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lundi 20 février 2017

Réponse à Jean-Baptiste...

Merci, cher Jean-Baptiste, de votre réaction à mon dernier billet - et comme je préférerais avoir eu tort !!!

Deux éléments de réponse à votre question. Les sondages d'abord, dont nous savons qu'en Grèce ils sont encore moins fiables qu'ailleurs, et ceci pour des raisons structurelles tenant aux groupes de médias auxquels appartiennent la plupart des instituts : ils ont bien plus pour fonction de tenter (en vain, on l'a vu pour le référendum comme pour les deux législatives de 2015) de fabriquer l'opinion plutôt que de la photographier. Que disent-ils ? Ils donnent tous la ND devant et presque tous avec un score environ double de Syriza... mais à un niveau historiquement bas, un peu au-dessus de janvier 2015, autour du score réalisé en juin 2012 ou en septembre 2015. L'effondrement de Syriza ne se traduira sans doute pas par un raz-de-marée conservateur, mais en premier lieu par une montée de l'abstention.

L'autre indication c'est la disparition du Parlement du parti leurre créé par Berlin et Bruxelles, le Potami (Macronerie grecque avec quelques années d'avance), de l'Union des centres, dont j'ai eu l'occasion d'écrire ici que son relatif succès de septembre 2015 était en partie dû à un vote de dérision, et des Grecs indépendants, scission prétendument souverainiste de la ND devenue partenaire de coalition de Syriza - sans objet puisque tout son discours souverainiste a été démenti par la politique du gouvernement auquel elle permet de survivre.

Les néonazis d'Aube dorée et les communistes orthodoxes du KKE semblent en position de tirer une partie des marrons du feu mais en restant sensiblement sous les 10 % chacun. Enfin le PASOK et ses alliés semblent solides sur leur socle réduit, autour de 6 %, voir légèrement en hausse.

Si les résultats du prochain scrutin s'approchent de cette photographie, la situation politique risque d'être très compliquée. La ND n'aurait probablement pas de majorité absolue à la Vouli, et l'appoint du PASOK, qui serait entre la moitié et les deux tiers de ses voix de juin 2012, risque d'être juste. Dans ces conditions, il faudrait soit revoter comme en 2012, soit négocier une grande coalition avec Syriza... C'est la raison pour laquelle j'ai écrit ici depuis quelque temps que Tsipras cherchait peut-être l'occasion de "tomber à gauche" afin de remobiliser une partie de son électorat et de se trouver en position d'être un partenaire indispensable à un nouveau gouvernement.

Voilà pour la tambouille.

Le deuxième élément, ce sont les impressions que nous avons retirées de notre séjour et de nos contacts, à Nisyros et à Athènes, en décembre-janvier. Et là, c'est la totale démoralisation qui domine. Une dépression collective sans doute au moins aussi profonde qu'après le coup d'Etat euro-allemand qui remplaça le Premier ministre élu Papandréou par le banquier non élu Papadimos. "Ici, tout est mort", a répondu à ma question un ami, ancien secrétaire régional pour le Dodécanèse de Syriza, démissionnaire après la capitulation de l'été 2015, engagé après à Unité populaire - aujourd'hui retiré de toute activité politique. UP n'a pas pris : les gens ne croient plus à rien et pas à ces hommes qui ont participé au gouvernement Syriza jusqu'à la capitulation : ils ont tout couvert, ils savaient ce qui se préparaient, ils n'ont rien dit ni rien fait pour l'empêcher. Ils feraient la même chose - c'est ce que nous avons entendu à propos d'UP.

De plus, UP a été profondément divisée sur l'euro et l'UE, tenant un discours aussi alambiqué et donc aussi inaudible que Mélenchon. Ils semblent enfin sortir des ambiguïtés (je place ci-dessous un résumé du discours prononcé le ouiquende dernier par Lafazanis en Italie), mais c'est sans doute bien tard... surtout si, comme je le pense, la nomenklatura va désormais se rallier à une sortie de l'euro pilotée par l'Allemagne ou les Etats-Unis (voir le papier de Panagiots sur la drachme-dollar) et, bien entendu, avec le maintien de la laisse de la dette.

Quant à Zoé, si j'ai un immense respect pour son action entre janvier et septembre 2015, elle ne représente pas grand-chose. Sur le fond, son discours est le même que celui de Syriza première manière ou Varoufakis : on va créer un rapport de force, réformer l'Europe de l'intérieur, on ne peut pas "leur" abandonner l'UE. Discours qui frise l'absurde dans la situation actuelle et chacun le sent bien. Ce n'est que du Syriza d'avant la capitulation... Sur la forme, elle a certes une image de combattante intraitable dans une partie de l'opinion, mais je ne suis pas certain que ce soit la perception majoritaire (euphémisme). Pour beaucoup - dans une société qui reste machiste -, elle fait d'abord figure de virago - voire de folle.

En tout cas ni UP, ni le parti de Zoé, ni Antarsya, ni l'EPAM (hors KKE, le parti de gauche souverainiste le plus conséquent depuis le plus longtemps !) ne paraissent en mesure, aujourd'hui, d'entrer à la Vouli, seuls, et ils semblent incapables de s'unir pour présenter un front commun.

Dans ces conditions, ce qui domine c'est l'épuisement - il se voyait sur les visages, au coeur de cet hiver particulièrement rude -, et un scepticisme total. Beaucoup pariaient sur des élections avant l'été tout en ajoutant aussitôt qu'elles ne changeraient strictement rien... En réalité, l'Euro-Allemagne a (provisoirement) tué, en Grèce, le Politique, l'idée que que quoi que ce soit puisse changer par les mécanismes de la démocratie.

Que vous dire de plus ? Je voudrais pouvoir ajouter une nuance optimiste. Je suis totalement incapable d'en trouver une !

Ma conviction, depuis un moment déjà, est que tout cela finira mal. Probablement très mal. Mais quand et de quelle manière, je suis bien incapable de le prévoir...

Voici le résumé d'un article paru hier dans I Efimerida:

En Italie, au congrès fondateur de la "Gauche italienne", Lafazanis, le secrétaire d'Unité populaire, affirme la nécessité de sortir immédiatement de l'euro et de rompre avec le néolibéralisme. Il dénonce la pente antidémocratique de l'eurozone et de l'UE face aux menaces de leur désintégration. Il affirme que la gauche européenne doit dire un Non clair et net à l'eurozone et à l'euro et proposer un nouveau projet européen de sécurité fondé sur des pays égaux, démocratiques et souverains. Il prévient que si la gauche européenne ne dit pas un fort non à la prison de l'euro en traçant les perspectives d'une sortie "progressiste", c''est l'extrême droite qui en tirera profit.

Il a précisé que le retour à la monnaie nationale ne constitue pas une fin en soi, mais est indispensable à l'annulation des mémorandums, du néo-colonialisme de la Troïka et de l'austérité, à la mise en oeuvre d'une politique monétaire nationale répondant à des exigences sociales de développement, à la mise sous contrôle public des banques, à l'arrêt des privatisations et la réappropriation par la société de la richesse nationale, à la reconstruction de l'économie et à la transformation productive selon de nouvelles normes économiques viables et innovatrices dans une perspective socialiste.

samedi 18 février 2017

Le retour à la drachme pour bientôt ?

Ca vient... et de la pire façon.

L'intransigeance allemande sur l'effacement partielle de l'insoutenable dette grecque empêchera probablement le FMI d'accepter de s'associer à un nouveau plan dit d'aide - qui ne serait qu'un plan de poursuite de l'écorchage des Grecs. Faute d'effacement partiel, il faudrait un mémorandum IV : cercle vicieux, spirale déflationniste sans fin, la même depuis 2010 qui conduirait à une aggravation supplémentaire de la situation déjà tragique du pays et d'une partie toujours croissante de sa population. Or Schäuble et Dijsselbloem le répètent à l'envi : pas de nouveau plan sans le FMI.

Et Schäuble de ressortir de son chapeau la sortie forcée de l'euro, déjà agitée à l'époque du bras de fer (réel ou mimé) de l'été 2015 - avec un plan d'accompagnement. Dans le même temps, lors d'un match de foot à Thessalonique, les supporters allemands ont brandi des billets de 50 euros assortis d'insultes au peuple grec. Et un vice-président (FDP, parti libéral) allemand du pseudo-parlement européen a, à son tour, prôné le Grexit - théme repris, dans la semaine écoulée, par l'inénarrable Leparmentier, propagandiste en chef du Monde... en attendant l'imprimatur du grand Mamamouchi Quatremer...

Dans son dernier papier de son indispensable blog, l'ami Panagiotis Grigoriou note en outre qu'à Athènes on parle chaque jour davantage d'une sortie de l'euro, vers une... drachme-dollar - marque d'une redistribution des cartes géostratégiques en Europe... Enfin, pour la première fois, un sondage en Grèce donne une majorité, et très nette : 54,8 % (soit 29,6 % des électeurs de la Nouvelle Démocratie - droite - en 2015, et 66,2% des électeurs de Syriza 2015) - sinon pour une sortie de l'euro par principe, mais pour un rejet des nouvelles mesures exigées par les créanciers, même si cela doit conduire à une sortie de l'euro et un retour à la drachme. 32,2 % des personnes interrogées se prononcent pour l'acceptation et le maintien à tout pris dans l'euro.

Vu l'indépendance des instituts de sondage en Grèce, il peut aussi bien s'agir (ou en même temps) d'une évolution en profondeur de l'opinion (dont je suis moi-même convaincu depuis longtemps, certain que si Tsipras avait rompu à l'été 2015 en respectant le mandat de rejet du mémorandum III donné clairement pas référendum, le pays l'aurait massivement suivi, quelles qu'aient été les conséquences de ce refus), que d'un début de préparation de l'opinion à une sortie forcée de l'euro décidée dont Schäuble, et dont un vice-président allemand FDP du pseudo-parlement européen et même l'inénarrable Leparmentier ont avancé la "nécessité" durant la semaine écoulée.

Tout ce que j'ai écrit tant de fois, ici et ailleurs, est en train de se vérifier : la Grèce finira pas quitter l'euro, parce qu'elle ne peut pas y rester. Mais au lieu de l'avoir quitté souverainement, à un moment où elle avait des capacités de rebond, en déclarant un moratoire et l'annulation partielle de sa dette, elle le quittera, contrainte et forcée, pieds et poings liés, après avoir perdu une énorme partie de son potentiel économique parti en fumée, après avoir bradé patrimoine et infrastructures, notamment à l'Allemagne qui, une fois pressé le citron grec, est en train de le jeter - quant à "l'accompagnement", il sera évidemment conditionné au maintien de la laisse de la dette.

Les Grecs ont consenti à l'humiliation pour rester dans l'euro, ils ont eu l'humiliation et ils seront expulsés de l'euro.

Enfin ce ouiquende, pendant que le cirque électoral entre pareil et même tente de nous faire croire que nous vivons encore en démocratie, il faut lire l'entretien (en deux parties) donné au blog de Coralie Delaume, "L'Arène nue", par Matthieu Pouydesseau, qui dresse l'état des lieux de la politique intérieure allemande et explique pourquoi sa politique européenne ne peut pas changer, contrairement à ce que continuent à régurgiter tous les gugusses qui promettent une renégociation des traités ou une réorientation de la prétendue construction européenne. Entretien passionnant... et pas seulement parce ce que dit Matthieu Pouydesseau colle exactement avec ce que j'écris dans mes 30 bonnes raisons pour sortir de l'Europe du rapport patriotique, psychologique (et à mon avis pathologique) des Allemands à la monnaie, ou du mythe de français de "l'amitié franco-allemande"... dont les Allemands n'ont plus rien à foutre au moins depuis la réunification.

samedi 11 février 2017

Tsipras et le FMI : vaudeville et jeu de dupes

Aujourd'hui, le très petit politicien qu'est Tsipras gesticule de nouveau, cette fois à propos de la fausse négociation en cours au FMI, qui aboutira à un vrai Diktat de plus.

Une capitulation n'est jamais un acte isolé, ai-je écrit ici lors de celle du tout petit homme qu'est Tsipras, qui avait fait croire qu'il était grand en en appelant au peuple avant de le trahir. Une capitulation n'est toujours que l'acte inaugural d'une série de trahisons et de capitulations, parce que l'adversaire sachant que vous n'avez pas le cran de vous servir des armes dont vous disposez, il sait que, après avoir mimé une énième résistance, vous capitulerez encore.

Aujourd'hui, le tout petit Tsipras n'en est plus à une capitulation ni à une trahison près. Mais comme, faute d'être un homme d'Etat, c'est un assez bon tacticien sur le plan de la politique intérieure, il peut penser qu'il a intérêt à "tomber à gauche", et tenter un coup de poker électoral.

Chacun sait, en Grèce, que ce gouvernement est en état de mort cérébrale. Sans projet, sans discours, il n'a que l'ambition de conserver des places et les rentes qui vont avec. Beaucoup pensent qu'il ne pourra se maintenir au-delà de l'hiver, que des élections (les 6e depuis 2009...) auront lieu au plus tard au printemps. En faisant croire qu'il n'a pas cédé, cette fois, à la pression, il peut espérer remobiliser une partie de son électorat qui a toute les raisons d'aller à la pêche, pour celui qui n'a pas déjà changé de camp. Avec l'espoir d'empêcher la droite (qui conduira la même politique que lui) d'obtenir une majorité, et de se rendre indispensable à un gouvernement dit d'union nationale qui signera le IVe memorandum qu'il renâcle à signer aujourd'hui pour ne pas en porter seul la responsabilité.

A moins que le très petit Tsipras ne signe lui-même ce memorandum-là, finalement, après avoir gesticulé deux ou trois jours de plus.

Ce qui est certain, c'est que rien ne changera pour les Grecs - sinon en pire - tant qu'ils n'auront pas ouvert la porte de la prison de l'euro. Mais ce qui est certain aussi c'est que plus ils tarderont à l'ouvrir, par peur de ce qu'il y a derrière, plus ce sera dur ensuite parce que chaque jour qui passe rend plus difficile le rebond en détruisant un peu plus les richesses et le potentiel productif du pays. S'ils l'avaient ouverte en 2012, s'ils l'avaient ouverte en février 2015 au lieu de signer l'accord intérimaire, s'ils l'avaient ouverte à l'été 2015, après le référendum et plutôt que d'accepter le IIIe mémorandum, celui de Syriza, bien pire que ceux de Papandréou, Papadimos et Samaras réunis, ils seraient aujourd'hui sortis du marasme, ils auraient aujourd'hui renoué avec l'espoir.

Au lieu de quoi, ils finiront de toute façon par sortir, mais dans les pires conditions qui soient - économiques d'abord, et politiques - l'épée de Schäuble et Dijsselbloem dans le dos, à leurs conditions. Alors les Grecs devront prendre acte de la faillite totale du personnel politique qui les a conduits là. Avec quelles conséquences ?