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« Humeur : Se réjouir quand elle sort, et s’étonner que le corps humain puisse en contenir de si grandes quantités. » Le Dictionnaire des idées reçues de Gustave Flaubert est un pur chef-d’œuvre et l’on jouit à coup sûr dès qu’on le rouvre. Jamais déçu !
Or donc, mon corps (et mon esprit) contenant de si grandes quantités d’humeurs (généralement malignes), je me suis dit que crever de temps en temps les furoncles où elles s’accumulent me procurerait un ineffable soulagement – précieux à mon équilibre général et donc à mon travail. Mais qu’on ne s’attende pas à trouver ici des humeurs subtiles : nulle objectivité, nulle périodicité ; que de la mauvaise foi erratique, de la polémique jaculatoire.
Un modèle ? le Bloc-notes de Mauriac bien sûr, relevant le 14 novembre 1953, à propos du président du Conseil Joseph Laniel, qu’« il y a du lingot dans cet homme-là », ou le 22 novembre 1954 qu’« il existe une haine singulière, chez nous, contre la prééminence de l’esprit ».


Une tête de Turc ? Sarkozy, bien sûr ; parce qu’il y a aussi du lingot dans cet homme-là, et qu’il incarne si bien, aujourd’hui, la haine de l’esprit. Une haine qui, jointe à son talent pour la manipulation des émotions, à l’absence de maîtrise de soi et au mépris du peuple, à sa pratique du bon plaisir et à son cléricalisme, attentatoire aux principes fondateurs de notre pacte républicain, constitue le plus grand danger que la France et la République aient eu à affronter depuis Pétain et la guerre d’Algérie. Il convient donc d’entrer en Résistance. Jusqu’à ce qu’il parte !

jeudi 26 juin 2008

Pacsés... sur le trottoir

Gérard et Bernard avaient décidé de se pacser le jour, ou le lendemain du jour où Caligula allait se pavaner devant les associations de handicapés – après avoir taxé ces mêmes handis, comme tous les malades chroniques, avec sa franchise médicale. Car ce système, grossièrement injuste, prélève le maximum prélevable chaque année sur les revenus des gens qui ont besoin de soins, ou qui crèvent : handicapés, cancéreux, diabétiques, séropos, etc., fussent-ils humbles, alors qu’il ne prélève rien sur les bien-portants, fussent-ils les plus riches : c’est ce que Caligula et Bachelot appellent la solidarité. Quelques jours avant que le même Caligula ne fasse annoncer par d’autres que les malades pris en charge à 100 %, ne seront plus remboursés de leurs traitements à 100 %. C’est-à-dire – traduction en français – que les mutuelles devront payer une part de ces 100 %, donc augmenter leurs cotisations, donc exclure un encore plus grand nombre de gens de l’accès aux soins.

Un grand pas de plus vers la privatisation de la Sécu, bien sûr. Les assureurs en ont tellement marre de ce système archaïque qui les empêche de faire des profits sur le malheur. Attention, ce Gouvernement n’est pas loin de commencer à tuer !

Mais revenons à nos pacsés. Gérard et Bernard se connaissent depuis aussi longtemps que Frédéric et moi… bientôt un quart de siècle. Gérard est ce garçon qui m’a écrit le plus beau papier qu’on puisse écrire sur ''L’Or d’Alexandre'', ce garçon qui m’a dit, au téléphone, que ce livre lui avait donné ses plus beaux moments depuis quatre ans que sa vie a basculé dans le handicap à cause d’un syndrome de Guillain Barret particulièrement sévère. Un syndrome littéraire dans son cas – c’est dangereux, la littérature, on ne le répétera jamais assez –, puisqu’il l’a atteint alors qu’il était en train de lire le volume des Chroniques de San Francisco où ce même syndrome foudroie notre adorable Mouse.

Mais Mouse en sort indemne. Pas Gérard.

Gérard, lui, en a gardé un handicap lourd. Et Bernard est resté à son côté durant tout le long voyage qui l’a mené à la paralysie totale (il n’avait plus que les paupières qui bougeaient), au plus près des rives de l’Achéron. Gérard en est revenu, avec de la chance, grâce à une équipe médicale qui n’a pas lâché prise. Malgré certaines structures hospitalières qui lui ont infligé des traitements indignes d’un pays civilisé. Ah ! la rationalisation financière de la gestion hospitalière… quelles douleurs humaines scandaleuses inflige-t-elle chaque jour, des douleurs dont se foutent Caligula, Bachelot et tous les contrôleurs de gestion. Gérard en est revenu grâce à l’amour de Bernard qui n’a pas flanché. Grâce à sa propre volonté de vivre. Ce fut un long voyage, parsemé d’embûches, de pas en avant et de retours en arrière.

Nous nous sommes rencontrés, tous les trois, à la mi-mai, au salon de La Gaude (voir mon post), et cette rencontre a été un moment rare, dans la vie d’un écrivain et dans la vie d’un homme. Peut-être ce qui m’a le plus ému, ce jour-là, c’est ce qu’ils m’ont raconté sur leur couple, pendant l’épreuve, après, et comment ils s’étaient retrouvés dans ce que j’avais écrit là-dessus à propos de Philippe et Stéphane, dans L’Or.

À La Gaude, Gérard avait voulu venir debout, parce qu’à force d’entêtement, il s’est émancipé de sa « tatamobile ». Et puis, quelques jours plus tard, il s’est cassé le pied. Retour au fauteuil. Cruel. Patience obligée. Qui n’enragerait à sa place de devoir attendre la consolidation pour retrouver la verticalité et la marge de mobilité qu’il a eu tant de mal à se reconquérir ?

Bref, ces deux-là, se rendent au tribunal d’Antibes, le matin du… vendredi 13 juin. Heureux comme quand on part se pacser, puisqu’on n’a toujours pas le droit, dans ce foutu pays, de se marier. Vous remarquez comme l’UMP vous dit que la France doit tenir compte des exemples étrangers lorsqu’il s’agit de précariser les salariés et de démanteler l’État providence. Mais que l’exemple étranger ne vaut rien lorsqu’il s’agit d’accorder l’égalité des droits aux gouines et aux pédés !

Ils vont pour se pacser et ils se retrouvent face à un escalier. Problème.

Ni vous ni moi ne pouvez penser qu’en 2008, un tribunal du beau pays de France est inaccessible à un fauteuil de handicapé. Ni vous ni moi ne pouvez penser que Melle Dati, qui pose en Dior dans Match, enferme tout le monde et n’importe qui, qui traficote ses CV, qui n’en a cure du principe de non-rétroactivité de la loi pénale fondateur de toute démocratie, qui n’est nullement scandalisée qu’en France, au XXIe siècle, on casse un mariage pour mensonge de l’épousée sur sa virginité, ni vous ni moi ne pouvez penser que cette garde des Sceaux-là ne se s’est pas assurée, ni aucun de ces prédécesseurs avant elle, que tous les tribunaux d’une République dont la devise comporte le mot « égalité » soient accessibles aux fauteuils roulants.

Et on imagine que Melle Dati trouverait le moyen de provoquer la lévitation dudit fauteuil si celui qui y est assis était un dangereux récidiviste, un violeur d’enfant ou un quelconque sans papier. Mais un mec qui vient se pacser…

Quant à la ville d’Antibes, au Conseil général, au Conseil régional… sans doute sont-ils bien trop pauvres pour faire cadeau au tribunal d’Antibes d’un plan incliné quelconque, fixe ou amovible, qui permette à tous les citoyens de l’endroit d’avoir un égal accès à la justice de son pays.

C’est la seule explication que je vois, puisque Gérard est resté sur le trottoir, pendant que Bernard partait à l’intérieur, à la recherche d’une solution. Ça c’est sa photo à ce moment-là, et l’on n'a aucun mal à imaginer son état d’esprit.

– J’ai failli réagir comme ton Philippe quand il se retrouve en bas l’escalier du musée, m’a dit Gérard au téléphone. « Une demi-heure plus tard, nous arrivons devant le musée, une ancienne école de pierre grise à la façade percée de quatre hautes fenêtres protégées par des grilles, de part et d’autre de la porte surmontée d’un drapeau grec. La porte… On ne peut imaginer, tant qu’on n’a pas vécu de près le handicap, combien de fois par jour, pour traverser une rue ou passer entre les tapis de caisse d’une supérette, un fauteuil et son occupant sont confrontés à d’infranchissables obstacles. Avec Malika, nous les faisons survoler à Philippe, comme à Venise et comme Aladin sur son tapis volant. Mais lui et moi nous savons aussi que, sans elle, en bas d’un escalier comme celui qui mène à cette porte-là, je suis impuissant – et moi, je sais exactement comment il va réagir. – Attends ! je vais voir à l’intérieur si quelqu’un peut m’aider. Inutile. Furibard, il file déjà vers la place au platane à une allure digne d’un médaillé d’or des jeux paralympiques. – Rien à foutre de ton musée ! » (L’Or d’Alexandre, p. 244)

Oui, mais là, on n’est pas dans un bled perdu de Grèce centrale, on est au tribunal d’Antibes, le 13 juin 2008 !!!

Comment tout cela se termina-t-il ? Par l’apparition d’une bonne fée. Une greffière qui arrivait au boulot. Qui se soucia de Gérard, qui prit les choses en mains, jusqu’à la signature du PACS de Gérard et Bernard… sur le trottoir, devant le tribunal d’Antibes. Il a changé de visage, notre Gérard, non ?

Comme quoi il ne faut jamais désespérer de l’humanité. Il est bien, naturellement, que cette jeune femme ait réagi ainsi, et qu’elle ait évité à Bernard et Gérard, par surcroît, la soupe à la grimace à laquelle nous avons eu droit, Frédéric et moi, lorsque nous nous sommes pacsés en 2000, devant une dame qui jugeait manifestement aussi scandaleux que dégoûtant qu’on nous ait autorisé cette monstruosité. Car le PACS c’est aussi cela : exposer des couples à l’arbitraire, les mettre dans la situation de voir un des jours les plus importants de leur vie entaché par l’homophobie ordinaire d’un gratte-papier quelconque.

Mais l’attitude de cette jeune femme ne change rien à l’affaire. Comme la charité ne supprime pas l’injustice ; elle ne fait qu’en réparer ponctuellement et partiellement les effets en mettant celui qu’on « aide » dans une situation d’infériorité, d’obligé. Ce qui est en cause, ici, c’est l’humiliation qu’on inflige à un citoyen de la République française, la flagrante rupture d’égalité qui fait que, sans la réparation ponctuelle due aux qualités humaines contingentes d’une personne qui aurait pu ne pas être de service ce jour-là, on nie sa dignité à celui qui est obligé de signer son PACS sur un trottoir.

Et ceci est bien sûr inacceptable, en France et en 2008.

Voilà pour ce dernier coup de gueule avant les vacances. Merci à tous ceux qui, depuis le début 2008, sont venus visiter ce site et lire ce blog. Merci d’abord à Régine qui les as créés, qui les fait vivre, qui m’a donné les moyens techniques de m’exprimer ici.

Demain, je pars pour le Festival du Livre de Nice d’où je rentre dimanche soir… avant de repartir lundi matin pour Athènes, Kos et Nisyros, l’île du Plongeon où nous venons, Frédéric et moi, de nous acheter un ermitage.

Au programme : l’installation et le farniente, qui n’est pas ne rien faire ; la mer et le soleil, Poséidon et Apollon, pour retrouver les énergies ; les balades et les émanations de soufre du volcan qui soigneront nos poumons et nos corps encrassés par la pollution parisienne… et puis l’écriture de mon prochain roman que j’espère avoir bien entamé à mon retour fin août. Frédéric, lui, rentrera avant.

Il y a un café Internet, maintenant à Mandraki, avec une connexion ADSL, et j’ai le wi-fi sur mon nouveau portable. Je posterai peut-être quelques articles estivaux. Mais ce blog risque malgré tout de sommeiller un peu d’ici à mon retour.

Bel été à tous et à chacun !

jeudi 19 juin 2008

Pour une fois, ce n'est pas moi qui le dis !

C'est un groupe de généraux et d'officiers généraux des trois armes... mais c'est exactement ce que je pense : amateurisme, approximation, incohérence, tout y est, et c'est manifestement la devise du quinquennat, qu'il s'agisse de l'audiovisuel public ou de la politique étrangère, de la défense ou de la culture.

Il n'y a décidément que dans le démontage systématique de l'Etat providence qui jette chaque jour un peu plus d'humbles, actifs ou retraités, salariés ou chômeurs, fonctionnaires sous payés ou malades chroniques taxés par la sinistre franchise médicale, que l'action gouvernementale soit autre chose qu'amateurisme, approximation et inconséquence.

"Le modèle d'analyse présenté par le livre blanc est à notre sens déficient et, davantage, marqué par un certain amateurisme. Le livre blanc souffre en effet d'une quadruple incohérence.

Incohérence, tout d'abord, par rapport à l'évolution générale des crises et des réponses généralement adoptées dans le monde. Alors que les crises se multiplient et se superposent sans se résoudre, l'Europe en général et la France en particulier diminuent leur effort de défense au moment même où chacun les augmente (les dépenses militaires mondiales ont progressé de 45 % en dix ans). On ne peut certes nier la crise budgétaire. Au moins devrait-elle donner lieu à une analyse «priorisante» des arbitrages, entre la défense et les autres budgets, et à l'intérieur du budget de la défense. Le livre blanc n'en fournit pas l'armature conceptuelle, puisqu'au titre des menaces il retient à la fois l'attentat terroriste, la guerre de haute intensité, le désordre dans le tiers-monde et la pandémie grippale.

Incohérence, ensuite, par rapport à l'évolution de la «conflictualité», le paradigme de la «guerre industrielle» (entre arsenaux étatiques) ayant été remplacé par celui de la «guerre bâtarde», le plus souvent «au sein des populations». Ce dernier exige à la fois des forces terrestres plus nombreuses, une capacité de projection aérienne et navale plus affirmée, une réorientation des programmes en conséquence. Ces choix ont été faits par les Britanniques voici plus de cinq ans. Nous en sommes, nous, à la diminution des effectifs de l'armée de terre et au «report» de la décision de construire le deuxième porte-avions, qui signe une rupture capacitaire majeure. Notre incapacité à sortir de la «réduction homothétique», faute d'une véritable analyse que le livre blanc ne fournit pas, conduit le modèle 2008 à n'être que la version dégradée du modèle 1996, lui-même version amoindrie du modèle 1989. Autant dire qu'aucun choix sérieux, hors celui, purement budgétaire, d'une réduction proportionnelle, n'aura été fait depuis vingt ans. Sous ce rapport, la nouvelle orientation en faveur du satellitaire ou la création d'un «commandement interarmées de l'espace» font figure de gadgets, lorsqu'on connaît les besoins réels et actuels des armées. Non que de telles mesures soient en elles-mêmes absurdes. Mais elles ne pourraient valoir que si elles procédaient d'une véritable analyse doctrinale et pratique de la «conflictualité», fondée sur les exemples nombreux que présente l'actualité, du Proche-Orient à l'Asie centrale. Cette analyse est absente du livre blanc. Les «avancées» qu'il présente (satellites, etc.) ressemblent à des lubies parce qu'elles ne sont pas sérieusement argumentées en termes d'arbitrage (alors qu'on voit les intérêts industriels qu'elles servent). Une réduction prévisible et sans imagination du format des armées, à peine compensée par d'hypothétiques innovations technologiques et organisationnelles : il y a comme une imposture à présenter ces résultats comme un progrès dans l'efficacité de l'instrument militaire.

Incohérence, en troisième lieu, par rapport à la volonté politique affichée à juste titre par le chef de l'État. Nous revenons dans l'Otan, avec une capacité militaire affaiblie, et tout en y revendiquant des postes de commandement. Nous prétendons faire de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) un dossier majeur du renforcement de la défense européenne sous présidence française, et nous baissons la garde au moment où nous souhaitons entraîner nos partenaires vers un renforcement de la défense européenne. Mais surtout, nous abandonnons aux Britanniques le leadership militaire européen, alors que nous connaissons la nature particulière de leurs relations avec les États-Unis. La France jouera désormais dans la division de l'Italie. Il est inutile de se payer de mots.

Incohérence, en quatrième lieu, par rapport à la seule certitude que nous ayons : celle de nous engager vingt fois en Afrique dans les années qui viennent, pour y éviter des catastrophes humanitaires ou assurer l'évacuation de nos ressortissants. Si nous pouvons le faire aujourd'hui, c'est parce que notre réseau de bases nous confère une efficacité d'autant plus unique que l'ensemble des pays africains refuse le déploiement de l'US african command (commandement américain en Afrique) sur le sol africain. Pour gagner, et ceci est révélateur de la méthode retenue, 3 000 postes budgétaires, nous affaiblissons de manière définitive notre positionnement, avec ce paradoxe que nos abandons vont conduire mécaniquement à un accroissement du nombre de crises que nous ne pourrons plus prévenir et dans lesquelles nous ne pourrons intervenir qu'à un coût incomparablement plus élevé. En contrepartie, les structures administratives intermédiaires des états-majors n'ont pas été touchées par l'exercice RGPP, alors qu'elles représentaient un gisement d'économies d'au moins le double. Quant aux «bases de défense», il ne s'agira, faute de crédits budgétaires pour de vrais investissements d'infrastructure, que de circonscriptions administratives de mutualisation de certaines dépenses mineures (habillement, restauration, etc.), entraînant simplement la création d'un maillage administratif supplémentaire. La mise en regard de ces deux éléments permet de mesurer le caractère de trompe-l'œil des mesures présentées ces jours-ci."

lundi 16 juin 2008

Vive l'Europe !

La dernière invention des oligarques qui n'acceptent pas plus le non du peuple irlandais que les précédents non des peuples français, néerlandais, irlandais déjà, danois... et de tous ceux qui auraient dit non si on les avait consultés ?

Une directive permettant aux patrons de faire travailler leurs employés... 68 heures par semaine !

Comme ils disent : l'Europe c'est le progrès !!!

samedi 14 juin 2008

Incohérence quand tu nous tiens ! et un grand merci aux Irlandais !

Je n’imaginais pas, il y a trois jours, en écrivant le billet sur le Liban, que Caligula me donnerait si vite raison. Incroyable gribouille : voilà moins d’un an, on dit qu’on ne parlera plus à la Syrie, à ce régime d’assassins, qu’il faut traduire ses responsables en justice.

Et puis hop ! maintenant, on invite Bachar sur les Champs-Élysées le 14 juillet ! Mais quelle incohérence !! et comment, entre ces perpétuelles volte-face, la parole de la France peut-elle avoir la moindre crédibilité ? Le piteux Kouchner adopte un profil bas et avale la couleuvre, le lamentable Lang encense Caligula et ses imprévissibles sautes d’humeur… Tout est donc en ordre, pour produire quoi ? une diplomatie ???

Refuser de parler avec la Syrie il y a un an était irresponsable ; inviter Assad aujourd’hui est indigne. Décidément, il manque à Caligula au moins trois choses pour faire un président de la République française, ce que, je le crains, il ne sera jamais : la culture qui permet de former le jugement et de déterminer une politique, le sens de la mesure et la persévérance.

Je voulais par ailleurs dire ma joie du non irlandais au référendum sur le traité de Lisbonne, et dire merci au peuple Irlandais qui a ainsi vengé le peuple français de l’outrage que lui a infligé sa nomenklatura politique.

Voici trois ans, au terme du débat politique le plus exemplaire de ces dernières années, au terme d’un exercice démocratique remarquable qui a agité le peuple dans ses profondeurs, qui a conduit à des records de vente de livres sur l’Europe et le texte qui était proposé à nos suffrages, le peuple français, souverain, avec un taux de participation remarquable, avait dit non au projet que défendait la quasi totalité de ces nomenklaturas (qui contrairement au vocabulaire commun ne sont pas des élites) politique, médiatique et économique.

Or, moins de trois ans après, ce que le peuple souverain a refusé d’avaler, on le lui a administré par lavement parlementaire. Car le traité de Lisbonne ne change rien à l’esprit du texte que nous avions massivement repoussé. La ratification parlementaire était légale. Elle est illégitime : ce que le peuple a dénoué, seul le peuple aurait dû pouvoir le renouer. Cette forfaiture légale n’a été possible que par la lâcheté des parlementaires socialistes qui, pour ou contre le texte, auraient dû s’opposer comme un seul homme à ce déni de démocratie qui consistait à contourner la décision du peuple souverain. Ils ne l’ont pas fait et se sont déshonorés. Il est déjà arrivé dans l’histoire, en 1940 par exemple, que des assemblées ne soient pas à la hauteur de leurs responsabilités.

Eh bien ce que nos parlementaires n’ont pas eu le courage de faire, le peuple irlandais l’a fait. Merci !

Un fait est incontournable dans tout ceci, c’est que ce qu’il est convenu d’appeler la construction européenne se fait depuis au moins une décennie contre la volonté des peuples. Ceux que l’on consulte répondent régulièrement non. Les autres sont requis de se taire.

Pourquoi ? pour de multiples raisons et je ne suis pas forcément d’accord avec certaines de celles qui ont conduit les Irlandais à dire non avant-hier. Mais la vraie raison, la plus profonde c’est que l’actuelle construction européenne, depuis Schuman et Jean Monnet, est une construction de nature oligarchique qui vise à vider de leur contenu les démocraties nationales sans créer de démocratie européenne, parce qu’il ne peut y avoir, aujourd’hui (dans cent ans on verra) de nation européenne et que la nation est le seul cadre qui permet le projet et le débat politiques, l'exercice véritable de la démocratie.

Toute l’histoire de la construction européenne, et la BCE créée par le catastrophique traité de Maastricht en est la caricature, vise à imposer, par un appareil technocratique et le niveau supranational, ce que les gouvernements nationaux ne pourraient faire avaler à leur peuple. Parce que les oligarchies européennes sont persuadées de savoir, mieux que les peuples, ce qui est bon pour eux. Là est toute la philosophie de l’entreprise la plus antidémocratique du XXe siècle… après les totalitarismes fascisto-nazi et communiste.

Ainsi l’Europe aura-t-elle été le cheval de Troie de la déréglémentation et du libre-échange généralisés qui contiennent en eux les déficits des comptes sociaux, la précarisation de couches de plus en plus larges de la société, le démantèlement des États providence et les famines de demain. Au lieu de concevoir la politique de transports ferroviaires à l’échelle continentale dont nous avons besoin, elle a imposé le tout routier, organisé la privatisation des compagnies nationales. Il est vrai que l’exemple britannique était tellement concluant !

Au lieu de préparer un monde de l’après-pétrole, elle a imposé la privatisation des monopoles nationaux de l’énergie qui donnaient aux États la possibilité de mettre en place des politiques énergétiques déterminées par l’intérêt général plutôt que par le profit à court terme. Au lieu de s’occuper de tenter d’élever le niveau de la protection sociale partout en Europe, elle a privilégié la libre circulation des capitaux et généralisé une concurrence qui poussent les salaires à la baisse et exerce des pressions de plus en plus insupportables sur les systèmes de Sécurité sociale et de retraite par répartition. Afin de pouvoir, à terme, ouvrir au privé ces deux champs de profits potentiels énormes pour les sociétés d’assurance.

Aujourd’hui, elle empêche de faire du déficit si cela est nécessaire pour soutenir la croissance, de dévaluer la monnaie, comme les Etats-Unis le font, si la conjoncture le rend souhaitable ou nécessaire, elle met à mort des secteurs entiers de l’économie, et jette dans le malheur des milliers de personnes, pour faire respecter les dogmes d’une théorie économique et monétaire révélée par on ne sait quel dieu, elle empêche de diminuer la TVA sur tel ou tel secteur pour répondre vite et fort à telle ou telle conjoncture. Elle paralyse les gouvernements, fragilise les humbles, décide de son empyrée, contre la volonté des peuples, ce qui est bon pour eux.

Aujourd’hui, alors que le spectre de la pauvreté menace de plus en plus d’Européens, sa priorité est d’obtenir la déréglementation… du secteur des jeux, afin que les pauvres surendettés, puissent perdre l’argent qu’ils n’ont pas sur Internet !!!

Aujourd’hui, les peuples estiment que l’intégration européenne leur a fait assez de mal. Nous n’avons pas besoin d’institutions parasites qui confisquent un peu plus la souveraineté populaire. D’un président et d’un ministre des Affaires étrangères alors qu’il n’y a rien à présider puisqu’il n’y a ni nation ni État européen, et qu’il ne peut pas y avoir de politique étrangère européenne. Nous n’avons pas besoin d’une Yougoslavie ou d’une Belgique étendues aux dimensions du continent. Nous avons besoin de plus de coopération entre des gouvernements démocratiques, souverains et responsables devant leur peuple.

C’est ce qu’ont dit avant-hier les Irlandais comme, avant eux, les Français, les Néerlandais ou les Danois.

Je n’ai aucune illusion. On ne les écoutera pas. On contournera leur décision comme on a contourné celle des Français, des Néerlandais et des Danois. Parce que nous ne vivons déjà plus en démocratie. Mais il étaient important, pour l’histoire, qu’une fois de plus ils le disent : Nous, le peuple, nous ne sommes pas d’accord avec l’avenir que d’autres ont décidé de nous imposer.

mercredi 11 juin 2008

Fiasco diplomatique et rideau de fumée

En politique étrangère, comme en toute autre chose, Sarkozy agit et réfléchit après. Depuis un an, sa politique étrangère, confiée à l’un des plus mauvais locataires du Quai d’Orsay (un des…, parce que le regretté Douste est, en la matière, indéboulonnable), se résume à une suite de foucades, de bévues et d’inconséquences.

Personne ne s’y trompe d’ailleurs à l’étranger, où tout le monde rigole, et la présidence de l’Union réserve sans doute à nos partenaires quelques bons fous rires supplémentaires.

Quel besoin avait-on, bien sûr, d’aller faire allégeance et de jouer les carpettes devant un Bush totalement démonétisé, en fin de course et que personne ne veut plus fréquenter ?

Pourquoi, alors qu’on dénonce à l’envi, et avec raison, l’irresponsabilité de la BCE et l’euro fort, ne s’est-on pas servi du non du peuple français pour exiger une renégociation des missions de la Banque centrale, en lui donnant des objectifs en matière de croissance, pas seulement d’inflation ? avant de signer un traité simplifié, qui n’est ni simplifié ni renégocié, qui a été imposé par un véritable coup d’État parlementaire contre la souveraineté populaire et qui sera, je l’espère, renvoyé demain aux oubliettes de l’histoire par le peuple irlandais.

Quant au tapis rouge scandaleusement déroulé devant les babouches khadafiennes l’hiver dernier, on a vu hier ce que l’on pouvait en attendre : une grossière torgnole du conducator libyen envoyée en pleine poire à notre Caligula, sur son ultra-fumeux projet d’Union méditerranéenne.

L’Union méditerranéenne !… la grande idée du règne. On ne fait pas plus méditerranéen que moi, mais qu’est-ce que c’est encore que ce machin ? Un truc, un gadget qui ne servira à rien qu’à dilapider l’argent public en casant des copains et en fournissant des sinécures aux dictateurs à la retraite.

Comme la francophonie.

Car de cette belle idée, on a fait une bureaucratie pompe à fric qui ne sert à rien qu’à rémunérer une pléthore d’inutiles et à organiser des sommets fastueux où l’on agite du vent.

Alors que, pendant ce temps-là, on a liquidé toute véritable diplomatie culturelle française. Poudre aux yeux ! Sarkozy va à Athènes pour proposer une « nouvelle alliance franco-grecque », mais dans le même temps où on chantait les louanges de la francophonie au cours de grand-messes aussi coûteuses qu’inutiles, on liquidait en silence le réseau des Instituts français qui avait fait de la Grèce un pays dont toutes les élites politiques, économiques, culturelles parlaient et/ou pensaient en français. Fini : aujourd’hui le français est non seulement détrôné, en Grèce, par l’anglais, mais aussi par l’allemand et l’italien – l’Allemagne et l’Italie ayant développé leurs institutions culturelles à mesure que nous démantelions les nôtres. Incroyable politique de gribouille qui consiste, pour des raisons d’économies immédiates (forcément, il faut bien financer les fastes francophones et, demain, la bureaucratie de la nouvelle Union méditerranéenne !), à sacrifier l’avenir.

Et on pourrait en dire autant de notre effacement en Pologne, en République tchèque, en Roumanie…

C’est comme, en matière de politique culturelle, le Louvre Lens ou Beaubourg Metz : on crée des éléphants blancs qui aspirent des budgets colossaux pour des effets minimaux et on prive du peu de moyens qu’ils avaient les gens qui œuvraient sur le terrain.

Mais le plus absurde, dans le voyage caligulesque du ouiquende dernier, fut sans doute l’escale libanaise. Le Liban est une réalité historique et politique dont la France se doit de garantir la pérennité. Mais le Liban tel qu’il est aujourd’hui est le résultat des innombrables bévues françaises commises entre 1918 et 1945. À commencer par la détermination des ses frontières.

Car les frontières du Liban, du Grand Liban, ont été dessinées par nous dans un seul but : diviser pour régner. Car au lieu de dessiner un Liban chrétien homogène, on décida de créer un Liban qui serait le plus étendu possible tout en restant à majorité chrétienne. C’est-à-dire que les frontières actuelles du Liban sont le résultat de la volonté française des années vingt d’enlever à la Syrie le plus possible de territoires, tout en gardant au Liban une majorité chrétienne.

La Syrie (avec quelque apparence de raison) n’a jamais accepté cette injustice qui lui fut faite par le pouvoir colonial sans que les populations fussent jamais consultées sur leur sort. Les équilibres démographiques ont changé mais les frontières sont restées. Chrétiens devenus minoritaires, territoire artificiel, absence de véritable conscience nationale, corruption généralisée, dont on oublie un peu vite que le martyr Hariri, grand ami de Chirac devant l’Éternel (c’est bien toujours son fils qui le loge, non ?), fut le champion toutes catégories, structures claniques plus que politiques… la situation libanaise est aussi complexe qu’instable.

Aussi quand, dans ce magasin de porcelaines, l’éléphant Sarkozy fit irruption il y a un an, il y commit, directement ou par Kouchner interposé, toutes les erreurs imaginables.

L’alignement sur Bush et sur Israël, ne pouvait déjà que nous priver, sur la scène proche-orientale en général, de l’audience que nous y avions depuis le général de Gaulle. La fanfaronnade irresponsable de Kouchner sur la guerre en Iran et la connerie sarkozyenne de refuser de parler avec la Syrie ont fini de nous priver de tout moyen d’action réel au Liban. Alliée par défaut de l’Iran, la Syrie refusera toujours, quel que soit son régime (parce que c'est la nature des choses, le poids de l'histoire et de la géographie), que le destin libanais se décide contre elle ou sans elle. Elle ne pouvait accepter cette double provocation. La politique Sarkouchnérienne impliquait donc, en elle-même, la déstabilisation du Liban à laquelle nous avons assisté.

Pour que la Syrie accepte enfin le Liban tel qu’il est, puisqu’il semble qu’on ne puisse (hélas !) discuter du sujet tabou que semble être devenu celui des frontières (quitte à créer dans les Balkans de nouveaux États aussi maffieux que privés de toute viabilité), c’est-à-dire pour que le Liban soit enfin stabilisé, tout le monde sait qu’il faudra en passer par Damas… et par Tel-Aviv. Tout le monde sait que le Liban est une pièce du puzzle régional, une contrepartie pour la Syrie, qu’il n’y aura donc pas de paix réelle au Liban avant que la Syrie n’ait obtenu d’Israël, c’est-à-dire des Américains, la restitution du Golan et son château d’eau. Dans ce contexte, le rôle de la France n’est pas d’aller rouler des mécaniques, ici ou ailleurs, il est de faciliter le dialogue israélo-syrien, et d’expliquer sans relâche aux Américains que la clé de la stabilité est là, et nulle part ailleurs. Refuser de parler à la Syrie et s’aligner sur Israël constitua donc une incroyable connerie qui privait automatiquement la France de toute influence dans le jeu libanais.

Et c’est ce qui est advenu.

Car, à cet égard, le voyage du ouiquende dernier ne fut qu’un pitoyable rideau de fumée destiné à masquer le plus lamentable fiasco diplomatique que la France ait connu dans la région depuis l’expédition de Suez, en 1956. Sarkozy peut parler d’Union méditerranéenne et aller se pavaner à Beyrouth avec toute la nomenklatura politique qui s’est complaisamment prêtée à son petit jeu, il n’a pas plus de crédibilité au Proche-Orient qu’ailleurs. L’absurde politique française conduite depuis un an, n’a eu qu’une conséquence : permettre à l’Arabie saoudite d’assurer son leadership dans le jeu libanais. Belle réussite en vérité. Car c’est bien par l’Arabie et grâce à la reprise (via la Turquie) d’un dialogue israélo-syrien sur le Golan que la dernière crise libanaise a été surmontée.

La France n’y est pour rien. Sarkozy lui a fait perdre la main au Liban et le show télévisé de Beyrouth n’y a rien changé.

mardi 3 juin 2008

La virginité devrait-elle être requise pour devenir Garde des Sceaux ?

C’est une interrogation qui me taraude, en regardant les premières questions au gouvernement cet après-midi, et en bouillant de colère à l’écoute des arguties de Melle Dati, prête à justifier les retours au pire obscurantisme juridico-patriarcal ! Ne se résolvant à faire appel d’une décision de justice aussi injustifiable en principe que tragique dans ses conséquences sur la partie de la population la plus sensible aux archaïsmes religieux et culturels les plus contraires à ce qui fonde un État de droit et cette égalité entre les sexes qu’on s’apprête pourtant à inscrire dans la Constitution. Mais ce gouvernement, il est vrai, n’en est pas à une incohérence près !

Voilà donc que Melle Dati pousse le cynisme, ou la bêtise, jusqu’à prétendre que cette exception de virginité justifiant la nullité d’un mariage a protégé une jeune fille victime d’un mariage forcé. Mais on rêve ! ou on cauchemarde !!! On ne doute pas que Mme Boutin (et la hiérarchie catholique si chère au coeur de notre souverain) se réjouisse(nt) de voir ainsi la virginité considérée comme une condition essentielle du consentement au mariage ; mais les autres ! quelle honte ! ne l’éprouvent-ils pas, les Kouchner, Amara, Hirsch, Pécresse, Kosciusko-Morizet, la honte qu’il y a à continuer à siéger dans pareil gouvernement ?

Il paraîtrait que c’est le président de la République qui a « convaincu » Melle Dati d’interjeter appel, hier, de cette décision scandaleuse. Une décision intervenue… début avril. À cause de son caractère inacceptable en principe ? Non bien sûr, sinon il n’aurait pas tant attendu ; seulement parce que notre Caligula a sans doute compris que la position de sa ministre était en train de lever une vague d’indignation dans l’opinion. C’est dire l’absence totale de cohérence de ce gouvernement de réactionnaires et d’irresponsables, de ce ramassis hétéroclite d’amateurs, d’incapables et d'apprentis-sorciers. Mais dans quel pays sommes-nous au juste, où il faut que le président sermonne sa créature pour la ramener au simple bon sens ?! Où il faudrait arguer, pour protéger les jeunes filles du mariage forcé, de leur « faute » antérieure audit mariage. Mais Melle Dati se rend-elle compte de la monstruosité de cet argument ?! des monstruosités auxquelles ce jugement ouvre la voie ?! Melle Dati, pendant qu’elle y est, n’envisagerait-elle pas de rétablir les lois de Vichy sur l’adultère ?

Voilà donc une péronnelle qui a menti sur ses titres universitaires avant d’accéder à LA fonction qui, entre toutes, dans la République, devrait requérir la plus scrupuleuse honnêteté ; voilà une ambitieuse dont l’ascension ne doit rien aux compétences ni à l’expérience, mais tout à la faveur du prince, ou plutôt de l’ex-épouse du prince ; voilà une jeune femme qui compense son défaut d’autorité naturelle par une caricature de l’autoritarisme de son patron, qui est incapable de garder ses collaborateurs et encore plus de diriger ou d’inspirer le respect au grand corps judiciaire à la tête duquel l’a placée Caligula ; voilà une parfaite représentante du bling-bling sarkozien qui s’affiche dans les magazines en top model habillée par des grands couturiers alors qu’elle a à gérer les prisons les plus scandaleusement médiévales d’Europe occidentale ; voilà une femme politique qui n’a ni le moindre sens de la décence, ni la compétence, qui s’attaque un jour à la non rétroactivité de la loi pénale, fondement de tout État de droit, qui se montre en dessous de tout dans le débat technique majeur que suppose une révision constitutionnelle, provoquant le mépris à peine voilé des députés et de leur président, et qui fait appel d’une décision tout en continuant à la justifier, non sur le principe, ce qui est le rôle du garde des Sceaux, mais sur des questions d’opportunité, c’est-à-dire avec des arguments totalement étrangers, justement, à ce qu’est le droit, comble de l’absurde pour un Garde des Sceaux !

Malaise ! Haut-le-cœur ! Nausée ! Révolte ! Je le dis tout net : Melle Dati me dégoûte !!!

mercredi 28 mai 2008

Agamemnon à l'Odéon ou, quand, grâce à Eschyle, on échappe de peu au py-re...

Je connaissais surtout d’Olivier Py sa nomination contestée à la tête de l’Odéon par le sinistre Donnedieu de Vabres, un des plus mauvais ministres de la Culture (à l’exception de l’actuelle qui bat sans aucun doute tous les records) et grand manifestant contre le PACS devant l’Éternel. Rappelons-nous que ce monstre d’honnêteté intellectuelle, étranger à tout hypocrisie mais qui ne l’est peut-être pas totalement à l’un des personnages de mon Or d’Alexandre, est allé s’afficher, sans que personne ne lui demande rien, dans une manifestation où l’on criait « les pédés au bûcher », juste pour manifester sa solidarité avec la partie la plus réactionnaire et la plus homophobe de son électorat : beurk !

Je connaissais aussi Monsieur Py pour son catholicisme revendiqué et pour son Paradis de tristesse, comble d’une littérature pédé que j’abhorre, mêlant la grandiloquence à l’éternel et chrétien motif de la tyrannie du plaisir qui ne mène nulle part sinon au désespoir. On baise à couilles rabattues, mais en se sentant coupable : c’est tellement mieux ! c’est tellement poétique ! Recyclage tellement éculé du vieux thème de la damnation, du malheur inéluctable qui attend tout pédé au coin du bois : rebeurk !

Je n’ai décidément rien de commun avec les Claudel de backroom.

Bref, si je suis allé voir Agamemnon, avec mon amie Chantal, jeudi dernier, c’est d'abord parce qu'elle m'avait proposé une place et pour entendre, une fois encore, le texte d’Eschyle qui reste pour moi, le plus grand des tragédiens de l’histoire de l’humanité. Une fois de plus, Nietzsche a raison.

Mais j’y allais avec la crainte d’être extrêmement déçu.

Une déception qui ne fut que partielle. Comme quoi le pire n'est jamais sûr mais qu'en l'attendant, on finit par être heureusement surpris.

D’abord, le dispositif scénique ne m'a ni gêné ni choqué. Il donne même à voir quelques belles images : celle de Clytemnestre déployant le tapis de pourpre qu’Agammenon, soucieux de ne point commettre l’hybris (la démesure, le seul « péché » mortel des Grecs), répugne à fouler par crainte que les dieux ne croient alors qu’il cherche à s’égaler à eux. L’homme grec est un homme, c’est là sa dignité éminente ; la sagesse est de comprendre sa condition humaine, l’éminente dignité qui y est attachée, mais aussi de ne point perturber gravement l’ordre du monde en se croyant autre chose que ce que l’on est. La scène du meurtre aussi, dans un cube qui pivote, éclairé par une lumière crue, est une image qu’on garde imprimée dans la rétine en sortant de l’Odéon.

Ensuite, la traduction de M. Py m’a semblé fidèle à l’esprit d’Eschyle, forte parfois, moderne dans sa langue. Et c’est bien. Si j’ai retraduit les textes d’Homère que j’ai mis en exergue de L’Or, c’est que celles d’Homère disponibles aujourd’hui sont bien trop châtrées par un XIXe siècle christiano-puritain qui gomme à dessein toute la rugosité, toute la verdeur, toute la vitalité de la langue homérique. Je comprends donc qu’Olivier Py ait éprouvé la même insatisfaction face aux textes français d’Eschyle.

Et puis j’ai trouvé l’idée excellente (ses mises en voix et en scène réussies) de nous permettre d’entendre le texte grec (surtitré), lorsque le chœur prend la parole. Le chœur est un personnage essentiel de tout le théâtre grec et lui est tellement consubstantiel que ce parti pris me paraît à la fois pleinement justifié et… jouissif. C’est beau le grec !

Je me souviens - c'était en 99, sur la route du retour, après mes deux années nisyriotes - d’une mise en scène des Perses, du même Eschyle, au théâtre antique d’Épidaure, dans laquelle le chœur avait fait l’objet d’un travail fabuleux. Rythmique et vraiment choral. La scansion, étrangère à la poésie française, est la poésie grecque. La poésie grecque ne connaît pas les rimes, elle ne connaît que le rythme. On avait l’impression de vagues de mots qui, parties de l’orchestra magique d’Épidaure, montaient comme une inexorable marée à l’assaut des gradins, dans une diction collective quasiment hypnotique. C’est une de mes plus grandes émotions de théâtre. Et ce soir-là, à coup sûr, Dionysos était assis parmi nous à Épidaure.

Olivier Py ne parvient pas à ce degré de maîtrise, de réussite, de suggestion, d’envoûtement. Mais on sent, on comprend, que, contrairement à tant de metteurs en scène français, il a réfléchi sur le chœur, il en donne son interprétation. Qui tient la route. Une partie est aussi chantée, sur une musique originale qui n’a rien d’extraordinaire. Mais qui ne nuit pas non plus au texte, même si elle est, à mon humble avis, inutile - superfétatoire plutôt. La musique est, en soi, dans les mots et les rythmes d’Eschyle. Il n’était nul besoin de lui en ajouter une autre.

Bon, voilà, pour le positif… auquel il faut rajouter l’ombre rouge d’Hiphigénie : là encore une belle image.

Et pour autant, on ne saurait qualifier cet Agamemnon de réussite.

Pourquoi ces costumes ? quelle en est la logique et la signification ? Et puis surtout pourquoi cette volonté de faire en permanence brailler un texte qui a la force d’être entendu sans être gueulé ? Du bruit ! qu’on doit subir à cause de ce jeu outré, en place des mots qu’on aurait dû s'appliquer à nous faire entendre. Du bruit qui nous assomme au lieu de mots qui nous pénètrent.

Pourtant Agamemnon (Philippe Girard) est bien là, grand et faible, héros qui doute. Homme. Alexandrea Scicluna vaticine comme il convient à Cassandre de vaticiner. Et Nada Stancar a, à coup sûr, la présence et la force de la meurtrière, la voix rauque qui sied à Clytemnestre. Même si Égisthe apparaît singulièrement insignifiant. Voire ridicule. Mais tous sont « tués » par un metteur en scène qui les fait hurler, surjouer jusqu’à en rendre le texte, parfois, inaudible. Jusqu’à ce que, à cet égard, on éprouve une espèce de soulagement lorsque tombe le dernier vers. « Péché » contre l’esprit.

Et puis il y a les gadgets parasites : pourquoi pleut-il de temps à autre sur Mycènes ? J’ai cherché à comprendre ce qui signifiait cette pluie, pourquoi elle s’arrêtait ou reprenait à tel et tel moment. Je n’ai pas découvert le moindre indice : la pluie tombe par intermittence sur Mycènes : voilà tout. Quant au poilu de 1918 qui rentre de Troie : grands dieux ! quelle originalité. J'magine qu'en 1968, cela passait pour de l'avant-gardisme. Aujourd'hui, c'est simplement bête. Un cheval quand on parle de celui de Troie… empilement de trucs et de machins qui ne servent à rien, qui ne participent d’aucune cohérence, d'aucune vision ni compréhension du texte, qui n’ont aucun sens.

Restent les absurdités grotesques devant lesquelles le spectateur a bien du mal à garder son calme et son sérieux : Calchas et son balluchon plein de bidoche sanguinolente déballée au devant de la scène ; une cuisinière tout aussi dégoulinante d'hémoglobine (celle où Atrée est censé avoir fait cuisiner les enfants de son frère, Thyeste, à qui il a fait manger, en banquet de réconciliation, sa progéniture : crime hors humanité d’où naît la malédiction des Atrides) balancée en travers du plateau. Où l’on retrouve le Py fasciné par l’imagerie morbide qui irrigue tout le catholicisme. Et puis, conneries entre les conneries : la DS noire du général de Gaulle qui ramène Agamemnon de Troie, un porte-voix rouge dont se sert le coryphée lors de sa dernière intervention. Sans doute M. Py a-t-il voulu par là « rendre hommage » au "rôle" de l’Odéon en mai 68…

Le miracle, en somme, c’est qu’Eschyle tire son épingle de ce brouillamini dans lequel le bon se mêle à l'exécrable. Qu’il résiste à trop de mauvais traitements et pas assez de bons. Qu’en sortant, on se dise que, malgré tout et en partie malgré Py, on n’a pas perdu sa soirée.

vendredi 23 mai 2008

Sur la côte qu'on dit d'azur...

Voici une semaine, j’étais sur le départ pour La Gaude (prononcer avec un o ouvert, comme les…, et non à la bourguignonne, avec un ô, comme les galettes de maïs bressanes de mon enfance), et je n’en ai pas encore écrit un mot.

Injustice ! car malgré l’azur qui manquait quelque peu sur la côte, nous avons été reçus comme des rois. Je ne dirai rien de l’hébergement que nous avait réservé le Maître Jacques de ce salon, Gilbert Lugara, du Panorama du livre. Rien, sinon, pour vous faire saliver, que nous avions une vue imprenable sur la Baie des Anges, un olivier (auprès duquel j’ai pu faire mes dévotions à Athéna), que nous sommes allés cueillir un citron pour en mettre une tranchette dans notre thé et que les fleurs d’oranger embaumaient !

Nous, en l’occurrence, c’est ma princesse byzantine et moi. Et ma princesse byzantine, c’est Marina Dédéyan , l’auteur de L’Aigle de Constantinople, que j’ai rencontrée (sur des passions communes… celle de la dignité humaine, notamment ; voir plus bas) aux Mots Doubs de Besançon, lors de la sortie de La Quatrième Révélation. Marina qui est devenue une amie au point qu’elle nous confie, à Frédéric et à moi, la garde du cochon d’Inde de son fils, nommée Miss Polémic : c’est dire l’étroitesse de nos liens ! C'est à elle aussi que je dois d'avoir rencontré Marc Menant, à Saint-Louis : tous sur Europe 1, samedi qui vient à 15h15 !

Gilbert est adorable, et l’équipe de bénévoles auquel il a su insuffler la passion est aussi efficace que chaleureuse. Comme à Saint-Louis pour Denise Fuentès, je veux redire ici combien, pour des auteurs comme moi, qui ont un lectorat (un lectorat qui s’élargit de livre en livre : merci à tous !) mais que la nomenklatura critique, dans sa quasi-totalité, ignore parce qu’il n’appartient, ni lui ni sa maison, au Milieu, doit aux salons, à la curiosité de leurs organisateurs, aux collectivités locales et aux amoureux des livres, bénévoles, qui donnent sans compter leur temps et leur énergie pour que, partout en France, le livre, les livres dans leur diversité, puissent rencontrer leur public. Dans une économie du livre de plus en plus marchandisée, c’est une chance incroyable que de permettre la rencontre entre des lecteurs en éveil, qui ne se contentent pas des conseils faisandés des médias, et des auteurs qu’ils ne connaîtraient pas autrement.

Bref, merci mille fois, Gilbert ! tout était parfait !

Et puis dès le samedi, m’attendait une merveilleuse surprise : la rencontre de Gérard et Bernard. Gérard est le garçon handi, qui voulut être archéologue, égyptologue lui, qui rencontra son Bernard la même année que moi mon Frédéric, qui, comme lui, sait un peu de copte, et qui a écrit le superbe papier du site handigay sur mon Or.

La rencontre de ces deux mecs fut pour moi bouleversante, riche, passionnante. De la volonté de chasser de sa vie celui qui vous aime lorsqu’on se retrouve handicapé à la préparation minutieuse du voyage à Amsterdam, de la sexualité au catholicisme familial qui voit dans le handicap une punition de l’homosexualité, Gérard se retrouve à ce point dans Philippe, et retrouve à ce point son Bernard dans Stéphane, que c’est pour moi profondément troublant.

Et puis nous avons pu passer du temps ensemble. Déjeuner. Et Gérard m’a raconté ; Bernard aussi. Moins. Le contrepoint du sourire qui apaise, de l’amour qui est resté fidèle, coûte que coûte, vaille que vaille. Qui a affronté simplement toutes les tempêtes parce qu’il aime son mec et que c’est l’évidence ! Une merveille de rencontre, je vous dis !!! Une merveille de rencontre que je dois à la rencontre initiale de Michel Robert… Quelle aventure humaine pour moi !

Avec en prime, puisque l’écrivain est avant tout un vampire, une moisson de fiches !

Pour le reste, le salon s’est fort bien passé. J’ai fait la connaissance du très sympathique Frédérick d’Onaglia qui, sur le stand, encadrait avec moi Marina : Marina et ses Dédé’s boys. On s’amuse aussi sur les salons, parfois, entre auteurs, en attendant nos lecteurs.

Mes copains niçois de l’association Polychromes m’ont enlevé deux soirées, pour deux dîners pleins d’amitié, d’échanges riches et de rires. Ils viennent de terminer un festival de film (avant que l’autre ne commence) qui fut un franc succès. Leur dynamisme joyeux, la variété de leurs activités, l’intelligence de leur conversation, leur enthousiasme à faire, montrent de quoi ce pays serait capable si ceux qui monopolisent le pouvoir, politique, économique ou médiatique, n’étaient pas si médiocres et si bornés dans la défense égoïste de leurs privilèges. Combien ce pays recèle de ressources, de générosité.

Le seul moment un peu hard de ce ouiquende fut celui de la table-ronde à laquelle j’étais convié, sur les tragédies de l’histoire. J’y ai parlé des spoliations des biens juifs bien sûr, mais il m’est revenu aussi une tâche plus difficile. En effet, parmi les tragédies que nous devions aborder, figurait le génocide arménien et, après une première intervention, pleine de nuances et de mesure, Marina Dédéyan dut partir prendre son avion... avant d’avoir pu répondre à sa contradictrice.

Car contradictrice il y eut. Pour qui il ne s’agissait pas de nier les massacres d’Arméniens mais, conformément à la variante la plus civilisée de la thèse turque, de les relativiser, de les « dégénocider » : en contestant leur ampleur (800.000 morts, assénés d’autorité, alors qu’il s’agit de la fourchette basse d’une estimation dont la limite haute est à 1.500.000), en usant d’arguments d’autorité pour discréditer d'emblée, sans laisser place au débat, les documents (certes discutés) les plus accablants, en niant absolument l’intentionnalité, et en faisant porter sur les Arméniens eux-mêmes, coupables de supposées trahisons vis-à-vis de l’Empire ottoman, la responsabilité de leurs malheurs.

En chevalier servant de ma princesse arménienne, il ne me restait plus qu’à partir à l’attaque. J'enfourchai donc mon blanc destrier. Je suis contre toutes les lois mémorielles – ce n’est pas à l’État de dire la Vérité en histoire. D’abord parce qu’il n’y a pas de vérité absolue en histoire. Mais il y a des erreurs. Ou des mensonges. J’ai donc repris point par point le discours que je venais d'entendre, défendu que le génocide dont furent victimes les Arméniens n'était pas un ensemble de massacres non coordonnés, résultat d'un quelconque malheur des temps - en quoi il se distingue radicalement des massacres d’Arméniens qui ont jalonné le XIXe siècle.

J’ai également essayé de montrer comment il prend logiquement place dans l’idéologie jeune-turque (puis kémaliste, Kémal terminant après guerre, en Cilicie et à Smyrne notamment, le sale boulot des Jeunes-Turcs), qui veut mettre fin à un Empire multinational pour créer un Empire turc, où les minorités (toutes ensemble majoritaires) sont sommées de se turquifier ou de disparaître, ce qui, au sud, permettra à la révolte arabe de se développer (voir, sur ce site, mon article sur les origines de la Grande Catastrophe ). J’ai dit qu’il se complétait de l’élimination moins systématique des Assyro-Chaldéens, des massacres et internement (signifiant souvent la mort par la faim, la maladie et l'épuisement : voir Terres de sang, le superbe roman de Dido Sotiriou) des Grecs de la frange occidentale et méridionale de l'Asie Mineure, et de la déportation des Grecs du Pont (accusés eux, d'avoir ravitaillé des sous-marins alliés) qui s'apparente par bien des points au génocide arménien.

J’ai rappelé que, dès le temps de la guerre, les télégrammes de l’ambassadeur américain Morgenthau attestaient l’organisation centralisée et intentionnelle des massacres (qui définit le génocide), que, dans une déclaration publique et officielle du 24 mai 1915, Français et Anglais dénonçaient des « crimes contre l’Humanité et la Civilisation » et en tenaient pour comptables les responsables jeunes-turcs, qu’un tribunal ottoman (entre la défaite et l’installation du négationnisme kémaliste comme vérité d’État) avait condamné ces mêmes responsables jeunes-turcs pour « les crimes commis lors de la déportation des Arméniens » par « une force centrale organisée composée des personnes sus-mentionnées, les a prémédités et fait exécuter, soit par des ordres secrets, soit par des instructions verbales ».

Ajoutons qu’en 1921, un tribunal allemand acquittera le jeune arménien qui vient de supprimer Talat pacha, le grand ordonnateur du génocide, en raison de ses responsabilités dans ce génocide… et qu’en 1943, Hitler restituera à Kémal les cendres du génocideur dont une avenue porte le nom à Ankara alors que ses restes reposent parmi les héros nationaux, à Istanbul, sur la colline… de la liberté !!!

Le moment fut rude. Je n’en suis pas mécontent.

Et puis enfin, pour terminer sur une note plus sereine, Gilbert nous avait aussi réservé une merveilleuse surprise : la soirée poétique du samedi soir. On nous distribua une liste de cent poèmes, le public demandait les textes et Thimotée Laine les interprétait. Superbement. Tout en laissant, de temps à autre, s'élever la voix d'un violon jouant Bach. Pindare et Ritsos, le récit de Théramène, " Le Mot et la chose " de l’abbé de L’Attaignant, Louise Labbé et " Le Dormeur du val "… Gherasim Luca que je ne connaissais pas et que Thimothée Laine m'a donné envie de découvrir.

Moment de grâce absolu. En remontant cette nuit-là vers mon olivier et mes fleurs d’orangers, alors qu’Athéna me faisait signe en passant dessus moi d’un coup d’ailes, j’avais celles d’Hermès à mes souliers.

jeudi 15 mai 2008

Ridicule !

À l’heure des bilans de la première année sarkozyenne, les commentateurs ont rivalisé d’analyses. Ce qui est bien normal. Il me semble cependant qu’ils ont oublié un élément essentiel de ce bilan : le ridicule.

Ridicule, la comédie Cécilienne du grand retour pour capter l’électorat cul-bénit, et ridicule la sortie de Lisbonne dans le genre : « Vous n’avez pas honte de persécuter un homme comme moi, en plein malheur intime, un homme qui a toujours pris soin de ne pas donner sa vie privée en spectacle ». Ridicule, le grand bonheur, cette fois c’est pour la vie, affiché au soleil, avec une donzelle richissime sur laquelle est passée la moitié (ou plus ; ce qui est bien légitime et qui m'est au demeurant fort sympathique) de la jet set.

Ridicule que ce deux fois divorcé, remarié avec cette donzelle-là, vienne jouer les pères la morale au Vatican… Avec Bigard et son slip kangourou !

Ridicule de condamner mai 68, dont nous sommes aussi éloignés que mai 68 l’était de la crise de 29 : fallait-il, en 68, tonner en chaire contre la crise de 29 ? 68 c’est à présent de l’histoire, 68 n’a ni a être encensé, ni à être condamné. 68 a été.

Ridicule, l’idée que les 35h00 sont le fondement de tous nos maux, comme les 40h00 étaient, pour Pétain et les siens, les raisons profondes de la défaite de 1940 – pas l’incurie des gouvernants et du commandement militaire.

Ridicule l’idée qu’on va relancer l’économie en rendant de l’argent aux plus fortunés, en donnant la possibilité de faire des heures supplémentaires aux autres et en faisant baisser les prix : c’est quoi ? du Pinay 1952 ! Suivez-le bœuf et on fera baisser le prix du steak !

Ridicule, la propension à annoncer des décisions qui n’ont été ni préparées ni débattues : celle de la vente d’une partie du capital d’EDF pour financer la rénovation des cités universitaires (qui fait s’effondrer le cours de bourse de l’électricien), ou celle de la suppression de la publicité à la télévision (qui fait bondir le cours de TF1). Ridicule, à moins que certains, au courant du caprice présidentiel, aient pris la veille des positions boursières adéquates… allez savoir !

Ridicule, cette fascination présidentielle pour le fric, le factice et le toc ; ces déclarations sur le caractère génétique de la propension au suicide ou de la pédophilie ; sa conviction affichée que la littérature était jadis utile parce qu’elle permettait de voyager mais que, depuis l’apparition des compagnies à bas coût, elle a perdu beaucoup de son intérêt.

Ridicule, la tolérance zéro alors que les Balkany sont chez eux à l’Elysée.

Ridicule, la grossièreté, partout et en toute circonstance, alors qu'on prêche, urbi et orbi, les vertus de la politesse. Ridicules, une fois encore, les plaisanteries qu'il n'a pu retenir face à la sérieuse et rigoureuse Angela Merkel. En attendant celles qui, n'en doutons pas, couvriront la France entière de ridicule pendant la prochaine présidence française de l'Union.

Ridicule, l’idée de vouloir faire porter le poids de la mémoire d’enfants morts par des gamins vivants ; et ridicule de choisir Guy Môquet, arrêté alors qu’il distribuait des tracts non contre les nazis mais contre la guerre impérialiste des Français et des Anglais, pour célébrer la Résistance : ridicule de vouloir en tout et pour tout substituer le sentiment à la réflexion, le réflexe à l’appréhension de la complexité.

Ridicule, la gloriole qui veut obtenir coûte que coûte que le président puisse venir délivrer son auguste parole aux chambres. Comme si c’était là un enjeu démocratique capital et comme si le président était privé du droit de s’exprimer.

Ridicule de continuer à se dire hostile à l’entrée de la Turquie dans l’UE (avec raison, pour une fois), tout en laissant se dérouler les négociations qui la rendent inévitable. Car qui peut imaginer qu’une fois la négociation bouclée, on laissera quiconque s’y opposer ? Il en ira comme du traité constitutionnel, et l’on inventera alors un clystère pour administrer, par d'autres voies, une décision que les peuples refusent d'avaler.

Ridicule, de continuer à dire (avec raison encore) que la BCE est irresponsable et l’euro surévalué, alors que, justement, le non du peuple français donnait au président l’opportunité, sinon l’obligation, dans la renégociation d’un traité européen, de remettre sur le tapis l’exorbitant et stupidissime statut de cette BCE figurant dans le traité de Maastricht.

Ridicule, la diplomatie de ce ministre qui, naguère, dédouanait Total de tout soupçon de travail forcé en Birmanie et qui, aujourd’hui n’a pas de mots assez durs pour la dictature birmane.

Ridicule, l’idée qu’on pouvait se passer d’un dialogue avec la Syrie pour stabiliser le Liban. Ridicule et criminel.

Ridicule, la volonté de faire rentrer la France dans l’organisation militaire intégrée de l’OTAN sous prétexte qu’on sera plus entendu du dedans que du dehors, et qu’on pourra ainsi infléchir la position américaine. Quelle position a jamais infléchi la Grande-Bretagne en un demi-siècle de soumission ? Aucune et c’est bien la raison pour laquelle le général de Gaulle avait pris la décision d’en sortir.

Ridicule, l’idéologie qui conduit à enfermer de plus en plus de monde, de plus en plus longtemps dans des prisons indignes, sans aucune préparation digne de ce nom à la réinsertion des détenus. À faire passer les malades mentaux devant un tribunal, à enfermer indéfiniment des gens non pour ce qu’ils ont fait mais pour ce qu’ils sont censés être et supposés capables de faire. À emprisonner les malades mentaux plutôt qu’à les soigner. Ridicule et liberticide.

Ridicule qu’on prétende financer de nouvelles charges pesant sur la Sécurité sociale en taxant les malades, et d’abord les malades chroniques, par le biais des franchises médicales, plutôt que de demander aux riches et bien portants un effort de solidarité.

Ridicule, le Grenelle de l’environnement qui débouche sur des pubs pour les bagnoles à la télé et sur une loi donnant toute la liberté d’opérer aux disséminateurs d’OGM, criminalisant les faucheurs ; une loi que ce gouvernement n’est pas même capable de faire voter par sa majorité.

Ridicule, incohérent et pathétique. Mais au juste, vous vous sentez rassurés, vous, en pensant que ce type-là a le doigt sur la détente nucléaire ?

jeudi 8 mai 2008

Virée alsacienne (bis) : Vierge aux fraisiers et Jésus au biscuit

Voilà plus d’une semaine que je veux poster ce papier et que je ne trouve pas le temps de le terminer, avec l’impression de ne pas parvenir à faire la moitié de ce que j’ai à boucler chaque jour. Bon, assez geint ; après-demain départ pour le salon des Étonnants voyageurs à Saint-Malo où je signe samedi et dimanche sur le stand Vilo, le diffuseur d’H&O. L’air du large nous fera le plus grand bien à Frédéric et à moi ; piquer une tête ? On verra, en tout cas, j’emporte le maillot. S’il fait beau, je sais que la tentation sera trop forte, même si l'eau est… fraîche. On n’est pas poisson pour rien. En attendant, et le Club Med gym de Denfert étant fermé en ce jour de fête de la victoire sur le nazisme, il est temps de publier ce deuxième billet alsacien.

Or donc, en arrivant à Strasbourg pour mon forum, il y a deux semaines, Alain Walther, le chargé de com de la Fnac, m’a dit que cela valait le coup d’aller faire un tour au Musée de l’Œuvre Notre-Dame, que nous avions visité avec Frédéric lors du précédent forum pour La Quatrième Révélation (un superbe musée !) qui présente une expo « Strasbourg 1400 ». J’ai suivi son conseil et j’ai bien fait.

Profitons-en pour redire, comme je le fais dans L’Or d’Alexandre, que si ce pays avait encore une vague politique culturelle, on ne songerait même pas à créer de ridicules « antennes » des musées parisiens, ici ou ailleurs. Cette politique-là, qui va créer des éléphants blancs aux coûts de fonctionnement ruineux, asséchera pour des années les ressources nécessaires à la vraie politique dont le tissu des autres musées a besoin. Le Louvre Lens et Beaubourg Metz, c'est de la poudre aux yeux et de la com, comme Abu Dhabi et Atlanta. C’est exactement le contraire d’une vraie politique de décentralisation qui devrait donner aux musées de province les moyens de se rénover et de redéployer leurs collections, de les compléter par une véritable politique d’acquisition et une redéfinition ambitieuse de la politique des prêts à long terme, de développer une véritable action pédagogique en direction de leur public potentiel… Mais, comme d’habitude en France depuis trente ans, la Nomenklatura fait le choix de l’apparence, du tape-à-l’œil, plutôt que de l’action en profondeur, réfléchie et disposant des moyens nécessaires pour sa mise en œuvre.

Bref, « Strasbourg 1400 » est une petite expo mais avec un vrai propos, parfaitement présentée, où l’on donne à voir et à apprendre: le contraire, exactement, de la dérive fric et com qui sévit ces derniers temps, dans le monde muséal parisien, et dont témoignent notamment deux événements aussi alarmants que scandaleux : l’exposition des photos photos d'André Zucca à la Bibliothèque historique (ironie, quand tu nous tiens !) de la ville de Paris, et celle consacrée à Marie-Antoinette au Grand Palais.

Rien à voir, a priori, entre ces deux expos. Et pourtant, elles sont bien deux symptômes de la même maladie : concevoir, dans une bibliothèque historique, à Paris, une exposition de photographies réalisées pour l’occupant nazi, parues dans Signal, LE magazine de l’occupant, en ne prenant en compte que l’aspect « esthétique » des œuvres présentées, en « oubliant » toute mise en perspective, tout appareil critique, est aussi stupéfiant que gravissime. Donner à voir en oubliant qu'on doit donner à penser est évidemment une absurdité ; c'est à peu près comme aller se pavaner aux Glières et s'attaquer du même mouvement à la non-rétroactivité de la loi pénale que seul Vichy avait jusque-là osé remettre en cause.

Ce qui est exactement la même chose que de présenter une exposition Marie-Antoinette (mais pourquoi Marie-Antoinette, grands dieux ?!) sans avoir le moindre début d’une ébauche de propos. Ni sur les Lumières, ni sur la réaction aristocratique des années qui précèdent 1789, ni sur la Révolution, symbolisée par… un couloir noir : dix-neuf ans après un bicentenaire déjà marqué par un certain renoncement à penser la Révolution hors des cénacles universitaires, à préférer la parade et la "fête" à la pédagogie et à la célébration citoyenne, on touche le fond !

Le sentiment plutôt que la réflexion. La mise en scène de beaux objets - hors-sol. Scandaleuse exposition quand on songe à ce qu’elle a dû coûter en un temps où feu le ministère de la Culture, dont on va bientôt commémorer le cinquantenaire de la création alors qu’il n’existe déjà plus, sabre les subventions de tous ceux qui font. Scandaleuse exposition dont on se demande à qui et à quoi elle est destinée, sinon aux Japonais et aux Américains qui espèrent retrouver, en vrai, pour eux, les décors d'un film hollywoodien (si au moins c'était Guitry !), ainsi qu’aux Margot, lecteurs passés ou futurs de Jean Chalon, qui aiment tant verser une larme sur les malheurs de la pauvre reine à qui ces monstres de révolutionnaires ont fait tant de mal.

Il faut vous dire que, moi, je mange de la tête de cochon le 21 janvier et qu'avant-hier, j'ai fêté le 250e anniversaire de la naissance de Robespierre...

Bref, l’expo « Strasbourg 1400 » est à l’opposé de ces deux honteuses expositions parisiennes. Que des œuvres signifiantes, accompagnées d’impeccables commentaires, de mises en perspective intelligentes. Le choix de la qualité plutôt que de la quantité : de superbes gobelets d’argent à la remarquable pureté de ligne, une section passionnante sur Mathias Grünewald, une autre sur les étapes de remodelage du projet architectural de la cathédrale, quelques belles madones illustrant la tentation maniériste et, dans la salle d’à côté, le héraut qui flanque l’orgue de la cathédrale montrant au contraire un courant de la sculpture expressionniste à tentation burlesque.

Et puis il y a la salle du Maître du jardin du paradis… et la Vierge aux fraisiers, avec ses airs de fausse icône, encore si médiévale et déjà tournée vers autre chose. Elle m’a retenu un bon moment.

Maître du Paradiesgärtlein, La Vierge aux fraisiers, Kunstmuseum de Soleure.

Et le lendemain, j’étais donc à Saint-Louis, où Denise Fuentès avait eu l’excellente idée, entre salon et dîner, de nous ménager une visite au Kunstmuseum de Bâle. Intensément frustrante parce que nous avons juste eu le temps de réaliser combien ce que nous avions pu voir ne représentait qu’une infime partie des richesses de ce musée d’une ville qui en compte une demi-douzaine d’autres !

Prochaine destination de ouiquende prolongé ? Bâle est sans aucun doute sur les rangs.

Avec ma copine Marina Dedéyan (L’Aigle de Constantinople, chez Flammarion), nous avons choisi la visite thématique des collections situées à la charnière du Moyen-Âge et de la Renaissance. La guide était passionnante : quelques baisers de la mort donnés par des squelettes à des jeunes filles dans la fleur de l'âge et de la beauté illustrent à merveille cette angoisse du salut qui submergea l’Europe avec la Peste noire. Grünewald encore, de superbes Dürer bien sûr, et un hallucinant Christ mort de Holbein, si caractéristique de la pathologique fascination du cadavre, du morbide, qu’a développé le christianisme occidental – tellement éloigné en cela de l’orthodoxie.

Et puis il y a les Cranach ! Imaginez, pour l’auteur de L’Or d’Alexandre... Un très étonnant petit portrait de Luther, vingt-cinq ans plus jeune que ceux qu'on a dans l'oeil, de Berlin ou des Offices ; une païenne Lucrèce qui va se percer le sein plutôt que de se laisser dérober sa vertu.

Mais c'est une Vierge à l’enfant qui nous a surtout retenus, Marina et moi : moins d’un siècle la sépare de la Vierge aux fraisiers. La Madone encore hiératique est devenue une femme pulpeuse, un rien aguicheuse, aux lèvres incarnat, sans même une auréole au-dessus de sa tignasse frisottée digne d'une courtisane vénitienne... plus Vénus que Marie ; quant au dieu qu’elle a enfanté, il est devenu tellement bébé d'homme qu'il tient un croquet dans sa main. Et on ne jurerait pas que, en grandissant, il devienne Christ plutôt que Cupidon.

Dans ce télescopage-là, entre Strasbourg et Bâle, entre le Maître du Paradiesgärtlein et Cranach, il y a tout le passage du Moyen-Âge finissant à la Renaissance.

vendredi 2 mai 2008

La tentation de Vichy

Sarkozy commémore à tour de bras, il honore en paroles la Résistance, mais c’est pour mieux cacher que son gouvernement, mesure liberticide après loi scélérate, s’apparente chaque jour davantage à celui de Vichy :

- parce qu’il attaque de front le programme du Conseil national de la Résistance en entreprenant le démantèlement de la Sécurité sociale par la taxation des malades chroniques autrement appelée « franchise médicale » ;

- parce qu’il est le premier gouvernement, depuis celui de Vichy, à fixer des quotas d’êtres humains à expulser ;

- parce qu’il est le premier, depuis celui de Vichy, à avoir tenté, moyennement quelques artifices de vocabulaire, de revenir sur le principe (fondamental de tout État de droit) de la non-rétroactivité de la loi pénale ;

- parce qu’il est le premier, depuis celui de Vichy, à prévoir l’enfermement de gens non pour ce qu’ils ont fait, mais pour ce qu’ils sont présumés être, pour le danger qu’ils sont supposés représenter ;

- parce que, avec le logiciel Ardoise, il demande à ses policiers de ficher les syndiqués et les homosexuels, les transexuels ou les clients de prostituées, sans aucun lien avec un quelconque délit ou infraction, ne seraient-ils que témoins - mais dans quel but au juste ???

- parce qu’aujourd’hui on déchoit un Français de sa nationalité, sous le seul prétexte que, homosexuel, il s’est marié, selon le droit d’un pays membre de l’Union européenne, avec son compagnon !

Mais dans quel pays vivons-nous, au juste ?! Déjà l’interdiction du poppers est passée comme une lettre à la poste, soi-disant pour des raisons de santé publique et en vertu d’une directive européenne… alors qu’aucune étude médicale n’a été conduite et que sur 27 pays de l’Union, la France seule, régulièrement condamnée pour ne pas traduire des directives autrement plus importantes dans son droit interne, a tiré comme conclusion de celle-ci qu’il fallait interdire le poppers. Alors que l’amiante, les OGM, les innombrables produits cancérigènes disséminés dans l’atmosphère ou dans notre alimentation ne menacent bien sûr nullement la santé publique !

Foutaise !

La réalité c’est que depuis six mois dans ce pays, pour des raisons d’ordre moral, on empêche les pédés de jouir comme ils l’entendent en utilisant, s’ils le veulent, un produit disponible dans tous les autres pays démocratiques.

La réalité c’est que les franchises médicales frappent, avec les autres malades chroniques, les séropos qui doivent prendre une trithérapie ou mourir.

La réalité c’est qu’Ardoise va ressusciter le fichier des homosexuels dont Gaston Defferre avait ordonné la destruction.

La réalité c’est qu’on déchoit aujourd’hui un citoyen français de sa nationalité, en fait sinon en droit, à raison de son orientation sexuelle qui lui interdit de se marier dans son pays, alors qu’il le peut dans un autre État d’une Union dont ce même pays est membre.

La réalité c’est qu’aucune situation n’est jamais acquise et que ce gouvernement, où siège Mme Boutin, est le plus homophobe depuis celui de l’amiral Darlan qui établit, pour la première fois en France, une discrimination entre homosexuels et hétérosexuels.

À la veille du 17 mai, journée mondiale contre l’homophobie, peut-être serait-il salutaire de commencer à réfléchir sérieusement à la manière de dire à ce gouvernement-là que ça suffit ! à refaire de la gay pride autre chose qu’un défilé commercial, un défilé contre le retour de l’arbitraire, du fichage et de la discrimination étatique.

Faute de quoi, n’en doutons pas, il y aura d’autres remises en cause et d’autres attaques. Commémorer les triangles roses, c’est bien, mais seulement si c’est pour apprendre à reconnaître et à combattre, quand il en est temps, les logiques qui y conduisent !

mercredi 30 avril 2008

Virée alsacienne

Strasbourg est une ville que j’adore.

Pas très original, mais la cathédrale est vraiment une merveille ; plus encore en ce jour éclatant de printemps, en plein soleil. La vie d’écrivain n’est donc pas pavée que de désagréments et, comme pour mes deux précédents passages, la FNAC m’avait réservé une chambre à l’Hôtel Cathédrale (dont le personnel est d’une gentillesse et d’une attention franchement hors du commun) : se réveiller, tirer les rideaux et traînasser en contemplant de son lit la dentelle de pierre rose est un moment de pure félicité.

Avec une tendresse particulière pour les deux cigognes (mais je leur trouve, moi, des airs d’ibis) perchées sur deux des pinacles aux angles des tours : le bec détaché dans un azur absolument pur et limpide, vendredi.

Bon, à part ça, il y a eu aussi le travail : une irréprochable choucroute à la Maison Kammerzel et, juste après, dans les vapeurs de riesling et de marc, un entretien avec Jenny Ulrich pour Radio Bienvenue Strasbourg (taper les trois lettres en haut à droite dans la fenêtre située à côté, puis taper sur le bouton "Download", attendre les 45 secondes puis taper sur "Free Download" et, en principe, I-Tune s'ouvre pour vous permettre d'écouter l'émission): la seule interviouve (tiens, je l’aime bien celle-là, je vais m’en servir comme de coquetèle et ouiquende) pour laquelle on doit chausser ses lunettes, parce que Jenny vous fait parler sur trois images qu’elle a sélectionnées en lisant votre bouquin. Car imaginez-vous qu’en province, comme en Belgique, les journalistes lisent les livres même quand ils ne sortent pas des presses des dix éditeurs qui achètent de la pub et se renvoient les ascenseurs : autant dire des fous !

Puis j’ai fait mon forum Fnac avec Guy Wach de France bleue : c’est bien les journaliste qui aiment et savent lire ! Guy est de ceux-là. Merci Guy !

Merci aussi à Alain Walther (de la com) et Philippe Schiappapietra (libraire) qui me suivent et me soutiennent depuis mon Château du silence. On ne dira jamais assez combien un libraire qui vous aime, sait et peut vendre vos livres ; depuis Le Château, la Fnac de Strasbourg est une des librairies de France qui me vend le plus.

Mais maintenant, je connais un deuxième libraire strasbourgeois : Gilles Million de L’Usage du monde qui m’a accueilli sur son stand à la 25e Foire du livre de Saint-Louis, samedi et dimanche, après que la radio du Haut-Rhin Florival avait diffusé une interviouve de bibi vendredi. Car l’intérêt de ce genre de manifestation pour un auteur d’une petite maison (par la taille et la surface médiatique s’entend, pas par la qualité), c’est non seulement de toucher des lecteurs qui ne vous rencontreraient pas autrement (mission accomplie et même un peu plus pour Saint-Louis, mon meilleur salon, à part Brive, mais Brive... c'est un micro-climat exceptionnel pour le livre et le foie gras !) mais aussi d’établir un lien personnel avec des libraires.

Et Gilles c’en est un vrai ! Passionné, chaleureux, curieux.

Le courant est passé ; je doute qu’on ne se revoie pas bientôt. Pour le reste, cette foire de Saint-Louis était organisée de main de maître. On va trouver que je dis beaucoup merci aujourd’hui, mais j’en dirai un de plus à Denise Fuentès.

Pour avoir organisé des colloques dans ma première vie, je sais quel travail acharné, quel investissement personnel nécessite l’organisation matérielle d’une pareille manifestation. Organisation parfaite en l’occurrence.

Mais en plus, l’auteur n’est pas toujours une bête facile à cornaquer. Il y en a même de franchement insupportables (j’ai quelques noms si vous voulez). Alors parvenir, avec le sourire toujours, à faire que, pendant trois jours, ce microcosme vive dans l’harmonie, apaiser les tensions, materner un rien ceux qui ont besoin de l’être, ménager les susceptibilités de ceux pour qui sortir de la cuisse de Zeus est une origine bien vulgaire, tout cela avec le sourire et la gentillesse en plus de l’efficacité : chapeau Mme Fuentès !

Nous avons de la chance, nous autres écrivains, malgré les dysfonctionnements d’une édition qui surproduit pour pouvoir maintenir debout une économie fondée sur la cavalerie des offices, qui tue les livres plus vite que son ombre, qui les remplace par des produits revus et corrigés par les spécialistes marketting, qui substitue aux écrivains des journalistes, des "fils de" ou des actrices médiocres, pourvu que tous affichent l'étiquette "vu à la télé", malgré les dysfonctionnements d’une critique totalement nomenklaturiste, c’est que le livre dispose encore de légions de passionnés capables de donner leur temps et leur énergie pour monter des foires comme celles de Saint-Louis, de curieux capables d’acheter des livres que la Nomenklatura ignore superbement.

mercredi 23 avril 2008

Et deux foutages de gueule ! deux !

Le premier m’a sauté aux yeux, hier soir, pendant le dîner : une pub sur les douleurs professionnelles !

Non mais de qui se moque-t-on ? !

La médecine du travail est dans un état lamentable : plus de 2000 médecins du travail doivent partir en retraite d’ici à 2012, alors qu’à peine 300 auront été formés à cette date pour les remplacer ; et on vient faire de la pub à la télé !

On taxe les malades chroniques, à travers les franchises médicales, on taxe donc les caissières et les ouvriers du bâtiment, mis en scène dans ce spot, qui iront consulter pour traiter leurs douleurs ; et on vient faire de la pub à la télé ?

Mais à destination de qui, au juste ? Les gens qui souffrent, souffriront-ils moins ? Les médecins du travail en auront-ils demain les moyens qui leur manquent aujourd'hui pour faire décemment leur boulot ? Les patrons seront-ils touchés par la grâce publicitaire et décideront-ils du coup d’investir pour le mieux être de leurs salariés, au détriment des profits et des dividendes ? À quoi sert donc une pareille pub ? À rien. Sinon à dépenser de l’argent public qui va directement dans la poche des chaînes privées !

La solution des douleurs professionnelles n’est pas dans des spots de pub, elle est dans la suppression des iniques et dégueulasses franchises médicales qui pénaliseront les victimes de ces douleurs lorsqu’elles devront aller consulter, dans les moyens qu’on donnera à la médecine du travail, dans des pouvoirs accrus aux comités d’hygiène et de sécurité, dans la pénalisation des patrons qui ne voient aucune utilité à modifier les conditions de travail de leurs salariés.

Quant au deuxième foutage de gueule, c’est le bal des faux-culs auquel on assiste depuis quelques jours autour de la grève des sans-papiers. Personne ne savait, mais tout le monde empochait, à commencer par l’État et la Sécu.

Mais bon Dieu, de nom de Dieu de bordel de merde, dans quel pays vivons-nous ! et pourquoi au juste sont payés nos parlementaires ?

Combien de lois sur l’immigration ont-ils voté ces dernières années: six, dix ou quinze en une décennie ? ? ?

Ils légifèrent à tour de bras et à répétition sur le même sujet, mais depuis quel empyrée ? Ils légifèrent hors-sol, coupés de toutes les réalités. Ils légifèrent bien trop d’ailleurs, chiant des lois à jet continu là où il n’y aurait besoin que de décrets et de circulaires. Sans prendre le temps de les faire appliquer, d’en évaluer les effets – eux qui n’ont que le mot d’évaluation à la bouche quand il s’agit de casser les dernières protections de ces salauds de fonctionnaires.

Et pour quel résultat ? pour se rendre compte, après quinze lois sur l’immigration, que des dizaines de milliers de gens travaillent, contribuent au budget de la nation, payent leurs cotisations aux régimes sociaux sans seulement pouvoir obtenir les papiers qui leur permettent de vivre et de faire vivre les leurs dans le minimum de tranquillité d’esprit de n’être pas, demain, raflés et renvoyés au-delà des mers pour remplir des quotas !

Saloperie !

Eh bien moi, messieurs les députés et sénateurs, je ne vois que deux solutions : ou bien vous êtes de sinistres cyniques prêtant la main à l’exploitation de la misère humaine, ou bien vous êtes des jean-foutre totalement incompétents.

mercredi 16 avril 2008

Il y a des moments intenses dans une vie d'écrivain...

Des moments de grâce absolue, qui payent de toutes les déconvenues, de tous les découragements, dont on se souviendra lorsqu’on se demandera pourquoi on continue à écrire, parce qu’on n'y arrive pas, qu’on en a marre, qu’on désespère de se battre contre les moulins à vents de medias cadenassés, et où l’on trouvera la force de repartir en avant parce que ces moments-là payent de tous les autres, parce que c’est pour ces moments-là qu’on écrit.

Hier, j’étais déjà plutôt content : je m’étais trouvé plutôt bien durant les deux heures d’entretien avec Laurent Dehossay, sur La Première chaîne de radio de la RTBF (un lien sur la page Presse de ce site vous permet de réécouter l’émission). Et, puis, pendant que j'étais en train de préparer les ris de veau à la crème du dîner, Frédéric m'a appelé : je venais de recevoir un message d’un lecteur handicapé.

Puisque ce lecteur m'a donné l’autorisation, ce matin, de reproduire son courriel, le voici :

« Bonjour,

Je viens d'achever L'OR D'ALEXANDRE et je suis bouleversé : je voulais simplement vous dire un immense MERCI ...

J'ai tenté de modérer mes émotions pour écrire une modeste "critique" que je viens de publier sur le site Handigay.com

Trop de points communs avec Philippe pour ne pas vibrer à chaque page... J' ai lu à mon ami les passages qui nous concernaient le plus, "vieux" couple gay frappé par un "crash" en 2004, et vous m'avez offert des moments parmi les plus beaux de ces dernières années.

Voilà c'est tout, j'essaierai de venir vous saluer si vous passez dans un salon sur la Côte d'Azur, j'habite à Juan les Pins.

Cordialement, Gérard »

Des larmes dans les yeux… Sa critique, sur le site, est superbe, mais ces mots-là sont pour moi plus précieux que toutes les critiques !

La Quatrième Révélation était née du récit, par un ami, d'un meurtre homophobe, à la suite duquel son copain avocat avait défendu la famille de la victime, de la nécessité absolue que j'ai éprouvé alors d'écrire là-dessus.

L'Or est né de ma rencontre avec Michel Robert qui, de la même manière, m'a rendu indispensable de parler du handicap. C'est Michel qui m'a permis de l'écrire en me faisant confiance, parce que c'est grâce à lui, à la manière dont il a répondu à toutes mes questions que j'ai pu donner sa chair à mon Philippe.

La trouille ! cet été, quand je lui ai envoyé le manuscrit. Il habite Ay, nous Paris. Et s'il me disait que j'avais mis à côté de la plaque ? Deux ans et demi de vie et de travail. Il ne m'a fait qu'une remarque... sur le coussin anti-escarre.

Puis il y a eu L'article de Yanous, qui avait levé une partie de mes craintes. Mais la trouille ne s'était pas pour autant dissipée : comment réagiraient les lecteurs handis ? Comment considéreraient-ils, venant d'un valide, mon parti pris d'aller droit au but, mon pari du ton que j'ai adopté, du caractère que j'ai dessiné, mon absolu refus du pathos ?

Et voilà ces mots de Gérard, un lecteur handi et inconnu : ils me comblent, ils me… justifient. Ce matin, une bonne critique est sortie dans ''Fugues'', au Québec, et elle m'a fait plaisir, bien sûr, mais rien à côté du choc émotionnel ressenti hier soir à la lecture des quelques mots de Gérard.

Merci Gérard ! Merci mille et quelques fois !

mardi 15 avril 2008

Vive les Tudor !

Nous n'avons pas Canal+, mais apparemment, le câble nous offre depuis quelques semaines un accès en clair à la chaîne... j'imagine pour un temps limité. Tout ce que j'espère, c'est que cela durera jusqu'à lundi prochain et que je pourrai voir les deux derniers épisodes de la première saison d'une époustouflante série intitulée Les Tudor.

C'est aussi beau, aussi réussi que la première version des Rois maudits. C'est haletant, c'est prenant, décors superbes, costumes somptueux (ah! les essayages d'Henri, à moitié torse-poil), acteurs impeccables... c'est une merveille de télévision comme savait autrefois en produire la télé française. Je me souviens de Richelieu, de Mazarin , d'Offenbach...

Et puis il faut bien dire qu'Henri VIII et son copain Suffolk sont absolument torrides... même quand ils ne baisent pas.

La photo vient du site de Canal