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« Humeur : Se réjouir quand elle sort, et s’étonner que le corps humain puisse en contenir de si grandes quantités. » Le Dictionnaire des idées reçues de Gustave Flaubert est un pur chef-d’œuvre et l’on jouit à coup sûr dès qu’on le rouvre. Jamais déçu !
Or donc, mon corps (et mon esprit) contenant de si grandes quantités d’humeurs (généralement malignes), je me suis dit que crever de temps en temps les furoncles où elles s’accumulent me procurerait un ineffable soulagement – précieux à mon équilibre général et donc à mon travail. Mais qu’on ne s’attende pas à trouver ici des humeurs subtiles : nulle objectivité, nulle périodicité ; que de la mauvaise foi erratique, de la polémique jaculatoire.
Un modèle ? le Bloc-notes de Mauriac bien sûr, relevant le 14 novembre 1953, à propos du président du Conseil Joseph Laniel, qu’« il y a du lingot dans cet homme-là », ou le 22 novembre 1954 qu’« il existe une haine singulière, chez nous, contre la prééminence de l’esprit ».
De sa création au 6 mai 2012, ce blog a eu comme tête de Turc celui qui a tenu lieu de président, durant cinq ans, à une République qu'il a si souvent caricaturée, défigurée, ridiculisée. Si cette pénible parenthèse s'est refermée, rien n'a pour autant significativement changé parce que le changement d'équipe ne s'est traduit par aucun réel changement de politique, parce que la capitulation inaugurale devant la chancelière de fer du Monsieur Prudhomme qui a succédé à Caligula a vidé cette alternance du sens qu'elle aurait pu avoir, parce que, du fait de cette capitulation, ce qu'est devenu l'Europe au tournant des années 1980-1990 - une machine à imposer aux peuples européens la loi d'airain du néolibéralisme et du libre-échangisme qui met en concurrence des travailleurs protégés et des semi-esclaves - continue à vider la démocratie de sa substance et à réduire l'exercice de la souveraineté populaire - l'élection - à un concours d'élégance chargé de désigner celui qui conduira la seule politique possible, une Europe au nom de laquelle, depuis 2009, on martyrise ce peuple grec qui m'est si cher et qui m'a tant donné...

jeudi 19 juillet 2018

Nervis et spadassins

15 jours de mise à pied... Ça veut dire qu'il n'a plus droit à la matraque ou aux poings et qu'il ne peut frapper les citoyens interpellés par les force de l'ordre qu'à coups de pied ?

On n'avait pas encore aperçu ce côté sombre d'un nouveau monde qui ressemble chaque jour davantage à une vieille, très vieille lune - aussi vieille que la tyrannie. Car les pouvoirs autoritaires, surtout lorsqu'ils sont détenus par des gens peu maîtres d'eux-mêmes et tout emplis de la conscience de leur génie, ont toujours eu tendance à s'entourer d'hommes de main chargés de ramener tel ou tel à la raison tout en jouant les agents provocateurs qui créent le désordre - réel ou fabriqué (touchez-en deux mots à Erdogan que notre président aime tant !) - dont toute tyrannie tire sa légitimation.

A la la fin du VIe siècle de notre ère, déjà, Pisistrate ne s'empara-t-il pas du pouvoir en se montrant au peuple, plein de sang, après que son visage avait été opportunément coupé par son barbier, afin de réclamer au peuple et d'en obtenir la garde de porte-gourdins qui lui permit ensuite de monopoliser le pouvoir ?

Mais aucun rapport entre les casseurs du 1er mai et le barbier, ni entre un adjoint au chef de cabinet et un porte-gourdins ! Il faudrait vraiment avoir mauvais esprit pour se laisser aller à d'aussi acrobatiques rapprochements.

Surtout quand on se rappelle un certain tweet du 1er mai...

Ah c'est bien vrai, ça, les violences sont une... lèpre ! Surtout quand les nervis et les spadassins usurpent l'autorité légitime et se griment en ce qu'ils ne sont pas pour donner libre cours à leurs instincts... ou obéir à des ordres.

Ils n'ont pas encore pensé à forcer les opposants à boire de l'huile de ricin ?

Dire qu'il fallait à tout prix faire barrage au fascisme...

En tout cas, je ne sais pas vous, mais moi, cet épisode m'aura enrichi, puisqu'il m'a fait découvrir cette fonction d'invité de la présidence de la République, par la police, à une manifestation. Comme disait ma grand-mère : je me coucherai ce soir moins bête que je ne me suis levé ce matin ! Car bêtement, je pensais qu'il y avait une chaîne de commandement dans les forces de l'ordre qui remontait au préfet de police et au-delà au ministre de l'Intérieur qui, en tant que de besoin, informait le président de la République.

Benêt que je suis tout de même : le nouveau monde a tout changé !

En réalité, dans un Etat de droit, tous les supérieurs hiérarchiques de ce type auraient dû avoir sauté, comme l'a dit Jean-Luc Mélenchon tout à l'heure dans une remarquable intervention. Mais en réalité, comme le prouve également la soi-disant réforme de la Constitution qui, si elle aboutit, constituerait un changement de régime vers l'autocratie, nous sommes entrés dans un processus de destruction par le haut de la République, de la démocratie et de l'Etat de droit - destruction indispensable à la réalisation du projet oligarchique et tyrannique qu'est l'Union européenne.

Il se voulait Jupiter ; finira-t-il Néron ?

mardi 17 juillet 2018

Grèce : la spoliation continue

Ceux qui suivent régulièrement ce blog savent qu'il y a longtemps déjà que j'écris que ce qui se passe en Grèce est une spoliation à une échelle à mon avis unique en temps de paix. J'ai parlé dès 2015, je crois, de la saison des vautorus et que nous en voyions les résultats dans notre île.

Cette fois, c'est Courrier international qui s'intéresse à ce processus, imposé par l'UE et servilement mis en oeuvre par le gouvernement Tsipras.

Ou comment le libéralisme, dans le cadre européen, géré par un gouvernement dit de gauche radicale, aboutit à l'abolition du droit de (petite) propriété, non par la socialisation, mais par la confiscation au profit essentiel de l'étranger... et des plus riches.

samedi 14 juillet 2018

Quand le roi fainéant boit, le maire du palais danse...

La cirrhose du dos couplée à une sciatique du foie, c'est vraiment terrible...

Car naturellement, la Commission, une fois encore, dément l'évidence devant l'accablante/hilarante vidéo (la énième, après Rome pour l'anniversaire des traités , le sommet dans je ne sais plus quel Etatcule balte, ceux qui, avec une population inférieure de 900 000 habitants à la région Auvergne-Rhône Alpes, cumulent deux vice-présidences stratégiques de la Commission !) de Jean-Claude au sommet de l'OTAN|] (remarquez le petit sourire de Teresa).

On te l'avait pourtant dit, Jean-Claude, pas plus de quatre litres d'eau de Cologne avant un sommet !

Mais la Commission dément : vilainies, calomnies ! Son patron a juste une sciatique, un mal de dos... et honni soit qui malt y pense !

Et comme d'hab, les médias français entourent les exploits jeanclaudesques d'un voile pudique de silence, alors que, dans les presses européennes, ces exploits font, à chaque fois, l'objet de commentaires ironiques. Ainsi que je l'indiquais, fin 2016, dans une note de mes 30 bonnes raisons pour sortir de l'Europe : "En juin 2014, alors que le Premier ministre Cameron s’oppose à sa nomination, le très sérieux quotidien conservateur britannique Daily Telegraph intitule un article : « Craintes sur les problèmes de boisson de Juncker ». D’autres médias font régulièrement état des comportements excentriques de Juncker, comme lors de l’accueil des chefs d’État et de gouvernement au sommet de Riga, le 26 mai 2015, où il embrasse le Premier ministre belge Michel sur le front, propose sa cravate au Grec Tsipras, adresse au Hongrois Orban un « salut dictateur ! ». Une semaine après le référendum sur le Brexit, il déclare devant le Parlement : « J’ai vu et entendu et écouté plusieurs dirigeants d’autres planètes… ». Enfin, la presse allemande évoque de manière récurrente ses « problèmes de santé », notamment depuis que la chancelière Merkel, qui avait appuyé de façon déterminante sa nomination, semble souhaiter son remplacement.

"Quand tu commences au cognac au petit-déj, ton équilibre n'est plus très sûr au moment du calva du goûter. " Proverbe luxembourgeois.

Il est vrai que, lors de ses rencontres apéritives avec les petits hommes verts qui dirigent les autres planètes, ceux-ci doivent servir à Jean-Claude d'étranges breuvages.

Et puis il a toutes les excuses du monde, Jean-Claude ! Ce type si sympa qui a écorché les Grecs en leur faisant la morale, après avoir transformé sa principauté en bordel à financiers et lessiveuse d'argent sale, après être tombé sur un scandale dans lequel il était accusé d'avoir exercé des pressions sur la justice et mis les services de sécurité au service d'intérêts privés. Ce démocrate irréprochable qui asséna en 2015 à des Grecs qui avaient mal voté qu'il ne peut y avoir de démocratie contre les traités européens. Le même qui, quatre ans plus tôt, confessait que la politique monétaire étant une question sérieuse, elle devait se décider dans le secret et les « débats sombres » pour lesquels il avouait son penchant. Sombres mais arrosés ?

En tout cas, maintenant, on sait que, si à 0,5g d'alcool dans le sang tu n'as plus le droit de conduire une bagnole, à 10g tu as toujours celui de conduire l'UE.

Qu'on me permette, juste, de citer une deuxième fois mes 30 bonnes raisons pour sortir de l'Europe :

"Ministre des Finances (1989-2009), Premier ministre (1995-2013), Juncker a été, durant un quart de siècle, l’homme fort du Luxembourg, dont l’industrie financière est devenue l’activité essentielle. En 2001, le scandale Clearstream révèle l’importance, dans les pratiques d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent, de cette boîte noire de la finance internationale installée au Luxembourg, lui-même considéré par bien des spécialistes comme un des paradis fiscaux les plus opaques. Mais le Luxembourg, qui a criminalisé l’atteinte au secret des affaires, se borne à poursuivre le journaliste Denis Robert qui a révélé l’affaire. En 2002, un volume du rapport de la mission d’information parlementaire française, présidée par Vincent Peillon et dont le rapporteur est Arnaud Montebourg, pointe sans ambages la « dépendance politique » du Luxembourg « à l’égard du secteur économique de la finance », le qualifie de « paradis financier au cœur de l’Europe » et de « place financière exposée au blanchiment ». En outre, peu après la nomination de Juncker à la tête de la Commission, on apprendra que, sous son gouvernement, le Luxembourg a signé 340 conventions d’optimisation fiscale avec des sociétés multinationales (là encore, les lanceurs d’alerte qui ont révélé ce scandale Luxleaks sont poursuivis). Soit un système de captation (légal) des ressources fiscales d’autre États de l’UE – notamment la Grèce, à laquelle le président de l’Eurogroupe Juncker (2005-2013) reprochait son inefficacité à collecter l’impôt ! Et encore faut-il ajouter que le gouvernement Juncker tombe, en décembre 2013, sur une affaire de fichage massif illégal (1), et d’écoutes qui l’étaient tout autant, par des services secrets étroitement liés à l’OTAN.

(1) Le scandale commence en novembre 2012 par les révélations d’un ancien directeur du Service de renseignement d’État du Luxembourg (SERL) sur un système de fichage illégal, depuis les années 1960, des citoyens, personnalités politiques, associations, entreprises. Il évoque l’existence de 300 000 fiches dans un pays de moins de 580 000 habitants. Une partie ayant probablement été détruite, la commission d’enquête parlementaire en découvrira 13 000, révélant en outre que le SERL a été mis à la disposition d’intérêts privés et utilisé pour déstabiliser un magistrat. Lâché par ses alliés socialistes, Juncker est contraint à la démission en décembre 2013."

Bref, un type sympa, intègre, sobre et au-dessus de tous soupçon !

Après, on a eu de grands alcoolo dans l'histoire : Staline ne crachait pas sur une vodka et les rapports de Sir Winston avec le whisky sont devenus légendaires. On raconte qu'un jour, lady Astor, grande dame travailliste dont les prises de bec avec Churchill étaient aussi fréquentes que musclées, lui décocha un jour : "Mais vous êtes ivres, monsieur le Premier ministre". "Sans doute, madame, répliqua Winston. Mais la différence entre vous et moi, c'est que demain matin j'aurai dessaoulé alors que vous serez toujours aussi laide."

Le problème, avec Jean-Claude, c'est qu'on n'est même plus certain qu'il dessaoule... Et que cela fait bien les affaires de son chef de cabinet... allemand (nationalité qui relève bien sûr totalement et seulement du hasard). Car chacun le sait, qui a appris autrefois (dans ces âges obscurs de lèpre nationaliste où l'on enseignait encore l'histoire de France) ses leçons sur les Mérovingiens : un roi fainéant fait l'affaire de son maire du palais.

Tellement qu'en février dernier, ledit chef de cabinet, Martin Selmayr, a été nommé par le roi fainéant, contre tous les usages et règles de procédure, secrétaire général de la Commission, soit le poste le plus élevé dans la hiérarchie bruxelloise.

Selmayr, dont tout le monde reconnaît la brutalité et l'autoritarisme, avait fait ses classes chez un autre cador des précédentes Commission, Vivian Reding. Qu'on veuille bien me pardonner de citer une deuxième fois mes 30 bonnes raisons pour sortir de l'Europe à propos du destin de cette brave femme à son sortir de la Commission (tandis que son ex-patron, Barroso, entrait chez Goldman Sachs ): "La Luxembourgeoise Viviane Reding, commissaire à la Culture (1999-2004), à la Société de l’Information et aux Médias (2004-2010), vice-présidente en charge de la Justice, des Droits fondamentaux et de la Citoyenneté (2010-2014), intègre trois conseils d’administration dont celui de la fondation liée au géant des médias allemands Bertelsmann – tout en étant député européenne depuis 2014."

Et Le Monde qui feint de découvrir ces jours-ci que les pseudo-parlementaires européens reçoivent des millions des lobbys pour lesquels ils travaillent tout en prétendant représenter leurs électeurs... Ah si seulement les pseudo-journalistes du Monde avaient lu mes 30 bonnes raisons !...

Mais revenons à Selmayr... sa nomination par le roi fainéant (mais pas alcoolique) soulève un tollé. Et que croyez-vous qu'il arriva ? Le prétendu parlement européen vota une résolution condamnant la nomination et demandant la réouverture de la procédure... mais rejeta l'amendement exigeant la démission de Selmayr. Forcément, un Allemand ! vous n'y pensez pas, ce serait de l'antigermanisme primaire et viscéral !!!

Résultat des courses ? Jean-Claude ayant menacé de démissionner si on faisait des misères à son maire du palais, la Commission s'est écrasée mollement, refusant de rouvrir la procédure de nomination. Et le prétendu parlement l'a fermée. Puis le maire du palais s'est nommée une vice-président aux petits oignons - comme par hasard seule candidate.

Mais n'oubliez pas : l'UE c'est la paix et la démocratie... et puis on va la réformer pour mettre l'humain au centre !

lundi 9 juillet 2018

Guignolade présidentielle

Rappelons une fois de plus que la Ve République est un régime parlementaire et non présidentiel. C'est le Premier ministre qui (article 20) détermine et conduit la politique de la nation et c'est pourquoi il est responsable devant le Parlement qui a la faculté de le renverser par une motion de censure. C'est lui et nul autre qui, lors d'un discours de politique générale suivi d'un vote de confiance ou en engageant sa responsabilité sur un texte qu'il juge capital, vérifie qu'il dispose de la confiance de la représentation nationale. Et il ne peut pratiquement gouverner s'il ne dispose pas de cette confiance. C'est notamment ce qu'ont démontré les trois cohabitations : la France fut alors gouvernée, contre les orientations du président, dès lors que la majorité parlementaire lui était également opposée, justement parce que la Ve République est un régime essentiellement parlementaire.

Les deux stupides révisions de 2000 et 2008, toutes deux de convenance (Chirac pensait pouvoir être réélu plus facilement pour un quinquennat que pour un septennat ; Sarkozy, égocentrique et admirateur maladif des Etats-Unis d'Amérique, entendait pouvoir singer à sa guise le discours sur l'état de l'Union du président américain, dans un régime politique radicalement différent de la Ve République) ont introduit un indicible désordre et une funeste confusion dans le fonctionnement d'institutions dont le but était de mettre fin à l'instabilité ministérielle de la IIIe République finissante et de la IVe, doublée d'une dictature des minorités et des appareils politiques que suppose le scrutin proportionnel (car ce ne sont plus, en système proportionnel, les électeurs qui désignent les élus, mais les appareils partisans qui distribuent les places éligibles sur des listes, comme va encore le montrer le scrutin pour la désignation des pseudo-députés au pseudo-parlement européen, et ce sont les groupes charnières, minoritaires ou ultra-minoritaires qui dictent leurs conditions pour faire et défaire les majorités) en rationalisant le fonctionnement du parlementarisme, non en lui substituant un régime de type présidentiel.

Les débats du Comité consultatif constitutionnel de 1958 sont là-dessus aussi clairs que la pratique constante de 1959 à la funeste instauration du quinquennat. Lorsque, en 1962, l'Assemblée nationale censure le gouvernement Pompidou, le président de la République dissout celle-ci, c'est-à dire qu'il demande au peuple de trancher entre sa légitimité présidentielle, distincte de celle de l'Assemblée, et la légitimité de celle-ci ; le peuple eût-il renvoyé une majorité conforme à celle qui avait censuré le gouvernement que de Gaulle, comme MacMahon en 1877, n'aurait eu d'autre choix que se soumettre ou se démettre.

L'exercice auquel se livre aujourd'hui ce qui tient lieu de président de la République est donc une simple aberration au regard de la logique de la Ve République comme des principes fondamentaux de tout régime parlementaire.

Ne peuvent et ne doivent s'exprimer devant la représentation populaire que ceux qui sont responsables devant elle et qu'elle peut congédier. Réduire la représentation nationale au rôle d'auditoire passif ne pouvant exprimer critiques et voeux pieux qu'après le départ de celui auquel elle répond est une stupidité doublée d'une absurdité. Ainsi, par exemple, le souverain britannique, dans un régime qui est la matrice de toutes les démocraties représentatives, ne lit-il devant son Parlement que le discours écrit par son Premier ministre, chef de la majorité parlementaire.

Il est pitoyablement savoureux de voir aujourd'hui des parlementaires indignes de leur mission cautionner cette guignolade et de voir s'indigner des membres de LR , fossoyeurs de la Constitution qu'ils prétendent défendre alors qu'il y a dix ans ils votaient presque comme un seul homme (avec 10 socialistes et radicaux) la révision constitutionnelle qui a permis cette guignolade. Il est risiblement pathétique de voir des élus socialistes dont l'honneur eût été, dès l'élection de Hollande, d'obtenir l'abrogation de cette révision aussi bête que nuisible, critiquer une pratique qu'ils ont cautionnée et continuent à cautionner.

Une fois de plus, Macron n'est qu'un symptôme et un aboutissement de la confusion mentale qui règne dans nos prétendues élites et du viol des principes élémentaires de la démocratie représentative (largement dû à l'appartenance à l'UE qui démonte, pierre à pierre, la démocratie que nous avons héritée de notre histoire) dont elles sont devenues coutumières par habitude de soumission européenne.

De sorte que l'absurdité devient la norme.

Et qu'on ne vienne surtout pas me chauffer les oreilles avec une VIe république qui conjuguerait l'impuissance impersonnelle chère à Mme Girard et le happening permanent. Nous avons besoin, en ces temps difficiles, d'une Constitution qui conjugue la démocratie, la responsabilité et l'efficacité : c'est exactement ce qu'était la Ve République, qui a fait la preuve qu'on pouvait gouverner dans la démocratie et avec efficacité dans des temps autrement troublés, avant qu'on la défigure par des révisions européennes ou en raison d'imbéciles et subalternes raisons de circonstance.

dimanche 8 juillet 2018

Retour...

En attendant impatiemment le 2e round, fin août.

Et puis hier soir, me tombe sous les yeux un article sur une réunion animée par Charlotte G. qui devrait diriger la liste insoumise aux prochaines élections du faux parlement européen qui n'a rien d'un parlement sauf le nom.

Lequel m'a aussitôt inspiré cette petite sottie...

- Alors, on sort ?

- Non, on va négocier pour faire un truc centré sur l'humain d'un machin centré sur la concurrence.

- Ah très bien, et on va vous laisser négocier ça tranquillou, en toute bonne foi. Mais vous savez que Varouf, lui, il ne voulait même pas négocier ça, juste une petite remise et un allongement des délais.

- Oui mais moi je m'appelle Charlotte, pas Iannis, et puis y'a Jean-Luc, qui n'est pas Alexis. On n'a plein de beaux projets pour la France, comme de faire un exécutif collectif, genre le Directoire, vous voyez, la modernité quoi ! Les autres, ils vont forcément être enthousiasmés par ce qu'on leur propose. Et puis avec la France, ils n'oseront pas faire ce qu'ils ont fait avec la Grèce.

- Ah oui, vous croyez vraiment que ça les gênerait ?

- Ben pas vous ?

- Non, pas une seconde, mais admettons. Et donc, là, les 26 autres, ils vont être d'accord pour changer les traités, la jurisprudence de la Cour européenne, l'euro, la BCE, pour faire à la place un truc vachement démocratique centré sur l'humain ?

- Ben forcément, tellement que c'est bien ce qu'on va leur proposer !

- Et le Plan B alors c'est quoi ?

- Pas besoin de le dire puisque le Plan A va marcher.

- Mais quand même, c'est quoi ?

- Pas la peine de le dire, c'est juste pour faire peur aux autres de manière à ce qu'ils acceptent le Plan A.

- D'accord, mais quand même, c'est quoi ?

- Vous êtes un peu bouché, vous ! Vous seriez pas un peu fasciste, ou léguiste ?

- Non mais je voudrais juste avoir une idée de ce pour quoi je vais voter si je vote pour vous. Et puis si vous voulez que les autres aient peur, faut leur dire un peu de quoi ils devraient avoir peur.

- En ne disant rien, on les plonge dans l'incertitude, dans l'angoisse, vous comprenez.

- Non, mais admettons. Ce Plan B, ce n'est donc pas la sortie.

- Ah non ! l'Europe c'est une belle idée qui a été déformée, et puis l'Europe c'est la paix. Faut la réorienter, la réformer...

- En faisant peur aux autres avec le Plan B.

- Voilà, je vois que vous commencez à comprendre. C'est disruptif.

- C'est quoi ?

- Disruptif.

- On construit un peuple tout en utilisant ses affects pour poser de la disruption : c'est le moment populiste, quoi ! Ne faites pas semblant de ne pas comprendre.

- Excusez-moi, mais vraiment je ne suis pas certain de bien comprendre. Je suis un peu vieux aussi, en plus d'être bouché. C'est sans doute très intelligent, mais à mon âge, voyez-vous, il y a des subtilités conceptuelles qui échappent. Mais passons : ce Plan B, alors si ce n'est pas la sortie ?

- Vous êtes lourd !

- Oui, je sais, on me le dit souvent. Et têtu aussi. Parce que je me suis tellement fait avoir en presque 40 ans de vie d'électeur. Ca rend prudent, forcément ! Mais si on ne sort pas, alors, "on désobéit aux traités", comme vous dites, mais ça signifie quoi, exactement ?

- On ne désobéit plus aux traités.

- Ah bon ?! On ne désobéit plus ???

- Non, on les contourne.

- Ah ben si on les contourne, évidemment...

Bref, c'est une belle campagne qui s'annonce !

lundi 2 juillet 2018

Trois plaisirs du matin

Outre les innombrables plaisirs dont nous nous délectons à Nisyros, et celui, depuis quelques jours, d'avoir avec nous l'ami Frédéric Farah (auteur avec Thomas Porcher de TAFTA, l'accord du plus fort, Marc Milo, 2014 ; Introduction inquiète à la Macronéconomie, Les Petits Matins, 2016 ; Europe : la grande liquidation démocratique, Bréal, 2017, qu'il convient de lire pour comprendre le monde dans lequel nous vivons) et de lui faire découvrir "notre" île, se sont ajoutés ce matin trois petits, mais intenses plaisirs.

A notre retour ici, il y a deux semaines, nous avons retrouvé une des petites chattes de la portée née l'an passé et qui avait grandi sous notre regard attentif (et grâce à nos croquettes), puis dû affronter l'hiver sans nous. Des autres, point de nouvelles, mais elle, seule à se laisser caresser puis câliner l'an passé, rappliqua peu après notre retour, accompagnée d'un jeune chat qui est manifestement son fils - adorable, joueur, câlin.

Lui était manifestement en pleine forme. Mais la maman était maigre et surtout bavait, faisait des bulles, avait de drôles de trucs aux babines, toussotait en mangeant... En l'absence de véto sur l'île, et en la présence d'un reste de Zitromax, sa vitalité et son appétit semblant en baisse, nous avons fini par opter, comme je l'avais déjà fait une fois pour une de nos ancienne protégée, Mavrette (arrivée une année à moitié scalpée avec une poche de pus sous l'oeil et qui avait recommencé, après antibio et Bétadine, une deuxième ou troisième vie), pour un traitement antibiotique.

Le résultat fut spectaculaire dès le deuxième jour ; et ce matin du 4e, elle pète le feu, dévore, a l'oeil vif et la babine rose ! 1re joie.

Nous informant de l'évasion d'un certain Redouane (qui n'a rien à voir avec un manque de personnel nous assure la ministre : ouf on est rassuré ! Des fois qu'il aurait fallu embaucher des fonctionnaires, voire les payer correctement !), Frédéric Farah, nous a précisé que, en arabe, Redouane signifie : comblé. 2e joie.

Enfin, le même Frédéric qui lit l'italien et suit l'actualité dans ce pays qui a mal voté et dont on ne peut comprendre comment il a pu aussi mal voter puisqu'il avait la chance d'avoir à sa tête un génie politique de la taille de Macron et qui, comme Macron, a enfin fait les indispensables réformes qu'on a différées trop longtemps, nous a traduit ce matin un papier de Sergio Cesaratto, daté d'hier 1er juillet, paru sur le site de la revue en ligne ''Micro Méga'' et sous le titre : La cravate de Tsipras, quelle morale à la crise grecque ?

Lisons :

"En somme, la Grèce aurait réussi, il est temps de changer l'Europe. Malheureusement, les choses ne sont pas ainsi et pareilles énonciations semblent être la chronique de ce journaliste de Saddam qui proclamait le victoire alors que les chars américains entraient dans Bagdad."

3e joie... mêlée d'envie, car il y a des formules comme celle-là qu'on est incroyablement jaloux de n'avoir pas trouvée.

mercredi 27 juin 2018

Sauvetage en mer

Quand tu vas à la plage et que, soudain, tu aperçois du chemin qui contourne le cap une chèvre en train de nager bravement, sans savoir comment elle est arrivée là.

Tu t'arrêtes, tu prends une photo, deux... puis tu te rends compte que la pauvre bête est coincée entre deux rochers, incapable de reprendre pattes sur la terre ferme.

Alors tu fais quoi ?

Tu descends la dizaine de mètres de presque à pic de pierre ponce sur le cul, tu enlèves tes espadrilles, tu poses tes clés que tu as oublié de laisser dans ton sac à dos au dessus et tu t'avances sur les pierres glissantes vers la pauv'bête.

Puis quand tu es à portée de cornes, tu saisis virilement une d'icelles et tu tires la chèvre en lui disant de faire un effort.

Elle t'écoute, s'extraie d'entre les deux pierres, prend appui sur ses deux genoux, mais identifiant mal le plus important des dangers qui la menacent, elle t'échappe pour aller se fourrer au fond d'un trou, à moitié plein d'eau et qui se remplit presque à chaque vaguelette (alors si le vent forcit...) et où il lui est impossible de faire demi-tour.

Alors tu fais quoi ?

Tu saisis ce que tu peux : la queue, et tu tires. Tu te dis que tu pourrais toujours t'établir ostéopathe pour chèvre, vu que tu lui fais craquer les vertèbres caudales comme l'ostéo te fait craquer tes lombaires, et elle se met à bêler comme une malade.

Mais toi, tu tiens le bon bout et tu tires jusqu'à ce qu'elle fasse marche arrière.

Et quand elle commence à sortir, tu lui expliques gentiment qu'il faut qu'elle te fasse confiance, que t'es là pour l'aider, pas pour la mettre à la broche et pour la manger farcie au riz comme sa cousine qui t'a régalé dimanche soir.

Quand elle finit par sortir, elle ne tente pas vraiment de t'échapper, mais tu la sens bien un brin paniquée, la pauv'chérie. Et la tu la soulèves, tu te rends compte qu'elle est jeune mais qu'elle pèse tout de même son poids et qu'avec les pierres glissantes...

Alors tu la reposes pour prendre mieux tes appuis, et là elle s'aplatit sur la pierre glissante, les quatre pattes écartées, la tête de côté, visiblement épuisée. Tu sens qu'elle a abdiqué et qu'elle s'en remet à toi. Complètement.

Ni une ni deux, maintenant que tu as des appuis solides, tu la prends sous le bras gauche, contre ton coeur, en fait. Tu la sens palpiter, et ça fait comme une outre, son ventre contre ton ventre, une outre où tu as l'impression de sentir, à l'intérieur, l'eau de mer qu'elle a dû avaler.

Et puis de ta main droite, tu t'appuies sur les rochers... jusqu'à arriver sur un bout de plage. Et tu la vois partir, chancelantes. Et toi tu te tapes la remontée de la dizaine de mètres de presque à pic dans la ponce en t'accrochant comme tu peux aux buissons.

Tu arrives au dessus en soufflant comme un phoque, tu te dis qu'à 60 balais tu es encore capable de sauver une chèvre de la noyade, et que, pour aujourd'hui, tu as fait ce que tu avais à faire.

Et puis cinq minutes après, comme tu es un incorrigible païen, et que tu crois voir plus haut sur la pente, tu te dis que ce n'était probablement pas une chèvre, mais Hermès, le dieu des troupeaux et des bergers, qui est aussi ton dieu tutélaire, qu'il s'était métamorphosé pour te tester, pour voir si tu allais faire ce que tu avais à faire.

Et puis j'en vois qui rigolent ! Non je n'ai pas fait la légion, le sauvetage de la biquette n'a eu aucune contrepartie. D'aucune sorte.

samedi 23 juin 2018

Grèce : quatre impostures et un trompe-l'oeil

Comme je l’ai écrit maintes fois, ici et ailleurs, la prétendue sortie du prétendu plan d’aide européen à la Grèce (qui n’a jamais été qu’un plan d’aide aux banques allemandes et françaises gavées de dette grecque, dont les créances sur la Grèce ont été transformées, par la grâce dudit plan d’aide, en titres sur les contribuables de l’UE) ne pouvait être qu’un chaos ou un trompe-l’œil.

On est désormais certain qu’il s’agira d’un trompe-l’œil ; reste à savoir si on aura aussi le chaos.

Hier soir, la télévision grecque diffusait une cérémonie où Tsipras officiait – cravaté ! la dernière étape de la mue ? – en grand prêtre de la célébration de la fin de la « crise grecque » – dans un entre-soi d’où le peuple était soigneusement tenu à l’écart, et pour cause ! –, une fin qu’aurait prétendument sonnée le récent accord sur la dette avec les ministres de la zone euro.

Et tous les médias français dominants, dont je lis les titres sur mon téléphone mobile, sur mon balcon nisyriote, exultent de joie : la crise grecque est finie, grâce à la purge, au courage de Tsipras, à la croissance qui revient, au tourisme qui explose…

J’ai déjà expliqué – et le FMI ne dit pas autre chose – que la croissance n’est pas de retour. Parler de croissance quand le PIB a repris 1,2 % en 2017 alors qu’il a perdu entre 25 et 30 % durant les années précédentes est une pure imposture. La croissance n’est pas repartie, la situation a simplement, comme ailleurs en Europe, cessé de se dégrader du fait de l’effet retard de la baisse du taux de change de l’euro par rapport au dollar. Une baisse qui est derrière nous. La croissance va donc – nonobstant les prévisions régulièrement démenties par les faits depuis le début de la « crise grecque » – ralentir puis s’évanouir.

Prétendre que ladite croissance peut reposer sur l’explosion du tourisme est une deuxième imposture. J’ai déjà expliqué, ici et ailleurs, qu’un des effets de la « crise grecque » était une spoliation, à une échelle à ma connaissance jamais atteinte en temps de paix, des biens publics et privés des Grecs, qu’il s’agisse des terrains et biens immobiliers que les Grecs sont obligés de brader pour survivre, se faire soigner ou payer des impôts qui, eux, ont atteint, sous la férule de la Germano-Europe, des niveaux aussi absurdes qu’insoutenables, ou qu’il s’agisse des infrastructures, portuaires, aéroportuaires, routières, ferroviaires, bradées à des intérêts étrangers par l’intermédiaire du TAIPED, structure de type colonial de liquidation des biens publics imposée par la Germano-Europe et copiée sur celle créée en Allemagne de l'Est après son Anschluss par l’Allemagne de l'Ouest.

De surcroît, ce qui « explose » en Grèce aujourd’hui ce sont les entrées et non les recettes du tourisme. Car le tourisme qui « explose » est un tourisme all inclusive dont les recettes sont encaissées dans les pays de départ et par des sociétés de tourisme allemandes, suisses, françaises, belges, britanniques… Seule une partie de ces recettes revient en Grèce pour payer les salaires de misère pratiqués dans l’hôtellerie depuis que les mémorandums germano-européens ont liquidé le droit social, et donc le salaire minimum (devenu purement théorique, sans parler des salaires qui ne sont plus versés qu'un mois sur deux, trois ou cinq), ou des prestataires de service pressurés, dans un pays où le chômage est massif et il faut travailler à n’importe quel prix, et souvent à un prix qui ne permet plus de vivre décemment. En revanche, les commerces de proximité profitent fort peu de ce tourisme-là (les estivants à bracelet consomment essentiellement à l’intérieur de leurs hôtels) alors qu’ils sont écrasés par une TVA qui se monte désormais à 24 % et par des impôts qui, au total, atteignent communément 70 % du… chiffre d’affaires !

Prétendre que la situation s’améliore alors que l’exil des jeunes et des diplômés, contraints au chômage ici, s’accélère (c’est la seule cause de la baisse infinitésimale du chômage dont se gargarisent les médias dominants) et vide le pays de ses compétences pour aller enrichir les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Suède ou… l’Allemagne, alors que de plus en plus de Grecs sont exclus de l’accès aux soins, que les retraités (qui ont souvent le seul revenu régulier d’une famille) voient leurs pensions coupées encore et encore (une nouvelle coupe vient d'être opérée, une autre est programmée par les dernières mesures, plus de 80, votées récemment par le Parlement grec en échange du versement de la dernière tranche « d’aide »), qu'au moins la moitié de la population vit désormais autour ou sous le seuil de pauvreté, est une troisième et tragique imposture.

Mais à ces trois impostures vient de s’ajouter une quatrième, celle de la conclusion de l’accord sur la dette.

Pourquoi ?

D’abord parce que, avant comme après cet accord, le stock de dette grecque est inchangé : deuxième boulet, avec l’euro, qui empêchera tout redressement de l’économie du pays. La valeur créée par le travail des Grecs, leurs impôts continueront à être affectés en priorité au paiement des intérêts et principaux de cette dette, plutôt qu’à l’investissement et aux services publics, à la formation de fonctionnaires compétents et à leurs salaires (or c’est la faiblesse des salaires de la fonction publique qui est la première responsable de la pratique des enveloppes réclamées aux administrés par des agents auxquels leur salaire ne permet pas de vivre décemment), à la santé, à l’éducation… tous sinistrés depuis bientôt dix ans par les politiques germano-européennes.

Or si la croissance ne repart pas, et elle ne peut pas repartir, le ratio entre le stock de dettes et le flux de création de richesse (PIB) ne peut pas baisser. Et avec un stock de dette de 180 % du PIB, comment la Grèce pourrait-elle « inspirer confiance », se refinancer sur les Marchés, comme cela semble être le seul objectif poursuivi par le gouvernement de « gauche radicale » ?

D’ailleurs, le FMI ne dit rien d’autre ! La dette grecque n’est pas plus soutenable aujourd’hui qu’elle l’était hier. Elle n’est soutenable, dit le FMI après l’accord, que jusqu’en 2030 et ne l’est plus après.

Et c’est là qu’est la quatrième imposture !

On n’a rien réglé, on a repoussé le problème de dix ans. On n’a pas allégé le stock de dettes, on a allongé les délais de remboursement. C’est-à-dire qu’on a alourdi le poids de la dette sur les Grecs et l’économie de leur pays puisque les Grecs devront payer les intérêts sur cette dette durant dix ans de plus. C’est-à-dire qu’on enrichit un peu plus les créanciers, qui ne cessent, au fil des « plans d’aide », de faire leur beurre sur le dos des Grecs. Et c’est-à-dire que l’économie grecque, qui ne peut pas se redresser dans l’euro et avec un pareil stock de dettes, sera incapable de rembourser les prêts arrivant à échéance après 2030, alors que les Grecs auront payé dix ans de plus d’intérêts.

Trompe-l’œil et imposture – doublement puisqu’il semble que le ministre allemand (ô surprise !) se soit opposé avec la dernière énergie même à cette mesure qui ne règle rien. Or ce ministre est en sursis, et il y a peu de probabilités que le suivant soit plus arrangeant !

Trompe-l’œil et imposture puisque, de l’aveu même de la presse de propagande, la Grèce va sortir de la tutelle (en principe ! car quel sera le niveau des taux d’intérêt le 20 août, lorsque la Grèce devra se refinancer sur les Marchés, si le gouvernement Merkel est tombé, si la précaire situation politique de l’Espagne se détériore, si les rapports entre l’Italie et la BCE tournent vinaigre ?) sans en sortir. Le système de « surveillance » des créanciers après cette date est en effet, nous dit cette presse, sans commune mesure avec la manière dont ont été traités Chypre, le Portugal ou l’Irlande. Beaucoup de bruit pour rien, donc.

Reste la question politique. Car après le tintouin sur l’accord avec l’ARYM qui reste suspendu à des ratifications bien problématiques, à Skopje comme à Athènes, ce tintouin sur la dette vous a un petit fumet d’élections anticipées.

En Grèce, les législatives doivent avoir lieu en septembre 2019. Mais au 1er janvier 2019, un train de mesures budgétaires et de coupes tous azimuts doit entrer en vigueur en application des textes votés sous la pression germano-européenne. La situation de centaines de milliers de Grecs va donc une nouvelle fois se détériorer gravement. Or, au printemps 2019, auront lieu à la fois les élections municipales, régionales et européennes. La déroute de l’actuelle majorité risque donc fort de rendre la position du gouvernement intenable. D’autant que l’Assemblée élue en 2015 devra aussi, ce même printemps, élire le président de la République. Mais la majorité qualifiée requise pour cette élection ne peut être atteinte sans le vote de l’opposition et, si cette majorité n’est pas réunie, l’Assemblée est automatiquement dissoute.

En 2014, Syriza avait, par ce moyen, contraint le gouvernement à anticiper l’échéance législative au début 2015. Or, si aujourd’hui les oppositions ont intérêt à une élection législative (elles peuvent la provoquer au printemps 2019 en refusant de voter pour un président de la République), au moment où les nouvelles mesures entrées en vigueur au 1er janvier entraîneront mécaniquement un mécontentement accru des Grecs contre leur gouvernement, l’intérêt de celui-ci est clairement de tenter de sauver les meubles avant le 1er janvier.

En se targuant du succès en trompe-l’œil sur la dette et de l’accord sur l’ARYM, lequel risque de capoter au Parlement grec (l’ANEL, indispensable à la majorité, ne le votera pas) comme en ARYM où le succès au référendum est plus que problématique, Tsipras espère sans doute pouvoir revenir à l’Assemblée avec assez de députés… pour être l’indispensable appoint d’un gouvernement de Grande Coalition à l’allemande ? alors que celui-ci, justement, vit peut-être ses derniers jours. Les rumeurs qui laissent penser à un possible renversement d'alliance ne seraient dans ce cas que le prélude à une manoeuvre de plus grande envergure : en effet si Syriza était lâché par l'ANEL sur la question de l'ARYM, il se dit que Tsipras pourrait chercher et trouver le soutien de Potami, formation fantôme qui n'a jamais existé que pour servir de roue de secours aux partisans de Bruxelles et Berlin, qui n'ayant plus guère d'électeurs a déjà rejoint une énième coalition autour des rescapés du PASOK...

vendredi 15 juin 2018

Parfois la mobilisation paye

Je vous ai alertés ici sur l'ordre d'expulsion, à la fin juin, du Dispensaire solidaire d'Elliniko et vous ai encouragés à lui manifester votre/notre soutien.

Hier, le professeur Vichas a tenu, comme prévu, une conférence de presse et il y a donné une bonne nouvelle.

L'arrêté d'expulsion a en effet été suspendu, grâce à la mobilisation internationale qui s’est manifestée. Giorgos Vichas a ainsi rendu hommage au « mouvement de solidarité sans précédent en Grèce et en Europe », soulignant notamment qu’ à Bruxelles une manifestation a eu lieu devant le siège de l'UE et devant le consulat grec, et qu'au Parlement européen se sont élevées des voix de solidarité principalement portées par la député allemande (Alliance 90/Les Verts) au PE, Rebecca Harms.

Il a également annoncé que, durant cette suspension, le gouvernement s'était (enfin !) décidé à chercher une possibilité de relocalisation pour le dispensaire et engagé à discuter toutes les options avec sa direction pour trouver la meilleure solution et ne pas compromettre la poursuite des soins sans discontinuité.

Je ne vous cacherai pas ma joie devant cette évolution ! Merci à ceux qui, parmi vous, ont manifesté leur soutien au dispensaire.

Au demeurant, hier était peut-être ce que les anciens appelaient un jour faste : le ministre de l'Agriculture italien a annoncé que son pays ne ratifierait pas le traité de libre-échange avec le Canada (CETA), qui est partiellement entré en vigueur bien que les Parlements nationaux ne l'aient pas encore ratifié (encore et toujours la démocratie européenne !!!), la crise qui couve depuis la formation de la GroKO entre CDU et CSU a pris un tour aigu (dont bien sûr, nul média ici ne lève la langue !) menaçant de faire tomber Merkel et... j'ai appris que le tome II de La Grèce et les Balkans va faire l'objet d'un troisième tirage en septembre.

C'est évidemment pour moi une grande joie de voir le succès de ces trois livres qui ne se dément pas et dont les ventes continuent sur un rythme régulier et soutenu.

Ca l'est doublement parce que si j'ai été accompagné dans cette aventure de cinq ans, de manière patiente et bienveillante, par mon éditrice, Martine Allaire, comme par le responsable du secteur sciences humaines de Gallimard, Eric Vigne, je sais qu'ils ont eu, eux, à se battre contre les commerciaux qui n'étaient guère enthousiastes (euphémisme), arguant qu'ils ne pourraient jamais vendre trois tomes sur une région qui n'intéresse personne...



Et c'est rassérénant aussi ! Je veux dire qu'ils se soient trompés et qu'un projet ambitieux puisse encore leur donner tort en trouvant un public toujours plus large.

Cela dit, hier a été - en même temps ! - un jour néfaste pour bien des Grecs...

En effet, la Vouli (Parlement) a adopté par 154 voix contre 144 (2 députés étaient absents) les 88 conditions posées par l'ex-Troïka (en novlangue eurocrate, il faut dire "les institutions" !) après sa 4 ème évaluation des politiques mémorandaires.

Le projet de loi prévoit ainsi de énièmes nouvelles coupes dans les retraites à compter de 2019, la fixation 5686 euros de revenu annuel du seuil pour ne pas payer d'impôts sur ce revenu à compter de 2020, de énièmes et nouvelles coupes dans les dépenses de santé, de énièmes et nouvelles spoliations de biens publics baptisées privatisations pour ne citer que quelques et bien d'autres mesures dites techniques qui vont rendre encore plus difficiles le quotidien d'innombrables Grecs. Vive l'Europe ! c'est la paix... des cimetières.

Enfin, il faut que je vous touche un mot du projet d'accord entre l'ARYM et la Grèce : le nom international de l'Etat serait donc République de Macédoine du nord. Mais je n'ai encore rien vu de précis sur le VRAI problème entre cet Etat et la Grèce : une Constitution dont un certain nombre d'articles sont plus ou moins clairement irrédentistes et donnent à l'ARYM un droit de regard sur les affaires intérieures des Etats voisins dès lors qu'il s'agit du sort de la minorité prétendument macédonienne.

Or hier, Panos Kamménos, ministre de la Défense et chef de l'ANEL, parti sans lequel le gouvernement Tsipras n'a plus de majorité au Parlement - et qui vient de voter les 88 mesures -, ne votera pas l'accord négocié par le ministre des Affaires étrangères de ce gouvernement et approuvé par son Premier ministre. Y aura-t-il encore une majorité en Grèce si les manifestations de masse de janvier-février - alors que la négociation ne faisait que s'ébaucher - reprennent et s'amplifient ?

Dans un article pour Le Vent se lève, intitulé "La question macédonienne peut-elle faire tomber Tsipras ?" (7 février 2018), j'émettais l'hypothèse que Tsipras pourrait avoir choisi cette question pour tomber en divisant la droite et provoquer des élections avant la sortie du prétendu plan d'aide (prévue en août, et qui sera soit impossible, soit chaotique, soit en trompe-l'oeil), ou en tout cas avant que le train de mesures imposées par l'Euro-Germanie, qui entrera en vigueur ou montera en puissance au 1er janvier prochain (voir ci-dessus les 88 mesures votées hier... et que l'ANEL a approuvées), ce qui provoquera sans doute une chute supplémentaire de sa popularité (intentions de vote actuelles de 20% environ contre environ 30 % à la droite).

Dans quel but ? me direz-vous. Revenir avec assez de députés pour être indispensable à un gouvernement dit d'union nationale avec la droite...

Quant à l'autre côté, le président de l'ARYM, issu du parti ultranationaliste VRMO, le plus important du pays et qui a perdu de peu les dernières élections, a déclaré qu'il ne signerait pas l'accord négocié par le Premier ministre social-démocrate, chef d'une coalition hétéroclite d'une quinzaine de formations dont deux partis albanais et qui ne dispose que de quelques voix de majorité au Parlement.

De surcroît, l'accord doit être approuvé par référendum en ARYM au mois de septembre et il est clair que la VRMO va mobiliser à fond pour le faire rejeter ; il est beaucoup moins clair en revanche que les deux partis albanais de la majorité mobilisent sur une question qui ne les concerne que très indirectement et encore moins clair que l'électorat slave se la majorité parlementaire actuelle se rende massivement aux urnes pour voter Oui, alors qu'elle a voté contre la VRMO, aux dernières législatives pour des raisons économiques et sociales (domaine dans lesquels le nouveau gouvernement n'a en rien changé la donne), ou pour stopper la dérive autoritaire de l'ex-Premier ministre Gruevski - alors même que sur les questions du nom et de la Constitution, une large partie de cet électorat partage l'intransigeance de la VRMO et est hostile au compromis négocié par le gouvernement.

Bref, on a connu des accords mieux partis...

Voilà ! Il faut encore que je vous dise que je vais me faire plus rare ici dans les semaines qui viennent. Nous partons en effet pour Nisyros jusqu'au début de juillet. Je vous souhaite à tous un bel été !

Et n'oubliez pas ! Tigrane l'Arménien (ici pour la revue de presse et les articles complets qu'a suscité ce livre lors de sa première parution il y a un an) est de nouveau en librairie depuis le 11 juin, sous sa nouvelle couverture (due à Méliné Ian) dans la collection de poche d'H&O Editions.

mercredi 13 juin 2018

Tomber pauvre...

Tomber pauvre... Non seulement ce type est clairement une ordure mais il a un mode de pensée complètement vérolé et un mode d'expression à l'avenant.

Les bas salaires imposés par la dévaluation intérieure que génère l'euro, la désindustrialisation consécutive à la surévaluation de l'euro, la mise en concurrence des travailleurs protégés avec des semi-esclaves du fait du marché unique... non non non, il n'y a pas de causes à la pauvreté.

La pauvreté s'attrape comme un microbe : on tombe pauvre comme on tombe malade.

Pour le fond : les économies souhaitées par LREM sur les aides sociales s'élèvent à sept milliards, tandis que, selon Bercy (et c'est l'im-Monde d'hier qui le dit...), la suppression du dispositif de lutte contre l'exil fiscal devrait en coûter six (ou plus...). Je ne sais pas si on voit bien la logique. Salauds de pauvres !

Le pire c'est que Macron reproduit jour après jour, sans la Troïka, ce que la Grèce et les Grecs ont vécu depuis 2010 du fait de la Troïka. Mais non, la Grèce n'a pas été un laboratoire !

La plus belle réponse apportée à cette obscénité macronienne supplémentaire, est sans doute ce tweet d'Alexis Ridray, avocat en droit du handicap, qui vit en fauteuil. L'humour face à la vulgarité condescendante de celui qui file aux riches le pognon qu'il pique aux faibles.

Ben oui quoi ! Il faut se responsabiliser ! se sortir les doigts du c... ! Lève toi et marche, nom de dieu ! Il est vrai que le sieur Brunet le comparait il y a peu à un thaumaturge !

Avec une pensée pour Michel Robert, mon ami, qui m'a inspiré le personnage de Philippe, dans L'Or d'Alexandre, et sans qui ce livre n'aurait pas existé, pour mon ami Koudou, et pour au moins une lectrice de ce blog, Catherine. Une pensée pour les handicapés grecs aussi, qui se sont retrouvés à la rue à la suite de la réduction de leurs aides, qui pompaient trop de pognon aux yeux de la Germano-Europe qui est derrière ce discours de Macron et de la politique qu'il inspire, et qui ne pouvaient plus rester dans les établissements spécialisés dont on a aussi coupé les subventions parce qu'elles coûtaient , elles aussi, un pognon fou.

En réalité, vis-à-vis de l'Italie, comme vis-à-vis des pôvres et du pognon qu'ils pompent, la ligne Macron est toujours la même : morgue et vulgarité de la "pensée".

On en vient à trouver, pas sympathique - n'exagérons rien -, mais moins odieuse, la vulgarité arsouille d'un Sarkozy.

Quant aux castors... ils ont ce soir, avant le coup de hache annoncé dans les pensions de reversion, une raison de plus d'être heureux d'avoir fait barrage. Le problème, c'est que sont les politiques à la Macron, à la Renzi, à la Merkel qui font inexorablement monter l'eau derrière le barrage. Jusqu'à ce que ce fameux barrage soit emporté par la colère des peuples. Et que, comme les gauches sont complices de ce que se passe, par incapacité à dire que tout cela vient pour et par la Germano-Europe, en continuant à entretenir l'illusion qu'il y aurait quelque chose à négocier dans ce cadre irréformable, il est chaque jour un peu plus certain - hélas ! - qu'il craquera par la droite.

mardi 12 juin 2018

Le bord du gouffre

Une fois de plus, juste après le Gmachin où il a fait preuve de sa supériorité tactique sur la bande d'amateurs menée par les deux adolescents attardés pleins de leur suffisance, Trump montre qu'il n'a rien de l'imbécile non fiable qu'ont construit les médias français - qui, eux, ne comprennent décidément rien à rien.

En réalité, Trump et Kim ont pratiqué avec un art consommé la diplomatie du bord du gouffre, extraordinairement classique dans l'ère atomique, depuis qu'on a compris (refus de Truman de laisser Mc Arthur employer l'arme atomique contre la Chine justement au moment de la guerre de Corée) que la bombe nucléaire était une arme de dissuasion et non de champ de bataille. Rappelons que ce n'est en rien "l'Europe" qui a assuré la paix en Europe depuis 1945, mais seulement l'arme nucléaire, interdisant une attaque soviétique durant la phase de monopole américain de détention de la bombe, puis l'équilibre dit de la terreur interdisant toute guerre chaude sur le théâtre européen et repoussant les guerres USA-URSS dans des régions périphériques et le plus souvent par alliés interposés.

La crise de Cuba a fourni le schéma de ce genre d'épreuve de force : crise lorsque l'un des possesseurs de l'arme est en passe d'obtenir un avantage stratégique que l'autre juge inacceptable, montée aux extrêmes, négociation, accord en trompe l'oeil de sorte que personne ne perde la face, retour au statu quo. Après Cuba, la crise se termine par le renoncement de l'URSS à y déployer des missiles en échange d'un démantèlement en trompe l'oeil des fusées Jupiter américaines installées en Turquie, alors que ce démantèlement avait été décidé par les Américains avant la crise.

De même, la dénucléarisation de la péninsule coréenne ne mange pas de pain - quand ? dans 20 ans, 50, 300 ans ? -, en attendant Kim garde son assurance vie et va obtenir une (relative) ouverture économique, ce qu'il vise depuis son arrivée au pouvoir, tandis que Trump a un accord qui lui permet d'apparaître, à son électorat, comme celui qui a obtenu ce qu'aucun de ses prédécesseurs n'a pu obtenir : stopper, sans doute provisoirement, le développement de l'arme dont dispose la Corée du Nord, et sans doute de ses moyens de projection.

Pendant ce temps-là s'annonce une attaque frontale, ici et maintenant, contre les pensions de reversion.

Créer de nouvelles inégalités, creuser celles qui existent le plus possible, toujours et encore, violenter, martyriser les plus faibles, fabriquer toujours plus de pauvres et de malheureux dont le seul horizon de vie - pour les empêcher de penser, de contester, de protester -, doit être la survie...

C'est ce que la Grèce vit, sans limite et sans fin depuis 2009, la Grèce fut le laboratoire de la Germano-Europe - sous un gouvernement socialiste, sous un gouvernement bancocrate, sous un gouvernement dit d'union nationale dirigé par la droite, sous un gouvernement de la gauche dite radicale alliée à la droite dite souverainiste -, comme nous fûmes bien peu, si peu, à le dire dès le début et à continuer à le dire après la trahison de Syriza.

C'est la feuille de route germano-européenne fixée à Micron, qui s'en acquitte chaque jour avec zèle dans le but de plaire à Berlin et d'inspirer la confiance au nouveau Reich. Confiance pour quoi faire ? Pour rien car le Reich ne lui fera jamais aucune concession. Car le Reich le méprise.

Le carcan européen ne se réoriente pas, il ne se réforme pas. On le brise ou on y crève... en inspirant confiance à l'Allemagne.

lundi 11 juin 2018

Le G Machin chose...

Au-delà des singeries de ces deux adolescents attardés, bouffis d'eux-mêmes, que sont Trudeau et Macron, l'économiste Steave Ohana produit ce jour sur Facebook, à mes yeux, la meilleure analyse du G machin chose :

"1) Trump ne considère plus l'alliance occidentale ni l'Alliance transatlantique comme des alliances servant nécessairement l'intérêt économique ni même stratégique des Etats-Unis. Trump préfère des alliances flexibles au cas par cas, servant des objectifs bien délimités : alliance avec Israel et les monarchies du Golfe contre l'Iran, alliance avec la Russie contre l'islamisme sunnite, accord commercial réalisé avec la Corée du Sud pour réduire le déficit commercial des Etats-Unis, recherche de négociations bilatérales avec le Japon, avec la Chine sur le commerce, la Corée du Nord, la présence chinoise en Mer de Chine.... C'est le sens de son appel à intégrer la Russie dans un G8, qui aurait pour lui plus de sens que ce simulacre du G7....

2) Trump a une grande méfiance vis-à-vis de l'Union Européenne et en particulier de l'Allemagne. Il voit l'Allemagne comme une nation qui profite des Etats-Unis, à la fois sur le plan militaire (elle consacre à peine plus de 1% de son PIB aux dépenses militaires) et commercial (elle a un excédent de plus de 60 milliards de dollars vis-à-vis des Etats-Unis), et qui dirige l'UE dans une direction défavorable aux intérêts américains (destruction de la demande domestique européenne via les politiques de restriction salariale et d'austérité, stratégie mercantiliste reposant sur l'export, complaisance vis-à-vis de la stratégie de pénétration islamiste en Europe et vis-à-vis de l'expansionnisme iranien au Moyen-Orient). Il n'est pas anodin que Trump ait invité le nouveau premier ministre italien Giuseppe Conte pour une visite officielle à Washington: celui-ci dirige un gouvernement "populiste", dont les objectifs déclarés sont: 1) protéger l'Italie de la politique européenne d'accueil des immigrés en provenance d'Afrique et du Moyen-Orient 2) redonner à l'Italie des marges de manoeuvre budgétaires face au carcan imposé par le pacte fiscal européen...

3) Le Canada et les pays européens semblent ne pas avoir trouvé de réponse face à ce qu'ils appellent les "oukazes de Trump". D'une part, ils n'ont pas grand chose à offrir à Trump: c'est l'Amérique qui les protège militairement et qui leur permet d'accumuler des surplus commerciaux aux dépens des Etats-Unis depuis plusieurs décennies. D'autre part, leur capacité de nuisance est limitée. Ils affichent une unité de façade qui masque mal leurs profondes divisions (Macron s'oppose de manière timide et inefficace à l'ordre hégémonique allemand en Europe, l'Allemagne mercantiliste risque de se désolidariser rapidement du reste de l'Europe en ce qui concerne la politique de rétorsions commerciales à l'égard des Etats-Unis, la Grande-Bretagne négocie avec grande difficultés ses conditions de sortie de l'UE, l'Italie s'apprête à tenter de renverser la table sur les règles européennes régissant les flux migratoires et les déficits...).

4) En définitive, ce G7 révèle une fissure profonde entre deux visions politiques de l'Occident: la vision défendue par Trump et le nouveau premier ministre italien Conte (laquelle rejoint partiellement celle de Theresa May), se focalise sur la lutte contre l'islamisme et la reconquête de la souveraineté nationale face à un ordre libéral perçu comme contraire à certains intérêts nationaux essentiels (au premier rang desquels figure la sécurité); la vision défendue par Merkel (laquelle est relayée par Macron et appuyée par la technostructure européenne), revendique l'attachement au "multilatéralisme", au "droit international du commerce", le respect du droit d'asile ainsi que des "quatre libertés fondamentales de l'UE", une position qui est une position de principe pour la France, mais qui correspond en fait pour l'Allemagne à la poursuite de la souveraineté par d'autres moyens: c'est sur le maintien de l'ordre libéral existant que repose le salut d'une Allemagne vieillissante, misant sur l'importation de main d'oeuvre et sur les exportations pour assurer le financement de ses retraites...."

J'y ajouterai ce codicille de mon cru :

Je crois pour ma part que le projet de Trump est fondamentalement de refermer la parenthèse de 70 ans ouverte dans l'histoire diplomatique américaine par la Résolution Vandenberg de 1948. Cela nous paraît absurde parce que nous sommes nés, avons grandi et vécu dans un monde structuré géopolitiquement par l'OTAN, produit de la guerre froide.

Mais la vraie tradition diplomatique des Etats-Unis, depuis leur indépendance, c'est le refus des alliances permanentes, le refus d'être engagé automatiquement dans des conflits où ils n'auraient pas choisi de s'impliquer. Le refus de Trump, lors du dernier sommet de l'OTAN, peu après sa prise de fonction, d'intégrer rituellement à son discours la réaffirmation de l'article 5 du traité de l'Atlantique nord (qui n'est d'ailleurs nullement un engagement automatique d'intervention américaine en cas d'attaque contre un membre de l'alliance, raison pour laquelle, dès 1958, de Gaulle dénonçait dans cette alliance un traité inégal où tous les commandements reviennent aux Etats-Unis sans aucune obligation réelle pour eux en contrepartie), est à mes yeux tout à fait significatif.

L'Alliance atlantique, l'OTAN, l'UE étaient importants aux yeux des Etats-Unis dans la mesure où ils étaient pour eux des instruments de puissance dans une région essentielle. Cette région n'est plus essentielle, l'OTAN coûte cher, d'autant plus que les Européens ne payent pas assez aux yeux de Washington (et ceci bien avant Trump) et l'euro est un instrument de dumping allemand qui permet à l'Allemagne de vendre ses produits aux Etats-Unis - notamment ses grosses berlines - 20 ou 25 % moins cher que si l'Allemagne avait sa propre monnaie.

Dans ces conditions, pas plus que le libre-échange qui est la loi du plus fort (or les Etats-Unis ne sont plus les plus forts), l'OTAN et l'UE ne sont plus des instruments de puissance efficaces pour les Etats-Unis. Ce que de Gaulle avait d'ailleurs annoncé : quand il n'y trouveront plus leur intérêt, ils quitteront l'Europe, et c'est pour cela que nous devons nous doter des moyens propres de notre sécurité. Il est donc à mes yeux probable que ceux-ci sont en train de revenir à leur politique traditionnelle d'avant la résolution Vandenberg.

Et contrairement à ce que dit Macron - qui décidément se trompe sur tout - cela dépasse largement la personnalité du président actuel. Obama a amorcé le mouvement à maints égards, et je suis certain que ce mouvement continuera, quel que soit le successeur de Trump.

Et dans le même esprit, on lira le papier de blog de ce jour de Bertrand Renouvin, auquel je souscris, une fois de plus, du premier au dernier mot.

Enfin, je terminerai par une question : que faisaient donc à ce Gmachin... l'alcoolo Juncker, parrain de la clearstreamisation du grand-duché dont il fut ministre des Finances (1989-2009) et Premier ministre (1995-2013) ainsi que de l'optimisation fiscale, exfiltré après sa chute sur une affaire (1) de fichage massif (à côté, la Stasi ferait presque province et petit genre) des sujets luxembourgeois et le grand ordonnateur d'écoutes téléphoniques corrompu Tusk (2) exfiltré de Pologne avant la déroute électorale de son parti ?

J'y suis ! c'est sans doute pour défendre la morale et le droit !

(1) 30 bonnes raison pour sortir de l'Europe (Olivier Delorme, H&0, 2016) : "Le scandale commence en novembre 2012 par les révélations d’un ancien directeur du Service de renseignement d’État du Luxembourg (SERL) sur un système de fichage illégal, depuis les années 1960, des citoyens, personnalités politiques, associations, entreprises. Il évoque l’existence de 300 000 fiches dans un pays de moins de 580 000 habitants. Une partie ayant probablement été détruite, la commission d’enquête parlementaire en découvrira 13 000, révélant en outre que le SERL a été mis à la disposition d’intérêts privés et utilisé pour déstabiliser un magistrat. Lâché par ses alliés socialistes, Juncker est contraint à la démission en décembre 2013."

(2) 30 bonnes raison pour sortir de l'Europe (Olivier Delorme, H&0, 2016) : "Quant à la Polonaise Elżbieta Bieńkowska, chargée du Marché intérieur, de l’Industrie, de l’Entreprenariat et des PME, elle était, avant sa nomination, ministre puis vice-présidente du gouvernement de Donald Tusk (2007-2014), et impliquée dans l’immense scandale d’écoutes téléphoniques illégales d’hommes politiques et de hauts fonctionnaires qui contribuera à la cuisante défaite électorale de leur parti en octobre 2015 (-15 % par rapport à 2011). Elle est nommée commissaire le 3 septembre 2014 par Tusk, lui-même désigné le 30 août par ses pairs comme président du Conseil des chefs d’État et de gouvernement (il quittera son poste de Premier ministre le 22 septembre) : double exfiltration réussie !"

dimanche 10 juin 2018

En finir avec le IVe Reich

Je suis heureux d'avoir été sollicité par Fadi Kassem pour être l'un des premiers signataires de cet appel dont le PRCF a pris l'initiative.

Une fois de plus, l'exemple italien montre la nécessité absolue de mettre à bas l'Union européenne, afin de pouvoir rebâtir une république sociale, de rouvrir les choix démocratiques cadenassés par les traités et qui réduisent les élections - comme l'exemple italien vient une fois de plus de l'illustrer - à un choix entre ceux qui sont admis à gouverner parce qu'ils sont partisans de la même politique prédéterminée par les traités.

Détruire l'UE n'est pas un but en soi, mais c'est une condition nécessaire pour reconstruire la démocratie; c'est aussi la condition pour reconstruire, par la culture, l'entente, la coopération (pas par la contrainte, la concurrence du Marche ou crève, les Marchés financiers érigés en arbitres des élections, l'écrasement des peuples qui disent Non, la liberté d'échanger les capitaux pour les faire échapper à l'impôt et des travailleurs pour les réduire en semi-esclavage...), une entente de peuples égaux et souverains, alors que s'établit dans l'UE, au fil des ans, une pyramide des peuples, comme le IIIe Reich était fondé sur une pyramide des prétendues races.

Je ne crois pas aux Plans A, B, ou Oméga ; je ne crois pas que cette Europe soit réformable ou réorientable ; je ne crois pas que l'équation personnelle de tel leader ("Avec moi, ça ne sera pas comme avec Tsipras", "La France n'est pas la Grèce" et autres balivernes) y change quoi que ce soit.

Je ne crois pas non plus aux agendas cachés : on le fera, mais on ne peut pas le dire, parce que si on le disait on perdrait les élections. On a gagné le référendum de 2005 alors que le rapport de force de départ était éminemment défavorable au Non, parce qu'on a réussi à poser politiquement les enjeux, de manière claire, de la droite à la gauche, parmi ceux qui avaient compris ce qu'impliquait ce traité, et parce qu'en le disant clairement, le peuple s'est massivement saisi du sujet.

Qui veut mener une "Autre politique"dans cette Europe sans avoir préparé la sortie, sans avoir averti le peuple qu'il faudrait en sortir, d'emblée, et sans rien négocier d'autre que les conditions de la sortie - ce qui signifie, si c'est la France qui sort, les conditions de la dissolution -, se fera écraser par la BCE, les Marchés...

Dans ces conditions, il faut appeler et appeler encore au rassemblement - sur le modèle du CNR - de tous ceux qui, de la gauche à ce qui reste de droite démocrate et sociale, sont conscients de cette nécessité.

Je suis fondamentalement un gaulliste social, je n'ai jamais été marxiste ni communiste, je ne partage donc pas toutes les options du PRCF, mais comme les initiateurs de cet appel, je pense que la sortie de l'euro et de l'UE est la condition absolument nécessaire pour rouvrir un vrai débat démocratique, c'est-à-dire projet contre projet, débat impossible dans un cadre européen, qu'on ne peut pas réformer, qui contraint les choix politiques par les options inscrites dans des traités scélérats ; j'ai 60 ans et je n'ai plus eu d'engagement partisan depuis l'âge de 22 ans, lorsque j'ai rendu la carte du RPR, que j'avais prise quelques mois plus tôt, après l'appel dit de Cochin, dès qu'il fut acquis que l'appareil et les élus de ce parti n'iraient jamais à la rupture européenne que j'appelais déjà de mes voeux.

Aujourd'hui, j'ai signé cet appel... et je vous appelle à le rejoindre.

samedi 9 juin 2018

Puisqu'on vous dit que ça va mieux en Grèce !!!

Comme toute la Nomenklatura grecque le répète inlassablement: ça va mieux et de mieux en mieux ! Alors que la région gérée par la gauche dite radicale et le gouvernement de la gauche dite radicale laissent expulser le dispensaire solidaire d'Elliniko, la situation sanitaire catastrophique créée par les politiques germano-européennes appliquées servilement pat ladite gauche prétendument radicale continue à se détériorer.

La preuve (via mon ami Constant Kaimakis, du collectif nîmois de solidarité avec le peuple grec) ?

Depuis dix-sept jours, le plus grand hôpital de Grèce, Évanghélismos à Athènes, est en panne d’appareil permettant des coronarographies.

Des dizaines de patients souffrant de myocarde aiguë n’ont pu ainsi faire ces examens et ont été dirigés vers d’autres établissements pour y subir une angioplastie immédiate.

Le directeur du service de cardiologie, M. Elias Sioros alerte: « c’est la deuxième fois en un an que les coronarographies cessent de fonctionne. Cet appareil est vieux de quinze ans et il est de plus en plus difficile de trouver des pièces de rechange ».

L’administration reconnaît le manque d’équipement et rappelle qu’elle a fait des demandes d’acquisition de nouveaux équipement pour un montant de vingt-sept millions d’euros... restée sans suite.

Le personnel , lui, précise qu’il y a un réel manque d’équipements en bon état pour faire des IRM, TDM, mais aussi un manque de respirateurs, moniteurs de surveillance, des microscopes chirurgicaux et autoclaves.

Une autre preuve (toujours via Constant Kaimakis) ???

Quatre des cinq chirurgiens ORL de la clinique sont partis à la retraite en dénonçant l'incapacité à faire fonctionner normalement le service où sept-cents enfants sont en attente d'une intervention chirurgicale.

Le représentant du personnel, D. Konstantopoulos dénonce l'inertie du ministère qui a été alerté sur la situation à maintes reprises depuis trois ans.

Désormais, le service ne fonctionne plus qu'avec un médecin directeur et un auxiliaire qui partira en août. L'attente des petits patients est en outre encore accrue par le manque d'anesthésistes qui doivent également intervenir en ophtalmologie, cardiologie, etc.

Mais l'Europe c'est la paix !

Et rien n'est plus urgent que de faire déblayer le terrain du dispensaire solidaire d'Ellinikon pour faire place au promoteur et à sa réserve de riches !

vendredi 8 juin 2018

6 contre 1

Ils croient vraiment à leur 6 contre 1, les deux gandins bouffis d'eux-mêmes ?

Ils croient vraiment que les Japonais, morts de trouille devant les missiles de M. Kim, vont se lancer dans une épreuve de force avec l'Oncle Sam en ce moment ?

Ils croient vraiment que le nouveau gouvernement italien est prêt à mourir pour les exportations de berlines et d'acier d'une Allemagne qui lui crache à la g... depuis dix jours et qui cherche à le torpiller via la BCE ?

Ils croient vraiment que le Royaume-Uni, pour la première fois de son histoire, ne va pas choisir le grand large s'il est contraint à un choix ?

Il n'y a pas de danger plus grand, en politique internationale, que les imbéciles qui prennent leurs désirs pour des réalités.