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lundi 22 octobre 2018

Crise politique en Grèce (suite)

Après avoir été à l'origine de la démission du ministre des Affaires étrangères Kotzias, négociateur de l'accord avec l'ARYM, le ministre de la Défense Kamménos s'en prend aujourd'hui au secrétaire d'Etat aux Grecs de l'étranger, Terence Spencer Nikólaos Kouík, membre du gouvernement Syriza-ANEL depuis janvier 2015.

Le drôle, c'est que Kouik est le cofondateur, avec Kamménos, des Grecs indépendants (ANEL, venus de la droite par refus des mémorandums dont ils ont ensuite avalé le pire, celui de Tsipras), mais qu'il soutient l'accord de Prespa.

Sur l'accord lui-même, le ministre de la Défense, arrivé au Conseil national de son parti avec en fond musical le Kalachnikov de Bregovic, a déclaré qu'il n'avait jamais été question de cet accord lors de la négociation de l'accord de gouvernement entre Syriza et ANEL , que "dès le premier moment, nous avons dit que nous ne le soutiendrions pas. Nous resterons au gouvernement jusqu'à ce que le nœud vienne au peigne." C'est à dire jusqu'au moment où, si l'ARYM modifie bien sa Constitution, l'accord arrive pour ratification à la Vouli. Il a donc indiqué qu'ANEL était bien au gouvernement jusqu'en mars....Mais lorsque l'accord arrivera à la Vouli pour ratification, ANEL quittera le gouvernement.

Et il a ajouté "ne pas pouvoir parler" des modalités qui, à Skopje, ont permis l'ouverture du débat constitutionnel... c'est-à-dire l'achat des 8 députés d'opposition qui manquaient à la majorité qualifiée.

En réalité, ce gouvernement n'est plus qu'une pétaudière sans queue ni tête qui se décompose chaque jour, ou chaque heure, un peu plus... Tiendra-t-il vraiment jusqu'en mars avec une guerre permanente entre ministres ?

Sur les modalités du vote à Skopje, c'est le ministère des Affaires étrangères russe qui donne aujourd'hui quelques précisions.

Dans un communiqué virulent, repris par la presse grecque, il détaille les conditions dans lesquelles à été acquis le vote d'ouverture du débat sur la révision de la Constitution prévu par l'accord de Prespa avec la Grèce, grâce à huit députés d'opposition :

"Tout était organisé selon les règles de la" démocratie européenne moderne ".

Huit votes de députés de l'opposition ont été obtenus par le chantage, les menaces et les pots-de-vin. Trois d'entre eux, par pure chance, ont été libérés ce jour-là. A deux d'entre eux, détenus au bureau du procureur spécial, a été promise la liberté. Les autres en échange du "bon vote" ont reçu des propositions financières de corruption.

Les députés étaient enfermés dans des bureaux, on leur avait pris leurs téléphones portables, apparemment dans l'esprit de la pratique démocratique européenne. Il est à noter que l'ambassadeur américain était présent dans les locaux du parlement jusqu'à la fin de la réunion, ce qui ne laisse aucun doute quant à savoir qui a orchestré ce processus.

Nous considérons que l'incident est une violation flagrante de toutes les règles, à la fois légalement et éthiquement. De telles manipulations sales ne peuvent être considérées comme une expression de la volonté des députés. Les deux tiers des "Macédoniens" qui ont refusé de soutenir l'accord de Prespa lors du référendum invalide du 30 septembre sont grossièrement ignorés."

dimanche 21 octobre 2018

Crise politique en Grèce (suite)

En quittant le ministère des Affaires étrangères, hier, Kotzias annonce une décision extrêmement grave : celle d'étendre les eaux territoriales de 6 à 12 milles, en application de la Convention de Montego Bay sur le droit de la mer de 1982, entraînant des droits d'exploitation économique exclusive... sauf dans la moitié orientale de l'Egée.

Or, jusqu'ici, les gouvernements grecs n'avaient pas procédé à cette extension dans la mesure où la Grande Assemblée nationale turque a donné, le 9 juin 1995, une autorisation permanente au gouvernement de déclarer la guerre à la Grèce si celle-ci procède à cette extension.

En effet, la Turquie, exige, contre tout bon sens, et contre toute jurisprudence internationale sur les mers fermées la reconnaissance de sa souveraineté à l'est de la ligne médiane de l'Egée, hors les eaux territoriales entourant les îles grecques dans cette zone.

La Turquie refusant de recourir sur cette question à l'arbitrage de la Cour internationale de Justice de La Haye (on sait ce que serait cet arbitrage : deux ou trois "couloirs" entre les îles grecques vers le centre de l'Egée afin de compenser la surface des 12 milles que "perd" la Turquie du fait de la proximité des îles grecques), les gouvernements grecs avaient toujours reporté l'extension au lendemain d'un accord avec la Turquie. Voir ci-dessous la carte que publiait le Diplo en... 1996, au moment où les Turcs débarquèrent sur les îlots d'Imia, provoquant le crash d'un hélicoptère grec - trois morts - et engageant une escalade au cours de laquelle on frôla la guerre entre deux membres de l'OTAN - dans le silence assourdissant de "l'Europe" (hors une résolution sans portée du prétendu parlement) et jusqu'à ce que le président américain Clinton siffle la fin de la partie.

Le gouvernement Tsipras semble donc avoir changé de politique et procéderait bientôt à cette extension... sauf à l'est de la ligne médiane de l'Egée. Cette décision apparaît en réalité, si elle se confirme, absolument catastrophique ! Elle entérine en effet sur deux points essentiels la thèse turque - et ceci sans aucune négociation ni contrepartie. En procédant ainsi, le gouvernement Tsipras reconnaîtrait, de facto, que la Turquie a des droits spéciaux sur toute la moitié orientale de l'Egée, puisqu'elle étendrait ses eaux territoriales en application du droit international, sauf dans cette zone.

Elle validerait une seconde thèse de la Turquie - qui a depuis longtemps étendu ses propres eaux à 12 milles en mer Noire et en Méditerranée - selon laquelle les eaux territoriales d'un même pays peuvent avoir différentes extensions suivant les façades. De faite, la Grèce validerait une seconde fois la thèse de la Turquie en calquant son comportement sur le sien.

A tout point de vue, cette décision - dont Kotzias dit qu'elle entraînera la première extension de la souveraineté grecque depuis le rattachement du Dodécanèse en 1947 -, si elle était confirmée, consisterait, à l'inverse exact de ce qui est dit, en une véritable capitulation sur le fond devant les revendications turques en Egée.

De deux choses l'une, soit tout cela, en même temps que le paquet ARYM, a fait partie des engagements - secrets - pris par Tsipras au moment de sa capitulation de 2015, soit Kotzias commence à se venger de Tsipras, qui l'a lâché, en lui savonnant un peu plus la planche.

Une fois de plus, celui qui se pose en défenseur de l'hellénisme et en champion de l'intransigeance face aux permanentes violations par la Turquie des droits souverains de la Grèce, le ministre de la Défense Kamménos, qui a provoqué la démission de Kotzias, se retrouve en porte-à-faux. Après la couleuvre macédonienne, le boa turc...

En outre, si cette politique est mise en oeuvre, nul doute que Syriza va perdre des voix - et pas qu'un peu - dans les îles orientales qui ne peuvent, aujourd'hui, que se sentir lâchées par ce gouvernement dont on commence à se demander à quelle capitulation il n'a pas déjà souscrit. Je serais à la place des Chypriotes, je commencerais à me faire sérieusement du souci !

Sinon, sur l'ARYM et quelques autres sujets, je vous recommande encore plus chaudement que d'habitude la lecture du dernier papier de blog de mon ami Panagiotis Grigoriou (aidez-le, si vous le pouvez, il en a besoin pour continuer à nous informer... et n'oubliez pas qu'il peut vous emmener découvrir cette Thessalie profonde, et superbe, dans le cadre de Terra Incognita, qui vous permettra de découvrir uautrement une Grèce authentique). Et je ne vous recommande pas ce dernier papier parce que, une fois de plus, il me cite, mais parce que cela éclaire ce que j'ai écris moi-même sur l'ARYM, ici et ailleurs, ainsi que la crise gouvernementale dont je vous entretiens depuis plusieurs jours.

Et encore - ou surtout - parce que, comme toujours dans ses papiers, on y sent la détresse des petits, des fragiles, de ceux qui ne comptent pour rien - cette fois dans cette Thessalie qu'il aime tant, dans ces Agrafa loin de tout, parce que les ravages de l'UE, de ses agents et de ses collaborateurs locaux, de leur insatiable appétit de profits et de destruction d'un peuple, de ses paysages comme de sa culture, se font sentir jusque dans ce monde jusque-là, d'une certaine façon, préservée...

samedi 20 octobre 2018

A Skopje, le député coûte deux millions

A Skopje, malgré l'invalidation du référendum sur l'accord de Prespa avec la Grèce, le Premier ministre vient de "trouver" la majorité qualifiée de 80 voix qui permet d'entamer la procédure de révision de la Constitution prévue par l'accord.

Depuis dix jours, on sait que les valises de billets circulent et que le prix des députés manquants augmente. Et hier des envoyés "spéciaux" américains ont débarqué pour convaincre les récalcitrants. D'après l'opposition nationaliste le député se paye 2 millions d'euros... plus quelques opérations de chantage sur les familles. L'OTAN n'est pas à ça près.

Je me suis donc trompé en pensant que le référendum avait clos la question. J'avais oublié qu'il est devenu la règle de s'asseoir sur les résultats des référendums ! Et "André66" qui me rappelait à l'ordre par un commentaire d'un post un peu trop "optimiste" sur le respect du vote des électeurs dès qu'on s'approche de l'UE et de l'OTAN avait raison en écrivant que l'affaire était loin d'être finie.

Maintenant, il va falloir veiller à ce que les députés achetés votent article par article puis votent aussi la révision dans son ensemble, soit une quinzaine de jours...

Mais Tsipras sera-t-il encore Premier ministre dans 15 jours ?

Comme dit l'autre, c'est là que les Athéniens s'atteignirent et qu'il va falloir pour le ministre de la Défense Kamménos montrer si son opposition à l'accord est réelle ou s'il n'a fait que jouer du pipeau. C'est au pied du mur qu'on voit le maçon... et le Kamménos.

vendredi 19 octobre 2018

Crise politique en Grèce (suite)

En Grèce, la crise continue à se développer à la suite de la polémique ouverte par le ministre de la Défense (Grecs indépendants, hostile à l'accord avec l'ARYM) Kamménos qui a demandé que transparence soit faite par le ministre des Affaires étrangères Kozias, lequel a démissionné, sur l'usage de 45 millions d'euros de fonds secrets, ainsi que de 50 millions qu'aurait versés Soros aux fins de distribution de fonds dans les Balkans pour faire la com de cet accord de Prespa (par parenthèses, on imagine la tentation des biffetons de Soros, ou d'autres provenances, à laquelle sont soumis les députés du Parlement de Skopje qui manquent pour permettre la révision de la Constitution arymienne nécessaire à la mise en oeuvre de l'accord...) , après avoir, semble-t-il été traité de voleur par son collègue de la Défense.

"Celui qui jette la boue a les mains sales", a répliqué Kozias aujourd'hui, tandis que le porte-parole du gouvernement qualifiait sa démission "d'incompréhensible"... alors que Tsipras refuse de publier sa lettre de démission de neuf pages. "Dans ces neuf pages, répond aussi l'ancien ministre, j'explique exactement pourquoi je démissionne. S'ils disent ensuite que les raisons de ma démission sont incompréhensibles, c'est incompréhensible."

Ambiance de franche camaraderie au sein même de Syriza, Kozias étant le chef de file d'une des composantes qu'il a réunie aujourd'hui, ajoutant quelques menaces à peine voilées en réaffirmant son soutien au gouvernement qu'il vient de quitter... A la manière dont la corde soutient un pendu.

Enfin, Tsipras, qui a récupéré (provisoirement ou pas ?) le portefeuille des Affaires étrangères a, dans la foulée, accusé le grand site d'information I Ifimerida, de porter atteinte aux intérêts nationaux en raison de la divulgation de documents du Parlement relatif aux fonds secrets.

Et quelques heures plus tard, le Parquet a ouvert une information judiciaire pour violation du secret d'Etat.

Mais bien entendu, il n'y a là aucun rapport avec les récentes poursuites engagées contre Lafazanis, un des responsables du petit parti de gauche, Unité populaire, issu de la scission de Syriza après la capitulation de Tsipras.

Tout ça sent assez fort la décomposition et la fin de règne.

jeudi 18 octobre 2018

Crise politique en Grèce

Kozias, ministre des Affaires étrangères et pilier depuis le début du gouvernement Tsipras, vient de démissionner.... sur la question macédonienne. Tsipras récupère son portefeuille.

Alors qu'on pouvait penser que ce serait le ministre de la Défense, Kamménos, chef des Grecs indépendants, parti de droite qui gouverne en coalition avec Syriza depuis 2015 mais qui est opposé à l'accord avec l'ARYM négocié par Kozias et signé par Tsipras, qui allait partir.

Virtuellement, le gouvernement n'a plus de majorité à la Vouli puisque plusieurs députés Grecs indépendants ont quitté le parti et la majorité pour réintégrer le giron de la droite qu'ils avaient quittée sur la question des mémorandums, avant d'avaler celui de Tsipras. Les eurobéats de Potami sont prêts à faire passer l'accord mais disent refuser d'être l'appoint de rechange pour assurer la survie du gouvernement ; les Grecs indépendants ne voteront pas l'accord mais Kamménos dit ne pas vouloir renverser le gouvernement... auquel il appartient toujours, tout en étant allé à Washington proposer un plan macédonien non discuté par ce gouvernement !

La crise politique couvait donc depuis dix jours au moins ; la voilà qui éclate.

Tsipras peut-il tenir dans ces conditions jusqu'aux élections européennes, provinciales et municipales du printemps ? Pas au-delà, puisqu'il n'aura de toute façon pas la majorité qualifiée au Parlement pour faire élire le nouveau président de la République et que la dissolution interviendra de droit.

Dès février, j'écrivais dans Le Vent se lève, et en août je le répétais à Coralie Delaume sur Polony TV (voir mon post d'hier) que des élections auraient sans doute lieu dès cet automne... et que c'était l'intérêt de Syriza de les provoquer avant la vague de nouvelles mesures austéritaires à rentrer en application au 1er janvier, votées par le parlement pour obtenir les dernières tranches de crédits européens. Le tout afin de sauver assez de voix pour se retrouver en position d'être un partenaire de coalition possible (ou, au mieux pour Syriza, indispensable) avec la droite dont tout indique qu'elle gagnera le prochain scrutin, mais sans être assurée d'une majorité absolue.

Le fait que ce soit Kozias qui démissionne rend-il ce scénario un peu plus crédible ? Tsipras cherche-t-il par là à maintenir, à tout prix, sa coalition en survie artificielle, en se privant d'un des poids lourds de son gouvernement ? Ou bien est-ce le prélude à une démission du gouvernement que Tsipras annoncera au moment qui lui semblera le moins défavorable ?

A suivre

jeudi 11 octobre 2018

Un petit point d'ambiance sur la situation politique en Grèce

Donc, peu avant l'accord avec l'ARYM, que d'aucuns essayent de sauver en achetant des députés de l'opposition à Skopje, à coup de dollars, afin de permettre au Parlement de s'asseoir sur le résultat du référendum que l'opposition a emporté en prônant une abstention qui invalide le scrutin et qui aurait dû arrêter le processus, la moribonde société grecque d'électricité a dépensé les sous des abonnés Grecs, auxquels on coupe l'électricité quand ils ne peuvent pas payer leurs factures, non pour investir dans la modernisation de réseaux et d'unités de production souvent archaïques, vieillissants, défaillants, mais pour acheter une non moins moribonde société arymienne... Les abonnés Grecs, qui se trouvent être aussi des citoyens, ont quelque mal à avaler cette nouvelle couleuvre de "gauche radicale".

Tandis que le même citoyen apprend que le frère du ministre de "gauche radicale" de l'Economie fait son beurre à la tête d'une société rachetant et liquidant des sociétés en faillite...

Tandis que le ministre de la Défense, opposé à l'accord négocié par son gouvernement avec Skopje, est parti à Washington proposer, de son propre chef et aveu, aux Ricains un plan de rechange que son gouvernement n'a ni délibéré ni adopté...

Tandis que ledit gouvernement compte faire adopter l'accord avec Skopje, contre la volonté du parti avec lequel il gouverne en coalition, grâce à un parti-cul d'opposition créé avec l'argent de Bruxelles, en état de mort cérébrale...et électorale.

Tandis que, pour tenter de se refaire une virginité patriotique, ce gouvernement de marionnettes ressort l'attrape couillons de la dette de guerre allemande sur laquelle chacun connaît la réponse de Berlin... Et la capacité de Tsipras et des siens à tordre le bras de l'Allemagne.

Et tandis que le sultan rouvre en grand la vanne à migrants, sans doute afin d'obtenir quelques milliards de plus de l'UE.

Le naufrage du gouvernement Tsipras, c'est long. Surtout vers la fin.

Le problème, c'est que, comme chez nous, la suite, quelle qu'elle soit, avec le retour au pouvoir des cliques de droite aussi germanolâtres que la clique de "gauche radicale" à l'agonie, ne s'annonce pas plus réjouissante.

Épuisement du système européen de fausse alternance des personnels sans alternance de politique. Les Grecs grognent, s'indignent, ricanent... Jusqu'à ???