A moins qu'elle ne tienne absolument à faire gagner la Plateforme de gauche et ses alliés, la Commission européenne ferait mieux d'adopter un profil bas et de ne pas commencer ses ingérences dans le processus électoral grec dès les heures qui suivent l'annonce de la démission de son nouveau protégé, en souhaitant l'élargissement de sa majorité - sous-texte implicite : à Potami, le parti des oligarques des médias choyé et probablement financé par Bruxelles.

D'ailleurs, à ce sujet, un sondage de Bridging récent montre que 69 % des Grecs ne croient plus dans ces médias dominants. Ce qu'a parfaitement prouvé le référendum qui à donné 61,3 % de Non alors que 99% des médias militaient hystériquement pour le Oui. C'est dire combien le scrutin qui s'annonce, avec un électorat totalement déboussolé, désabusé après la trahison des engagements pris et répétés par Syriza, sera ouvert.

En réalité, personne ne peut préjuger du résultat. D'un côté Tsipras bénéficie encore de l'aura du résistant qui n'a cédé que le pistolet sur la tempe, et les désastreux effets de la désastreuse politique qu'il a choisi de mener, en contradiction avec tous ses engagements constamment réitérés ne sont pas encore sensibles. Raison pour laquelle il avait tout intérêt à aller au plus vite aux élections.

De l'autre côté, la ND et le PASOK sont dans un tel état de décomposition morale et politique - la ND proche de l'implosion -, ils ont sombré dans un tel discrédit qu'ils sont incapables de représenter quelque alternative que ce soit. Tandis que les Grecs indépendants, qui représentaient un souverainisme de droite n'ont plus raison d'être puisqu'ils ont accepté ce qu'ils refusaient de cautionner lorsqu'ils ont quitté la ND.

Reste le KKE qui profitera sans doute un peu de la situation, mais que sa rigidité dogmatique condamne à de faibles gains s'il ne finit pas sortir de son syndrome obsidional. Et Aube dorée qui, à mon avis risque d'être l'un des grands vainqueurs du prochain scrutin - c'est le dernier, pensent beaucoup de Grecs, qu'on a pas essayé -, d'autant que la vague migratoire, en partie organisée de Turquie, va sans doute exacerber les passions sur le sujet et probablement pas dans le bon sens, vu l'incapacité du gouvernement à gérer la question et le total désintérêt de "l'Europe", hors quelques effets de manche et d'annonce.

Dans ce contexte, un électorat rendu aussi liquide et insaisissable par les criminelles politiques germano-européennes, peut avoir des réactions aussi violentes, extrêmes qu'inattendues. C'est la déflation Brüning qui, en deux ans, fait du groupuscule nazi un parti incontournable en Allemagne.

Mais au final, le résultat du scrutin tiendra à la capacité ou pas à se constituer d'un Front du Non à gauche. La Plateforme de gauche réussira-t-elle à coaguler autour d'elle, dans Syriza, au-delà de son audience habituelle, les personnalités qui refuse la capitulation tsipriote et ses désastreuses conséquences ? Réussira-t-elle en si peu de temps à organiser autour de ce noyau un Front populaire des partis de gauche anti-mémorandum et anti-euro qui, jusque-là, sont restés hors du Parlement : Antarsya, Plan B, EPAM... Parviendra-t-elle a engager le dialogue avec le KKE ?

Cela fait beaucoup de questions. Mais je dois dire qu'aujourd'hui, l'hypothèse qui me paraît la plus vraisemblable est celle d'une chambre ingouvernable, ou d'une étroite majorité Syriza maintenu/Potami - le rêve éveillé de Juncker depuis janvier. Une majorité qui se délitera au fil des inévitables échecs du gouvernement qui en serait issu.

Car l'élément certain, c'est que la politique de capitulation acceptée par Tsipras, violemment déflationniste, conduira rapidement à plus de faillites, plus de chômage, plus de récession et donc, malgré les augmentations d'impôts, à une baisse des recettes fiscales. Une telle politique n'a jamais eu et ne peut avoir d'autre résultat. Avec, dans six mois ou un an, de nouvelles exigences européennes, de nouvelles coupes budgétaires, de nouveaux reniements, de nouvelles augmentations d'impôts - un quatrième mémorandum -, de nouvelles défections dans la majorité, de nouvelles élections...

La Grèce est engagée depuis cinq ans dans une spirale mortelle. En sortir - sortir de l'euro pour commencer, avant que l'UE ne s'effondre sur elle-même, comme l'URSS et pour des raisons très voisines de déni de réalité - présente bien sûr des risques, mais ces risques sont bien moindres que ceux de la poursuite de cette spirale de mort et de vies détruites dans laquelle Tsipras a choisi d'enfermer son peuple. J'espère ardemment que ce peuple que j'aime trouvera la force d'en sortir, le plus vite possible, malgré Tsipras.