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samedi 12 août 2017

Tigrane l'Arménien : deux réactions de lecteurs

Ces deux derniers jours, me sont arrivés deux messages - de ces messages qui vous convainquent que, quoi qu'il arrive (la liquidation surprise de La Différence et la descente en plein envol de Tigrane l'Arménien par exemple), ça vaut le coup de continuer.

Le premier a pour auteur Jean-Baptiste Billé, un lecteur vendéen et assidu de mon blog, qui est venu à moi par La Grèce et les Balkans et la défense de la Grèce, qui a lu - aussi - le romancier... Avec son autorisation, je le publie ici.

"Cher Olivier,

Petit mail plutôt que mot sur le blog puisque mon message ne répond pas directement à l’un de vos papiers.

Je voulais juste vous dire le plaisir que j’ai eu à lire votre Tigrane la semaine passée, quand le temps m’en a enfin été donné.

J’ai ressenti à la fois le plaisir d’un roman et l’intérêt d’une réflexion. La précision du propos, des données, bien sûr : je n’en doutais pas, pour avoir lu vos 3 volumes en Folio ! Mais il me semble qu'ici, par rapport à vos autres romans, vous essayez de mêler vraiment la réflexion historique, le plaisir du récit (collectif et intime), le travail de l’écriture et, évidemment, une forme d’engagement. Franchement, c’était un défi et l’émotion à la lecture est réelle.

Faire oeuvre engagée, impliquée, n’est pas chose aisée, j’ai aimé la façon dont vous parvenez à parler de l’Arménie, et en même temps de la Grèce (bel usage des citations qu’on trouve sur les murs !) et bien sûr de l’Europe.

J’ai beaucoup apprécié la dimension littéraire (le travail de l’écriture) du roman, que je trouve (c’est peut-être une impression personnelle) plus travaillée cette fois, même si j’avais beaucoup aimé Le Plongeon par exemple.

La répétition, par exemple, est un procédé littéraire qui me touche beaucoup et que je vois dans ce livre : répétitions de situations, de phrases, de mots ; infimes variations entre deux passages répétés...

Les changements de rythme, aussi, les sortes de contrepoints : changements de rythme dans le récit, changements de tonalités entre l’horreur et des moments de respiration.

Je vais trop vite…

Touché aussi par l’écho entre la toute fin et l’exergue (Eschyle).

La boule au creux de l’estomac que ressent Tigrane, je suppose que vous l’avez aussi et que ce livre est, aussi, un lieu pour formuler ce qui vous anime ; la rage, la révolte, notamment (que nous avons en commun, concernant la honte de la situation infligée aux Grecs).

Je n’ai pas encore eu l’occasion de vous rencontrer lors d’une lecture ; peut-être viendrez-vous dans l’ouest un de ces jours ? J’habite près de Nantes.

Je veux vous remercier sincèrement pour ce très beau roman, que je relirai un de ces jours et que je vais offrir.

Je vous souhaite un bel été, à Nisyros et ailleurs. Je pense chaque jour aux Grecs qui souffrent, résistent, créent…

J’espère de tout coeur que votre Tigrane sera repris chez un autre éditeur : il mérite de vivre et de voyager !

Amitiés, Jean-Baptiste"

L'autre m'a été signalé par une amie Facebook, Mariam Mossian. Il est signé Pierre Adémian et a été publié dans le groupe "Arménie diaspora" de ce réseau social.

En voici le texte :

"Passionnant roman qui s'étire depuis 1914 jusqu'en 2016. Des frères arméniens dont la filiation remonte depuis 1914 voire avant, sur fond de génocide, de vengeance, de l'opération Némésis, frôlant l'Asala, pour arriver sur une histoire d'archives liées à une société allemande avec en fond la crise grecque et un commissaire UE arménien et de son frère Tigrane... attention les chapitres ne se suivent pas, l'auteur s'amusant à faire des flash Backs historiques... l'indicible est présent côtoyant la vengeance, l'espoir, les faits historiques avec ses personnages tout aussi réels, la situation grecque actuelle et enfin de l'amour.

L'auteur est visiblement aussi un historien et il a pris soin en postface de préciser la véracité des faits et de certains acteurs... achetez-le... à garder et à relire. Que les Arméniens et Arméniennes n'y cherchent pas une réalité totale historique mais ayant terminé Arménie Apocalypse, je trouve que ce roman touche le réel... Bonne lecture"

Une belle critique dans la presse est une reconnaissance qui flatte l'ego ; l'appui enthousiaste de libraires - comme ceux d'Ithaque pour ce livre - rassure et réjouit l'être fondamentalement fragile et incertain qu'est un auteur lorsqu'il regarde son travail achevé ; les retours comme ceux-ci procurent le plaisir intense et différent de savoir qu'on a su toucher, émouvoir, captiver des lecteurs non professionnels - ce qui constitue la motivation première du passage à l'acte d'écrire.

Pour le reste, j'ai désormais quelque solide raison de croire que ce Tigrane devrait ressortir en collection de poche dans le courant 2018.... Et merci encore à tous ceux qui m'ont remonté le moral après la nouvelle de liquidation de La Différence.

lundi 7 août 2017

Madeleine aoutienne

Ce matin, vaquant à mes occupations ménagères en écoutant une fort bonne "Grande traversée" de France Culture consacrée à l'Iliade et à Homère, j'entends soudain prononcer un nom qui fait tilt... celui, apparemment, du fondateur d'un "Café homérique" décédé récemment. Louis de Balman... mais d'où diable ce nom me dit-il quelque-chose ? Rapide recherche Internet : bon dieu mais c'est bien sûr ! Mon prof de grec et de thème latin en hypokhâgne à Henri IV, en... 1976-77... Ca ne me rajeunit pas !

Et soudain une vague de souvenirs sur ces profs superbes qui m'ont appris à travailler et à qui je dois encore tout aujourd'hui. J'étais admis en khâgne mais je n'y suis pas allé ni n'ai passé le concours d'Ulm - je n'en pouvais plus à la fin de l'année. Mais c'est grâce à cette année-là que j'ai fait fait la fac ensuite, sans avoir l'impression de beaucoup travailler et en décrochant cependant des notes flatteuses, que j'ai eu l'agreg à 24 ans malgré un nombre de postes réduits (c'était juste après l'ère, que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, de la sinistre Saunier-Seïté qui avait entrepris, sous Giscard, de liquider l'agrégation, voire le CAPES), que j'ai acquis la méthode de travail qui m'a permis de préparer le colloque du centenaire de De Gaulle auprès de l'infatigable travailleurs qu'était Bernard Tricot, de créer la collection "Retour aux textes" à La Documentation française ou, plus tard, d'affronter le chantier de l'écriture de La Grèce et les Balkans.

Cette année-là compte dans ma vie pour dix ou pour vingt...

Ce nom entendu ce matin me rappelle le souvenir de ces notes négatives en thème latin qui vous aiguillonnaient, les traductions à vue, sans préparation (on appelait ça, faire du "petit grec"), sous l'oeil d'aigle de ce de Balman, du Sur la couronne de Démosthène, d'un discours de Lysias ou d'un passage de... l'Iliade, la classe au haut plafond, aux colonnes et angelots où nous tâchions de suivre le débit accéléré du prof de philo - M. Gros, il me semble - qui vendait des polycopiés à la récréation ; le tonitruant Max Tacel, qui nous enseignait l'histoire contemporaine et parlait avec vénération des radicaux "les vrais, messieurs, pas les fossoyeurs du radicalisme d'aujourd'hui !", le discret et passionnant Marcel Bordet en histoire ancienne qui savait tout sur Rome - et plus encore -, qui me donnait régulièrement mes meilleures notes qui furent plusieurs fois les meilleures de la classes de 50 élèves, l'hurluberlu à chapeau à la Bruand et cape (je ne me souviens pas de son nom) qui nous enseignait la version latine et la littérature française...

Un jour, alors qu'une semaine sur deux nous avions grec (donc de Balman) et la suivante version latine (l'hurluberlu), les deux se pointèrent, certains d'être dans leur bon droit. S'ensuivit une passe d'armes et de Balman partit en claquant la porte. "Et voilà, messieurs, une fois encore Rome a vaincu la Grèce !" clama l'hurluberlu avant d'en revenir au Pro Milone...

Chacun était un personnage et le jouait avec gourmandise, chacun était un caractère. Je ne suis pas certain qu'il en existe encore de pareils. Je sais en revanche que ce n'est ni par la démagogie de notes gonflées, ni par l'amusement, ni par le souci de plaire, que nous avons acquis ce que nous avons acquis. Mais par l'aiguillon de mauvaises notes qui flagellaient notre ego, par l'exigence, par le travail et encore le travail, par le surcroît de travail qui nous forçait à nous organiser.

Voilà tout ce qu'a ramené cette madeleine aoutienne. Ma dette envers ces hommes-là est immense. Merci M. de Balman ! Merci M. Bordet ! Merci M. Tacel ! Merci M. Gros (si c'est bien votre nom) ! Merci M. l'Hurluberlu !

samedi 1 juillet 2017

Tigrane dans "France-Arménie" et Amazon... le chant du cygne

Aujourd’hui je devrais être heureux, puisque sort, dans le numéro de juillet-août de France-Arménie, une superbe critique de Tigrane l’Arménien signée par Tigrane Yégavian (on en trouvera le texte ci-dessous ; je suis à Nisyros sans possibilité de transformer le fichier pdf en fichier image) et que je viens de découvrir la belle recension postée par un fidèle lecteur (un Lausannois) de mes romans sur le site d’Amazon.

Oui mais voilà… Il y a quatre jours, par Mariam, une amie Facebook elle aussi lectrice de Tigrane, j’ai eu connaissance du communiqué signé Colette Lambrichs (directrice littéraire des éditions de La Différence dont elle fut l’une des fondatrices en 1976) annonçant la mise en liquidation judiciaire de cette belle maison à la politique exigeante depuis plus de quarante ans.

Lorsque, après quinze années, cinq romans, un essai, une préface, deux nouvelles et quelques autres aventures, j’ai quitté H&O, j’ai un peu eu le sentiment de déserter. Ce n’était pas le résultat d’une rupture ou d’un refus – Henri et Olivier sont des amis fidèles que j’aime et que j’estime pour leur travail, leur exigence, leur dévouement… et je crois qu’ils me le rendent un peu. Mais nous avions convenu ensemble que le temps, pour moi, était venu d’aller tenter ma chance chez un éditeur mieux diffusé, installé sur la scène parisienne. Et j’ai été heureux quand le manuscrit de Tigrane a retenu l’attention de Colette Lambrichs.

Je me doutais bien que la maison ne roulait pas sur l’or, mais quelle maison indépendante est aujourd’hui dans une santé financière éclatante ? En quinze ans de vie commune avec H&O, j’ai une idée assez précise de ce que sont les hauts et les bas d’un petit éditeur indépendant. D’autant que la situation économique a conduit depuis plusieurs années à une baisse générale des tirages. L’orientation des dépenses de nombreux ménages vers d’autres « produits » que le livre jointe à l’érosion du pouvoir d’achat de classes moyennes vouées par l’eurolibéralisme à la paupérisation – un processus qui ne peut, dans l’euro, avec Macron et sa bande au pouvoir, que s’aggraver, à la grecque et jusqu’à leur extinction – pèsent d’un poids de plus en plus lourd sur une économie du livre déjà très fragile. C’est dans les dépenses non indispensables – et les achats de biens culturels sont de celles-là – qu’on coupe en premier. Lors de la réunion de présentation de Tigrane aux représentants du diffuseur, en mars, j’ai entendu ceux-ci parler d’une baisse de 20 % du chiffre d’affaires, toutes maisons confondues, depuis le début de l’année – s’ajoutant aux baisses des années précédentes.

Je sais aussi, depuis mon passage comme éditeur à la Documentation française, dans les années 1990, qu’une année d’élection présidentielle est toujours une année difficile à négocier pour les éditeurs.

J’étais pourtant à mille lieues de penser que ces éléments épars puissent conduire l’éditeur, qui a publié Tigrane le 4 mai, à être brutalement mis en liquidation judiciaire le 20 juin – sans même avoir la chance d’une procédure de redressement.

Je suis bien sûr touché par le sort des salariés de La Différence qui vont se retrouver au chômage, comme par celui de Colette Lambrichs dont cette maison était l’œuvre d’une vie. Je le suis aussi parce que, dans ce monde de m…, se réduisent chaque jour la place de la création, de l’exigence intellectuelle et littéraire, les possibilités d’exister pour des éditeurs n’appartenant pas à de grands groupes (comme dans la presse) et donc, au final, la liberté d’expression et la liberté tout court. Mais l’auteur étant un être humain comme un autre, je suis d’abord foudroyé et effondré par le sort réservé à mon Tigrane – tué par cette liquidation un mois et demi après sa parution. Je le suis d’autant plus que si chacun de mes romans a répondu à une urgence, à une nécessité intime, celui-là était à mes yeux d’autant plus précieux et nécessaire qu’il voulait briser une double négation – celle du génocide arménien dont le négationnisme d’État de la Turquie est un second et permanent martyre infligé aux victimes, celle de l’étouffement systématique que subit le peuple grec depuis bientôt dix ans au nom de l’Europe et du There is no Alternative.

Le 9 juin dernier, je faisais dans la belle librairie « Ithaque » de Bruno et Véronique (rue d’Alésia, Paris 14e) la première présentation de Tigrane. Ce fut un franc succès. Ils viennent de m’écrire que le livre continuait à se vendre très bien et qu’ils en avaient recommandés avant qu’il ne soit plus disponible. Dès le début juillet. Et maintenant ? Depuis mes premiers contacts avec le monde de l’édition dans les années 1990, j’ai connu bien des joies et des désillusions, j’ai pris pas mal de coups – certains furent rudes. Celui-ci me laisse en état de sidération. Si je me suis remis à travailler à mon hypothétique prochain roman, c’est de manière mécanique. Franchement, je ne sais pas si je remonterai en selle. Si cela en vaut encore la peine dans le monde de l’édition, et dans le monde tout court, tels qu’ils sont.

Article de Tigrane Yégavian pour France-Arménie, juillet-août 2017, rubrique « Pause lecture », p. 58.

Paru en mai dernier, le roman d’Olivier Delorme est un habile mélange de thriller historique et politique qui ne peut laisser indifférent. Mêlant la séquence du Génocide à celle de la crise grecque, l’auteur qui est surtout connu pour sa somme magistrale consacrée à l’histoire de la Grèce moderne, nous entraîne dans une intrigue haletante. Tigrane et Thierry Arevchadian sont deux Français d’origine arménienne, l’un douanier, s’étant engagé naguère avec l’ASALA, l’autre commissaire européen. Leur grand-père, Bédros Arevchadian, était venu à Constantinople de sa Trabzon natale à la veille du déclenchement de la guerre. Unique survivant d’une famille emportée par la barbarie turque, ce militant dachnak deviendra « vengeur » de l’opération Némésis. Un siècle plus tard, ses petits-fils tentent de récupérer des documents qui rendraient impossible le négationnisme de l’État turc, lorsque, à deux pas de Thierry, une balle tue le patron de la Stolz qui produit un pesticide accusé d’empêcher la reproduction des abeilles. Maîtrisant le récit grâce notamment à un excellent travail de documentation historique, l’auteur nous fait partager ses deux passions grecque et arménienne.

Mais qualifier ce roman de polar historique serait un brin réducteur. Plongée dans le passé et le présent, l’Athènes affamée que nous décrit Delorme n’a rien de celle grouillante de vie peinte par un Petros Markaris, tant la détresse du peuple grec frappé de plein fouet par le diktat de la troïka qui l’asservit prend des allures de tragédie contemporaine. Delorme se veut grave et accusateur, dénonçant une nouvelle et sournoise dictature qui ne dit pas son nom. En cela, la légèreté des dialogues – et des péripéties sentimentales du héros – se heurte à l’âpre violence du réel. « Allons admirer le chaos, peut-être trouverons-nous la solution » dit un des personnages. C’est là tout l’intérêt de la démarche de l’historien – écrivain, dont l’architecture du roman, fluide et aérienne, abolit la frontière entre passé et présent, mais aussi celle de la double appartenance sexuelle et identitaire (française et arménienne). Reste l’amour donc, comme ultime naufrage.

vendredi 23 juin 2017

De Nisyros... "une oeuvre magistrale..."

Il y a une chose que je n'imaginais pas, il y a quelques années, en ralliant Facebook sur le conseil d'un ami qui m'assurait que ce serai pour mi un moyen efficace de mieux faire connaître mes livres, c'est que ce réseau de rencontres virtuelles déboucherait sur des rencontres réelles. Or ce fut bien le cas à Paris, où plusieurs de ces rencontres ont débouché sur des amitiés et sur la constitution d'un réseau de connivences intellectuelles qui, un jour peut-être, prendre forme d'action...

C'est régulièrement le cas, lorsque je me déplace en province, pour des salons du livre ou des signatures, constatant à chaque fois que ce site, ce blog, ma page Facebook ont drainé vers mes livres des lecteurs avec lesquels se tisse parfois une relation d'une autre nature.

C'est même le cas à Nisyros où, en quelques jours, nous venons de passer deux riches et amicales soirées d'échange et de partage avec des amis Facebook qui ont fait le détour de notre volcan.

Pour le reste, Tigrane continue à susciter des réactions de lecteurs - celles qui me parviennent sont toutes très positives, et cela fait un immense plaisir, car ce livre, comme tous mes livres est né d'une indignation - devant la négation opiniâtre du crime - et de ma passion pour la liberté : parce que ce roman, comme tous mes romans, est né d'une irrésistible nécessité intime.

La dernière en date de ces réactions, je la découvre sur un site de critiques de lecteurs, ici, à Nisyros, dans la rue en escaliers, sous la maison, assis sur une marche à moitié à l'ombre, l'ordi sur les genoux, là où je capte à peu près bien le wi-fi.

"Une œuvre magistrale bien rythmée et efficace" : que souhaiter de plus pour conclure ce beau papier ???

lundi 19 juin 2017

De Nisyros... Tigrane l'Arménien lu par le Collectif Van

Arrivée à Nisyros hier (pour la première fois en 41 ans de vie citoyenne, je me suis abstenu : nulle envie de départager, dans ma circonscription, la peste Sarnez du choléra Szpiner...), et aujourd'hui je découvre la critique de "Tigrane l'Arménien" par le site VAN (Vigilance arménienne contre le négationnisme).

Sans doute un des médias dont la lecture et la critique sont pour moi les plus importants !

Pour le reste, Génie sans bouillir ayant donc sa majorité - même moins béton que prévue et avec un taux de participation qui la prive de toute légitimité - nous allons morfler - à la grecque !!!

Bon courage à toutezéatous comme annone notre dieu vivant !

dimanche 4 juin 2017

"Tigrane l'Arménien" dans "Nouvelles d'Arménie magazine"

Sous la plus de Christophe Chiclet, Nouvelles d'Arménie magazine, un des médias les plus diffusés chez les Français d'origine arménienne, consacre à mon Tigrane l'Arménien une page entière dans son numéro de juin. Je ne saurais vous dissimuler mon plaisir !

jeudi 1 juin 2017

La Crète à l'honnneur... Hugo aussi

Merci au site Retronews de la Bibliothèque nationale de France de m'avoir sollicité pour un papier sur l'histoire grecque.

Le principe c'est d'aller fouiner dans les archives de la presse que la BNF a mises en ligne pour illustrer un propos. J'avais ma petite idée : la révolte de Crète de 1866, l'Holocauste d'Arkadi écho de celui des Serbes en 1809 dans la plaine de Nis et de celui de Missolonghi en 1826, Hugo et même un lien avec la Commune à travers Flourens, qui combattit en Crète où il échappa aux Turcs avant de tomber sous les balles d'un Versaillais...

Et ça a parfaitement marché, et c'était passionnant à faire : puisque c'est le principe, cliquez sur les liens vers les articles d'époque, vous verrez, on n'était pas si mal informé !

C'est à lire ici, en libre accès durant une semaine ; après ce sera réservé aux abonnés.

jeudi 25 mai 2017

"Tigrane l'Arménien" dans "Le Monde des livres"

Le 4 mai dernier est sorti en librairie mon nouveau roman, Tigrane l'Arménien, et le jeudi 18 est parue, en page 4 du Monde des livres (daté du 19) consacré à la Grèce et aux écrivains présents à la Comédie du livre de Montpellier, une superbe critique - doublement heureux, parce qu'un pareil papier ne peut qu'émouvoir profondément un écrivain qui met tout son coeur dans ses livres (j'en tremblais d'émotion en le lisant), et parce que ce papier est signé par Philippe-Jean Catinchi pour qui j'ai la plus grande estime.

Puis je suis parti pour Romans, où une assistance nombreuse, attentive et réactive était fidèle au rendez-vous de ma troisième conférence de l'année (après une première sur les conditions de l'indépendance grecque, et une deuxième sur la construction territoriale de l'Etat grec) sur le thème : "La Grèce en 2017 : Etat souverain ou protectorat européen ?"

Thème d'actualité s'il en est , puisque dans la nuit précédente le Parlement grec avait voté un nouveau train de mesures exigées par "l'Europe", c'est-à-dire par l'Allemagne, et qu'on apprend ce soir - sans aucune surprise pour ma part : seuls les idiots pouvaient croire le contraire - que "l'Europe", c'est-à-dire l'Allemagne ( qui exige désormais ouvertement la nomination d'un Allemand à la tête de la BCE comme successeur de Draghi. Les réorienteurs de "l'Europe, qui ont cru à la campagne publicitaire pour la lessive Macron, comme les castors qui se sont laissés avoir à la grosse intox du "il faut faire barrage à..." en sont/seront pour leurs frais... et pour les nôtres. Mais là non plus aucune surprise pour moi ; dans mes 30 bonnes raisons pour sortir de l'Europe, j'écris ainsi : "Manifestement, les libertés que le président de la BCE a prises avec les dogmes ordolibéraux ont mis à mal le respect ordolibéralement sacro-saint de la banque centrale ! Draghi a beau avoir organisé de main de maître l’étouffement financier de la Grèce afin d’amener à résipiscence son gouvernement, les politiques qu’il a mises en œuvre pour « sauver l’euro », c’est-à-dire pour prolonger au-delà du raisonnable la vie de cette monnaie absurde et la descente aux enfers des peuples qu’elle tue, marquent sans doute la limite de ce qui est acceptable en Allemagne. Elles ne servent d’ailleurs à rien puisque les flots de liquidités déversés ne le sont pas sur les salariés/consommateurs, ce qui aurait un impact sur l’économie réelle et la croissance, mais sur les banques qui les utilisent pour leurs spéculations, jusqu’à l’éclatement de la prochaine bulle boursière. Et l’on peut gager qu’il faudra au successeur de Draghi plus qu’un casque à pointe décerné par Bild pour être adoubé par Berlin, qu’il lui faudra présenter de très sérieux brevets garantissant le retour, coûte que coûte, à l’orthodoxie la plus obtuse."

Ensuite, ce fut Montpellier et une salle comble, dans un très beau lieu - le Gazette café - pour un dialogue avec Catherine Pont-Humbert (merci à elle pour sa lecture et ses questions) autour de La Grèce et les Balkans. Il y eut encore un entretien sur la radio locale Aviva, principalement autour des 30 bonnes raisons et accessoirement sur Tigrane, des rencontres avec les amis de l'association montpelliéraine de solidarité avec le peuple grec auxquels j'étais venu apporter mon concours en mars par une conférence dans le cadre de leur collecte de fonds pour les associations grecques (et la coopérative Viome) qu'ils aident, avec un ami Facebook matérialisé, une lectrice assidue de ce blog, avec Philippe Menut, le réalisateur de l'indispensable film La tourmente grecque, avec deux chercheuses qui travaillent sur la Grèce et m'ont fait un grand plaisir en me disant que La Grèce et les Balkans leur avait été bien utile...

Ce fut aussi l'occasion de retrouver mes amis et éditeurs d'H&O, Henri et Olivier, Loïc Marcou (le traducteur de L'Ultime Humiliation de Rhéa Galanaki que j'ai chroniqué sur ce blog et qu'il faut lire) ou Petros Markaris, de faire la connaissance de Christos Ikonomou (il faut également lire son Ca va aller, tu vas voir paru en grec en 2010 ; son Le salut viendra de la mer, qui vient de sortir en français, je me le garde pour Nisyros cet été).

Un peu fatigué au retour, mais content - aussi parce que j'ai beaucoup signé : je n'avais plus de Tigrane le dimanche à midi...

Enfin, toujours dans mon actualité, je signale aux lecteurs de ce blog qui voudraient se le procurer que je serai...

mercredi 3 mai 2017

Plaisir d'esthète...

Ces temps-ci sont pour moi un peu bousculés et anxieux... puisque c'est demain que sort en librairie mon nouveau roman Tigrane l'Arménien.

Mais ils m'ont aussi réservé un plaisir d'esthète puisque, quasi le même jour, mes 30 bonnes raisons pour sortir de l'Europe se sont retrouvés à l'honneur à la fois dans Royaliste, le bimensuel de la NAR (Nouvelle action royaliste), Bertrand Renouvin ayant repris sur son blog la recension de deux pages pleines qu'il lui a consacrée, et sur le site d'Initiative Communiste, journal du PRCF (Pôle de Renaissance communiste en France) qui reproduit aussi mes trois articles sur la triple impasse dans laquelle se trouve aujourd'hui la Grèce, parus sur le blog L'Arène nie de Coralie Delaume et repris par le site "Les Crises" d'Olivier Berruyer.

Oui, la reconquête de la souveraineté est le préalable, non suffisant mais indispensable, à toute autre politique. Oui, tous ceux qui l'ont compris, le comprennent ou le comprendront, dans l'arc démocratique, devraient enfin se mettre à travailler ensemble pour proposer enfin, au-delà de leurs désaccords sur l'avenir, un plan de sortie de l'ornière européenne, expliquer clairement que refonder la République, refaire de la politique, rebâtir l'Etat social et la démocratie, que vont continuer à démanteler le Banquier aux ordres de Bruxelles et de l'Allemagne, suppose la sortie de l'euro et de l'UE. Oui Asselineau a joué, durant cette lamentable campagne, un précieux rôle de précurseur et de pédagogue en portant pour la première fois ce discours-là, mais ce discours-là ne peut être porté par une seule formation, à la base électorale étroite. Il faut qu'il le soit par un rassemblement, un nouveau CNR, qui, sans dissimuler aux électeurs les divergences sur l'avenir entre ses membres, aille au peuple avec un programme de salut public pour le pilotage de cette sortie - faute de quoi le FN, auquel on a abandonné le terrain de la souveraineté, de la nation, de la question sociale, de la démocratie même, accédera immanquablement au pouvoir. La prochaine fois si ce n'est cette fois-ci.

Pour le reste, les injonctions à voter pour l'incarnation d'une politique suicidaire qui fait continuellement monter le FN depuis 30 ans, afin de "faire barrage" à ce même FN, commencent vraiment à me fatiguer - pour rester poli.

Quant à la propagande obscène des médias et de la nomenklatura en général pour le porte-manteau hystérique de Merkel, j'ai le sentiment qu'elle pourrait bien avoir l'effet exactement inverse à celui qu'elle est censée provoquer - ces gens-là semblent n'avoir rien compris, rien appris ni du pilonnage médiatique de 2005, ni de celui du référendum grec, ni de celui du Brexit ou de l'élection de Trump.

jeudi 13 avril 2017

Tigrane l'Arménien : sortie le 4 mai

En mai 2008, nous participions, ma copine Marina Dédéyan et moi au salon du livre à La Gaude et, dans le même café littéraire où nous intervenions, sur le thème "Les grandes tragédies de l’Histoire : des bavures inexcusables ? Ou comment expliquer aux générations futures les erreurs du passé ! " (je venais de publier L'Or d'Alexandre où il est notamment question de la spoliation des collections juives par les nazis), une auteur dont je tairai le nom s'est mise à tenir des propos négationnistes sur le génocide arménien. Marina devait prendre un avion, elle est partie en me glissant à l'oreille : "je compte sur toi pour nous défendre".

Le lendemain, à l'aéroport de Nice, lorsque j'ai croisé la négationniste à gros tirages, j'ai senti que ma tête aurait volé à l'autre bout du hall des départs si ses yeux avaient été des yatagans.

Et je suis rentré à Paris en me disant que mon prochain roman tournerait autour du génocide arménien. Puis à la Comédie du livre de Montpellier, deux semaines plus tard, le père de Marina, m'a mis sur la trace de ces "Vengeurs" que le parti arménien socialiste révolutionnaire Dachnak lança, après la guerre, les Alliés n'ayant pas tenu leur promesse de punir les responsables turcs du génocide, à la traque des principaux d'entre eux, dont plusieurs furent éliminés...

J'ai commencé d'écrire Tigrane l'Arménien à Nisyros durant l'été 2008. Puis est arrivée la commande de Gallimard pour La Grèce et les Balkans qui a occupé cinq ans de ma vie. J'ai rangé Tigrane dans un tiroir.

Lorsqu'il en est ressorti, en 2014, j'avais changé ; le monde aussi. J'ai remis Tigrane sur le métier. Il n'était pas fini pour les cent ans du génocide. J'ai dû en terminer l'écriture au cours de l'été suivant - toujours à Nisyros.

Après 5 romans et quelques autres livres, j'ai alors pensé, en accord avec mes amis d'H&O, que le moment était peut-être venu de tenter une nouvelle aventure avec un autre éditeur, dont le diffuseur aurait une plus grande "force de frappe". J'ai cherché, essuyé des refus. Je l'ai fait lire à Geneviève Perrin qui m'a aidé, par ses précieux conseils, à comprendre certains défauts du manuscrit ; j'ai rencontré Colette Lambrichs, de La Différence, qui a tout de suite été enthousiaste - moyennant quelques retouches sur les mêmes problèmes que Geneviève avait identifiés.

Ce roman emmêle deux temps, celui du génocide et des Vengeurs, le nôtre - notamment dans La Grèce malmenée par l'Union européenne. Et voilà, il sera le 4 mai en librairie. Je serai avec lui à la Comédie du livre de Montpellier (retour aux sources !) les 20 et 21 mai, je le présenterai et le signerai le vendredi 9 juin à la Librairie Ithaque (73 rue d'Alésia, Paris 14e, métro Alésia), et sans doute à la fin de l'été chez Iannis et Odile Brehier à la librairie Lexikopoleio à Athènes... en attendant, j'espère, d'autres escales.

Mais si j'écris ce post maintenant, c'est qu'une longue période se termine ce soir : je viens de tenir entre mes mains le premier exemplaire d'auteur - tout juste sorti des presses. Au sixième roman, c'est toujours la même émotion, la même joie de tenir, enfin, l'Objet entre ses mains. C'est la fin, la matérialisation d'un long processus ; c'est le début d'une nouvelle aventure.

mercredi 22 mars 2017

Rendez-vous dimanche au Salon du livre de Paris

La librairie Desmos animera cette année le stand grec (L78) du salon du livre, à l'initiative de la Fondation hellénique pour la culture avec le soutien du ministère grec de la Culture. Voici le programme des présences sur le stand :

Plusieurs écrivains et traducteurs seront présents.

- Vendredi 24 mars, de 15 h à 18 h: le poète et traducteur Constantin Kaïteris présentera ses traductions d'Elytis, Embiricos, Engonopoulos et Valaoritis.

- Samedi 25 mars, de 15 h à 18 h: Vassilis Alexakis, Rhéa Galanaki et Yannis Tsirbas dédicaceront leurs livres sur le stand.

- Samedi 25 mars, de 18 h à 19 h, salle Pégase, débat sur La littérature grecque en temps de crise, avec les écrivains Rhéa Galanaki et Yannis Tsirbas, avec les traducteurs Loïc Marcou et Michel Volkovitch et Yannis Mavroeïdakos, directeur de la revue Desmos-Le Lien, ainsi que Katerina Fragou, agent littéraire.

- Dimanche 26 mars, de 15 h à 18 h, j'y serai, avec La Grèce et des Balkans du Ve siècle à nos jours ainsi qu'avec mes romans (mais pour ne pas "choquer" les sponsors, les 30 bonnes raisons n'y seront pas... On devrait faire en revanche une signature conjointe, à la librairie, de ces 30 bonnes raisons pour sortir de l'Europe et de mon prochain roman, Tigrane l'Arménien, à paraître à La Différence début mai : à suivre...).

		

lundi 20 mars 2017

Parce que c'était lui... Au revoir à un ami !

En 2005, l’association des "Bisqueers roses de Reims" m’avait invité, à l’occasion de son festival culturel gay et lesbien, à présenter mon dernier roman, La Quatrième Révélation, dans le cadre d’un forum de la FNAC. Nous étions là trois auteurs, je crois, et après les présentations et les questions du public, les échanges se prolongeaient par petit groupes quand une dame s’approcha de moi et me demanda si j’aurais la gentillesse d’aller parler au monsieur qu’elle accompagnait et qui se trouvait près de la sortie. Le monsieur en fauteuil roulant.

Josine me raconta plus tard que c’est elle qui, me trouvant un air sympathique, avait dit à Michel qu’elle irait me chercher, alors que lui, qui avait lu – et aimé – mes trois derniers romans, ne voulait pas qu’on me dérangeât. Je suivis Josine et arrivai devant Michel Robert. Sa voix n’était pas très forte et je m’accroupis, comme par réflexe, devant son fauteuil à la fois pour mieux entendre ce qu’il disait en raison du brouhaha ambiant et pour parler en face à face. Nous discutâmes, de mes romans, de sa lecture, assez longtemps je crois. Nous échangeâmes téléphones et adresses électroniques.

Puis, au moment où j’allais le quitter, Michel lâcha : « En tout cas, je vous remercie d’avoir accordé du temps et de l’attention à quelqu’un comme moi ». Je restai interdit un instant :

– Comment ça, comme vous ?

– Ben oui, un handicapé.

– Comment ça, un handicapé ? J’ai échangé avec un lecteur, pas avec un handicapé, et avec un lecteur qui m’a parlé de mes livres d’une manière qui me touche…

Ces quelques mots que Michel venait de me dire se sont mis à tourner dans ma tête. Ils ont amorcé un dialogue, une amitié. Nous avons pris l’habitude de nous téléphoner, nous sommes allés le voir, quelquefois, à Ay, où les larges baies vitrées d’un appartement plein de livres et de beaux objets donnent sur le canal. Il est venu me voir à Paris, pour des salons du livre, à la maison. Mais comment diable avait-il pu penser que, parce qu’il était handicapé, je ne lui aurais pas accordé la même attention qu’à un autre lecteur ? J’ai fini par lui poser la question. Il m’a répondu qu’un de mes « collègues », un jour, dans une circonstance identique, l’avait envoyé paître à peine poliment. Puis à force de questions, il m’a, par petites touches, raconté les regards qui se détournent, les réflexions désobligeantes saisies au vol, les gestes d’inattention ou de malveillance qui blessent, qui compliquent l’existence, empoisonnent le quotidien.

Josine, elle, m’a dit combien il avait été ému par ce que j’avais fait naturellement, par réflexe : m’accroupir pour que nous soyons à la même hauteur d’homme. Combien il m’en était… reconnaissant. Josine est son auxiliaire de vie – drôle, truculente même, pleine de vitalité communicative et d’attentions, sans en avoir l’air. Une sacrée bonne femme, pour laquelle je me suis senti en même temps une solide sympathie et une robuste admiration.

Tous mes livres sont nés d’un coup au cœur, d’une colère, de la volonté de rendre la parole à des hommes auxquels on l’a enlevée. Rapidement, après notre première rencontre et ses mots qui m’avaient interloqué, je me suis dit que mon prochain roman aurait un handicapé pour héros. Littérature, télé, cinéma, le handicap était alors absent de la fiction en France. L’Or d’Alexandre est paru en 2008, trois ans avant Intouchables.

Alors un jour, j’ai pris mon courage à deux mains et décroché le téléphone. J’ai expliqué à Michel ce que je voulais faire. Un thriller historique, dans la veine de mon précédent roman, autour du vrai et du faux en art et en archéologie, avec le Louvre (où je venais de passer un an) et le monde des galeristes en toile de fond, dont un handicapé serait le… moteur. Il ne s’agissait pas de raconter la vie de Michel, et je ne voulais pas faire larmoyer Margot sur un « pauvre handicapé ». Je voulais écrire un livre de suspense, d’action, d’amour dans lequel le lecteur se rendrait compte soudain, après une centaine de pages, que le personnage qui mène le jeu vit dans un fauteuil. Je voulais aussi écrire un livre vrai. J’ai expliqué à Michel que je ne pourrais l’écrire s’il ne me disait pas tout. Tout ce qu’était sa vie. S’il ne répondait pas à mes questions, à toutes – les plus naïves, les plus stupides, les plus intimes, les plus désagréables. Je crois vraiment qu’il n’a pas hésité un instant avant de me dire que, bien sûr, il était partant.

Michel était tétraplégique. Il avait perdu l’usage de ses quatre membres à la suite d’un accident d’automobile : fracture des vertèbres C6-C7 ; ses triceps ne marchaient plus, il ne pouvait se mouvoir seul ; mais ses biceps et la pince pouce-index fonctionnaient encore. Il m’a tout raconté : le réveil après l’accident, la souffrance physique, l’angoisse, la volonté de disparaître quand on apprend qu’on ne vivra plus jamais comme avant, la rééducation, les espoirs et les déceptions, la douleur de la dépendance, l’incontinence fécale ou la constipation, les crises d’hypertonie spastique (la jambe qui se tend soudain hors de tout contrôle), le rapport à une sexualité qu’il ne pouvait plus vivre… Il a toujours répondu scrupuleusement à toutes mes questions, sans fausse pudeur, sans jamais éluder, même s’il pouvait souffrir d’avoir à y répondre, même si je ne faisais preuve d’aucune « pitié » pour tenter d’appréhender son vécu dans toutes ses dimensions. Et puis il y avait son rapport avec Josine, qu’il n’appelait jamais que « Madame Deplanque »…

J’ai écouté, regardé ; j’ai fait mon boulot de romancier : digérer, reconfigurer, écrire. Dans L’Or d’Alexandre, Philippe doit tout à Michel et Malika Cherfi doit beaucoup à Josine ; mais Philippe est Michel justement parce qu’il n’est pas Michel. Éviter tout pathos, oser l’autodérision, ou l’autocruauté, qui me frappaient dans certaines de ses remarques. Oser faire sourire de certains mots, maux, situations où le drame le dispute à la comédie.

Encore fallait-il passer l’épreuve de sa lecture. Il attendait impatiemment le manuscrit – probablement aussi avec appréhension. Mais il ne m’en a jamais rien dit. Lorsque j’eus mis le point final, je lui précisai que – évidemment – il pouvait corriger tout ce qu’il voulait, que je supprimerais sans discuter tout ce qu’il pouvait juger inutile ou inopportun. Ce livre n’aurait pas existé sans lui, il ne pouvait exister s’il avait ne fût-ce qu’une réticence à son égard. Il aurait juste à dire et je m’exécuterais. Je n’ai pas eu longtemps à attendre – sur des charbons ardents – son coup de téléphone. Enthousiaste, ému. Il ne m’a fait qu’une seule remarque : j’avais écrit que le coussin anti-escarres était rempli d’eau, alors qu’il était gonflé à l’air, composé d’œufs indépendants les uns des autres, qui se mettent parfois de travers, nécessitant d’être un peu soulevé pour se retrouver d’aplomb.

Naturellement, L’Or d’Alexandre porte une dédicace : « À Michel Robert. Sans son amitié, son courage et sa confiance, ce livre n’aurait pas existé ». Et jamais dédicace ne fut plus justifiée.

Michel a suivi ma tournée de promotion avec une curiosité gourmande. Le soir de la remise du prix « Handi livres », il était plus impatient que moi. Et lorsque je l’ai appelé pour lui donner le résultat, je l’ai senti plus déçu que moi (cherchant à me cacher sa déception, pour me réconforter) et plus scandalisé que moi (il ne cachait pas sa colère) lorsque je lui ai expliqué que L’Or avait obtenu le vote de la majorité des membres du jury, mais qu’il était arrivé deuxième parce que le sponsor du prix, qui avait voix double, avait inversé l’ordre…

Reste que, pour nous deux, je crois, L’Or d’Alexandre fut une intense aventure humaine – qui vaut largement tous les prix.

Durant les années qui suivirent, notre dialogue s’est poursuivi, à distance le plus souvent. Il m’interrogeait toujours sur ce que j’étais en train d’écrire, il était impatient de lire le prochain roman, ennuyé, je crois, que j’aie consacré tant de temps à La Grèce et les Balkans, ce qui me distrayait de l’écriture romanesque. Je lui ai raconté Tigrane l’Arménien au téléphone : mon prochain roman aura mis trop de temps pour trouver son éditeur. Michel ne pourra pas le lire.

Vendredi dernier, j’étais à Montpellier pour faire une conférence à l’invitation du collectif local de soutien au peuple grec. Et j’ai passé le samedi avec Henri et Olivier, mes amis de H&O qui ont édité mes cinq derniers romans et mon récent essai sur l’Europe. Pendant des années, Michel a acheté tout ce qui sortait chez H&O – la lecture était un des moyens essentiels par lequel il restait présent au monde. Mais à eux comme à moi, Michel disait depuis quelque temps qu’il avait de plus en plus de mal à lire, à se concentrer pour lire. Il avait aussi partiellement perdu l’usage de ses « pinces » ; il avait de plus en plus de mal à conserver un intérêt pour la vie. Sa famille, ses petits-neveux dont il m’avait raconté à plusieurs reprises la joie qu’il éprouvait à les emmener au Louvre, demeuraient pour lui un point d’ancrage essentiel.

Samedi dernier, nous avons constaté, Henri, Olivier et moi que nous n’avions pas de nouvelles récentes de Michel. Depuis plusieurs semaines, je me disais que je manquais à notre amitié, que j’avais laissé passer top de temps. Et puis les urgences, la vie… À Henri et Olivier j’ai dit : « Impérativement, je l’appelle lundi ». Mais dimanche, en rentrant de Montpellier, j’ai reçu un message de Josine. Je l’ai rappelée avant même d’arriver à la maison : la veille, alors que nous parlions de lui à Montpellier, Michel avait eu un AVC, alors que Josine le préparait pour sa journée. Il était parti pour l’hôpital, encore conscient, en lui disant : « à ce soir ». Puis il s’était enfoncé dans le coma. Sans espoir de retour. Il ne voulait pas d’acharnement. Josine a ajouté qu’il était en train de lire mes 30 bonnes raisons pour sortir de l’Europe – probablement par pure fidélité à notre amitié, car je doute que ces questions-là l’aient beaucoup passionné ces temps-ci. Il est resté un ami fidèle alors que j’étais un ami trop absent.

J’ai dit à Josine qu’elle me prévienne. Lundi, c’est la nièce de Michel qui, respectant ses volontés, m’a rappelé pour me dire qu’il était parti. Et, comme il s’était converti à l’Islam, il y a bien des années, l’inhumation devait se faire rapidement – mardi. Impossible pour moi d’annuler les cours que je donnais ce jour-là, pour aller lui dire au revoir.

Alors voilà, aujourd’hui, j’ai l’impression, amère, d’avoir raté nos derniers rendez-vous, de n’avoir pas été assez présent ces derniers temps. Pardonne-moi, Michel ! Ce texte, c’est mon baiser d’adieu et un bouquet de mots sur ta tombe pour te dire que tu as été quelqu’un d’important dans ma vie. Tu es libéré de ce corps où tu souffrais d’être emprisonné. J’espère, moi le païen, que le paradis des bons musulmans existe et que tu y es heureux.

Compte courriel piraté !

Si certains d'entre vous, chers lecteurs, recevez de ma part une demande d'aide, c'est que vous étiez dans mon carnet d'adresses courriel d'Orange.

Je ne suis pas en perdition à Athènes.

Le message à mon nom venant de l'adresse suivante : voila1498@btinternet.com, est celui d'un pirate ! N'y répondez pas, détruisez-le !

Mon compte courriel a en effet été piraté et mon carnet d'adresses aspiré et vidé, si bien que je ne peux même pas avertir mes correspondants. Je tâche de le faire à partir de mes messages archivés...

Excusez-moi par avance de la gêne occasionnée.

dimanche 22 janvier 2017

Tous nos voeux aux lecteurs de ce blog pour 2017 !

En 2016, lorsque nous sommes revenus de Nisyros, maman venait d'entrer à l'hôpital. Elle nous a quittés le 15 février. Je n'ai pas eu le coeur à vous bricoler notre habituelle carte de voeux. Je pense beaucoup à elle ces jours-ci... Mais je reprends le fil de notre "tradition".

Voici donc notre carte de voeux 2017 (je crois que nous en aurons collectivement le plus grand besoin !) avec des images de notre séjour en décembre-janvier dernier sur notre volcan.

Pour moi, 2017, sera tout à la fois l'année des mes 30 bonnes raisons pour sortir de l'Europe, chez mes éditeurs (et amis) "historiques", H&O, dont le démarrage est fort encourageant... les retours de lecteurs connus ou inconnus (comme celui qui a écrit la première critique sur Amazon), me faisant penser que j'ai, en tout cas, atteint le but que je m'étais fixé : écrire un livre d'intervention, facile à lire sans sacrifier la complexité, démontrant par l'histoire et les faites que l'UE n'a rien à voir avec ce que rabâche depuis plus de 65 ans la propagande.

Mais 2017 devrait être aussi l'année de la sortie de mon septième roman, provisoirement intitulé Tigrane l'Arménien. Ce livre, comme tous mes romans, est né d'une rencontre et d'une indignation qui ont généré une nécessité intime. Il est né d'un débat dans un salon du livre où nous étions, ma copine Marina Dédéyan et moi, sur les hauteurs de Nice, il y a quelques années déjà (moi, ce devait être pour L'Or d'Alexandre...). Et nous nous sommes trouvés confrontés à une journaliste de L'Obs, auteure de best-sellers et descendante de la famille ottomane qui a nié le génocide avec les arguments habituels de ce genre de personnage. Marina avait un avion à prendre, elle est partie en me disant : je te laisse la tâche de défendre les victimes, ou quelque chose du genre. Le lendemain, j'ai croisé à l'aéroport de Nice la journaleuse ottomano-obsienne en question : si ses yeux avaient été des yatagans, je ne serais plus de ce monde. Rentré à la maison, je me suis dit : je ne peux plus faire autrement que d'écrire un roman là-dessus...

Il m'a fallu, comme souvent, beaucoup de temps pour trouver la forme romanesque. L'écriture en fut interrompue durant 5 ans, par la commande de Gallimard qui aboutit aux trois tomes de La Grèce et les Balkans. Et lorsque je repris ce qui avait été écrit 5 plus tôt, je n'étais plus le même, le monde... et la Grèce non plus. J'ai remis l'ouvrage sur le métier... Puis il a fallu trouver un éditeur ; H&O était preneur mais nous étions parfaitement d'accord pour que je tente une aventure ailleurs. Le temps a de nouveau passé...

Hier soir, j'ai bouclé ce soir le retravail sur le manuscrit que m'a demandé l'éditeur - enthousiaste, mais qui à identifié de manière très pertinente quelques problèmes que je pense avoir réglé : le séjour nisyriote y fut largement consacré. Après une dernière relecture, le manuscrit est parti à sa destinataire...

Sur les charbons ardents, bien entendu, en attendant sa réaction !

mercredi 4 janvier 2017

Première connexion nisyriote de l'année, dernières mentions des "30 bonnes raisons pour sortir de l'Europe"

Belle année à tous ! Kali chronia kai chronia polla !

Depuis une semaine, nous sommes à Nisyros, après une halte forcée d'une nuit à Kos, à cause du vent. Alternance de superbes journées printanières, comme aujourd'hui (deux bains de mer les 1er et 2 janvier : une merveille !) et de froid... tonique ! Apparemment, demain ce sera tempête et les jours suivants de nouveau hivernaux...

L'île est belle... toujours... et sèche... encore. Il est loin d'avoir plu assez pour combler le déficit de l'an passé...

En attendant, mes Trente bonnes raisons pour sortir de l'Europe poursuit sa route :

- d'abord, il y a eu, le 26 décembre, sur le nouveau et excellent site d'information ''Le Vent se lève'', dont j'ai déjà dit sur ce blog (et je le redirai) tout le bien que j'en pense, une critique (sous-titrée : "de la critique à la mise à mort") de Lenny Benbara... et c'est un plaisir intense d'être apprécié par les gens qu'on apprécie !

- ensuite, l'ami Panagiotis Grigoriou en cause une deuxième fois dans un des derniers papiers de son indispensable blog greekcrisis (aidez-le, si vous le pouvez, il défend notre liberté d'être informé autrement que par les médias de révérence) ;

- enfin (provisoirement !), Coralie Delaume, sur son tout aussi indispensable blog, "L'Arène nue", a publié, le dernier jour de 2016, une interview intitulée : "L'Europe fait preuve de cécité géostratégique face à la Turquie". Je n'ai pas encore lu le livre qu'elle publie ces jours-ci avec l'économiste David Cayla, La Fin de l'Union européenne (Michalon), mais ce que je peux vous dire, pour l'avoir déjà parcouru, c'est que leur livre et le mien sont parfaitement complémentaires... sans que nous ne nous soyons concertés !

Et avec contre elle, des mousquetaires comme nous, cette vieille catin d'UE a du souci à se faire.

Quant au Royaume-Uni, un universitaire historien à qui j'ai envoyé mon livre, m'écrit dans un courriel ouvert ce jour qu'un récent sondage donne désormais 68 % de Britanniques favorables à la poursuite du Brexit. Comme en 1940, les Britanniques nous montrent la voie, n'attendons pas qu'il soit trop tard pour la suivre !

Bref, pour 2017, je nous souhaite d'abord la mort de cette UE, machine à défaire la démocratie, étouffer l'économie et écorcher les peuples, à commencer par le peuple grec qui a servi, depuis 2009, d'animal de laboratoire.