou de comptes à numéros qui pourraient se révéler utiles si jamais ledit Reich venait à ne pas durer tout à fait mille ans. Et puis celles de la dernière catégorie (plus d’un demi-millier), pour lesquelles il n’existe plus que des documents de seconde main puisque, trop juives ou trop dégénérées, les nazis avaient estimé qu’elles ne méritaient même pas d’être négociées et les avaient détruites en juillet 1943."

Mais ce qui s'est passé en France, à partir de 1940, s'était passé dès 1938 en Autriche, où les nazis furent accueillis en triomphateurs, et où les Juifs autrichiens furent immédiatement spoliés - parmi eux, les Bloch Bauer.

Ils ont été finalement restitués en octobre 2007.

Reste au Belvédère le très beau portrait de Fritza Riedler

Et surtout l'incroyable Baiser... un de ces tableaux devant lequel on reste, sans pouvoir s'arracher.

Enfin, quand on aime l'art dégénéré ! Et en matière de dégénéré, Egon Schiele, ce n'est pas mal non plus. Scotché, en ce qui me concerne, devant ces trois-là, qui se trouvent également au Belvédère :

Mère ou mort, que dit votre oeil ? Un jour, un copain grec, m'a raconté qu'une oreille grecque était incapable de faire la différence entre père et peur.

Quant à cet Enlacement... je ne sais pas si personne a jamais peint ainsi le corps de l'homme, en réussissant à charger ce corps d'autant d'érotisme et de morbidité en même temps. Dans une autre version, c'est d'ailleurs la mort qui enlace la femme.

Et puis, il y a cette Famille... sans commentaire. Un des plus grands dégénérés, Schiele, à coup sûr, mais aussi, pour moi, simplement un des plus grands de mon Panthéon pictural.

Si bien que, dès le lendemain, nous filâmes au Musée Léopold où l'on peut voir une superbe expo permanente sur les arts fin XIXe-début XXe, quelques Klimt de plus donc, une salle entière de fac simile de dessins de Schiele, et quelques chefs-d'oeuvre supplémentaires du même comme cet autoportrait.

Ce nu :

et surtout ces deux ermites... encore une fois scotché ! Dégénéré, je vous dis !!!

mercredi 25 mars 2009

Otto Wagner (Vienne n° 2)

À Vienne, il y a le beau gars de l'Ephesus museum, des cafés où l'on sert des Sachertorte et autres Apfelstrudel, dont quiconque a feuilleté mes livres se doutera qu'ils ne m'ont pas laissé indifférents, surtout quand on les accompagne d'un café mêlé de chocolat, arrosé d'alcool et surmonté d'une respectable dose de chantilly, surtout quand dans un coin de la salle, jouent une pianiste et deux violonistes... Vienne, quoi !

À Vienne il y a aussi des Schiele et des Klimt, on en reparlera, du baroque et du néo-classique en pagaille. Et puis à Vienne, au fil des promenades, des déambulations, il y a aussi les bâtiments de cet architecte de génie qu'était Otto Wagner.

Dans cette capitale d'un Empire austro-hongrois qui ne sait pas qu'il va mourir bientôt, où règne une gérontocratie qui considère de haut et de loin les gamins de moins de soixante ans (merci à Stéphane, mon kiné, de m'avoir fait emporter là-bas Le Monde d'hier de Stéphane Zweig qui décrit et explique si bien tout cela), des gamins de quarante comme Otto Wagner inventent autour des années 1880 un Jugendstil, qui rompt avec l'historicisme, les pompes et l'académisme de l'art officiel puis, en 1897, ils font Sécession.

De cette Sécession viennoise, en architecture, Wagner est incontestablement la figure de proue, même si c'est un de ses collaborateurs, Josef Maria Olbrich, qui construit le Pavillon de la Sécession, à la fois manifeste du mouvement et lieu d'exposition pour les artistes qui ont quitté le confortable giron de l'art officiel.

Voici quelques images de cette Sécession architecturale, prises au cours de nos déambulations...

Voici d'abord un superbe immeuble avec deux détails de la façade et de la figure d'angle du toit :

L'immeuble voisin est aussi de lui :

La station de métro qui dessert Schönbrünn et qu'il a construite gratuitement pour faire sa pub auprès de François-Joseph :

Et la station de métro de Karlplatz qui est également de lui :

Alors que le pavillon de la Sécession, Karlplatz également, est de Josef Maria Olbrich :

Wagner est aussi l'architecte, décorateur, designer de cet ensemble unique, à mon avis, en matière de bâtiment abritant un service public, qu'est la poste centrale de Vienne :

Et puis pour finir, cette extraordinaire église, Kirsche am Steinhof, au sommet d'un parc dominant Schönbrünn et Vienne, où sont installés les nombreux pavillons (dont il a construit certains, ainsi que le mobilier urbain) de l'hôpital psychiatrique de cette Vienne de la Sécession dans laquelle le docteur Freud inventait à la même époque la psychanalyse...

samedi 21 mars 2009

Repassage et Adjani

Mon homme n'ayant plus une chemise à se mettre, j'ai entamé avant-hier soir un grand cycle repassage. Et hier soir, en repassant, j'ai regardé Arte, qui diffusait un étonnamment juste et politiquement incorrect téléfilm, La Journée de la jupe qui, semble-t-il a battu tous les records d'audience de la chaîne et réuni 2,2 millions de téléspectateurs.

Naturellement, la si rare et si exceptionnelle Isabelle Adjani était plus que parfaite. Quant au suspense, il était plutôt bien construit et conduit, malgré quelques moments de patinage.

Mais ce qui est exceptionnel, par rapport à la production télévisuelle et d'ailleurs littéraire française, c'est bien le sujet - servi de manière si convaincante par cette prof qui pète les plombs à force d'avoir été humiliée, malmenée, insultée dans ce qu'elle est : une femme qui a droit à sa liberté, à sa dignité, à sa... jupe ; dans ce à quoi elle croit : la littérature, le savoir émancipateur, la valeur de l'enseignement, la laïcité, l'humanisme.

Face à elle, ce que M. Chevènement appelait naguère avec tant de raison des sauvageons, qui entre-temps ont eu tendance à virer aux sauvages sans on. C'est-à-dire des êtres humains dont l'école de la République, de capitulation en capitulation, de lâcheté en lâcheté, a fait de méchants imbéciles qui ne voient pas plus loin que le bout de leur religion, de leurs préjugés, de leurs instincts de domination, de leur violence et de leur connerie.

Défaite des Lumières, défaite de l'école, défaite de la République.

Ce téléfilm est une pépite parce qu'il montre ce qui est ; ce que j'ai vu moi-même, il y a déjà presque dix ans au collège Maurice Utrillo dans le XVIIIe arrondissement de Paris - la différence entre Adjani et moi, c'est que je n'ai pas tenu le choc, mon corps m'a jeté dans la maladie et presque dans la mort pour éviter d'avoir à affronter chaque jour un cauchemar face auquel les enseignants sont devenus impuissants.

Ce que montre parfaitement ce téléfilm, c'est le drame humain de ces profs-là qui n'ont que deux solutions - quand leur corps refuse de leur donner la possibilité d'échapper dans la maladie comme l'a fait le mien :

- s'accrocher à ce qu'ils croient de tout leur être et défendre bec et ongle la culture qui libère, lutter jusqu'à perdre leur santé mentale contre la barbarie, contre le ré-asservissement de la femme, contre l'homophobie (car, comme d'habitude et, naturellement, ces deux combats-là vont ensemble, car comme d'habitude la volonté de chosifier la femme s'accompagne de la haine du "gros pédé", de "l'enculé" qu'on a laissé fleurir dans les cours d'école !) ;

- ou bien tolérer l'intolérable. Pire : composer avec, chercher à le justifier au nom du relativisme, au nom du respect de soi-disant identités ; oublier que la tolérance et le respect réclamés par la barbarie conduisent la liberté au tombeau. Oublier cette phrase fondamentale de Louis Veuillot, grand polémiste catholique du XIXe siècle, que j'ai placée en épigraphe de la troisième partie de ma Quatrième Révélation : "Quand je suis le plus faible, je vous demande la liberté parce que tel est votre principe. Mais quand je suis le plus fort, je vous l'ôte parce que tel est le mien". Collaborer avec la barbarie.

Ce que montre aussi ce film, avec une vérité stupéfiante, c'est la lâcheté de la hiérarchie, celle du principal qui étouffe tout, parce que sa carrière dépend de l'absence de vagues, de sa capacité à étouffer pour que, surtout, ni au rectorat ni au ministère on n'entende jamais parler de son collège.

Une seule faute de goût dans ce téléfilm : au lieu de faire un cours sur Molière, en tenant ses sauvage-ons en respect avec son calibre, Adjani aurait dû faire un cours sur La Princesse de Clèves. Car l'état catastrophique actuel de l'école a pour cause, à mes yeux, l'alliance de deux forces :

- la démagogie du relativisme, la veulerie de tant de professeurs qui ont accepté au fil des années, par conviction ou par contrainte du consensus ambiant, de substituer l'étude des bandes dessinées à celle de la littérature, la soi-disant pédagogie aux savoirs, le contenant au contenu, le jeu et la facilité à la discipline et à l'effort ;

- le libéralisme économique qui n'a nul besoin de citoyens éduqués connaissant Molière ou La Princesse de Clèves, mais de consommateurs et de travailleurs qui ne pensent pas, qui ne lisent pas, qui se contentent de regarder TF1 et de satisfaire leurs besoins, leurs instincts.

Dans ce monde-là, la loi, la règle, n'est plus librement consentie et intégrée par tous comme la condition d'une vie en société, la garantie du faible contre la violence du fort, celle du rouge-gorge contre l'épervier écrivait Hésiode huit siècles avant notre ère. La loi, la règle, c'est le dernier garde-fou, la punition, la prison, ce qui doit maintenir - de force - les sauvage-ons qu'on a consciemment refusé d'éduquer, dans le rôle de producteur précaire réclamé par Mme Parizot et de consommateur sans conscience politique exigé par les télés Coca-Cola.

C'est pourquoi le mépris du président de la République pour La Princesse de Clèves ou les chercheurs, la vulgarité d'expression et la fascination des Rolex qu'il partage précisément avec ces sauvage-ons, la démagogie des syndicats enseignants, le tout-répressif de Melle Dati et de son patron, l'absence totale de réflexion sur ce que devrait être la réforme radicale du système d'éducation dont sont redevables les sauvage-ons (car il ne s'agit pas de ne pas réduire les postes : le système actuel c'est le tonneau des Danaïdes ; il faut concevoir un système d'éducation spécifique pour répondre sérieusement au problème spécifique de barbarisation que ce téléfilm dépeint parfaitement), sont les différentes facettes d'un même problème.

vendredi 20 mars 2009

Un beau gars (Vienne n° 1)

Dans la Neue Hofburg, est installé un musée des fouilles autrichiennes d'Éphèse. Petit, le musée ; le produit reste aujourd'hui sur place. On peut y voir un impressionnant ensemble de sculptures appartenant à un monument à la gloire des victoires de l'empereur Lucius Verus sur les Parthes. Impressionnant, mais très... romain.

On peut y voir surtout une pure merveille de la statuaire grecque, copie romaine en bronze d'un original du IVe siècle avant notre ère, probablement dû à Lysippe. Il s'agit d'un athlète après l'exercice, il tenait dans sa main droite un strigile et, avant de passer aux bains, commençait sa toilette en raclant sur son bras gauche la couche d'huile et de poussière dont les garçons s'enduisaient à leur arrivée à la palestre.

Le plus étonnant, c'est que cette merveille fut découverte en 234 morceaux : joli puzzle, non ? mais quand en plus c'est pour ressusciter un aussi beau gars, on se dit que l'archéologie est une discipline formidable. Même si d'aucun, je n'en doute pas, doivent préférer les Rolex et ranger les déterreurs de vieilleries dans le même placard à balai que les lecteurs de La Princesse de Clèves...

Voilà donc mon beau gars du jour !

Mais tout à coup je m'aperçois, en lisant ce billet, que ce bronze est une copie du même original que celui de Croatie, dit l'Apoxiomen, dont Alain Pallier m'avait envoyé la photo l'automne dernier et à qui j'avais consacré un billet le 1er novembre...

Pas une crevette, le mec !

Allez, et juste pour le plaisir, une tête de mon dieu tutélaire, celui de La Quatrième Révélation, qui a perdu une aile entre les rives de l'Égée et celles du Danube ; et puis une superbe tête classique-sévère d'Artémis, la chasseresse, la lunaire, la jumelle d'Apollon qui fit dévorer Actéon - après l'avoir transformé en cerf - par ses propres chiens, parce qu'il l'avait vue nue, au bain...