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« Humeur : Se réjouir quand elle sort, et s’étonner que le corps humain puisse en contenir de si grandes quantités. » Le Dictionnaire des idées reçues de Gustave Flaubert est un pur chef-d’œuvre et l’on jouit à coup sûr dès qu’on le rouvre. Jamais déçu !
Or donc, mon corps (et mon esprit) contenant de si grandes quantités d’humeurs (généralement malignes), je me suis dit que crever de temps en temps les furoncles où elles s’accumulent me procurerait un ineffable soulagement – précieux à mon équilibre général et donc à mon travail. Mais qu’on ne s’attende pas à trouver ici des humeurs subtiles : nulle objectivité, nulle périodicité ; que de la mauvaise foi erratique, de la polémique jaculatoire.
Un modèle ? le Bloc-notes de Mauriac bien sûr, relevant le 14 novembre 1953, à propos du président du Conseil Joseph Laniel, qu’« il y a du lingot dans cet homme-là », ou le 22 novembre 1954 qu’« il existe une haine singulière, chez nous, contre la prééminence de l’esprit ».
De sa création au 6 mai 2012, ce blog a eu comme tête de Turc celui qui a tenu lieu de président, durant cinq ans, à une République qu'il a si souvent caricaturée, défigurée, ridiculisée. Si cette pénible parenthèse s'est refermée, rien n'a pour autant significativement changé parce que le changement d'équipe ne s'est traduit par aucun réel changement de politique, parce que la capitulation inaugurale devant la chancelière de fer du Monsieur Prudhomme qui a succédé à Caligula a vidé cette alternance du sens qu'elle aurait pu avoir, parce que, du fait de cette capitulation, ce qu'est devenu l'Europe au tournant des années 1980-1990 - une machine à imposer aux peuples européens la loi d'airain du néolibéralisme et du libre-échangisme qui met en concurrence des travailleurs protégés et des semi-esclaves - continue à vider la démocratie de sa substance et à réduire l'exercice de la souveraineté populaire - l'élection - à un concours d'élégance chargé de désigner celui qui conduira la seule politique possible, une Europe au nom de laquelle, depuis 2009, on martyrise ce peuple grec qui m'est si cher et qui m'a tant donné...

mercredi 22 mars 2017

Rendez-vous dimanche au Salon du livre de Paris

La librairie Desmos animera cette année le stand grec (L78) du salon du livre, à l'initiative de la Fondation hellénique pour la culture avec le soutien du ministère grec de la Culture. Voici le programme des présences sur le stand :

Plusieurs écrivains et traducteurs seront présents.

- Vendredi 24 mars, de 15 h à 18 h: le poète et traducteur Constantin Kaïteris présentera ses traductions d'Elytis, Embiricos, Engonopoulos et Valaoritis.

- Samedi 25 mars, de 15 h à 18 h: Vassilis Alexakis, Rhéa Galanaki et Yannis Tsirbas dédicaceront leurs livres sur le stand.

- Samedi 25 mars, de 18 h à 19 h, salle Pégase, débat sur La littérature grecque en temps de crise, avec les écrivains Rhéa Galanaki et Yannis Tsirbas, avec les traducteurs Loïc Marcou et Michel Volkovitch et Yannis Mavroeïdakos, directeur de la revue Desmos-Le Lien, ainsi que Katerina Fragou, agent littéraire.

- Dimanche 26 mars, de 15 h à 18 h, j'y serai, avec La Grèce et des Balkans du Ve siècle à nos jours ainsi qu'avec mes romans (mais pour ne pas "choquer" les sponsors, les 30 bonnes raisons n'y seront pas... On devrait faire en revanche une signature conjointe, à la librairie, de ces 30 bonnes raisons pour sortir de l'Europe et de mon prochain roman, Tigrane l'Arménien, à paraître à La Différence début mai : à suivre...).

		

mardi 21 mars 2017

C'est Macron qu'ils nous fourguent

Macron TV qui a commandé un sondage à Macron sondage annonce que Macron est le plus convaincant et le plus présidentiel des présidentiables. On espère que cette nouvelle capitale sera relayée sur Macron Inter, Macron Culture, Marcon Libé, Macron Le Monde, Macron Le Point, Macron L'Express, Macron Match, Macron Les Echos, Macron L'Opinion... car c'est tout de même une information capitale à l'issue d'un débat dont on été exclus par les Macron sondages, 6 des 11 candidats victimes d'une scandaleuse rupture d'égalité d'accès à l'électeur.

Mais ça n'est pas grave puisque le Macron système a déjà désigné le Macron président. Et puis comme de toute façon, c'est Berlin qui décide, on s'en tape.

Et de ce côté-là c'est plus blindé qu'un char Tigre, si vous voyez ce que je veux dire, puisque le SPD et la CDU ont dit que c'est Macron qu'il nous faut !

De mon côté, j'étais dispensé : javais Philharmonie. Monteverdi, Orfeo, Les Arts florissants, c'était tout de même autre chose que ce guignol organisé par les puissances d'argent pour faire croire qu'on est encore en démocratie, entre des leurres destinés à perpétuer le système cinq ans de plus... le tout en éliminant plus de la moitié des candidats : déni flagrant de démocratie que tout démocrate conséquent aurait dû boycotter. Car enfin, soit seuls les candidats désignés par les sondeurs ont le droit d'accès à l'électeur, et alors on a qu'à interdire aux autres de se présenter - ce qui, au moins, aurait le mérite de la clarté - , soit les candidats remplissant les conditions pour se présenter doivent concourir dans des conditions d'égalité.

L'égalité, pas d'équité. L'égalité c'est mesurable, l'équité, ça dépend qui en juge. C'est un concept caoutchouteux qui permet d'éliminer tous ceux qui dérangent. Et la loi des solfériniens substituant l'équité à l'égalité dans la campagne présidentielle est à ranger parmi les lois scélérates.

lundi 20 mars 2017

Parce que c'était lui... Au revoir à un ami !

En 2005, l’association des "Bisqueers roses de Reims" m’avait invité, à l’occasion de son festival culturel gay et lesbien, à présenter mon dernier roman, La Quatrième Révélation, dans le cadre d’un forum de la FNAC. Nous étions là trois auteurs, je crois, et après les présentations et les questions du public, les échanges se prolongeaient par petit groupes quand une dame s’approcha de moi et me demanda si j’aurais la gentillesse d’aller parler au monsieur qu’elle accompagnait et qui se trouvait près de la sortie. Le monsieur en fauteuil roulant.

Josine me raconta plus tard que c’est elle qui, me trouvant un air sympathique, avait dit à Michel qu’elle irait me chercher, alors que lui, qui avait lu – et aimé – mes trois derniers romans, ne voulait pas qu’on me dérangeât. Je suivis Josine et arrivai devant Michel Robert. Sa voix n’était pas très forte et je m’accroupis, comme par réflexe, devant son fauteuil à la fois pour mieux entendre ce qu’il disait en raison du brouhaha ambiant et pour parler en face à face. Nous discutâmes, de mes romans, de sa lecture, assez longtemps je crois. Nous échangeâmes téléphones et adresses électroniques.

Puis, au moment où j’allais le quitter, Michel lâcha : « En tout cas, je vous remercie d’avoir accordé du temps et de l’attention à quelqu’un comme moi ». Je restai interdit un instant :

– Comment ça, comme vous ?

– Ben oui, un handicapé.

– Comment ça, un handicapé ? J’ai échangé avec un lecteur, pas avec un handicapé, et avec un lecteur qui m’a parlé de mes livres d’une manière qui me touche…

Ces quelques mots que Michel venait de me dire se sont mis à tourner dans ma tête. Ils ont amorcé un dialogue, une amitié. Nous avons pris l’habitude de nous téléphoner, nous sommes allés le voir, quelquefois, à Ay, où les larges baies vitrées d’un appartement plein de livres et de beaux objets donnent sur le canal. Il est venu me voir à Paris, pour des salons du livre, à la maison. Mais comment diable avait-il pu penser que, parce qu’il était handicapé, je ne lui aurais pas accordé la même attention qu’à un autre lecteur ? J’ai fini par lui poser la question. Il m’a répondu qu’un de mes « collègues », un jour, dans une circonstance identique, l’avait envoyé paître à peine poliment. Puis à force de questions, il m’a, par petites touches, raconté les regards qui se détournent, les réflexions désobligeantes saisies au vol, les gestes d’inattention ou de malveillance qui blessent, qui compliquent l’existence, empoisonnent le quotidien.

Josine, elle, m’a dit combien il avait été ému par ce que j’avais fait naturellement, par réflexe : m’accroupir pour que nous soyons à la même hauteur d’homme. Combien il m’en était… reconnaissant. Josine est son auxiliaire de vie – drôle, truculente même, pleine de vitalité communicative et d’attentions, sans en avoir l’air. Une sacrée bonne femme, pour laquelle je me suis senti en même temps une solide sympathie et une robuste admiration.

Tous mes livres sont nés d’un coup au cœur, d’une colère, de la volonté de rendre la parole à des hommes auxquels on l’a enlevée. Rapidement, après notre première rencontre et ses mots qui m’avaient interloqué, je me suis dit que mon prochain roman aurait un handicapé pour héros. Littérature, télé, cinéma, le handicap était alors absent de la fiction en France. L’Or d’Alexandre est paru en 2008, trois ans avant Intouchables.

Alors un jour, j’ai pris mon courage à deux mains et décroché le téléphone. J’ai expliqué à Michel ce que je voulais faire. Un thriller historique, dans la veine de mon précédent roman, autour du vrai et du faux en art et en archéologie, avec le Louvre (où je venais de passer un an) et le monde des galeristes en toile de fond, dont un handicapé serait le… moteur. Il ne s’agissait pas de raconter la vie de Michel, et je ne voulais pas faire larmoyer Margot sur un « pauvre handicapé ». Je voulais écrire un livre de suspense, d’action, d’amour dans lequel le lecteur se rendrait compte soudain, après une centaine de pages, que le personnage qui mène le jeu vit dans un fauteuil. Je voulais aussi écrire un livre vrai. J’ai expliqué à Michel que je ne pourrais l’écrire s’il ne me disait pas tout. Tout ce qu’était sa vie. S’il ne répondait pas à mes questions, à toutes – les plus naïves, les plus stupides, les plus intimes, les plus désagréables. Je crois vraiment qu’il n’a pas hésité un instant avant de me dire que, bien sûr, il était partant.

Michel était tétraplégique. Il avait perdu l’usage de ses quatre membres à la suite d’un accident d’automobile : fracture des vertèbres C6-C7 ; ses triceps ne marchaient plus, il ne pouvait se mouvoir seul ; mais ses biceps et la pince pouce-index fonctionnaient encore. Il m’a tout raconté : le réveil après l’accident, la souffrance physique, l’angoisse, la volonté de disparaître quand on apprend qu’on ne vivra plus jamais comme avant, la rééducation, les espoirs et les déceptions, la douleur de la dépendance, l’incontinence fécale ou la constipation, les crises d’hypertonie spastique (la jambe qui se tend soudain hors de tout contrôle), le rapport à une sexualité qu’il ne pouvait plus vivre… Il a toujours répondu scrupuleusement à toutes mes questions, sans fausse pudeur, sans jamais éluder, même s’il pouvait souffrir d’avoir à y répondre, même si je ne faisais preuve d’aucune « pitié » pour tenter d’appréhender son vécu dans toutes ses dimensions. Et puis il y avait son rapport avec Josine, qu’il n’appelait jamais que « Madame Deplanque »…

J’ai écouté, regardé ; j’ai fait mon boulot de romancier : digérer, reconfigurer, écrire. Dans L’Or d’Alexandre, Philippe doit tout à Michel et Malika Cherfi doit beaucoup à Josine ; mais Philippe est Michel justement parce qu’il n’est pas Michel. Éviter tout pathos, oser l’autodérision, ou l’autocruauté, qui me frappaient dans certaines de ses remarques. Oser faire sourire de certains mots, maux, situations où le drame le dispute à la comédie.

Encore fallait-il passer l’épreuve de sa lecture. Il attendait impatiemment le manuscrit – probablement aussi avec appréhension. Mais il ne m’en a jamais rien dit. Lorsque j’eus mis le point final, je lui précisai que – évidemment – il pouvait corriger tout ce qu’il voulait, que je supprimerais sans discuter tout ce qu’il pouvait juger inutile ou inopportun. Ce livre n’aurait pas existé sans lui, il ne pouvait exister s’il avait ne fût-ce qu’une réticence à son égard. Il aurait juste à dire et je m’exécuterais. Je n’ai pas eu longtemps à attendre – sur des charbons ardents – son coup de téléphone. Enthousiaste, ému. Il ne m’a fait qu’une seule remarque : j’avais écrit que le coussin anti-escarres était rempli d’eau, alors qu’il était gonflé à l’air, composé d’œufs indépendants les uns des autres, qui se mettent parfois de travers, nécessitant d’être un peu soulevé pour se retrouver d’aplomb.

Naturellement, L’Or d’Alexandre porte une dédicace : « À Michel Robert. Sans son amitié, son courage et sa confiance, ce livre n’aurait pas existé ». Et jamais dédicace ne fut plus justifiée.

Michel a suivi ma tournée de promotion avec une curiosité gourmande. Le soir de la remise du prix « Handi livres », il était plus impatient que moi. Et lorsque je l’ai appelé pour lui donner le résultat, je l’ai senti plus déçu que moi (cherchant à me cacher sa déception, pour me réconforter) et plus scandalisé que moi (il ne cachait pas sa colère) lorsque je lui ai expliqué que L’Or avait obtenu le vote de la majorité des membres du jury, mais qu’il était arrivé deuxième parce que le sponsor du prix, qui avait voix double, avait inversé l’ordre…

Reste que, pour nous deux, je crois, L’Or d’Alexandre fut une intense aventure humaine – qui vaut largement tous les prix.

Durant les années qui suivirent, notre dialogue s’est poursuivi, à distance le plus souvent. Il m’interrogeait toujours sur ce que j’étais en train d’écrire, il était impatient de lire le prochain roman, ennuyé, je crois, que j’aie consacré tant de temps à La Grèce et les Balkans, ce qui me distrayait de l’écriture romanesque. Je lui ai raconté Tigrane l’Arménien au téléphone : mon prochain roman aura mis trop de temps pour trouver son éditeur. Michel ne pourra pas le lire.

Vendredi dernier, j’étais à Montpellier pour faire une conférence à l’invitation du collectif local de soutien au peuple grec. Et j’ai passé le samedi avec Henri et Olivier, mes amis de H&O qui ont édité mes cinq derniers romans et mon récent essai sur l’Europe. Pendant des années, Michel a acheté tout ce qui sortait chez H&O – la lecture était un des moyens essentiels par lequel il restait présent au monde. Mais à eux comme à moi, Michel disait depuis quelque temps qu’il avait de plus en plus de mal à lire, à se concentrer pour lire. Il avait aussi partiellement perdu l’usage de ses « pinces » ; il avait de plus en plus de mal à conserver un intérêt pour la vie. Sa famille, ses petits-neveux dont il m’avait raconté à plusieurs reprises la joie qu’il éprouvait à les emmener au Louvre, demeuraient pour lui un point d’ancrage essentiel.

Samedi dernier, nous avons constaté, Henri, Olivier et moi que nous n’avions pas de nouvelles récentes de Michel. Depuis plusieurs semaines, je me disais que je manquais à notre amitié, que j’avais laissé passer top de temps. Et puis les urgences, la vie… À Henri et Olivier j’ai dit : « Impérativement, je l’appelle lundi ». Mais dimanche, en rentrant de Montpellier, j’ai reçu un message de Josine. Je l’ai rappelée avant même d’arriver à la maison : la veille, alors que nous parlions de lui à Montpellier, Michel avait eu un AVC, alors que Josine le préparait pour sa journée. Il était parti pour l’hôpital, encore conscient, en lui disant : « à ce soir ». Puis il s’était enfoncé dans le coma. Sans espoir de retour. Il ne voulait pas d’acharnement. Josine a ajouté qu’il était en train de lire mes 30 bonnes raisons pour sortir de l’Europe – probablement par pure fidélité à notre amitié, car je doute que ces questions-là l’aient beaucoup passionné ces temps-ci. Il est resté un ami fidèle alors que j’étais un ami trop absent.

J’ai dit à Josine qu’elle me prévienne. Lundi, c’est la nièce de Michel qui, respectant ses volontés, m’a rappelé pour me dire qu’il était parti. Et, comme il s’était converti à l’Islam, il y a bien des années, l’inhumation devait se faire rapidement – mardi. Impossible pour moi d’annuler les cours que je donnais ce jour-là, pour aller lui dire au revoir.

Alors voilà, aujourd’hui, j’ai l’impression, amère, d’avoir raté nos derniers rendez-vous, de n’avoir pas été assez présent ces derniers temps. Pardonne-moi, Michel ! Ce texte, c’est mon baiser d’adieu et un bouquet de mots sur ta tombe pour te dire que tu as été quelqu’un d’important dans ma vie. Tu es libéré de ce corps où tu souffrais d’être emprisonné. J’espère, moi le païen, que le paradis des bons musulmans existe et que tu y es heureux.

Compte courriel piraté !

Si certains d'entre vous, chers lecteurs, recevez de ma part une demande d'aide, c'est que vous étiez dans mon carnet d'adresses courriel d'Orange.

Je ne suis pas en perdition à Athènes.

Le message à mon nom venant de l'adresse suivante : voila1498@btinternet.com, est celui d'un pirate ! N'y répondez pas, détruisez-le !

Mon compte courriel a en effet été piraté et mon carnet d'adresses aspiré et vidé, si bien que je ne peux même pas avertir mes correspondants. Je tâche de le faire à partir de mes messages archivés...

Excusez-moi par avance de la gêne occasionnée.

vendredi 17 mars 2017

"Conspiration des cellules de feu"

Dans les années 1960 le philosophe marxiste grec Nikos Poulantzas disait que la bourgeoisie grecque n'était pas fondamentalement une bourgeoisie nationale, mais une bourgeoisie compradore qui fonde ses investissements et son pouvoir sur sa position d'intermédiaire, de relais entre un étranger dominant et un peuple dominé. Je n'ai jamais été marxiste, mais je crois qu'il a fondamentalement raison et que cela explique largement ce qui se passe dans ce pays depuis 7 ans : la soumission volontaire des "élites" politiques grecques, de la droite à Syriza compris, à un pouvoir colonial euro-allemand.

Le 20 juin 1947, alors que les Américains remplaçaient les Anglais pour mener la guerre civile déclenchée en Grèce par la politique de Churchill relayée par un Papandréou, le grand-père, le Washington Post s'étonnait ainsi de "l'empressement (des élites politiques grecques) à mettre la gérance de ses affaires intérieures aux mains d’un autre pays ».

Cette situation, récurrente depuis l'indépendance, conduit en réalité le pays à une guerre civile - larvée ou ouverte - presque permanente, sauf aux moments (Trikoupis, Vénizélos, Karamanlis après 1974, Andréas Papandréou, le fils du précédent et le père du suivant... partiellement et pour faire court) où le pouvoir s'incarne dans un chef "national". Ce que Tsipras a refusé d'être à l'été 2015.

Or donc, j'ai écrit depuis plusieurs années maintenant que, dans un pays géré sur ce mode para-colonial par ses propres "élites", dans lequel c'est, sur le long terme, la violence politique qui permet de combattre leur trahison quasi-permanente, ce qui me semblait étonnant c'est que le traitement infligé par l'Euro-Allemagne depuis 7 ans n'ait pas encore provoqué une telle violence - contre les "élites" locales ou contre ceux dont elles se sont volontairement fait les agents. J'ai maintes fois écrit aussi que, vu le traitement infligé à la Grèce depuis 7 ans, il ne faudrait ni s'étonner ni se lamenter de la réapparition, un jour ou l'autre, d'une violence politique dont on aurait méthodiquement préparé le terrain à Berlin, à Bruxelles, à Washington, à Paris, à Athènes...

Arrivons-nous à ce moment-là avec les deux plis piégés adressés au para-colonisateur allemand et au FMI ? Qu'est cette "Conspiration des cellules de feu" qui a revendiqué ces envois ? Est-ce le début d'une escalade devant l'impasse politique totale patiemment construite par l'Euro-Allemagne depuis 7 ans (voir la troisième partie de mon article sur les impasses grecques, à paraître sur L'Arène nue de Coralie Delaume ce ouiquende) ? Il est encore bien trop tôt pour répondre... En tout cas, le fait que cette organisation ait baptisé son opération "Némésis" (déesse grecque de la justice vengeresse) est un indice intéressant...

Ce qui me trouble - personnellement - dans cette affaire, c'est que, il y a trois ans, en écrivant mon prochain roman - intitulé "Tigrane l'Arménien" - à paraître le 4 mai qui vient à La Différence, j'ai emmêlé une intrigue où il est question d'une autre opération baptisée "Némésis", celle des équipes de Vengeurs constituées, après la première guerre mondiale, par le Dachnak arménien pour éliminer les responsables jeunes-turcs du génocide, et une autre intrigue, contemporaine, où je parle d'un groupe appelé TINA qui, constatant que la démocratie a été réduite par l'UE à une coquille vide de sens et de contenu, recourt à des actions "illégales" (de violence symbolique dans mon livre) pour combattre cette situation...

jeudi 16 mars 2017

Le télévangéliste banquier est à Berlin...

Mais au juste, pourquoi donc ne lui a-t-il pas proposé de la rencontrer à Montoire ?

On attend avec impatience de savoir si la chancelière de notre Reich européen de mille ans trouve l'ectoplasme banco-télévangélique assez habile en danse du ventre et léchage de bottes. Car c'est bien là le seul enjeux "sérieux" de cette élection : savoir qui exécute de manière la plus convaincante la danse du ventre devant notre chancelière à tous et qui lui lèche les bottes avec le plus d'ardeur.

Autrefois, nos rois se faisaient oindre à Reims, maintenant c'est à Berlin que ça se passe. Vous me direz que c'est bien normal puisqu'il s'agit, dans cette élection, de savoir qui conduira la politique de Berlin dictée à Bruxelles (les GOPE, Grandes orientations de politiques économiques). Il est est donc bien normal que la Füherin examine les candidats.

Juste comme ça, un renvoi de texte : "Français, J'ai rencontré le chancelier du Reich (...). Cette première rencontre, entre le vainqueur et le vaincu, marque le premier redressement de notre pays. C'est librement que je me suis rendu à son invitation (...). Une collaboration a été envisagée entre nos deux pays. J'en ai accepté le principe. Les modalités en seront discutées ultérieurement. C'est dans l'honneur et pour maintenir l'unité française, une unité de dix siècles dans le cadre d'une activité constructive du nouvel ordre européen, que j'entre aujourd'hui dans la voie de la collaboration." Philippe Pétain, 30 octobre 1940.

lundi 13 mars 2017

Indignité permanente

Je trouve aussi indignes la lâcheté de ce qui fait fonction de gouvernement français (et de ministre Affaires étrangères... si on peut encore appeler ainsi l'ectoplasme qui hante le Quai d'Orsay) à l'égard du gouvernement islamo-autoritaire de Turquie, que celle de la soi-disant opposition qui justifie sa critique par la rupture de la prétendue "solidarité européenne" avec l'Allemagne et les Pays-Bas.

Ce n'est pas parce que l'Allemagne et les Pays-Bas ont fait une chose et se font insulter et menacer par Ankara que la haine et le venin crachés par l'agent du régime islamo-autoritaire d'Ankara sont inacceptables sur le territoire de la République française, c'est parce qu'il s'agit de haine et de venin, et c'est parce qu'il est craché par l'agent d'un gouvernement étranger qui n'a pas à venir mener campagne sur le territoire de la République.

Et l'état d'urgence, il ne pouvait pas servir à quelque chose pour une fois ? Non vraiment, ce système partisan qui mime l'alternance, et dans lequel Macron est le dernier leurre destiné à faire durer l'imposture cinq ans de plus, n'est plus qu'un système de trahison permanente. Le FN n'a même plus rien à dire ni à faire, juste à attendre la prochaine trahison et en toucher les dividendes électoraux.

dimanche 12 mars 2017

Le sultan, la cécité de l'UE et un nouveau papier sur L'Arène nue

Pendant que Fillon se fait tailler des costards et que Macron s'apprête à aller faire hommage à la chancelière du Reich européen, le sultan, lui, entend que sa bonne parole soit portée partout dans les populations de nationalité turque.

Or, donc, en France (contrairement aux Pays-Bas et à l'Allemagne... où des élections auront lieu mercredi et à l'automne... avec de fortes poussées prévisibles de la droite radicale qui menacent la stabilité des nomenklaturas en place et les rendent soudain un peu méfiants à l'égard de l'islamofascisme turc...), le ministre du régime islamiste de terreur et d'arbitraire qui règne sans partage, depuis une parodie de coup d'Etat, sur la Turquie, pays membre de l'OTAN et candidat à l'UE, qui viole la souveraineté de deux pays de l'UE de manière permanente, peut donc venir délivrer librement sa propagande haineuse pour le plébiscite destiné à transformer un pouvoir autoritaire en dictature légale.

Il est vrai que nous n'avons de problème ni avec l'islamisme radical sur notre territoire que le régime Erdogan peut donc venir attiser sans aucun inconvénient, ni avec la droite radicale qui risque en outre de tirer profit de ce laxisme bien compréhensif de notre nomenkaltura.

Du coup, la deuxième partie de mon papier sur la triple impasse dans laquelle se trouve la Grèce, qui paraît aujourd'hui sur le blog de Coralie Delaume, L'Arène nue, et qui est consacrée à la dimension géostratégique, donc à l'incroyable cécité de l'UE à l'égard de la Turquie et de la menace qu'elle représente en prend un aspect d'actualité que je n'avais pas prévu en l'écrivant.

La troisième partie portera sur la dimension politique de l'impasse grecque.

Qui imagine...

Qui imagine le général de Gaulle se faire payer ses uniformes et képis deux étoiles par un ami??? Et en liquide...

En tout cas, je serais très touché si un lecteur de ce blog était assez gentil pour me consentir un prêt sans intérêt ni délai de remboursement de l'ordre de 50000 euros et, pendant qu'il y est, pour renouveler ma garde -robe. Elle est un peu défraîchie.

Il peut payer en liquide !

Naturellement cela serait parfaitement légal, puisqu'il ne s'agirait que de pure amitié totalement désintéressée et ne supposerait aucune contrepartie de ma part...

dimanche 5 mars 2017

Grèce et Yougoslavie : deux publications sous ma signature

Ce dimanche, sur le blog de Coralie Delaume, L'Arène nue, paraît la première partie d'un papier de synthèse sur la triple impasse dans laquelle se trouve la Grèce. Comme on y a la liberté de parole (contrairement à...) et qu'on peut se permettre d'y être un peu long et complexe, de n'avoir pas à tenir dans des "formats" qui finissent par formater la pensée elle-même, j'en ai profité pour mettre un peu mes idées en ordre sur l'évolution de la tragédie grecque depuis la sortie de La Grèce et les Balkans en septembre 2013, notamment en m'attachant à trois dimensions de cette tragédie : la situation économique (aujourd'hui), la situation géostratégique et la situation politique (à venir).

Sans que le tir groupé ait été prémédité, Le Vent se lève a publié également aujourd'hui, un entretien avec Lenny Bnbr sur la Yougoslavie et... le destin de l'UE.

Du coup, ce 5 mars était un peu mon jour de gloire en même temps que celui de... Fillon !

mercredi 1 mars 2017

Coup d'Etat parlementaire aux Pays-Bas

Evidemment personne n'en parle, mais un nouveau pays de l'UE vient de connaître un coup d'Etat parlementaire. Aux Pays-Bas, où les députés avaient déjà annulé le résultat du référendum de 2005 en adoptant, comme en France, le copier-coller d'un traité repoussé par les électeurs, ils viennent d'annuler derechef un deuxième référendum en ratifiant l'accord d'association de l'UE avec l'Ukraine repoussé par le peuple il y a quelques mois.

Et après ça vous me soutiendrez encore que, en régime d'Union européenne, la démocratie est autre chose qu'une forme vide de sens et de contenu.

Oui, bien sûr, ce référendum n'était consultatif... c'est une excellente raison pour ignorer ce que dit le peuple. Oui, bien sûr, le texte n'est plus exactement le même que celui que le peuple a repoussé : on a changé trois virgules, c'est dire !

Et après ça, dans deux semaines, vous viendrez encore chialer et vous indigner sur le score de l'extrême droite néerlandaise aux législatives.

Quand on s'assoit sur les peuples et qu'ils comprennent que la démocratie est devenue du pipeau, ils se vengent avec les moyens du bord.

lundi 20 février 2017

Réponse à Jean-Baptiste...

Merci, cher Jean-Baptiste, de votre réaction à mon dernier billet - et comme je préférerais avoir eu tort !!!

Deux éléments de réponse à votre question. Les sondages d'abord, dont nous savons qu'en Grèce ils sont encore moins fiables qu'ailleurs, et ceci pour des raisons structurelles tenant aux groupes de médias auxquels appartiennent la plupart des instituts : ils ont bien plus pour fonction de tenter (en vain, on l'a vu pour le référendum comme pour les deux législatives de 2015) de fabriquer l'opinion plutôt que de la photographier. Que disent-ils ? Ils donnent tous la ND devant et presque tous avec un score environ double de Syriza... mais à un niveau historiquement bas, un peu au-dessus de janvier 2015, autour du score réalisé en juin 2012 ou en septembre 2015. L'effondrement de Syriza ne se traduira sans doute pas par un raz-de-marée conservateur, mais en premier lieu par une montée de l'abstention.

L'autre indication c'est la disparition du Parlement du parti leurre créé par Berlin et Bruxelles, le Potami (Macronerie grecque avec quelques années d'avance), de l'Union des centres, dont j'ai eu l'occasion d'écrire ici que son relatif succès de septembre 2015 était en partie dû à un vote de dérision, et des Grecs indépendants, scission prétendument souverainiste de la ND devenue partenaire de coalition de Syriza - sans objet puisque tout son discours souverainiste a été démenti par la politique du gouvernement auquel elle permet de survivre.

Les néonazis d'Aube dorée et les communistes orthodoxes du KKE semblent en position de tirer une partie des marrons du feu mais en restant sensiblement sous les 10 % chacun. Enfin le PASOK et ses alliés semblent solides sur leur socle réduit, autour de 6 %, voir légèrement en hausse.

Si les résultats du prochain scrutin s'approchent de cette photographie, la situation politique risque d'être très compliquée. La ND n'aurait probablement pas de majorité absolue à la Vouli, et l'appoint du PASOK, qui serait entre la moitié et les deux tiers de ses voix de juin 2012, risque d'être juste. Dans ces conditions, il faudrait soit revoter comme en 2012, soit négocier une grande coalition avec Syriza... C'est la raison pour laquelle j'ai écrit ici depuis quelque temps que Tsipras cherchait peut-être l'occasion de "tomber à gauche" afin de remobiliser une partie de son électorat et de se trouver en position d'être un partenaire indispensable à un nouveau gouvernement.

Voilà pour la tambouille.

Le deuxième élément, ce sont les impressions que nous avons retirées de notre séjour et de nos contacts, à Nisyros et à Athènes, en décembre-janvier. Et là, c'est la totale démoralisation qui domine. Une dépression collective sans doute au moins aussi profonde qu'après le coup d'Etat euro-allemand qui remplaça le Premier ministre élu Papandréou par le banquier non élu Papadimos. "Ici, tout est mort", a répondu à ma question un ami, ancien secrétaire régional pour le Dodécanèse de Syriza, démissionnaire après la capitulation de l'été 2015, engagé après à Unité populaire - aujourd'hui retiré de toute activité politique. UP n'a pas pris : les gens ne croient plus à rien et pas à ces hommes qui ont participé au gouvernement Syriza jusqu'à la capitulation : ils ont tout couvert, ils savaient ce qui se préparaient, ils n'ont rien dit ni rien fait pour l'empêcher. Ils feraient la même chose - c'est ce que nous avons entendu à propos d'UP.

De plus, UP a été profondément divisée sur l'euro et l'UE, tenant un discours aussi alambiqué et donc aussi inaudible que Mélenchon. Ils semblent enfin sortir des ambiguïtés (je place ci-dessous un résumé du discours prononcé le ouiquende dernier par Lafazanis en Italie), mais c'est sans doute bien tard... surtout si, comme je le pense, la nomenklatura va désormais se rallier à une sortie de l'euro pilotée par l'Allemagne ou les Etats-Unis (voir le papier de Panagiots sur la drachme-dollar) et, bien entendu, avec le maintien de la laisse de la dette.

Quant à Zoé, si j'ai un immense respect pour son action entre janvier et septembre 2015, elle ne représente pas grand-chose. Sur le fond, son discours est le même que celui de Syriza première manière ou Varoufakis : on va créer un rapport de force, réformer l'Europe de l'intérieur, on ne peut pas "leur" abandonner l'UE. Discours qui frise l'absurde dans la situation actuelle et chacun le sent bien. Ce n'est que du Syriza d'avant la capitulation... Sur la forme, elle a certes une image de combattante intraitable dans une partie de l'opinion, mais je ne suis pas certain que ce soit la perception majoritaire (euphémisme). Pour beaucoup - dans une société qui reste machiste -, elle fait d'abord figure de virago - voire de folle.

En tout cas ni UP, ni le parti de Zoé, ni Antarsya, ni l'EPAM (hors KKE, le parti de gauche souverainiste le plus conséquent depuis le plus longtemps !) ne paraissent en mesure, aujourd'hui, d'entrer à la Vouli, seuls, et ils semblent incapables de s'unir pour présenter un front commun.

Dans ces conditions, ce qui domine c'est l'épuisement - il se voyait sur les visages, au coeur de cet hiver particulièrement rude -, et un scepticisme total. Beaucoup pariaient sur des élections avant l'été tout en ajoutant aussitôt qu'elles ne changeraient strictement rien... En réalité, l'Euro-Allemagne a (provisoirement) tué, en Grèce, le Politique, l'idée que que quoi que ce soit puisse changer par les mécanismes de la démocratie.

Que vous dire de plus ? Je voudrais pouvoir ajouter une nuance optimiste. Je suis totalement incapable d'en trouver une !

Ma conviction, depuis un moment déjà, est que tout cela finira mal. Probablement très mal. Mais quand et de quelle manière, je suis bien incapable de le prévoir...

Voici le résumé d'un article paru hier dans I Efimerida:

En Italie, au congrès fondateur de la "Gauche italienne", Lafazanis, le secrétaire d'Unité populaire, affirme la nécessité de sortir immédiatement de l'euro et de rompre avec le néolibéralisme. Il dénonce la pente antidémocratique de l'eurozone et de l'UE face aux menaces de leur désintégration. Il affirme que la gauche européenne doit dire un Non clair et net à l'eurozone et à l'euro et proposer un nouveau projet européen de sécurité fondé sur des pays égaux, démocratiques et souverains. Il prévient que si la gauche européenne ne dit pas un fort non à la prison de l'euro en traçant les perspectives d'une sortie "progressiste", c''est l'extrême droite qui en tirera profit.

Il a précisé que le retour à la monnaie nationale ne constitue pas une fin en soi, mais est indispensable à l'annulation des mémorandums, du néo-colonialisme de la Troïka et de l'austérité, à la mise en oeuvre d'une politique monétaire nationale répondant à des exigences sociales de développement, à la mise sous contrôle public des banques, à l'arrêt des privatisations et la réappropriation par la société de la richesse nationale, à la reconstruction de l'économie et à la transformation productive selon de nouvelles normes économiques viables et innovatrices dans une perspective socialiste.

samedi 18 février 2017

Le retour à la drachme pour bientôt ?

Ca vient... et de la pire façon.

L'intransigeance allemande sur l'effacement partielle de l'insoutenable dette grecque empêchera probablement le FMI d'accepter de s'associer à un nouveau plan dit d'aide - qui ne serait qu'un plan de poursuite de l'écorchage des Grecs. Faute d'effacement partiel, il faudrait un mémorandum IV : cercle vicieux, spirale déflationniste sans fin, la même depuis 2010 qui conduirait à une aggravation supplémentaire de la situation déjà tragique du pays et d'une partie toujours croissante de sa population. Or Schäuble et Dijsselbloem le répètent à l'envi : pas de nouveau plan sans le FMI.

Et Schäuble de ressortir de son chapeau la sortie forcée de l'euro, déjà agitée à l'époque du bras de fer (réel ou mimé) de l'été 2015 - avec un plan d'accompagnement. Dans le même temps, lors d'un match de foot à Thessalonique, les supporters allemands ont brandi des billets de 50 euros assortis d'insultes au peuple grec. Et un vice-président (FDP, parti libéral) allemand du pseudo-parlement européen a, à son tour, prôné le Grexit - théme repris, dans la semaine écoulée, par l'inénarrable Leparmentier, propagandiste en chef du Monde... en attendant l'imprimatur du grand Mamamouchi Quatremer...

Dans son dernier papier de son indispensable blog, l'ami Panagiotis Grigoriou note en outre qu'à Athènes on parle chaque jour davantage d'une sortie de l'euro, vers une... drachme-dollar - marque d'une redistribution des cartes géostratégiques en Europe... Enfin, pour la première fois, un sondage en Grèce donne une majorité, et très nette : 54,8 % (soit 29,6 % des électeurs de la Nouvelle Démocratie - droite - en 2015, et 66,2% des électeurs de Syriza 2015) - sinon pour une sortie de l'euro par principe, mais pour un rejet des nouvelles mesures exigées par les créanciers, même si cela doit conduire à une sortie de l'euro et un retour à la drachme. 32,2 % des personnes interrogées se prononcent pour l'acceptation et le maintien à tout pris dans l'euro.

Vu l'indépendance des instituts de sondage en Grèce, il peut aussi bien s'agir (ou en même temps) d'une évolution en profondeur de l'opinion (dont je suis moi-même convaincu depuis longtemps, certain que si Tsipras avait rompu à l'été 2015 en respectant le mandat de rejet du mémorandum III donné clairement pas référendum, le pays l'aurait massivement suivi, quelles qu'aient été les conséquences de ce refus), que d'un début de préparation de l'opinion à une sortie forcée de l'euro décidée dont Schäuble, et dont un vice-président allemand FDP du pseudo-parlement européen et même l'inénarrable Leparmentier ont avancé la "nécessité" durant la semaine écoulée.

Tout ce que j'ai écrit tant de fois, ici et ailleurs, est en train de se vérifier : la Grèce finira pas quitter l'euro, parce qu'elle ne peut pas y rester. Mais au lieu de l'avoir quitté souverainement, à un moment où elle avait des capacités de rebond, en déclarant un moratoire et l'annulation partielle de sa dette, elle le quittera, contrainte et forcée, pieds et poings liés, après avoir perdu une énorme partie de son potentiel économique parti en fumée, après avoir bradé patrimoine et infrastructures, notamment à l'Allemagne qui, une fois pressé le citron grec, est en train de le jeter - quant à "l'accompagnement", il sera évidemment conditionné au maintien de la laisse de la dette.

Les Grecs ont consenti à l'humiliation pour rester dans l'euro, ils ont eu l'humiliation et ils seront expulsés de l'euro.

Enfin ce ouiquende, pendant que le cirque électoral entre pareil et même tente de nous faire croire que nous vivons encore en démocratie, il faut lire l'entretien (en deux parties) donné au blog de Coralie Delaume, "L'Arène nue", par Matthieu Pouydesseau, qui dresse l'état des lieux de la politique intérieure allemande et explique pourquoi sa politique européenne ne peut pas changer, contrairement à ce que continuent à régurgiter tous les gugusses qui promettent une renégociation des traités ou une réorientation de la prétendue construction européenne. Entretien passionnant... et pas seulement parce ce que dit Matthieu Pouydesseau colle exactement avec ce que j'écris dans mes 30 bonnes raisons pour sortir de l'Europe du rapport patriotique, psychologique (et à mon avis pathologique) des Allemands à la monnaie, ou du mythe de français de "l'amitié franco-allemande"... dont les Allemands n'ont plus rien à foutre au moins depuis la réunification.

mercredi 15 février 2017

comment la BCE dépense notre argent...

Trouvé ce matin dans ma boîte aux lettres (pli affranchi... à mon nom et à mon adresse : est-ce légal, Mme CNIL ? quel fichier ont-ils utilisé ???), un luxueux dépliant à l'entête de la Banque centrale européenne/ eurosystème intitulé : "Découvrez le nouveau billet de 50 euros", m'apprenant pourquoi il a fallu de nouveaux billets, comment la nouvelle série va être mise sur le marché et comment détecter un faux... ce qui est effectivement une priorité pour tout citoyen lambda. Ce pli contient en outre une carte en matière plastique, genre carte de crédit pour m'habituer au touché du nouveau billet, ainsi q'une partie où, avec mon smarthpone, je peux commander d'autres luxueux dépliants... pour quel usage ? les distribuer à mes voisins ou sur le marché, sans doute !

Mes questions sont :

Comment avons-nous fait jusque-là, sans les luxueux dépliants de la BCE, pour découvrir de nouvelles coupures mises en circulation depuis le VIe siècle avant J.-C. pour les monnaies métalliques, depuis plus de deux siècles pour la monnaie papier ???

Combien cela coûte-t-il ?

La BCE n'a-t-elle pas de moyen plus utile ou plus intelligent de dépenser notre argent ?

Si elle veut des idées, je suis prêt à lui en proposer quelques-unes.

dimanche 12 février 2017

"L'Ultime Humiliation" de Rhéa Galanaki

Il est rare que je chronique ici le livre d’une/un « collègue ». Parce que je considère que la critique littéraire est un métier à part entière et que je déplore le mélange des genres qui règne à cet égard dans la presse française, entre écrivains frustrés qui font de la critique pour s’assurer une position de pouvoir qui leur permettra ensuite d’être publiés dans de « grandes maisons » auxquelles ils sont susceptibles de renvoyer l’ascenseur, et écrivains qui pensent avoir le détachement nécessaire pour émettre un avis éclairé sur l’œuvre d’autres écrivains.

Or, à mes yeux, un romancier travaille d’abord à la construction de son univers, à partir de ses admirations et de ses détestations, de ses choix esthétiques et narratifs, de ses obsessions, de sa perception du monde. Il n’est donc pas le mieux placé pour apprécier l’univers et les choix d’autres romanciers qui travaillent à partir de prémisses différentes des siennes – ou opposées aux siennes. Qu’il le veuille ou non, qu’il en soit conscient ou non, et quels que soient les artifices qu’il déploie pour se le dissimuler à lui-même et le dissimuler aux autres, il apprécie toute oeuvre à l’aune de la manière dont il aurait écrit ce livre. Si bien qu’au final, la critique d’un romancier en dit plus long sur lui-même que sur l’œuvre critiquée.

Une fois opérée cette mise au point, pourquoi ai-je donc choisi, malgré tout, de chroniquer ici ''L’Ultime Humiliation'' de Rhéa Galanaki ?

La première raison tient à la pusillanimité de l’édition française en matière de traduction du grec. On nous rebat les oreilles d’une Europe qui n’existe pas, mais on n’est plus capable de maintenir en vie les Europes qui existaient – notamment celle des lettres. Autrefois, dans les grandes maisons, on mettait à disposition du lecteur français Kavafis, Séféris, Élytis, Ritsos, Kazantzaki, Tsirkas, Taktsis, Kavvadias, Vassilikos… et beaucoup d’autres. Ils étaient traduits, édités dans les collections de référence en poche. Aujourd’hui, le règne des commerciaux et des logiques de profit immédiat, dans ces grandes maisons comme ailleurs, réduit de plus en plus à la sphère anglo-saxonne une activité de traduction de moins en moins ouverte sur le monde. Et sur la Grèce. Il faut donc soutenir les petites maisons qui font aujourd’hui le travail – et prennent les risques – que les grandes ne font – et ne prennent – plus. C’est la première des raisons pour lesquelles il m’a semblé utile de saluer la parution, aux éditions Galaade, à l’automne 2016, d’un roman grec contemporain qui parle de la Grèce contemporaine.

La seconde raison c’est justement qu’il parle de la Grèce contemporaine – il est même, à ma connaissance, le premier roman traduit en français né de ce qu’il est convenu d’appeler, bien à tort, la « crise grecque ». Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’en littérature seule la forme compte. Avec l’obsession nombriliste de l’autofiction, le formalisme desséchant, aride et stérile, fait perdre en même temps le sens de l’universel et le plaisir du récit. Pour moi, la bonne littérature est forcément engagée – non pas enrégimentée comme ce mot l’a signifié à une époque – en ce qu’elle fait entendre le vent du large et la rumeur du monde. Pour moi, le regard du romancier ne peut être neutre et, quand il y prétend, il est généralement vide. Il donne forcément un point de vue sur le monde – ou bien il ne sert à rien – à travers des personnages qui, si ils sont réussis, seront le romancier sans être lui, avec leur logique propre, leur cohérence conquise sur leur démiurge.

La grande qualité du roman de Galanaki, c’est qu’il raconte un moment crucial de l’histoire grecque contemporaine à travers ses trois personnages – Nymphe, l’ex-professeur d’arts plastiques, Tirésia, l’ex-professeur de lettres qui s’imagine des pouvoirs divinatoires. Et Athènes – la Ville-mère. Car Athènes est partout dans ce livre, belle ou laide, antique ou moderne, protectrice ou maléfique. Génitrice et marâtre.

Athènes en feu.

En effet, l’action se situe en février 2012, dans ces jours où, après le coup d’État européen substituant un banquier non élu au Premier ministre vainqueur des élections de 2009, l’Union européenne à direction allemande impose au pays un deuxième mémorandum. Tandis que le Parlement fait mine de discuter ce plan, les Athéniens descendent en masse dans les rues – journée mémorable au terme de laquelle, entre provocateurs de la police et groupes anarchistes qui bénéficient de la complicité d’une partie des Athéniens exaspérés, Athènes s’embrase. Nymphe et Tirésia, ce jour-là, ont elles aussi décidé de manifester. Les deux vieilles femmes n’ont plus qu’une perception déformée de l’extérieur… L’extérieur, la Ville-mère, la maison délabrée d’en face et ses fantômes. Elles vivent, recluses, dans le confortable cocon d’un appartement-foyer. Douce démence sénile, Alzheimer ? Elles se sont choisi les noms avec lesquels elles quitteront ce monde, différents de ceux qu’on leur a attribués à la naissance. Elles sont sous la surveillance distante d’un médecin, « le patriarche », et sous celle rapprochée de Catherine, une parente crétoise de Nymphe. Danaé, l’aide-ménagère ; Balthazar, le chat ; Yasmine, l’immigrée (et son fils, Ismaël) chargée de l’entretien de l’appartement ; Oreste, le fils unique que Nymphe a eu avec son mari, un politicien dont elle est séparée ; Takis, le fils de Catherine, complètent le petit monde qui gravite autour des deux femmes.

Tirésia et Nymphe vivent hors du monde, il leur est devenu lointain – mais elles n’en ont pas fait leur deuil. Tirésia en tout cas dont l’ascendant s’exerce sur Nymphe, plus rêveuse, plus craintive aussi.

Elles n’ont pas fait leur deuil d’un monde dont la rumeur parvient encore jusqu’à elles : elles ont peur que le mémorandum ne les exile de leur cocon, ne les envoie dans un asile. Tirésia ourdit la ruse, Nymphe suit : elles aussi iront crier leur crainte et leur colère dans les rues, en même temps qu’elles trompent la vigilance de Catherine, qu’elles s’émancipent de la tutelle qui les protège, mais qui les entrave aussi.

Vieilles, vulnérables, blotties l’une contre l’autre, elles assistent sur la place Syntagma à la manifestation puis à l’émeute… Elles veulent rentrer. Mais où ?

« C’est alors qu’elles comprirent qu’elles ne se souvenaient pas de leur adresse. Leur appartement avait quitté sa place habituelle : peut-être avait-il voulu les punir de l’avoir oublié pour de bon pendant aussi longtemps. Comme une plume de pigeon, il tourbillonnerait dans l’air et finirait par se prendre dans les filets de l’immense toile d’araignée qu’était l’Athènes moderne. »

Il faut survivre. Sans médicaments, se nourrir, se laver. Leurs vêtements sentent les lacrymos et l’incendie. Elles deviennent ce SDF que Tirésia voyait de la fenêtre de son cocon. Elles sont passées de l’autre côté du miroir de la Ville-mère, du côté de ceux qui n’ont plus le droit de vivre autrement que dans l’instant et le froid. Elles tombent entre les pattes d’un SDF qui prétend les protéger et les exploite en les faisant mendier…

Rhéa Galanaki, bien servie par la subtile traduction de Loïc Marcou, nous conte une dérive dramatique et parfois burlesque, avec des moments de poésie, comme lorsque Nymphe découvre la jungle d’une fresque murale… dans laquelle, cette fois, c’est elle qui entraîne Tirésia. Comme si, soudain, la ville et la réalité s’étaient fondues en un nouveau monde, coloré, chaud, accueillant dont la contemplation ouvre aux deux femmes une porte leur permettant de fuir le présent…

Au fil de son récit (non dépourvu de longueurs, cependant), Galanaki esquisse aussi le portrait d’une culpabilité, celle de la « génération de Polytechnique », cette jeunesse qui se souleva contre la dictature des Colonels, autour de l’École Polytechnique, en novembre 1973. Le mouvement fut brutalement réprimé (une centaine de morts, probablement), mais la dictature ne survécut à son crime que quelques mois. Jeunesse héroïque, espoir d’une Grèce nouvelle qui, quarante ans plus tard, se retrouve dans l’impasse qui provoque l’émeute de février 2012 – rébellion du désespoir, écho d’une révolte porteuse de promesses... trahies. Une impasse qui est aussi un remords.

Si l’on voulait faire une critique à cette Ultime Humiliation, ce serait pour moi celle de laisser les personnages secondaires à l’état d’ébauches. Oreste l’anarchiste, Danaé l’aide-ménagère, l’inexistant ex-mari de Nymphe, le patriarche, Yasmine agressée par les brutes d’Aube dorée… et surtout ce Takis qui s’enrôle chez ces brutes, jusqu’à poignarder sa mère Catherine. Catherine qui, seule, parmi les personnages secondaires, accroche un peu la lumière.

L’opposition Oreste/Takis, par exemple, peut sembler sommaire ; la psychologie de ces deux figures antithétiques est évanescente, et l’on ne comprend guère la cohérence qui les a menés à leurs engagements opposés. Oui, Takis est un salaud, mais il y a de l’intérêt, en littérature, à comprendre un salaud – plus qu’à le désigner comme salaud, en insistant sur le fait qu’il en a bien tous les attributs. Pourquoi Oreste trouve-t-il sa rédemption ? Le lecteur que je suis est un peu resté sur sa faim… mais cela renvoie à l’une de mes réflexions liminaires. Pour moi, les grands romans se distinguent des autres, notamment, par l’épaisseur et la saveur des personnages secondaires comme le Pombal du Quatuor d’Alexandrie de Durrell ou le Clappique de La Condition humaine de Malraux.