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« Humeur : Se réjouir quand elle sort, et s’étonner que le corps humain puisse en contenir de si grandes quantités. » Le Dictionnaire des idées reçues de Gustave Flaubert est un pur chef-d’œuvre et l’on jouit à coup sûr dès qu’on le rouvre. Jamais déçu !
Or donc, mon corps (et mon esprit) contenant de si grandes quantités d’humeurs (généralement malignes), je me suis dit que crever de temps en temps les furoncles où elles s’accumulent me procurerait un ineffable soulagement – précieux à mon équilibre général et donc à mon travail. Mais qu’on ne s’attende pas à trouver ici des humeurs subtiles : nulle objectivité, nulle périodicité ; que de la mauvaise foi erratique, de la polémique jaculatoire.
Un modèle ? le Bloc-notes de Mauriac bien sûr, relevant le 14 novembre 1953, à propos du président du Conseil Joseph Laniel, qu’« il y a du lingot dans cet homme-là », ou le 22 novembre 1954 qu’« il existe une haine singulière, chez nous, contre la prééminence de l’esprit ».
De sa création au 6 mai 2012, ce blog a eu comme tête de Turc celui qui a tenu lieu de président, durant cinq ans, à une République qu'il a si souvent caricaturée, défigurée, ridiculisée. Si cette pénible parenthèse s'est refermée, rien n'a pour autant significativement changé parce que le changement d'équipe ne s'est traduit par aucun réel changement de politique, parce que la capitulation inaugurale devant la chancelière de fer du Monsieur Prudhomme qui a succédé à Caligula a vidé cette alternance du sens qu'elle aurait pu avoir, parce que, du fait de cette capitulation, ce qu'est devenu l'Europe au tournant des années 1980-1990 - une machine à imposer aux peuples européens la loi d'airain du néolibéralisme et du libre-échangisme qui met en concurrence des travailleurs protégés et des semi-esclaves - continue à vider la démocratie de sa substance et à réduire l'exercice de la souveraineté populaire - l'élection - à un concours d'élégance chargé de désigner celui qui conduira la seule politique possible, une Europe au nom de laquelle, depuis 2009, on martyrise ce peuple grec qui m'est si cher et qui m'a tant donné...

lundi 12 février 2018

Schadenfreude...

En deux jours papa Schultz vient de se vautrer dans les grandes largeurs : après avoir juré que le SPD ne regouvernerait pas avec Merkel puis avoir négocié avec Merkel un accord de gouvernement, après avoir juré qu'il ne serait pas ministre puis annoncé qu'il prenait les Affaires étrangères à son gute Kamerad Sigmar Gabriel, il a été obligé de renoncer à son ministère et perdu la présidence du parti.

Quant à Mutti Merkel, qui a abandonné le ministère des Finances au SPD, elle est dans le collimateur de ceux qui, dans son parti, voient là, la concession de trop et veulent se débarrasser de celle qui aura réalisé les pires scores électoraux de son parti depuis l'après-guerre et réussi le tour de force de faire perdre à la CDU-CSU le monopole des droites.

Mais ce que j'adore, dans cette affaire, c'est l'argument du leader de l'aile radicale de la CDU, Jens Spahn qui a manifestement l'étoffe d'un Schäuble : "Je ne voudrais pas que le Premier ministre grec Alexis Tsipras ouvre le champagne parce que certains s'imaginent qu'avec un ministre SPD on va pouvoir à nouveau faire plus de dettes et moins de réformes".

L'obsession grecque des Teutons est décidément fascinante !!!

Reste à savoir ce que décidera la base du SPD le 4 mars : Grosse Ko or not Grosse Ko, that is the question ! Et ça n'a pas l'air joué d'avance, les jeunes du parti faisant activement campagne pour le Nein. De toute façon, et Merkel parviendrait-elle à insuffler la vie à cet avorton gouvernemental en gestation depuis bientôt 5 mois, que sa Grosse Ko me paraît bien mal partie...

Schadenfreude, je vous disais.

dimanche 11 février 2018

La question macédonienne sur Le Vent se lève

Alors voilà... Les jeunes gens à la tête bien faite de "Le Vent se lève" viennent de partager le papier dont les lecteurs de ce blog ont pu lire une ébauche commencée entre les manifestations de Thessalonique et d'Athènes et que j'ai corrigée et complétée. Merci à eux de m'accueillir une nouvelle fois dans leur colonnes pour évoquer l'arrière-plan historique, les enjeux d'hier et d'aujourd'hui de cette épineuse "question macédonienne" qui est juste un petit peu plus complexe que les poncifs, généralement teintés de mishellénisme, que véhiculent les médias dominants occidentaux depuis les années 1990.

Merci également au blog grec "Action pour une autre cité", qui a déjà traduit plusieurs papiers de ce blog, d'avoir également repris et traduit en grec celui-ci.

samedi 10 février 2018

Déficit, frégates et corruption...

Deux nouvelles se télescopent aujourd'hui à propos de la Grèce.

Gros marché en vue... La Grèce serait sur le point de nous acheter deux frégates à 1 milliard pièce.

Vous la voyez bien, là, l'utilité d'Erdogan, de son armée 4 à 5 fois plus puissante que la grecque, de ses menaces et de ses provocations ? Qui donc, à Paris ou à Berlin, aurait intérêt à ce qu'elles cessent ???

La Grèce a été régulièrement, dans le passé, le 2e client de l'industrie d'armement allemande et le 3e de la française - 4e importateur d'armes au monde de 2000 à 2011. Papandréou aurait confié que, lorsqu'il est passé à Paris, au début de la "crise grecque", Sarko et Fillon lui auraient dit : «Nous allons lever des sommes pour vous aider, mais vous devez continuer à payer les contrats d’armement qu’on a avec vous, signés par le gouvernement Karamanlis". Lequel, entre 2004 et 2009, avait augmenté les dépenses d'armement de 35 %.

Quant aux scandales de corruption touchant la caste politique, ils portent souvent le nom de marchands d'armes... Pas le dernier, sorti très opportunément (ou trop opportunément) au lendemain de la manif monstre d'Athènes dimanche dernier, qui porte, lui, le nom de Novartis et concerne la surtarification de vente en Grèce des vaccins.

Précisons qu'un des effets de la "crise grecque" a été la baisse des taux de vaccination, de plus en plus de familles n'ayant plus les moyens de faire vacciner leurs enfants...

Quant à l'autre nouvelle du jour, sans aucun lien avec la précédente, évidemment c'est le chiffre du déficit commercial grec pour 2017.

Et c'est encore un grand succès de l'euro, qui détruit la capacité à exporter de la Grèce (et pas que de la Grèce : suivez mon regard !) par une surévaluation massive par rapport aux fondamentaux de l'économie grecque, laquelle surévaluation dope les importations qu'il revient moins cher d'acheter que de produire... Encore un grand succès de l'UE, dont la politique a méthodiquement détruit les capacités de production de la Grèce, et de Syriza qui s'en est fait la servile courroie de transmission tout en claironnant sur tous les tons que ça va mieux.

En effet, ça va tellement mieux que (après une nouvelle hausse du chômage en décembre) le déficit commercial grec bat en 2017 ses records de 2016 : 21,42 milliards d'euros au lieu de 18,72 milliards, soit une augmentation en un an de 14,4 %.

C'est vous dire si ça va mieux ! Car, en dernier ressort, ce déficit, n'est-ce pas, c'est de la dette en plus. Et les frégates...

samedi 27 janvier 2018

Nouvelle de Chypre occupée et colonisée...

Chypre Nord : occupée et colonisée par la Turquie depuis 1974, pseudo-République où les Chypriotes turcs sont désormais minoritaires par rapport aux colons anatoliens (les estimations varient de 110 000 à 185 000, c'est un secret d'Etat turc, pour 90 000 Chypriotes turcs).

Acte I : un journal critique l'invasion de la Syrie par la Turquie islamiste (que la France avalise sous réserve de demander au sultan de faire preuve de retenue... ce qui, comme chacun sait, est la qualité première d'Erdogan) et compare l'invasion d'Afrin à celle de Chypre en 1974, ajoutant que les Turcs ne repartiront pas plus de là qu'ils ne sont repartis de Chypre.

Acte II : Erdogan dépêche ses nervis Loups Gris (nazis à la mode turque qui sont désormais les Alliés d'Erdogan) vandaliser le journal qui a osé émettre des réserves sur la politique du sultan.

Acte III : les Chypriotes turcs, qui vivent sous occupation militaire d'Ankara depuis 1974, et qui vivent dans un régime où les colons bénéficient, par rapport à eux, d'innombrables privilèges, manifestent contre les troupes du sultan.

Acte IV : devinez !!!

mercredi 24 janvier 2018

Comique et information

Ce matin, Frédéric, mon compagnon, avait laissé la radio allumée en partant, sur France Inter. N'écoutant jamais la session de propagande de cette heure-là, c'est donc par hasard que j'entendis le sieur Moix se défendre d'être un bobo, ce dont je lui donne acte bien volontiers, et attaquer notre Jupitre vénéré (qu'il n'a bien sûr pas contribué à faire élire, ce brave Moix) sur sa politique à l'égard des migrants... jusqu'à ce que j'éclate de rire, et recrache du coup une partie de mon jus d'orange, sous peine de risquer de m'étouffer, quand, disant que les Français n'ont qu'à, comme lui, aller voir eux-mêmes à Calais ce qui s'y passe, il ajouta : "J'étais dans la voiture de Jacques Attali, quand nous avons vu les CRS..."

J'ai tourné le bouton de ma radio afin de petit-déjeuner en paix. Non vraiment, dans sa session de propagande matinale, France Inter devrait éviter de mélanger les comiques avec l'information.

dimanche 21 janvier 2018

La question macédonienne peut-elle faire tomber Tsipras ?

Comme les jeunes gens à la tête bien faite de "Le Vent de lève" viennent de partager la version corrigée et complétée après la manifestation d'Athènes, le 4 février, je remplace le "brouillon" que j'avais publié ici par le lien vers cet article désormais définitif.

jeudi 18 janvier 2018

Notre-Dame priez pour zellezéeux

N'ayant pas d'opinion éclairée sur NDDL, je me garderai de prendre position sur la décision du gouvernement.

Dans cette affaire, ce qui me fait doucement rire (jaune), c'est l'indignation des zéluezédézélus socialoexpirants et nécrosarkozystes devant le non-respect d'un référendum consultatif, à l'échelle départementale, dont la participation s'établit à 51,08 % et dont le résultat fut acquis à 55,17% des 487.518 suffrages exprimés.

Ou donc les mêmes zéluezéélus se sont-ils mis, et nous ont-ils mis, le résultat d'un référendum national de ratification, donc dont le résultat s'impose à tous les pouvoirs publics, zéluezéélus compris (désolé, je continue à respecter aussi la grammaire de ma langue), dont la participation s'établit à 69,34% et dont le résultat fut acquis par 54,68 % des 28.256.673 suffrages exprimés ?

Et qu'on ne vienne pas, mais alors surtout pas, m'objecter que des propos de campagne du candidat qui fut finalement élu, noyés au milieu d'une foultitude d'autres propos de campagne, lui donnaient la légitimité pour violer la décision exprimée solennellement par le peuple français, en faisant adopter par les zéluezélézélus le copier-coller d'un traité que le peuple avait repoussé.

Ce que le peuple souverain a repoussé, seul le peuple souverain, consulté dans les mêmes conditions, est légitime à l'adopter.

mercredi 17 janvier 2018

Kali Chronia, Chronia polla !

Comme on dit "chez moi", à Nisyros, d'où je reviens d'un hiver qui avait des airs d'été cette année.

Je souhaite donc à mes lecteurs, ceux de mes livres et ceux de ce blog (et ces des deux !) une année meilleure que 2017, la meilleure possible, pleine d'espoirs réalisés, de bonheurs multiples et du moins possible de malheurs collectifs.

Mais je dois bien vous avouer que ce rituel, j'y crois de moins en moins, pris que nous sommes dans l'étau toujours plus resserré de la dictature euro-allemande et que les collaborateurs locaux, en Grèce comme ici, sont chargés de visser toujours davantage afin de détruire ce qui reste de démocratie et d'Etat social - c'est à dire ce qui a fait de l'Europe occidentale la zone dans laquelle l'homme, depuis la fin de la dernière guerre mondiale, a vécu dans l'état de confort, d'égalité des chances, d'accès aux soins, de sécurité le plus élevé jamais atteint dans l'histoire de l'humanité.

Ainsi pendant que nous jouissions de la paix, de la sérénité de notre ermitage sur le volcan, la destruction systématique par l'euro et l'UE de ce pays et de ce peuple qui me sont si chers a continué bon train.

Et la "révision" opérée par la tutelle euro-germanique a une fois de plus accouché de 1531 pages de mesures législatives (énième sous-mémorandum) que, par la grâce du gouvernement de gauche dite radicale, le Parlement grec a été requis d'adopter.

Selon un rite, aussi régulier depuis 2010 que celui des voeux, les fondements même de la démocratie parlementaire ont été piétinés en Grèce par l'Euro-Allemagne, les députés ne pouvant ni prendre connaissance de ce qu'ils devaient voter, ni encore moins amender.

Rappelons que, lors de l'élection du début 2015, Syriza s'était solennellement engagé à mettre fin à cette pratique qui est la négation même de la démocratie parlementaire - et qu'il n'a cessé depuis l'été 2015 d'utiliser pour faire passer les mesures exigées par un étranger dont il s'est fait la docile courroie de transmission.

Malgré les manifestations jusqu'au seuil des locaux du Parlement où l'on a de nouveau senti les lacrymogènes, malgré une nouvelle grève générale, le Parlement a donc adopté, au terme d'une parodie de débat sans objet ni intérêt, le contenu des 1531 pages par 154 voix contre 141. Quant au TAIPED, l'organisme de l'Euro-Allemagne chargé de liquider le patrimoine national, il a décidé d'accélérer le rythme des mise sur le marché et des procédures des biens et sociétés nationales à liquider.

Il faut comprendre enfin, en ce début 2018, que nous ne vivons plus en démocratie parlementaire - et la Grèce encore moins que nous. Nous vivons, comme le dit souvent Panagiotis Grigoriou (, lisez le dernier papier de son blog et aidez-le si vous le pouvez : il en a besoin pour continuer à nous informer) en métadémocratie, c'est à dire dans une dictature de fait, euro-allemande, qui n'a conservé, pour faire illusion, que la coquille de la démocratie.

Je doute donc, de plus en plus et chaque jour davantage, qu'on puisse sortir de cette situation, si tant est que les peuples, hors le peuple britannique qui a la démocratie chevillée au corps et au coeur, aujourd'hui comme en 1940, veuillent en sortir et qu'ils ne se vautrent pas indéfiniment dans le confort de l'esclavage (s'en remettre à autrui de son destin est finalement une forme de confort), pacifiquement et fraternellement.

Notons enfin que les résistances de toute sorte se manifestent : les "radicaux" du groupe anarchiste Rubiconas ont envahi aujourd'hui le ministère des Finances, parvenant jusqu'au 6e étage, celui du bureau du ministre Tsakalotos, tandis que les militants de "den plirono" ( Je ne paye pas) ont envahi, malgré la garde policière, l'immeuble où se trouve l'étude du notaire Stefanos Vassilakis de la Banque du Pirée qui devait effectuer deux ventes aux enchères par voie électronique (que le gouvernement a récemment fait autoriser par le Parlement, les ventes publiques ne pouvant se tenir en raison des protestations populaires), lesquelles concernaient des biens d’une valeur inférieure à 300 000 euros - contrairement aux déclarations gouvernementales.

Voilà, il reste que notre séjour sur notre volcan fut, comme d'habitude pour moi, un ressourcement qui m'a permis de refaire le plein d'énergie (sinon d'optimisme ; je suis en réalité de plus en plus désabusé ET pessimiste) et de travailler avec acharnement à mon prochain roman. Avec vous, j'ai donc le plaisir de partager cette carte de voeu bricolée avec des images de là-bas.

vendredi 22 décembre 2017

Bonne fin d'année à tous mes lecteurs

Comme d'habitude, nous partons sur notre île pour le changement d'année.

Deuxième changement d'année depuis le début de l'ère Syriza... L'espoir qui semblait pouvoir affranchir le peuple grec de l'esclavage eurogermain à la fin de 2014 paraît si lointain...

Cette fin d'année est marquée, en Grèce, par deux faits assez significatifs d'un état d'esprit.

J'ai parlé ici maintes fois du processus massif de spoliation à l'oeuvre en Grèce sous gouvernement eurogermain dont Syriza s'est fait la docile courroie de transmission. La confiscation de biens immobiliers (environ 200 000 d'après la presse grecque) pour dette est depuis des mois un des sujets centraux de la vie quotidienne en Grèce. Et les ventes aux enchères faisant suite à ces confiscations sont régulièrement l'objet de mobilisations populaires dans les tribunaux empêchant leur tenue. Tellement régulièrement que le gouvernement de gôche dite radicale a d'abord pris des dispositions pour que ces ventes puissent désormais se dérouler par Internet.

Mais c'était manifestement insuffisant et la direction eurogermaine du pays a fait savoir qu'il fallait aller plus loin afin d'accélérer le processus.

Hier, le gouvernement de gôche dite radicale a donc fait passer à l'Assemblée une loi punissant de 6 mois de prison ferme quiconque voudra essayer d'empêcher le déroulement de la mise aux enchères.

Ainsi va la gôche radicale en régime d'Union européenne.

Le second événement a eu lieu la nuit dernière et vient après d'autres (notamment l'attentat contre le banquier Papadimos, bénéficiaire du coup d'Etat eurogermain qui licencia le Premier ministre élu Papandréou en 2011 pour le remplacer par cet ancien vice-président de la BCE) du même genre. Il s'agit d'un attentat à la bombe - d'une puissance respectable et qui a fait des dégâts matériels importants - contre la Cour d'appel d'Athènes. Un commando de quatre personnes, filmées par les caméras de surveillance, revêtues de tuniques blanches, portant casques de chantier, le visage masqué, a déposé la bombe et tiré à la kalachnikov en direction du gardien. La presse grecque évoque une Organisation révolutionnaire d'autodéfense...

Que la violence eurogermaine, relayée par le gouvernement Syriza, débouche sur des violences de la part d'une partie de la population, exaspérée, dans une société où la mouvance anarchiste a toujours été présente, voilà qui ne saurait étonner. Elles pourraient d'ailleurs - opportunément - justifier une rétractation de l'Etat de droit et des libertés individuelles et publiques dont il apparaît chaque jour davantage que - à l'inverse exact de son discours officiel - l'Union européenne est le vecteur.

D'autant qu'à ces menaces s'ajoutent celles d'une Turquie manifestement de plus en plus agressive. Pourquoi donc le gouvernement grec a-t-il invité Erdogan à Athènes ? Il faut croire que l'unique but (puisque c'est l'unique résultat) était de permettre au président turc (150000 fonctionnaires révoqués, 50000 personnes emprisonnées depuis le coup d'Etat bidon de 2016, des condamnations qui tombent comme à Gravelotte par dizaines d'années, à la suite de procès iniques, des observateurs européens interdits d'entrer dans la salle d'audience où vient de commencer celui des deux principaux dirigeants du Parti démocratique des peuples dont le crime a été de recueillir 12,96 % des voix aux législatives de juin 2015 et qui risquent respectivement 83 et 142 ans de prison...) de répéter haut et fort, en Grèce, comme il le fait en toute occasion depuis six mois, que le traité de Lausanne (1923) est caduc - c'est à dire que la Turquie ne reconnaît plus ses frontières avec la Grèce.

L'amateurisme de l'équipe au pouvoir à Athènes est décidément confondant ! Car les responsables grecs ont feint la surprise et le mécontentement. Mais que diable pouvaient-ils attendre d'autre ?

Puis cette semaine le ministre des Affaires étrangères turc a déclaré devant la Grande Assemblée nationale que la Turquie "récupérerait" des (les?) îles de l'Egée, que ce soit par la négociation... ou par la force.

Et que dit l'Union européenne, dont la Turquie occupe et colonise déjà, depuis 1974, le tiers d'un de ses Etats membres ? Rien. Les négociations d'adhésion ne sont ni rompues ni suspendues. Juncker ne déclarait-il pas, au lendemain du coup d'Etat bidon, qu'il s'agirait là d'une grave erreur ?

Là encore, on voit tout l'attachement de l'UE aux droits fondamentaux, à la liberté de la presse et d'expression....

La même UE continue d'ailleurs à financer largement le régime Erdogan (qui fut l'indispensable allié de Daesh...), en plus des 6 milliards alloués en 2015 par la chancelière du Reich pour que le sultan mette fin à son chantage aux migrants. Au titre de l'Instrument de préadhésion, la Turquie aura reçu - sans aucune contrepartie et au mépris de prétendus principes de l'Union - en 2020, 10,64 milliards d'euros depuis 2002... sans compter non plus les programmes méditerranéens. Et dans une opacité totale d'usage par les autorités turques (enrichissement personnel, utilisation clientéliste par l'AKP, le parti islamiste d'Erdogan), opacité régulièrement dénoncée - sans la moindre conséquence - par la Cour des comptes de l'Union.

Joyeux Noël et bonne fin d'année !!!

dimanche 10 décembre 2017

Syriza s'attaque au droit de grève

La dernière du gouvernement de "gauche radicale" grecque : la semaine dernière, le ministre du Travail a soudainement déposé un amendement qui a surpris tout le monde, à commencer par les députés de la majorité, prévoyant un durcissement significatif des conditions d'exercice du droit de grève. A la grande satisfaction de la droite.

La grève n'était possible que si 20 % +1 syndiqués votaient en sa faveur ; il faudra désormais 50 % + 1. Dans un contexte où le versement même du salaire devient un moyen de pression pour le patronat, durcir les conditions d'exercice de ce droit fondamental en réduisant le nombre des gens sur lesquels le patronat doit exercer des pressions pour rendre une grève illégale revient à rendre son exercice de plus en plus difficile, voire impossible. Surtout quand on a, de fait, déjà réduit à néant les conventions collectives et les garanties de non licenciement... En réalité, on fait un pas de plus vers le retour à l'état qui prévalait après la guerre civile : des droits théoriques et l'incapacité pratique de les exercer.

Le petit larbin de l'UE ne sait décidément plus comment se tortiller pour satisfaire ses maîtres.

Grève générale le 14 décembre.

jeudi 7 décembre 2017

Santo subito ! Santo subito !

Est-il anathème de penser qu'on nage en plein délire médiatique à propos de la mort (triste, forcément, pour les siens et pour ses admirateurs) d'un chanteur qui vous a toujours laissé indifférent quand vous ne pensiez pas qu'il braillait des textes sans intérêt ?...

On a décidément les tragédies nationales qu'on peut !

Est-on hérétique et relaps quand on trouve parfaitement ridicule et déplacé d'évoquer la possibilité "d'obsèques nationales" pour ledit chanteur et de suggérer un parallèle entre la mort de Victor Hugo, auteur, entre autres, des Misérables, de "L'enfant grec", de lettres de soutien aux Mexicains révoltés contre l'impérialisme ou aux insurgés crétois contre la domination ottomane (oeuvres mondialement connues et prises de position qui sauvèrent l'honneur de la France), exilé par opposition à un régime autoritaire, et ce chanteur qui interprétait (peut-être avec talent, pas pour moi, mais bon, des goûts et des couleurs on ne discute pas et je ne discuterai pas plus du goût de ceux qui l'admirent qu'on a à discuter du mien...) des textes écrits par d'autres et sans contenu particulièrement notable, qui a montré un talent certain à s'adapter aux modes successives, et exilé pour payer moins d'impôts ?

Car ce "héros national", dixit le Génie des alpages qui nous sert de président de la République, a passé sa vie à tenter de payer moins d'impôt dans le pays qui lui a tout donné, y compris en le quittant pour aller sous des cieux fiscaux plus cléments. Pour revenir se faire soigner dans un système de santé auquel manquent les impôts qu'il n'a pas payés, et mourir dans un pays dont les contribuables payent les forces de l'ordre assurant la tranquillité de sa maison comme la sécurité de la mascarade "nationale" qu'on nous prépare.

En tout cas, la chose est pleine d'espoir pour tous les gens qui vont mettre leur oseille à l'abri de l'horrible fisc français ! Une belle leçon de vie et de citoyenneté...

On a décidément les héros nationaux qu'on peut qu'on peut !

Je crains donc d'être anathème, hérétique et relaps. Vous me direz que, pendant ce temps-là, les rapports sur le SMIC et autres joyeusetés européennes passent au second plan, ce qui est toujours ça de pris.

Je crains surtout d'être de moins en moins de ce temps...

PS : où l'on apprend, non sans un irrépressible éclat de rire intérieur - intérieur, car il n'est pas bien de rire en pareilles circonstances - que le héros national des exilés fiscaux sera inhumé... dans le paradis fiscal french touch de saint-Bart ! En présence des Balkany ?

Yeah !!!

La pantalonnade commence à prendre un tour assez hallucinant. Finalement, tout cela sera peut-être le dernier happening, pathétique, de cette calamiteuse génération de rebelles en carton pâte passée de la fascination pour l'Amérique à mai 68, et de mai 68 à l'Europe néolibérale en passant par Mitterrand et Johnny, pour aboutir à Macron.

mardi 5 décembre 2017

Euro et déflation

Je répondais tout à l'heure à une réaction de Philippe, un lecteur habitant la Grèce, à un de mes précédents posts. Il me disait son impression de voir quelque chose comme un regain d'activité qui donnerait raison à la propagande du redémarrage.

La première chose qu'il faut dire - et il le dit lui-même en citant Cosco ou Vinci - c'est que, si redémarrage autre que conjoncturel il y avait, il ne profiterait guère aux Grecs à la fois du fait de la spoliation des biens publics et privés organisée par ce qu'il est convenu d'appeler l'Europe, de la vaporisation du droit du travail (voir l'article auquel je renvoyai hier sur les pressions de Lafarge ce processus conduit par la même Europe), des salaires de misères versés irrégulièrement, des pensions sans cesse réduite... le tout empêchant évidemment tout redémarrage de la consommation intérieure qui, dans les pays développés est le moteur principal de toute croissance (évaluée je crois, en général à 60 %). La déflation imposée à la Grèce, et qui va encore s'aggraver avec les 78 mesures auxquelles je faisais allusion avant-hier, empêche et empêchera tout redémarrage substantiel et durable de l'économie grecque.

Ce que nous voyons en revanche, en Grèce comme en France, au Portugal ou en Espagne, et qui permet, en Grèce comme ailleurs en Europe du sud, aux trompettes de la propagande d'entonner l'air triomphal de la reprise, c'est l'effet-retard de la dévaluation de l'euro, de plus de 20 % de l'été 2014 (autour de 1,35 dollar) au printemps 2017 (1,05) - dévaluation du tiers de sa valeur si on se place par rapport aux plus haut de 1,5935 de juillet 2008 (taux de change absurde et totalement insupportable pour toutes les économies de la zone euro sauf l'allemande, l'autrichienne et peut-être la néerlandaise.

Cette dévaluation de l'euro est la seule responsable de la relative embellie d'aujourd'hui - relative car, insuffisante, elle n'a permis que de freiner la dégradation, ou au mieux de stabiliser la situation sur des niveaux très bas.

Mais depuis, l'euro est reparti à la hausse ! D'un peu moins de 15 % en six mois, puisqu'il est désormais autour de 1,18 dollar. Mécaniquement, lorsque l'effet retard de cette s de cette réappréciation se fera sentir, la dégradation reprendra.

Je vous recommande de regarder la vidéo que vous trouverez en cliquant sur ce lien, elle explique de manière singulièrement claire comment l'euro est structurellement déflationniste et d'autant plus fortement qu'il s'agit d'économie faible. Comme vous le verrez dans cette vidéo, le taux actuel de l'euro est viable pour la France, il ne l'est ni pour l'Italie (qui aurait besoin d'une monnaie à parité avec le dollar), ni pour le Portugal (taux de change optimal 0,91), ni a fortiori pour la Grèce dont le taux de change devrait probablement se situer, en fonction de ses fondamentaux et de la violente déflation destructrice de potentiel productif qu'elle subit depuis huit ans, autour de 0,8-0,85, soit une surévaluation de l'ordre de 40 % ! Comment voulez-vous qu'une économie redémarre sans moteur de consommation intérieure -étouffé par la déflation - et avec une monnaie qui inflige à ses exportations un handicap de compétitivité de l'ordre de 40 %. C'est parfaitement absurde ! C'est comme si vous demandiez à un athlète de courir une course avec un boulet de 40 kgs attaché à la cheville...

En toute logique européenne de l'absurde - celle qu'on applique aux pays du sud depuis qu'ils sont entrés dans l'euro -, ce déficit de compétitivité devrait donc être compensé par de nouvelles baisses de salaires et de pensions - de l'ordre de 40 %. Mais ces nouvelles baisses, en étouffant un peu plus l'activité, détruiront de nouveau de l'emploi et du potentiel productif. Du coup, la monnaie dont le taux de change est totalement découplé des performances de l'économie grecque, puisque ce taux de change est fixé par les marchés essentiellement en fonction des performances des économies dominantes de la zone, sera toujours et de plus en plus en plus surévaluée, ce qui conduira à de nouvelles coupes...

Ceci s'appelle la spirale déflationniste : c'est elle qui a plongé les Etats-Unis de la crise boursière de 1929 à la Grande Dépression, jusqu'à la rupture de cette spirale infernale par Roosevelt ; c'est elle qui, mise en oeuvre en Allemagne, avec une particulière imbécillité, par le chancelier Zentrum (l'équivalent de la CDU de Merkel et Schäuble) Brüning, fit en quelques mois du groupuscule nazi le premier parti d'Allemagne et amené Hitler au pouvoir.

Comme toujours lorsque j'écris sur l'état de ma pauvre Grèce, et très sincèrement, j'espère avoir tort. Mais je n'y crois pas. Nous verrons bien...

Vous reprendrez bien un peu de réformes stucturelles ?

Ou comment l'Europe (vous savez "l'Europe c'est la paix" !) et le FMI ont imposé à la Grèce ces fameuses "réformes structurelles"... made in Lafarge.

Passionnant et révoltant article de Bastamag à lire absolument !

Et après ça, vous pensez vraiment qu'en régime d'Union européenne vous vivez encore en démocratie ?

lundi 4 décembre 2017

Et ni ni ni, quand c'est fini, ça recommen-en-ce

On apprenait hier que la "revue" périodique des créanciers sur l'application du programme imposé aux Grecs par la dictature euro-allemande a été conclue avant la date limite prévue. L'accord préliminaire qui doit être approuvé par les ministres des Finances de la zone euro permettra le versement d'une tranche supplémentaire de 5 milliards "d'aide".

"L'accord porte sur une série de mesures politiquement sensibles, précisait la dépêche Reuters, couvrant notamment des questions budgétaires, des réformes du marché du travail et de celui de l'énergie, les mauvaises créances et les privatisations.Après sept années d'austérité imposées par ces plans d'aide, la Grèce espère qu'il n'y aura pas besoin d'un quatrième plan après l'expiration, en août 2018, du troisième."

Hier soir, une amie grecque me disait que les médias explosaient d'allégresse - comme c'est le cas depuis six à huit moi, tous, reprenant sur tous les tons que "ça va mieux", que "ça repart", que la Grèce va pouvoir "revenir emprunter sur les marchés" au mois d'août. Pouvoir revenir emprunter sur les marchés : but majeur et bien sûr légitime d'un gouvernement dit "de gauche radicale"... Il n'y apas que les délires paranoïaques autour de l'écriture zinzinclusives ou des accords, ou de ce toutessellezessieux devenu l'indispensable et horripilant tic de langage du politiquement correct triomphant, pour nous faire penser que nous sommes en train de basculer dans une autre dimension.

Dette publique au plus haut, monnaie surévaluée empêchant tout redémarrage, faillites, salaires versés par intermittence, retraités dans la misère, système de santé inaccessible pour un nombre croissant de Grecs, hôpitaux publics et enseignement public au bord de l'effondrement,propriétaires spoliés de leurs biens vendus à l'encan à toute sorte de prédateurs grecs et étrangers, hémorragie des jeunes, notamment les mieux formés qui quittent le pays...

Peu importe, puisque ça va mieux et qu'en août la Grèce devrait pouvoir... revenir emprunter sur les marchés !

Or donc, les médias exultent, l'accord est bouclé en avance... Mais les dits médias grecs ne disent rien des conditions dans lesquelles est bouclé cet accord préliminaire. Hasard, bien entendu !

Ou pas.

Hier soir, mon ami Farah Frederic m'en disait un peu plus : le gouvernement dit de gauche radicale a accepté, pour boucler ce fameux accord préliminaire, un nouveau catalogue de... 78 mesures dont, bien sûr, de nouvelles coupes dans les retraites etde nouvelles mesures... de dérégulation du marché du travail/

Alléluia !!!

Et vive l'Europe - forcément -, puisque l'Europe, c'est la paix !!! Et tant qu'à faire , vive la gauche dite radicale qui se montre une fois de plus plus d'un zèle admirable dans l'application de la thérapie de choc néolibérale !

Restent deux questions qui me taraudent : foutre dieu.x.éesse.s (je ne suis pas monothéiste, mais je m'essaie à la zinzinclusive), que peut-il bien rester à flexibiliser dans le travail en Grèce... à part de supprimer le salaire, puisqu'il est déjà largement devenu facultatif ?

Et quant aux retraites : ne serait-il pas plus simple de les supprimer ? Du coup, on pourrait faire travailler, dans un pays d'où l'on s'acharne depuis bientôt dix ans à éradiquer toute activité économique et tout emploi stable permettant de vivre dignement, ces feignants de retraités... sans salaire régulier, bien entendu !

Enfin comme Tsipras et son grand pote Macron vont réformer l'Europe de l'intérieur, n'est-ce pas, on n'a aucun souci à se faire ! Juste à attendre... que ça empire !

jeudi 30 novembre 2017

Des Racines et des ailes... Une Grèce sur papier glacé

Vu "Des Racines et des ailes"... Une belle Grèce... sans problème. De belles cartes postales, bien léchées, avec seulement des gens qui vont bien.

Plutôt pas mal même dans l'ensemble ; bien que certaines séquences aient été plutôt bâclées, d'autres étaient bien traitées et intéressantes. Bien que, surtout, les réflexions "malgré la crise", "ici la crise n'existe pas", etc. m'aient profondément énervé ! comme la séquence sur les maisons de richards à Paros et Syros...

"La crise" euphémisée, escamotée, et finalement totalement absente des paysages comme des vies, de tous les reportages. Pas une image, pas une personne mise en scène qui dise une quelconque difficulté à vivre, un quelconque bouleversement, déclassement. Rien sur la privatisation du littoral, les saccages écologiques, les instituts de recherche privés de crédit...

La crise, la crise, dira le téléspectateur lambda, finalement ils nous ont fait ch... avec leur crise grecque, mais ils ne s'en sortent pas si mal, ces gens qui sont toujours à se plaindre !

Je comprends bien que ce n'était pas une émission sur la crise, mais enfin... Peut-être, tout de même, malgré tout, entre deux cartes postales bien léchées, un archéologue du virtuel reconstituant des métopes de la tholos de Delphes (aucun intérêt d'aucune sorte !) et des architectes pour armateur, y avait-il néanmoins possibilité de montrer que tout ne va pas pour le mieux dans une Grèce idéale de boulanger émerveillé par l'Acropole à l'aube et qui ne connaît pas la crise, de restaurateurs heureux, de défenseurs de la nature qui ont apparemment tous les crédits nécessaires pour faire leur job, de Français qui distillent de l'huile essentielle...

En ce qui me concerne, si on m'avait demandé, j'aurais pu faire quelques suggestions : des musées fermés faute de crédit, la surveillance des volcans que doivent assurer des universités étrangères, des îliens qui ne peuvent plus prendre le bateau parce que la suppression des subventions les ont rendus trop chers, des quartiers entiers d'Athènes entiers d'où sont chassés les Grecs...